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(Fr) The Death Set prennent le Divan orange en otage

Le duo formé par Johnny Sierra et Dan Walker est la personnification du plaisir. Les Australiens – maintenant Brooklynois – ont toujours carburé à la force de la fraternité et partout où ils mettent les pieds, ils traînent dans leur sillage une foule enthousiaste, aux individus prêts à tout pour que leur corps crie : «j’y étais». C’est au Divan orange que tous se donnent rendez-vous ce soir, pour un des derniers spectacles du groupe avant un hiatus annoncé.

The Death Set, formé au départ de Johnny Sierra et de Beau Velasco, ont créé un raz-de-marée lors de la sortie de leur album Worldwide, en 2008. Partout on les annonçait comme l’un des groupes majeurs à surveiller. Après dix-huit mois de tournée continue dans toutes sortes d’endroits plus ou moins légaux, ils rejoignent Girl Talk pour monter sur leurs premières grosses scènes. Mais en 2009, coup de tonnerre. Beau Velasco, le grand ami de Johnny et Dan, meurt. La formation prendra du recul, le temps d’absorber le choc, extrêmement aigu. Au début de ce mois-ci encore, soit trois ans et demi après la nouvelle, Dan et Johnny offraient à leur camarade un vidéoclip hommage.

«C’est encore très dur, mais le temps fait son œuvre et le disque nous a fait du bien», souffle Johnny, joint au téléphone après une série de concerts à Austin. Car c’est en l’honneur de Beau que le deuxième album des Death Set, Michel Poiccard, a finalement vu le jour en 2011. Et quel album! Bourré de mélodies velcro et assez audacieux pour intégrer des pièces introspectives, Michel Poiccard touche sa cible avec une énergie plus dirigée que dans le cas du très noisy Worldwide.

En concert, The Death Set sont réputés pour marquer les spectateurs au fer chaud. Ils le diront plusieurs fois, les pièces de Worldwide ont été composées dans l’optique de voir 50 jeunes virer fous dans un entrepôt. Malgré un enrobage plus sensible Michel Poiccard poursuit la même lignée. C’est une musique physique. Punk à la base, mais avec un côté électronique de plus en plus fort et une approche d’échantillonnage coulée dans le hip-hop.

Photo : Boby Split

Photo : Boby Split

The Death Set ont beau avoir été acclamés autour du monde plusieurs fois, ils mettent la main dans l’engrenage plus souvent que bien des groupes. «J’aime utiliser l’art partout, pousser ça plus loin que juste la musique», affirme Johnny avant d’avouer que s’il fait autant de vidéoclips, c’est aussi parce que ça l’amuse de se lancer dans quelque chose «dans lequel (il n’est) pas très bon.» Ainsi, depuis la sortie de Michel Poiccard, Dan et lui ont continué à lancer des remix et des vidéoclips à folle allure, se sont fiancés (pas ensemble, juste Johnny), ont inauguré un bar-spectacle dans le cas de Johnny et un studio d’enregistrement dans celui de Dan, et s’apprêtent à lancer un nouvel ep, King Babies, sur Dim Mak Records. «On revient à des chansons plus uptempo, plus punk», promet Johnny. Et cette fois c’est Dan lui-même qui produit et mixe l’album, du début à la fin. «Il est meilleur que XXXChange  (le producteur de Michel Poiccard)! Meilleur que tout le monde!» s’exclame Johnny avec son habituel rire espiègle.

Pour la suite, dur à dire. Ils semblent vouloir se concentrer sur leur vie à Brooklyn et affirment qu’il leur est impossible de se lancer à nouveau dans des tournées improvisées. Aucun disque complet à l’horizon non plus. Une seule solution pour les fans : danser jeudi comme si vendredi n’existait pas.

Jeudi 21 mars, au Divan Orange, avec Rock Forest et Le monde dans le feu.

Music
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(Fr) PONCTUATION : l’heure du rock a sonné

La musique a toujours fait partie de la vie des frères Chiasson. Originaires de Pont-rouge, en région de Québec, les garçons avaient tout leur temps pour explorer la discothèque de leurs parents mélomanes et les suggestions d’une tante très impliquée dans la scène rock de la ville. Dès qu’ils ont atteint l’âge de prendre le volant, c’est l’autoroute 40 qu’ils se sont mis à explorer, usant leurs pneux régulièrement pour aller voir des concerts en ville. C’est tout naturellement qu’ils se retrouvent aujourd’hui à lancer un premier album rock porté par l’idée de l’accomplissement personnel, 27 club.

Guillaume Chiasson a traîné sa guitare au sein de nombreux groupes depuis son adolescence, mais c’est avec Waving Hand, le projet électro pop qu’il avait avec son frère Maxime, «un ovni dans ma création musicale», qu’il a commencé à se positionner derrière les commandes. Pour la première fois il s’essayait aux textes, en anglais d’abord puis en français, à mesure qu’il prenait ses aises avec l’exercice. «Je me suis rendu compte que les textes peuvent être très forts. J’aimerais écrire comme Stéphane Lafleur (Avec pas d’casques), et je trouve que ce n’est pas contradictoire avec le rock. N’importe quel style devrait être de la musique à texte.»

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La plume de Guillaume, elle, a trempé dans la pop culture et le cinéma avant de griffonner les esquisses de 27 club. Entre les références à Kundera, Pete Townsend et Jean-Luc Godard, on devine un romantisme un peu échevelé et une envie impérieuse de s’agripper au moment présent. «J’ai réalisé que je n’étais pas heureux dans le travail à temps-plein que j’occupais et qui prenait toute mon énergie. Je me suis questionné sur mes priorités. Tu sais, les gens qui font partie du 27 club (Jim Morisson, Jimi Hendrix, Janis Joplin) ont tous accompli des choses extraordinaires avant 27 ans. Ils ont vécu à 100 miles à l’heure.»

Les textes sont souvent noyés dans les effets et intégrés à la mélodie de guitare, de telle façon que c’est celle-ci qui finit par retenir notre attention. «J’accorde énormément d’importance à la mélodie, surtout pour un duo. Et tu vois, ça c’est peut-être quelque chose que je trouve que les anglophones ont plus que nous de façon générale. Écoute Sean Nicolas Savage, il a des mélodies complètement folles. Les chansons sont interprétées un peu tout croche, il n’y a rien de vraiment consistant dedans, mais les mélodies sont tellement bonnes!»

À défaut de faire lever la sauce avec des arrangements, les deux frères lancent plusieurs clins d’oeil au psychédélisme. Écho interminable par-ci, explosion de fuzz par-là, les deux gars ont été nourris au rock et ils y sont restés fidèles. 27 Club est simple, direct, énergique, mais avec un petit côté ambiant distinctif, probablement le contrecoup des nombreuses heures que Guillaume a passé à écouter de la musique de film. C’est à l’Hôtel2tango qu’ils ont décidé de graver leur galette, jouant à la chaise musicale avec les différents amplis et effets pour trouver l’ambiance idéale de chaque pièce et varier les textures. «Ç’a été très rapide, deux jours et demi. On était prêts je pense, on voulait faire quelque chose qui était fidèle à nos spectacles. De toute façon, quand on écoute des vieux disques des années 60, il n’y avait pas d’overdubs. Aucun groupe dans la vraie vie joue sans faire d’erreur. Je ne suis pas fan des albums qui sont trop parfaits, ça donne un son qui n’existe pas, finalement.»

Pochette de 27 club.

Pochette de 27 club.

«Lors de nos discussions, j’ai senti un souci très fort de rester fidèle à la chaleur des enregistrements analogiques des années 60», explique Alexis Coutu-Marion, l’un des designers du groupe Charmant et Courtois, qui signe de la pochette avec Mathieu Dionne et Florian Pétigny. «Donc même si on s’est servi de l’ordinateur, on voulait un rendu final «fait main» pour coller le plus possible à cette intention. On a fait un gros travail d’impression pour obtenir une palette de textures intéressante.»

Entre pop art et psychédélisme, la pochette aux couleurs vives est aussi un jeu de devinettes. Le corbeau et le sablier. Le grand feu de St-Roch. La bouteille cassée. Tous des symboles liés directement aux chansons de PONCTUATION. «Quand ils m’ont montré la pochette la première fois j’ai failli tomber sans connaissance», rigole Guillaume Chiasson. «Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi psychédélique. C’est une des plus belles pochettes que j’ai vues je pense. Ces gars-là ont vraiment embarqué dans le trip.»

Maintenant soutenus par la maison de disques Bonsound, les deux frères espèrent user de nouvelles autoroutes. «J’ai découvert cette passion de voyager en faisant de la musique en tenant la basse pour Jésuslesfilles. Je veux essayer de faire ça avec PONCTUATION. Trouver des petits festivals ici et là et aller jouer un peu partout.»

Ou comme il le dit sur la chanson Je ne lis pas:
«Oh laisse-moi m’enfuir avec toi
S’éclipser et sur tout mettre une croix»

Lancement de 27 Club au Divan orange le 20 mars 2013

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RockForest_Photo_Marie Philibert-Dubois

(Fr) Rock Forest : La roue qui tourne

Après plusieurs années d’incubation et d’expérimentations, le groupe Man Machine devient Rock Forest et sort ce mardi un premier album de pop puissante et évocatrice.

C’était en 2008, dans une petite voiture en direction de Sherbrooke. La bande de la formation électro punk Sexyboy, en pleine transition vers un son moins rose, plus progressif et plus technique, commençait à réfléchir à un nouveau nom. C’est là, à quelques kilomètres de leur destination, que le nom Rock Forest s’est mis dans le chemin. La pancarte verte qui annonçait la ville annoncerait dorénavant leur nouvelle mouture.

Mais bon, Rock Forest c’est aussi un peu la risée de Sherbrooke. Une banlieue recouverte de bitume avec ses petites maisons toutes cordées (« bâtie sur un territoire magnifique », nuance le chanteur Christophe Lamarche Ledoux). Alors dans la salle du défunt Téléphone Rouge, quand les quatre musiciens annoncent sourire aux lèvres leur nouveau nom, c’est la rigolade générale. Personne ne sait si c’est vraiment sérieux.

Toujours incertaine du sérieux de la chose, la formation se nommera provisoirement Man Machine et développera pendant trois ans un procédé d’interaction entre les instruments, qui crée un son ultra tranchant et donne des performances exigeantes. Man Machine le laboratoire sonore. « On a essayé plein de choses avec Man Machine, des choses parfois très agressives et très techniques, mais une fois qu’on a maîtrisé notre technique, on s’est mis à composer des chansons pop pour le plaisir et on s’est rendu compte qu’on se reconnaissait beaucoup plus là-dedans », retrace le chanteur et claviériste Christophe Lamarche Ledoux. « C’est ça qui a fait qu’on a voulu repartir à zéro, changer de nom. On s’est vraiment trouvés. » Le nom Rock Forest s’installe définitivement.

Rock Forest. Photos : Marie Philibert-Dubois

Rock Forest. Photos : Marie Philibert-Dubois

Ce mardi, le groupe (Christophe Lamarche Ledoux, Renaud Payant-Hébert, Philippe Bilodeau et Olivier Pépin) lance son premier disque, un voyage entre pulsations électroniques, mélodies enlevantes et guitares rock, duquel se dégage un sentiment général d’inquiétude et de fébrilité. Rock Forest a enfermé dans ces 40 minutes toute l’intensité développée et contrôlée par des années d’incubation. Dans la voix parfois duveteuse, parfois angoissée de Christophe Lamarche Ledoux, on devine toujours un léger trouble, souligné par les modulations synthétiques.

« Je ne peux pas te dire si ça parle du malaise ou du fait que c’est rassurant que tout se répète tout le temps, mais le titre X 1000 fait référence à une sensation d’avoir vécu quelque chose des milliers de fois. À une impression de déjà-vu. C’est le mythe de Sisyphe, qui pousse sa roche sur le dessus de la montagne et est pris pour recommencer tout le temps. C’est absurde, mais c’est drôle aussi, c’est pris avec légèreté. »

Au centre des modulations synthétiques et des rythmes tournés en boucle, on se laisse transporter dans un état vaguement hypnotique puis récupérer par la puissance des mélodies. Les synthétiseurs apparaissent et disparaissent continuellement, portés par une batterie entraînante et particulièrement imaginative, parfois droite et syncopée, parfois presque tribale.

Le résultat est fortement découpé, presque techno, mais aucun ordinateur ne trône sur la scène pendant les spectacles. « Tout l’électronique est fait sur des synthétiseurs. Le problème avec l’ordinateur c’est qu’il peut tout faire, donc du moment qu’il est sur la scène tu te demandes ce que le musicien fait pour vrai. On voulait vraiment que ce soit performé. C’est un band rock que tu vois, pas un show de laptop. »

Rock Forest présentera son nouveau disque gratuitement ce soir (19 février) sur la scène de la Casa del Popolo. Et parce que la roue tourne toujours, la première partie sera assurée par Guy Baston, le projet solo du quatrième membre de feu Sexyboy.

19 février @ Casa Del Popolo
21 Mars @ Divan Orange avec The Death Set

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PETER_PETER_09FEV2013_crédit photo Sébastien Lavallée

(Fr) Peter Peter dans un showcase juste pour toi

Y fait plutôt frette, mais on s’en fout : dans une couple de minutes, on atterrira bien au chaud entre les quatre murs du disquaire Aux 33 tours sur Mont-Royal. Et ce soir, c’est soir de première, parce qu’on y présente le premier « In Store » de l’endroit, avec le « très talentueux (et très esthétique) »* Peter Peter en formule intimiste.

Un tabouret, un ampli, une petite console, un micro et une guitare, voilà tout l’attirail de l’artiste, qui s’est installé comme chez eux un peu avant 19 h 30 samedi soir, prélude d’une belle soirée, intro réconfortante et douce avant les folies de la nuit. On n’est pas 25 dans la place, on est timides, respectueux, polis, on sait pas trop où se mettre, quelque part entre les rangées de vinyles, pas loin de la porte, parce qu’on est ben trop gênés pour aller se coller sur lui. On n’a pas ses couilles, nous. Parce que n’empêche, donner une petite prestation solo, à la bonne franquette, devant un si maigre public dans une boutique de Montréal un beau soir d’hiver, franchement, fallait pas avoir froid aux yeux.

Ce fut bref, une petite vite allongée, une première date maladroite mais complice et généreuse, où, pour nous rendre plus à notre aise, Peter Peter sollicitait nos demandes spéciales, pendant que nos bottes dégoulinaient pour faire des traces grosses comme des nuages sur le tapis détrempé du local. On aurait dit qu’on était assis en cercle autour d’un feu, à se conter des histoires pis à manger des guimauves, sauf qu’on était debout près de la caisse, avec nos coats, nos mitaines, nos caches-oreilles pis notre inconfort, les uns adossés au mur de CD, l’autre à genoux à faire ses photos, l’autre encore à faire des vidéos verticaux, « parce que ça faisait beau ». Moi je me demandais : ils sont où, les gens ? Une petite performance solo de même, quasi privée en début de soirée, moi je trouve ça parfait parfait. Je me sens privilégiée, t’sais. Avec de la place pour une cinquantaine de curieux, on aurait pu être le double. Anyway, les absents ont toujours tort, tout le monde sait ça. Mais c’est pas grave, il y en aura d’autres, y paraît, des In Store Aux 33 tours… En attendant, je sais pas, on a eu quoi ? une trentaine de minutes de tounes, des accords de guitare entremêlés du déclenchement d’obturateur de l’appareil de mon photographe – maudit que j’aime ça ce son-là.

Peter Peter. Crédit photo Sébastien Lavallée

Peter Peter. Crédit photo Sébastien Lavallée

La version complète de Peter Peter, full band, comporte à ce qu’on me dit cinq musiciens, dont un des frères Mineau de Malajube, et s’offre pour la Valentin ce jeudi au Club Soda. Pour le moment, il nous fait ça pas de set list, à sa guise, sans trop savoir où il s’en va d’une pièce à l’autre, et c’est précisément ce qui charme : il se laisse aller, nous gratte des pièces de ses deux albums, blague au sujet d’« une chanson que j’ai écrite pour une fille… encore », attrape sa grosse 50 canette savamment posée à ses côtés sur l’ampli, s’enquiert auprès de son gérant s’il peut en faire encore une autre, nous remercie tout plein d’être là, ici, avec lui. Il est gentil, aussi timide que nous, et pas malhabile du tout dans son rôle de musicien tout seul, d’entertainer, de centre d’attraction ; il a l’air flatté qu’on soit là, nous le sommes d’avoir eu la chance de profiter de cette petite vitrine intime pour le découvrir, du moins ceux qui, comme moi peut-être, entendent son nom circuler depuis un bon petit bout déjà, mais ne s’étaient pas encore donné la peine d’aller voir de quel bois ça se chauffe c’te petite bête-là.

On lui souhaite en tout cas tout le meilleur du monde : après un opus plutôt folk, dont la pièce Homa a été élue « Meilleure chanson francophone de l’année » par iTunes en 2011, la seconde galette donne plutôt dans l’électropop mâtiné de saxophone, un disque consacré pour sa part « Album francophone de l’année 2012 » par iTunes Canada, également célébré par les radios universitaires nord-américaines et parmi les meilleurs albums de 2012 selon le Voir. Ça va donc plutôt bien pour lui : après s’être fait voir dans la plupart de nos festivals montréalais, il perce au sud, à l’ouest et à l’est ; bientôt, ce sera SXSW au Texas, puis, plus près, la Canadian Music Week, où les Independant Music Awards le placent en lice dans la catégorie « Francophone Artist of the Year ». Et y’a les Européens qui trippent sur son cas aussi, semble-t-il…

Et cette semaine, disais-je, show au Soda, sorte de rentrée montréalaise où il présentera pour la toute première fois le spectacle de son 2e album, Une version améliorée de la tristesse, dans une mise en scène d’Olivier Morin (Otarie, Clothaire Rapaille, l’opéra rock ; L’assassinat du président). Un concert que je regrette de devoir manquer, mais que je vous encourage fortement à mettre à l’agenda. La Saint-Valentin, anyway, c’est un peu (pas mal) surfait. Sors ta blonde dans un resto n’importe quel soir de la vie, c’est moins quétaine, dis-lui qu’tu l’aimes tous les jours, pis ça va lui faire ben plus plaisir que ce passage obligé de Cupidon pis de ses maudits petits cœurs à la cannelle dégueulasses.

Peter Peter
Une version améliorée de la tristesse
Spectacle mis en scène par Olivier Morin
Club Soda
Jeudi 14 février, 20 h
Première partie : Beverlay

*dixit l’attachée de presse de la soirée, Isabelle Ouimet

Music
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(Fr) Deux sacs de plastique dans les pieds, un gros manteau, des mitaines et une tuque

C’est samedi dernier, le 19 janvier, que se sont révélés à moi les attraits d’une soirée à l’Igloofest. La région d’Ottawa-Gatineau peut bien se vanter d’avoir son Bal de neige avec la plus grande patinoire du monde et ses queues de castor, Québec son traditionnel Carnaval duquel la ville peut être plus que fière, mais Montréal n’est certainement pas en reste avec l’Igloofest. Depuis 7 ans, ce festival urbain transforme les quais du Vieux-Port en gigantesque piste de danse malgré le froid qui doit se déclarer vaincu par autant d’enthousiasme ! 

Rendez-vous à 19 h (apéro et préparation) :

En ce samedi plutôt enneigé, je me rendais chez mon amie Anne (chroniqueuse, Électrons libres) pour y prendre l’apéro et se préparer à vivre une soirée hors du commun. Pour nous mettre dans l’ambiance : vin, fromage et musique. Elle choisit de mettre un disque qu’elle vient de recevoir  « Music of imaginary » du duo canadien-suisse Berry Weight. Parfaite pour commencer la soirée, cette musique aux rythmes électro légers et très langoureux. La soirée avançant, elle choisit  de me faire entendre un autre duo français-québécois, Numéro #, dont les rythmes sont nettement plus accélérés. En l’écoutant, on se demande ce qu’ils peuvent bien devenir et évoquons le souhait d’entendre du nouveau matériel de ces deux comparses. On culmine avec Portishead, tout en nous préparant à affronter le froid : sacs de plastique aux pieds, mitaines, tuque et hop !!

Igloofest. Photo : Elise Apap

Arrivée à Igloofest :

Ça fait 9 ans que j’habite Montréal, j’ai souvent visité le Vieux-Port, mais jamais encore je n’avais vu un tel décor et senti cette énergie. Attiré dès la sortie du taxi, je souhaitais aboutir le plus vite possible sur le site! Des panneaux lumineux ornent l’entrée du site pour indiquer clairement la direction à prendre et des agents d’accueil munis de porte-voix nous souhaitaient la bienvenue et nous fournissaient toutes l’information pertinente à propos du festival. Super!

De plus, la météo était favorable : petite neige et température clémente pour vivre une soirée extérieure comme celle-là!

Igloofest. Photo : Vivien Gaumand

Un tour de piste :

L’impressionnante scène principale, « Scène Saporo », où sont accueillis les DJs internationaux et locaux plutôt grand public, n’a rien à envier aux autres festivals de ce genre. Des VJs proposent leurs créations sur d’immenses murs qui encerclent la scène et proposent un décor moderne digne de la qualité de l’ensemble de la programmation. Partout où je me suis baladé sur le site, je suis resté dans l’ambiance. Il faut se le dire : à l’Igloofest, oui, il y a un igloo (en matière plastique format abri tempo) baptisé pour l’occasion « Igloo Virgin Mobile ». C’est d’ailleurs sur la scène de cet igloo que l’équipe de la programmation propose une sélection de DJs plutôt marginaux et spécialisés. Le style ne convient pas nécessairement à un vaste public, mais plutôt à des fanatiques amateurs de musique électronique en soif de découverte.

Igloofest. Photo : Miguel Legault

Pour connaître la programmation complète c’est ici.

Sinon sur le site du festival, vous pourrez également écouter des extraits des DJs et y retrouver de l’information à leur propos.

Il reste trois fins de semaine d’Igloofest et je vous suggère fortement d’y faire une virée!

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(Fr) Cosmic Mandrill ou un univers d’encens, de Moomins et d’animaux mécaniques

À la recherche de l’évènement le plus curieux du mois de décembre dans le calendrier de La Vitrine, je suis tombé sur Cosmic Mandrill au Monument-National. Comme c’est un spectacle musical et que je n’ai pas encore couvert ce genre d’évènement, je me dis : « pourquoi pas? »… D’autant plus que le descriptif nous promet un « projet de musique Post-Rock/Ambiant Solo » qui offre un « voyage élevant et mélodieux au coeur des sentiments et idéaux de l’âme humaine. ». Ça a l’air trop mystique, faut que j’y aille!

J’arrive donc au Monument-National vers 19 h 50 où l’on m’indique que le spectacle a lieu au 4e étage : allons-y pour les escaliers! Plus je m’approche de la salle, plus mes narines sont assaillies par une odeur d’encens, quand je parlais de mystique. Arrivé au lieu-dit, je constate que nous serons dans ce qui doit être la salle la plus intime du Monument. Quand je dis intime, c’est très intime, disons que j’ai plus de doigts et d’orteils que la quantité de personnes qui se trouvent déjà sur place; sans compter qu’ils semblent pas mal tous se connaître (amis? famille?). Là, c’est clair, je sais que je suis à la bonne place : si ce gars-là devient populaire, je pourrai dire que MOI, je l’ai vu à son premier concert public. Comme le dit souvent ma relectrice préférée : « il n’y a pas d’avant-gardistes, il n’y a que des retardataires » et pour une fois, je ne traînerai pas de la patte!

Revenons au concert en soi. Avant que le tout commence, je m’approche de la petite scène sur laquelle sont posés un clavier, une guitare, un micro et un étrange cheval blanc en métal d’où émane l’encens. Ma petite inspection terminée, je retourne m’asseoir et c’est à ce moment que les lumières se tamisent et qu’entre, sur scène, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Un sourire, à demi-gêné, il se lance dans sa première pièce au clavier. Puis, s’enchaînent avec lenteur et rêve des pièces classiques au piano, soft-rock à la guitare. Après 3-4 morceaux arrive le moment de gloire du fameux cheval qui trône sur la scène : Samuel Paré, le nom du singe cosmique, l’active et le cheval fait aller sa tête et sa queue dans tous les sens… Au plus grand plaisir des spectateurs qui rient dans la salle. Drôle de cassure avec le côté onirique installé précédemment, mais qui n’est pas pour me déplaire. Malgré la prestation du cheval, ma préférence va sans contredit à une reprise électro au clavier d’une musique dans le dessin animé des Moomins, dessin animé de mon enfance plutôt mélancolique, mais que j’appréciais beaucoup. En fait, je trouve que les Moomins n’est pas anodin : ça cadre bien avec son univers musical, qui porte sur l’amour, l’état de la société, l’humanité avec une pointe de romantisme et de vaporosité (dans le sens de vaporeux). Après une courte heure de musique, le tout se termine sur une pièce dédiée à l’espoir.

Je profite de la fin du spectacle pour aller poser quelques questions au maître de cérémonie. J’apprends que le nom Cosmic Mandrill est tiré d’une « discussion nowhere » sur les singes et l’espace, mais qu’après coup le nom a pris un tout autre sens. En effet, en décomposant Man/drill, on se retrouve avec l’homme-perceuse. En fait, il espère, avec sa musique, percer la couche d’indifférence des humains. De son côté, le fameux cheval a été trouvé dans le fond du placard de son coloc’ (notons qu’à la taille du cheval, il doit avoir un méchant grand garde-robe). À terme, Samuel aimerait avoir toutes sortes d’animaux mécaniques qui décoreraient la scène et s’animeraient pendant ses prestations. Il m’a dit aussi posséder une libellule géante, qui malheureusement était hors-service ce soir-là, bien dommage…

Il a de la motivation et c’est très chouette à voir. Je lui souhaite beaucoup de succès avec Cosmic Mandrill. Si vous voulez vous aussi partir et flotter un peu en attendant son prochain concert, je vous invite à jeter un œil – et une oreille – à son seul vidéoclip fait maison pour l’instant.

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(Fr) Party du jour de l’An Immersif

Nous vous avons déjà fait notre top 10 des partys de Nouvel An, mais maintenant on vous offre un de ses partys!

Le  party du jour de l’An présenté à la SAT est désormais une tradition de la scène montréalaise. Venez célébrer l’arrivée de 2013 dans la Satosphère avec des effets visuels époustouflants créée par les artistes Jocool et Liverty. Pour vous faire danser, nul autre que Busy P, Vincent Lemieux, Vosper et Jealous Lovers.

Vous aimeriez assister à cette super soirée?

Alors dites-nous, quels sont les artistes faisant parti du label Ed Banger de Busy P ?

Répondez dans les commentaires plus bas.

Le tirage se fera vendredi le 27 décembre 2012.

Music
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(Fr) L’art audio comme jouet musical

L’«art audio». Terme parapluie qui implique que le son soit le matériel de base d’une oeuvre, et que celle-ci soit émerge d’une vision davantage plastique que musicale. De l’étendue de ce concept, le Eastern Bloc a choisi de mettre l’accent sur son aspect performatif, pour présenter dès demain une première rencontre internationale sur l’art audio. Le thème : Objet inusité et matériaux résiduels.

Sûr qu’avec Lisa Gamble comme co-commissaire il fallait s’attendre à privilégier les pratiques DIY aux dispositifs coûteux.  «Je voulais que ce sommet soit le plus primitif, le plus littéral possible. Jouer avec le sens des objets du quotidien est pour moi une idéologie.» Lorsqu’elle performe sous le nom de Gambletron, c’est avec des bouilloires, des jouets d’enfants ou encore une scie et des roues de vélo, comme on pourra voir lors de sa performance vendredi soir.

Lisa Gamble aka Gambletron au Eastern Bloc

Très peu d’écrans d’ordinateur, donc, à la rencontre internationale sur l’art audio. Plutôt des moniteurs pour bébé, des conduits de ventilation, des éclats de verre, des bouts de ficelle et des amplificateurs. On souhaite entendre le son, mais aussi le voir, le sentir et comprendre son influence directe sur son environnement. «La pratique d’un artiste génère des sons, mais également des transformations physiques au niveau du matériel qu’il utilise», explique Éliane Ellbogen, co-commissaire du festival et directrice artistique du Eastern Bloc.

Maxime De La Rochefoucauld, par exemple, utilise les vibrations d’un haut-parleur pour créer des automates qui frappent sur des instruments de manière oscillatoire.

De manière plus extrême, Yann Leguay pose un microphone à la place de l’aiguille d’un disque à couper le métal afin de créer un larsen qu’il tente ensuite de contrôler. En atelier, l’artiste sera présent pour nous apprendre à fabriquer une graveuse à vinyles DIY. On pourra aussi fabriquer notre propre instrument à multiples bandes magnétiques pour enregistrer des mixtapes, et s’essayer à programmer un dispositif qui utilise les mouvements du corps pour faire de la musique.

Yann Leguay

«L’important, pour moi, était que la musicalité soit toujours présente, précise Lisa Gamble. C’est l’idée de départ : un mariage entre la musique et l’art audio, pour que des gens qui comme moi viennent plus du milieu de la musique se mélangent au milieu plus plasticien de l’art audio.»

Jean-Pierre Gauthier, Keiko Uenishi, Darsha HewittLucas AbelaThomas BéginJeremy Gordaneer, Peter Blasser et Peter Flemming  présenteront aussi des performances, des ateliers et des installations. Le festival culminera samedi par un concert à la Sala Rossa avec Orkestar Kriminal (chansons grecques, cambodgiennes et mexicaines des années 20-30), Agor (projet solo d’un membre du duo pop Blue Hawaii), le quatuor-devenu-duo Valleys, l’électro pop de Un ainsi que Dj Matteo Grondini.

Objet Inusité : Rencontre Internationale sur l’art audio se déroule du 19 au 22 décembre au Eastern Bloc et à la Sala Rossa.

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Supercalifragilistic - Crédit Jeremy Daniel1

(Fr) Est-ce un oiseau? Est-ce un avion? Non, c’est Mary Poppins !

J’ai 7 ans et demi. J’ai la face d’une cocotte qui vient de faire un mauvais coup. Pourtant, il n’en est rien. Je suis juste un peu… fébrile. Je suis sûre que si j’avais pu me voir dans un miroir, je m’y serais vue avec un sourire espiègle pis des flammèches dans les yeux. Avoir su, je me serais mis une petite robe de tannante pis je me serais fait des tresses, genre. Toute seule comme une grande, je monte le bel escalier de Wilfrid-Pelletier. J’ai passé à un cheveu de pas avoir de billet, mais ma petite face excitée a du convaincre la madame de la table de presse que j’étais de bonne foi. La preuve, il est près de minuit, je reviens à peine de la Place des Arts, je bois du thé et j’essaie de calmer mon excitation post-Mary Poppins en vous donnant un moyen tuyau : c’est pas mal bon.

Vous savez, au départ, c’est basé sur une série de livres de Pamela Lindon Travers parue dans les années 30. Trois décennies plus tard, le film qui en est tiré sort en salles et est plus que louangé. Puis, début des années 2000, quelqu’un de bright a réalisé qu’un film de même, c’est comme tout indiqué pour le music-hall, hein, quand même, pis s’est lancé dans l’aventure. Résultat : Londres, 2004, New York, 2006, tournée nord-américaine, 2009, et Montréal, 2012 ! Je sais pas trop ce qui se passe, mais de plus en plus de comédies musicales viennent nous en mettre plein la vue dans la métropole francophone d’Amérique par excellence, comme si Broadway tentait de s’ouvrir un Teather au cœur de notre si hot Quartier des spectacles. Je ne m’en plaindrai pas !

Alors donc, hier soir, y’avait du monde tout plein, du monde partout, de tous les âges. Beaucoup d’enfants, beaucoup de familles, beaucoup d’anglophones. Le spectacle propose les textes en langue originale, ce qui faisait ben mon affaire. L’ensemble est communicatif, énergique, l’histoire on ne peut plus imagée, et on arrive sans peine à capter l’essentiel du message : A spoonful of sugar helps the medicine go down (C’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler) ! Et y’a pas que la médecine qui coule bien par ici : la succession des scènes, l’enchevêtrement des chansons, les multiples changements de décors et de costumes (chapeau à l’équipe en coulisse et dans les échafauds) ; tout défile à une folle vitesse. Un tourbillon, sans doute le même qui a amené Mary Poppins à la maison des Banks, nous emporte pendant deux heures et demie qui se mangent aussi vite que des bonbons d’Halloween.

Mary et Bert. Crédit photo : Jeremy Daniel

De la couleur, en veux-tu en v’là, du mouvement, du bonheur, du délire, même. La magie de Walt Disney fait son œuvre, on embarque assez rapidement merci, et on se laisse parfois aussi aller à fredonner les tounes accrocheuses imaginées il y a 40 ans par les frères Sherman. Ça grouille sur scène, de partout en même temps, l’œil et l’oreille sont surstimulés. Des performeurs triple threat, ces artistes-là ? Mets-en. Ils ont tous une superbe présence, bien en masse pour accoter leur voix, ils swingnent pas pire de la patte (il y a même un super numéro de claquettes !), ils se donnent plus qu’à fond, et on comprend mieux pourquoi il n’y a que huit représentations chez nous (en 4 jours !). Sans blague, à l’énergie que l’impressionnante distribution a démontrée, ça doit être rough su’l système…

Je m’excuse, je vais passer le commentaire explicatif sur le synopsis du show. Je dirai simplement que cette douce folie, un brin démesurée, parvient instantanément à nous faire décrocher du quotidien, à l’exemple de George Banks qui, en laissant entrer Mary Poppins dans sa maison, a consenti malgré lui à y laisser aussi pénétrer un chaos plus qu’utile. Tout se passe si vite, tout est tellement bien rodé, sans paraître machinal ou banal, on a envie de leur piquer un cerf-volant pour s’y mettre nous aussi, de ramoner des cheminées en chantant Step in time, de Feed the birds avec la dame aux oiseaux pis de vivre A Jolly Holiday avec Mary ou de décoller en sa compagnie avec son célèbre parapluie.

Bert. Crédit photo : Kyle Froman

On regrette quelques scènes du film qui ne font pas partie de la comédie musicale, comme l’heure du thé avec l’oncle Albert qui se peut pu de rire avec sa table volante ou le carrousel avec les chevaux qui prennent vie, mais on oublie vite les entorses au scénario ou la surprise des nouvelles chansons (qui s’intègrent très bien, d’ailleurs) grâce à la panoplie d’artifices scéniques mis à contribution pour nous éblouir et à la performance des artistes (je pense à Bert, interprété par l’excellent Con O’Shea-Creal, qui danse littéralement au plafond, tête en bas) et, bien entendu, de l’orchestre, qui fait une job du tonnerre dans la fosse. De toute façon, la maison de poupée des enfants Banks, la valise de Mary Poppins remplie de trésors impossibles à y faire entrer, l’acariâtre Miss Andrew, la posture de Madeline Trumble : e-xac-te-ment pareille que celle de Julie Andrews, bien campée, pieds en V, ça, ça y est, et pis plein d’autres choses formidables pour retomber en enfance et passer un bon moment psychédélique.

Supercalifragilisticexpialidocious. C’est tout ce que j’ai à dire de plus.

Mary Poppins

Salle Wilfrird-Pelletier de la Place des Arts

du 21 au 25 novembre

Music
VaisseauFantome_PhillippeJasmin

(Fr) La vraie affaire

Il y a différentes façons de voir les choses. Tu peux tripper à regarder dans ton salon un vidéo d’un mec qui s’est scotché une caméra dans le front pour sauter en parachute. « Wah ! », que tu te dis. « C’est donc ben malade ; j’ai l’impression d’être là, de le faire pour vrai ! » En plus, c’est le meilleur des mondes : ça te coûte presque rien, ça te permet de rester tranquille chez vous avec ton pop-corn, et pis c’est ben-moins-dangereux-que-de-sauter-pour-de-vrai-en-bas-d’un-avion-à-une-couple-de-milliers-de-pieds-dans-les-airs-et-de-risquer-de-t’écraser-la-face-dans-un-champ-de-blé-d’inde. Han ! Wise. Sauf que. C’est pas la vraie affaire.

La vraie affaire, j’en ai discuté avec Michel Beaulac, directeur artistique de l’Opéra de Montréal, la semaine dernière : « on est comme pas mal tous dans une période de recherche d’équilibre ».Tiens tiens. Et l’Opéra n’y échappe pas. Il y a beaucoup de changements à venir, de tous les points de vue, à tous les niveaux, avec les nouveaux moyens de diffusion qui sont à notre disposition. En tentant de nous projeter dans l’avenir, il soulève une question qui m’a fait très peur : « Et si un jour il n’y avait plus de salles de spectacle ? Avec l’obsolescence des édifices religieux de nos jours, qu’arrivera-t-il des autres types de “ temples ” qui accompagnaient notre vie jusqu’à maintenant ? » Restera-t-on dans le confort de notre foyer pour regarder en direct les différentes productions artistiques du monde entier sur notre cinéma maison avec nos chips pis notre bière ? Ou bien plutôt, à force d’être surexposés à ce mode de vie individualiste et quasi reclus, aura-t-on besoin de vivre ce moment humain, avec d’autres humains, dans un théâtre « où la puissance du réel supplantera le virtuel, comme une communion, un moment privilégié et unique » ? On y trouvera peut-être là un refuge, ou une fuite, contre la virtualité, ou plutôt vers l’humanité… Pour vivre l’émotion en communauté, en accord, en symbiose avec la musique. « Il y a tellement d’œuvres impérissables, et le public a soif de cette expérience-là, et sur le vif ». Reste que l’implication et l’expérience sont différentes. Pour Michel Beaulac, « en général, les gens sont agréablement surpris de leur visite à l’opéra. Il leur manque donc juste le coup de pouce pour s’acheter un billet et le guts d’aller s’abandonner, de se laisser envahir par la musique ». C’est une question de curiosité, d’habitude, d’aventure…

Là, c’est l’hiver qui s’en vient pas mal vite, pis une fois Coup de cœur francophone terminé, qu’est-ce qu’on va faire de nos soirées ? Mettons, je dis bien mettons, que tu sais pas quoi faire entre le 10 pis le 17 novembre. Ben checke ça : t’as quatre chances d’aller voir Le Vaisseau fantôme  de Wagner. C’est l’Opéra de Montréal qui le présente. À la Salle Wilfrid-Pelletier de la PdA. Fais une surprise à ta blonde, invite-la au resto pis toute, pis bam ! amène-la à l’opéra. Sûr que tu vas gagner des points. Ou ben : sors ton beau linge, crêpe-toi les cheveux, magasine un veston pour ton Jules, faites-vous ben beaux pis payez-vous une soirée classe. Et heavy. Heavy comme dans heavy metal. Oui oui, t’as bien lu.

Le Vaisseau Fantôme. Crédit Photo : Philippe Jasmin

Un pote de Michel Beaulac, qui en était un fan fini, lui a déjà dit, à sa première sortie à l’opéra, quand il a vu le Vaisseau en 1993, qu’il trouvait que ça ressemblait drôlement à un show d’heavy metal, parce que les accents sont tellement forts, tellement plus grands que nature, tellement toute. Et le Vaisseau ne fait pas exception : c’est aussi vrai pour nombre d’autres œuvres opératiques, comme Tosca ou Carmina Burana. « Ce fracas des sons, dans une harmonie organisée, et l’impact tellement fort des excès de l’émotion, des expressions », nous rejoignent, correspondent à l’intensité de ce qu’on peut vivre, mais à travers le foyer d’une loupe ou le cadre d’une caméra.

Parce que l’opéra, c’est aussi une aventure presque… cinématographique ! « Le Vaisseau est une œuvre annonciatrice de l’écriture wagnérienne, très théâtrale, une œuvre totale, une œuvre profonde, construite de façon magistrale, moins abstraite, et à la portée de tous, du point de vue de la musique comme de l’histoire comme telle », m’explique Michel Beaulac. À son avis, « si Wagner était un de nos contemporains, il serait sans aucun doute un extraordinaire compositeur de musique de film, comme la plupart des compositeurs d’opéra, d’ailleurs. » Sa musique, très descriptive, trouvera écho dans ce qu’on promet être une très belle production du Vaisseau, « à la scénographie audacieuse, proposant un excellent moyen d’exprimer l’enfermement : l’univers clos de Senta, qui est habitée par son fantasme du Hollandais volant », notamment. Par le biais d’un prisme rectangulaire à double pente (à cour et à proscenium), on illustre le côté déstabilisant de cet inconfort et de cet enfermement tragique des personnages. « Dans un cadre postmoderniste/minimaliste où les éléments de l’histoire y sont magnifiés, comme au travers d’une loupe », parce que dans le fond, c’est ça l’opéra : on fait un gros plan, comme au cinéma, on te le met en pleine face pour être sûr que tu manques pas le plus important : l’émotion dans le prisme de l’action.

Le Vaisseau Fantôme. Crédit Photo : Philippe Jasmin

À l’opéra, le temps est surréel, aussi. Il devient comme élastique ; on perd conscience de nous-mêmes. En l’occurrence, pour le Vaisseau, un gros 2 h 40, incluant un entracte après le premier acte — formule adéquate pour un public varié, néophyte comme puriste. Cette élasticité du temps, donc, qui perd sa mesure, comme l’amour, la douleur, l’attente, passées à travers une longue-vue qui fait un gros plan sur les sentiments exacerbés des protagonistes, demeure plus vraie et plus grande que nature, évidemment, mais parvient tout de même à trouver une cohérence, une réverbération surprenante avec nos propres expériences.

Mais je me perds, je me perds, j’te dis, et je m’excuse, même, Michel Beaulac m’en a tellement dit, des affaires, des vraies affaires, sur cet opéra auquel j’ai donc hâte d’assister — commence par aller écouter son Ouverture ; OUCH… Mais j’y pense ; je t’en ai encore pas dit grand-chose ! Le Vaisseau fantôme, de son titre original Der fliegende Holländer (ou The Flying Dutchman, en angla), c’est l’histoire d’une poulette, Senta, qui « aime le mystérieux capitaine que son père lui propose en mariage. Elle ne sait pas qu’il s’agit d’un fantôme : le sinistre “Hollandais volant”, condamné à errer pour l’éternité, jusqu’à ce qu’il trouve une femme prête à l’aimer[1]… » Pour le reste, bah faut être là ! Et non, ça n’a rien à voir avec Pirates des Caraïbes, pis le beau Johnny Depp n’est pas de la distribution. Par contre, on y trouve de grands talents allemands, des chanteurs « à la voix de bronze, qui implique une solidité, une résonance, un appui, une projection exceptionnels. Des voix qui conviennent à la “pâte” orchestrale, qui flottent, portées par la musique, ne luttent pas », ne coulent pas, mais voguent avec elle, se laissent porter par la légende marine pour y donner encore plus de corps, de fluidité. Michel Beaulac me confie — et je n’ai pas de mal à me l’imaginer  !— qu’« on a littéralement l’impression d’être sous l’eau, entouré d’eau », de vivre la mer, de la sentir de partout, nous entourer, nous bercer, sans toutefois nous submerger ; le feeling limpide de faire partie de l’univers du Hollandais volant… Un clapotis, une sensation de danser avec lui, et dans ce que l’océan a de plus imprévisible, violent et doux à la fois, le tout dans « une masse sonore tellement imposante » que c’en est effrayant et grisant à la fois.

Pis j’ai une pas pire bonne nouvelle pour toi : y a de maudites bonnes chances que t’aimes ça. J’te jure. Je te l’ai déjà dit. Mais c’est la même chose que pour le sauteux de parachute de salon :  soit tu bouffes du pop-corn. Soit tu fonces pis tu vis la vraie affaire.

Le Vaisseau fantôme

Opéra de Montréal

Salle Wilfrid-Pelletier dela Placedes Arts

10, 13, 15, 17 et 19 novembre 2012, 19 h

Conférence préopéra : 18 h 30


[1] Source : Opéra de Montréal

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