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(Fr) Corrompu de Guy Nantel : le parti d’en rire

S’il ne fera rien pour améliorer le cynisme de la population envers la classe politique, le spectacle Corrompu de Guy Nantel risque cependant de dérider les électeurs, tous partis confondus.

Il est étonnant qu’il n’y ait pas davantage d’humour politique au Québec. Après tout, les politiciens d’ici sont, au minimum, aussi risibles que ceux des autres pays! Voilà pourquoi Corrompu de Guy Nantel fait du bien dans le paysage du rire. Alors qu’un grand nombre de ses collègues humoristes évoquent leurs rénovations, leurs problèmes de couple ou leur jeunesse dans les années 1980, le nouveau spectacle de Nantel tire plutôt à boulets rouges sur nos élus et les « gnochons qui votent pour eux », dénonçant de façon hilarante les travers de notre Belle Province, « le seul endroit au monde où une lieutenante-gouverneure en chaise roulante peut se faire rembourser un demi-million de dollars en frais de ski ».

C’est dans le but de répondre à « tous les fatigants » qui lui demandent pourquoi il ne se lance pas en politique que Guy Nantel a écrit Corrompu, un one-man show dans lequel il se propose comme « premier dictateur démocratiquement élu de l’histoire de l’humanité ». Rien de moins. En une heure trente, l’humoriste expose son programme électoral, où il promet notamment d’instaurer des cartes d’assurance-maladie Or et Platine, d’enlever le droit de vote aux épais, et de changer les prisonniers et les personnes âgées de place pour que nos vieux fassent la belle vie en prison tandis que les détenus n’ont droit qu’à un seul bain par semaine en CHSLD.

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Politiquement incorrect et mal embouché (il donne d’ailleurs un cours de sémantique sur le sacre dans un numéro pissant où il explique la différence entre un « petit crisse » et un « tabarnak »), Guy Nantel parvient à faire rire tout en prononçant les pires énormités, sourire en coin, dans une ironie au deuxième et troisième degré qui n’est pas sans rappeler les belles années d’Yvon Deschamps. À ceux qui disent que la violence n’est jamais une solution, par exemple, il réplique : « c’est parce que tu fesses pas assez fort, hostie! ». Muni de ses seuls textes et d’un sens de la livraison impeccable, l’humoriste s’amuse à baver le public à tout bout de champ durant son spectacle, tissant ainsi une belle complicité avec la salle.

S’il y a une chose qu’on peut encore se payer en cette période d’austérité, c’est bien la tête de nos élus, et c’est précisément ce que fait Guy Nantel avec Corrompu, un spectacle décapant qui provoque autant les rires que la réflexion.

 

 

 

 

Comedy
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(Fr) Étienne Dano : confessions d’un excessif

S’il n’est pas toujours évident de se démarquer lorsqu’on fait partie de la relève en humour, Étienne Dano n’a pas ce problème avec son premier spectacle solo intitulé Excessif.

Avant de monter sur scène, Étienne Dano fait immanquablement le tour de la salle pour serrer la main de chaque spectateur. Il n’y avait peut-être que 200 personnes lors de la représentation à laquelle j’ai assisté, mais quitte à s’y prendre quatre jours à l’avance, l’humoriste s’engage à faire la même chose si jamais il se produit au Centre Bell. En cette période de transmission de la grippe et de l’Ébola, le geste n’est pas que courageux : en accueillant les gens à la bonne franquette, comme s’il recevait de la visite dans son propre salon, Dano tisse ainsi un lien de complicité immédiat, installant du même coup le ton très personnel de son premier spectacle, intitulé Excessif.

À part le vidéoclip de sa chanson parodique sur les « douchebags », je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment le travail d’Étienne Dano. Bien que l’humoriste pratique la forme la plus classique du stand-up comique, sans décors, personnages ou costumes, sa façon de jouer avec le vocabulaire m’a agréablement surpris. Ses jeux de mots sont parfois douteux (« Comment t’appelles-ça une salade qui se fait huer? Une salade de chouuuu! »), mais à d’autres moments, il se lance dans des envolées oratoires dignes des Loco Locass et de la slam-poésie, comme lorsqu’il décrit son expérience dans un casse-croûte (« Quand y fait chaud et que c’est le rush, ça roule et c’est hot dans une roulotte à hot-dogs »).

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Étienne Dano passe du coq à l’âne durant l’heure et demie de son spectacle, puisant principalement dans ses souvenirs et ses anecdotes personnelles pour livrer des gags légers, mais la plupart du temps efficaces. Entre les histoires sur sa première brosse à la crème de menthe, sa jeunesse dans les années ’80 à Beauharnois, ou son hommage hilarant à Cyril Chauquet, l’animateur d’une émission de pêche au Canal Vie, ses talents de conteur font crouler la salle à maintes reprises. Son monologue sur le jeu compulsif, un problème avec lequel l’humoriste est aux prises depuis l’âge de 24 ans, constitue sans aucun doute le moment le plus fort de sa performance, provoquant autant les rires que la réflexion.

Sans révolutionner la formule du stand-up, le premier spectacle solo d’Étienne Dano contient assez d’humour et de personnalité pour que le public passe un bon moment en compagnie de cet humoriste de la relève, qui gagne certainement à être connu.

Comedy
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Une soirée cauchemardesque

Mardi dernier, j’étais à la place de la Paix, posé tranquille à assister au concert John Williams de l’Orchestre de la Francophonie présenté par la SAT. Perdu dans mes souvenirs de la Guerre des Étoiles quand, soudain, un Bat-Signal dans la nuit m’appelle : ce soir, dans 15 minutes, le Zoofest présente un one-man-show : Charles Beauchesne présente : Bienvenue dans mon cauchemar. Non, en fait, c’est juste un rappel sur mon téléphone qui sonne… Abandonnant Schindler, E.T. et Luke Skywalker, je cours vers le théâtre Ste-Catherine (un peu déçu, mais quand le devoir appelle…). Et franchement, j’ai bien fait!

Le Zoofest a beau exister depuis 5 ans, je suis étranger au festival. Pas que l’idée d’encourager des humoristes émergents me déplait, au contraire! Comme l’a déjà dit Rozon à TLMEP « Qui peut être contre le rire? »… En fait, c’est juste que seulement, des fois, la vie, vous voyez, d’autres activités, voilà… Non, je sais, ce n’est pas très convaincant, je n’ai pas vraiment d’excuses. Mais bon, c’est maintenant chose du passé, car mardi dernier, je me suis rattrapé.

Pour moi, non-initié, le Zoofest, c’est 3 semaines de spectacles d’humour décalé, dans des salles minuscules avec un public friand de nouveauté. Je ne m’avancerai pas sur le reste du festival, mais le cauchemar de Charles Beauchesne était exactement ce à quoi je m’attendais… Et même plus.

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Donc, arrivé vers 21h50, une petite file, principalement peuplée de gens dans la trentaine, entre tranquillement dans le Théâtre. Malgré l’étroitesse du lieu, je me trouve une place au balcon. Quelques minutes d’attente, puis arrive sur scène un chauve aux sourcils épais, portant un chandail rayé blanc-noir et manipulant une marionnette. Celle-ci introduit le spectacle à venir en insultant allègrement Charles Beauchesne. Un peu confus devant cette mise en bouche, je me questionne un peu sur ce qui va suivre.

Soutenu par des textes très bien ficelés, Charles Beauchesne nous enmène dans un voyage sur ses peurs et angoisses. On navigue dans des eaux fort curieuses où s’enchainent son emploi comme lutin du père Noël dans un centre d’achats, ses aventures avec une ogresse sur un site de rencontres, sa phobie de Lady Gaga, ses discussions avec son frère nonchalamment raciste. Mélangeant crises de nerfs, dénonciations et moments pathétiques, il nous fait rire… beaucoup! Une seule déception : une heure de spectacle c’est trop court, on en demanderait plus!

Donc, si comme moi, vous n’êtes jamais allés au Zoofest, vous avez jusqu’à ce dimanche. Dépêchez-vous, parce que sinon vous devrez attendre un an avant de pouvoir en profiter, et un an, c’est long! Malheureusement, il n’y a plus de représentations de Charles Beauchesne, mais un bref coup d’œil à la programmation de la fin de semaine vous permettra sûrement de trouver de quoi vous déchainer les zygomatiques.

 

 

Comedy
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François Bellefeuille : La rage de rire

Avec son premier spectacle solo, François Bellefeuille s’impose dans le paysage de l’humour québécois grâce à son personnage aussi philosophe que timbré et à son humour de choc.

Colère et hilarité ne vont pas nécessairement de pair. Il faut un talent comique hors du commun pour parvenir à dilater la rate de son public en faisant des montées de lait. Même s’il est encore considéré comme faisant partie de la relève, et qu’il présente actuellement son tout premier one-man show en carrière,  François Bellefeuille, un humoriste dont le niveau d’indignation est proportionnel aux rires qu’il provoque, y parvient sans difficultés. En bref, plus son personnage pète sa coche, plus on se bidonne. Dès son arrivée sur scène, il confie que « le spectacle n’est pas à la hauteur de ses attentes, surtout le numéro de danse », et électrise la salle avec son style de comédie très particulier.

François Bellefeuille passe habilement du coq-à-l’âne dans ce premier spectacle parfois déroutant, mais diablement drôle. Les raisons de sa colère vont des Bixis aux légumes (« le goût, c’est crissement pas leur force! »), en passant par les sudokus, la calvitie, ou les vendeuses de la Senza qui refusent de l’aider à trouver la taille de sa poitrine. Teintée d’un brin de maladie mentale, la logique tortueuse de son personnage crée des gags imprévisibles dont la chute est la plupart du temps vociférée. N’allez pas penser que la formule finit par s’épuiser durant l’heure et quart que dure sa prestation : Bellefeuille maîtrise à merveille ce curieux mélange de colère et d’absurde.

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On pourrait qualifier François Bellefeuille de stand-up hystérique. Imaginez un Lewis Black québécois souffrant de troubles psychologiques, ou un improbable croisement entre Pierre Légaré et Amédée Brisebois. Muni d’un simple micro, il livre une performance complètement survoltée, appuyée par la mise en scène de Martin Petit. Un écran vidéo est mis à contribution à deux moments particulièrement forts du spectacle. Lors d’un numéro empreint de surréalisme, l’humoriste hirsute découpe différents endroits sur la carte du monde pour les relocaliser ailleurs. Dans un autre, il effectue la narration de deux livres pour enfants (dont l’infâme Caca Boudin), en hurlant ses commentaires vitrioliques à chaque illustration.

Ce premier one-man show est un véritable feu roulant de gags bizarroïdes, et constitue une bouffée de fraîcheur dans un monde où les humoristes sont parfois un peu trop sages. N’ayons pas peur des mots : François Bellefeuille livre l’un des meilleurs spectacles d’humour de l’année. À voir absolument, à moins que vous n’aimiez pas rire aux éclats.

 

Comedy
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Une autre planète de Réal Béland : Objet hilarant non identifié

Qu’il porte le chapeau de comédien, de réalisateur, de musicien, d’animateur ou d’humoriste, Réal Béland ne fait jamais rien comme les autres, comme le prouve son plus récent spectacle, intitulé Une autre planète.

Réal Béland est une drôle de bibitte. Pratique-t’il l’humour absurde, ou est-il simplement étrange de nature? Non mais, sérieux? Une chose est sure : l’humoriste ébouriffé aux gags parfois tirés par les cheveux n’hésite jamais à sortir des sentiers battus pour faire rire. C’est précisément son côté bizarroïde qui sert de fil conducteur à la douzaine de sketchs composant son nouveau spectacle, intitulé Une autre planète. Si Béland y est présenté en introduction comme « un homme vivant dans six dimensions spatiotemporelles en même temps, dont les blagues sont parfois destinées aux gens d’une autre planète », ça ne devrait pas empêcher les Terriens d’apprécier la performance disjonctée du comique, au contraire.

Une vaste majorité d’humoristes québécois pratiquent leur art dans le plus simple appareil. Pas tous nus évidemment, mais c’est armé d’un seul micro qu’ils livrent leurs monologues, sans beaucoup d’éléments de mise en scène. Ce dépouillement facilite sans doute la logistique quand vient le temps de partir en tournée, mais c’est aussi ce qui différencie Une autre planète des autres shows de stand-up comique. Écran géant, participation du public, costumes, présentations vidéo et montages sonores contribuent à donner vie à l’univers singulier de Réal Béland et à sa galerie de personnages tous plus éclatés les uns que les autres, parmi lesquels on retrouve l’incontournable King des ados, la madame du sexe est dans l’enveloppe, ou encore Messkurtz, un nouveau venu peu impressionnant dans le monde des fascinateurs.

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En plus d’offrir une performance rodée au quart de tour, Réal Béland réserve certains moments à l’improvisation, un défi pas toujours évident à relever, surtout en humour. Son talent d’improvisateur se révèle entre autres dans le numéro mettant en vedette son fameux personnage de Monsieur Latreille. Avec le même esprit qu’un jeune faisant des mauvais coups au téléphone, il appelle des parents ou des amis de personnes présentes dans la salle, et tente de glisser une série de mots choisis par le public dans sa conversation. Lors du spectacle auquel j’ai assisté, il est parvenu à placer les mots « balai », « pogo », « bonbon patate » et « bobettes parachute » du tac au tac en badinant avec sa victime. Grâce à ces quelques sketchs improvisés, chaque représentation est unique.

En regardant Une autre planète, on se demande souvent comment le cerveau de Réal Béland peut bien fonctionner pour accoucher de tels gags. Si vous appréciez l’humour sur un registre différent, vous ne serez certainement pas déçus par ce spectacle, qui nous fait voyager dans l’univers parfois étrange, mais toujours drôle, d’un humoriste qui évoque, à certains égards, une version québécoise d’Andy Kaufman.

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photo : Geneviève Moreau

(Fr) On prend toujours un cabaret pour rire.

Toujours à la recherche du spectacle le plus étonnant de la programmation de La Vitrine, j’ai découvert cette fois-ci un spectacle à l’image des cabarets qui ont marqué la vie nocturne de Montréal. C’est donc au Cabaret du Lion d’Or (ouvert depuis les années 30!) que je me suis dirigé jeudi dernier, pour assister au spectacle On prend toujours un cabaret pour la vie 3. 3, parce que bien que ce soit mon premier, c’est en effet le 3e cabaret du groupe L’Usine qui est derrière la production de ce spectacle annuel.

Le soir-dit, j’arrive une dizaine de minutes avant le début du spectacle, une jeune femme en paillette m’accueille et me désigne une section VIP, comme dans Vraiment Intimiste et Proche de la scène. En effet, je me trouve installé à quelques mètres de la scène. Je profite des quelques minutes qui restent avant le lancement du spectacle pour jeter un oeil au public derrière moi et constate rapidement qu’on doit être au moins 200, si ce n’est pas plus ! Ce bref survol m’apprend aussi que je suis clairement en minorité générationnelle… En effet, la salle est peuplée de têtes blanches, la moyenne d’âge doit sûrement tourner aux alentours de 50 ans et plus. Disons que ça change de mes chroniques précédentes !

À peine cette rapide inspection terminée, le spectacle se lance avec une courte vidéo d’introduction caractérisée par un esprit faussement sérieux du même ton que les vidéos publicitaires de l’évènement. La vidéo est à peine terminée que la soirée démarre en force avec un numéro de danse du dynamique animateur de la soirée, David Michaël. Après une courte discussion au « tu » avec le public où j’apprends qu’environ la moitié de la salle en est à son premier Cabaret pour la vie (ouf! je ne suis pas le seul), l’animateur nous annonce que tous les numéros sont des originaux et qu’ils ont été présenté nulle part ailleurs (en veux-tu de l’exclu, en v’là!). Puis, il invite les jumelles Simard à présenter le premier numéro de la soirée qui pourrait se résumer à de la nage synchronisée sur du Carmina Burana électro qui donne un bon numéro de mime à deux.

Après cette première prestation, s’ensuit une série de présentations tantôt drôles, tantôt étranges mais toujours surprenantes. Un ex-couple gay nous propose une semaine de thérapie baptisée Gay-Rire et qui, semble-t-il, permet de se libérer de son homosexualité; un bien joli et bien drôle pied-de-nez à tous ceux qui considèrent l’amour du même sexe comme une maladie. S’ensuit un poème sur les racines amérindiennes. Puis, un numéro de danse par des marionnettes qui retrace l’histoire de la danse de 1920 à aujourd’hui. S’enchaînent au grand plaisir des spectateurs des pas de charleston, swing, rock’n’roll, disco, hip hop, etc. Le tableau suivant touche à l’absurde avec une petite danse ridicule du producteur du spectacle, qui joue de la flûte à bec en habit médiéval cheap sur une musique de pipeau : digne d’un numéro des Chick’n’Swell ! Toute une façon de passer à l’entracte !

La deuxième partie du spectacle repart en force avec un numéro de peinture en direct avec la reproduction du célèbre tableau L’origine du monde de Gustave Courbet. Reproduction tout en humour et en émotions. Clairement, mon coup de coeur de la soirée ! S’ensuit Derrekarenn, une numéro de danse ridicule et chant approximatif par un couple des plus quétaines qui se veut un hommage à Michael Jackson. Je vous invite à découvrir la robe léopard de Karenn en cliquant ici. Puis, l’animateur nous annonce que le numéro suivant est un de ses petits fantasmes : une entrevue de Céline Dion par Guy A. Lepage. Pour réaliser ce rêve, il a réalisé un petit montage audio de différentes entrevues des deux célébrités et le tout est joué par deux mimes. Rigolo ! Le numéro suivant, titré Le Bal des Actrices, est l’un des meilleurs de la soirée. Sur l’air de Cell Block Tango du film Chicago où les trois actrices parlent des difficultés de leurs carrières dans le monde du spectacle : le public, leur image, les préjugés, etc.

Le dernier numéro, beaucoup plus grave,  met en scène une violoniste (très talentueuse!) du nom de Roxanne Del, qui joue la célèbre musique thème de Requiem for a Dream sur fond de carrés rouges. Je vous laisse imaginer la puissance du numéro… Heureusement, la finale vient radoucir l’atmosphère : tous les artistes du spectacle montent sur scène pour chanter  Tous les cris les S.O.S. de Daniel Balavoine. Étonnant, à l’image du spectacle en entier. Bref, cette troisième édition m’a agréablement surpris et j’attends avec impatience celle de l’année prochaine !

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