Emmanuelle Riva (Anne). Photo de Darius Khondji, (c) Films du Losange, Courtoisie de Sony Pictures Classics.

(Fr) Au cœur de Amour

Aimer, c’est nous rendre vulnérable, à la merci de cette personne ou de cette chose que l’on aime. Et si elle partait ?  Et si elle ne m’aimait plus ? Et si la vie nous séparait?

Et qu’en est-il de la mort qui isole les destins ?  Car rien n’est plus universel; peu importe notre statut social ou nos croyances, la mort viendra tous nous chercher un jour. Tout ce qu’il est possible de souhaiter, cest au mieux, de mourir dans la dignité et auprès des gens que nous aimons.

Ces deux thèmes forts, intrinsèques à l’humain, sont au cœur de Amour, le tout dernier film de Michael Haneke, qui nous rappelle que nous sommes avant tout des êtres fragiles. Devant l’amour comme devant la mort.

C’est l’histoire d’Anne et de Georges, qui coulent des jours tranquilles. Amoureux depuis leur jeune âge, ils ont vieilli côte-à-côte, la douceur des jours qui passent ayant forgé leur relation et leur complicité.  Jusqu’à ce qu’un incident survienne et fasse perdre toute autonomie à Anne, celle-ci devenant peu à peu étrangère de sa propre vie.

Emmanuelle Riva (Anne) et Jean-Louis Trintignant (Georges). Photo de (c) Films du Losange, Courtoisie de Sony Pictures Classics

D’un rythme lent et sans intrigue véritable, Amour est un film qui se ressent. Hyper réaliste, on assiste à une chute,celle de Anne, mais aussi àcelle de leur amour tel qu’ils le connaissaient.

Huis clos parfois claustrophobique mais avant tout intimiste, Amour n’aurait pu porter un nom plus juste. Car bien avant la dégradation et la souffrance, il s’agit de l’histoire d’un grand amour qui se termine, d’une vie qui s’envole. Amour et une œuvre enrobée de tendresse.

29e oeuvre du réalisateur autrichien Michael Haneke, Amour pourrait bien être un des films les plus récompensés du cinéaste, avec notamment cinq nominations aux Oscars.

La carrière de Haneke comporte cependant déjà plusieurs films forts appréciés du public et des galas.

Le Septième continent fût le premier long métrage de celui-ci, en 1989. D’autres films suivront rapidement, mais c’est Funny Games (1997) qui sera son premier film présenté à Cannes, un film qui d’ailleurs, causera beaucoup de remous en raison de sa violence. C’est Haneke lui-même qui réalisera des années plus tard, soit en 2008, le remake américain de ce même film, mettant en vedette Naomi Watts et Tim Roth.

Suivra le magnifique La Pianiste, interprété par l’une de ses muses, Isabelle Huppert, que l’on retrouve d’ailleurs aussi dans Amour. Le film remporta en 2001 le Grand Prix à Cannes.  Haneke deviendra alors l’un des auteurs les plus cotés du cinéma européen.

Il obtiendra sa première Palme d’Or à Cannes en 2009, grâce au troublant Le Ruban Blanc, un film relatant les racines du nazisme.  Amour sera sa 2e Palme d’Or.  Un exploit, sachant que très peu de réalisateurs auront reçu 2 fois cette distinction majeure au cours de leur carrière.

Amour ne serait pas ce chef d’œuvre sans le talent et la justesse d’interprétation de Jean-Louis Trintignant et d’Emmanuelle Riva. Ce couple, on y croit, on le ressent.

Mais Trintignant a failli ne pas y jouer, lui qui avait définitivement abandonné le cinéma des années plus tôt, et ce, pour les planches du théâtre.  Mais l’admiration qu’il a pour Haneke a eu raison de lui, et heureusement!  Un tournage qui fut très émotif, mais hautement révélateur pour l’acteur. Avec plus de 130 films au cours de sa carrière, Trintignant mentionne que Amour est le plus beau de sa carrière, et le dernier.

Michael Haneke et Jean-Louis Trintignant. Photo de © Denis Manin, Courtoisie de Sony Pictures Classics.

Quant à Emmanuelle Riva, c’est avec étonnement qu’elle apprend qu’elle sera en nomination aux Oscars pour « meilleure actrice », pour son interprétation d’Anne dans Amour. À 86 ans, elle sera l’actrice la plus âgée à être en nomination dans cette catégorie, sans compter qu’elle y sera avec la plus jeune jamais nominée : Quvenzhané Wallis, 9 ans, pour son jeu dans Les Bêtes du sud sauvage.

C’est en 1959, dans Hiroshima mon amour,  qu’Emmanuelle Riva se fera connaître mondialement.  Quelques années plus tard, elle sera couronnée à la Mostra de Venise pour son interprétation dans le film Thérèse Desqueyroux de Georges Franju.

Tout ces talents au service du réalisateur ont fait de Amour un film à voir. Bien qu’il soit par moment exigeant pour le spectateur, ce film vit en nous bien longtemps après son visionnement puisqu’il est pratiquement impossible d’en ressortir sans toutes ces questions, sans cette boule dans le ventre qui nous amène à nous demander ce que la vie nous réserve, si quelqu’un sera à nos cotés une fois malade, ou alors, si nous serions capable d’une telle dévotion et d’un tel amour.

Amour, un mot magnifique, pour un tout aussi magnifique film.

L’Excentris présente Amour plusieurs fois par jour.  

Sources :

http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18618019.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Haneke
http://www.leparisien.fr/cinema/actualite-cinema/amour-trintignant-j-avais-peur-que-cette-histoire-fasse-trop-souffrir-24-10-2012-2261045.php

Cinema
affiche-spasm2012

(Fr) Le Cabaret Trash du Festival Spasm

Pour inaugurer ma participation au Lèche-Vitrine, je me suis aventuré, vendredi dernier, au théâtre Plaza où avait lieu le Cabaret Trash du Festival Spasm. Attention, âmes sensibles, s’abstenir.

Avant de me lancer dans cette soirée projection, je ne connaissais que très peu le Festival Spasm, si ce n’est qu’il a lieu depuis plusieurs années aux alentours de l’Halloween et qu’il propose plusieurs soirées de projection. Il faut quand même, cher lecteur, que je t’informe que bien que ce festival me soit plutôt inconnu, je suis un habitué du festival Fantasia. En bref, mes expériences passées dans les salles obscures du réputé festival de genre montréalais m’ont permis de ne pas trop me sentir étranger  à ce qui a pu se passer au Cabaret Trash. Et question de me faire une idée de la thématique de la soirée, je vais jeter un coup d’oeil au site web qui me dit : « Votre rendez-vous annuel de courts métrages remplis de stupidités immatures, offensantes, sexistes, dérangeantes et carrément de mauvais goût! »… Ça promet !

Bref, j’arrive vers 20 h 30, une petite file d’attente est formée, notons que les portes ouvraient à 20 heures et que la projection était prévue pour 21 heures. Ainsi, en attendant dans la file, j’entends, au loin, de la musique plutôt festive, dont le fameux « Woo hoo » des 5.6.7.8′s (b.o. de Kill Bill!) ainsi que du Cindy Lauper! Étonnament, ça me plaît déjà… Quand arrive mon tour de m’enregistrer au comptoir, on m’appelle M. Trottier -wow! C’est pas rien d’être chroniqueur pourLa Vitrine, je crois que je vais aimer ça- et j’en profite pour récupérer une programmation des courts-métrages de la soirée.

Une fois le manteau posé, j’entre dans la salle du Plaza et jette un bref coup d’oeil aux alentours, question de voir à quoi ressemblent les étranges créatures qui peuplent le Cabaret. Disons que globalement, le noir est à l’honneur sur ces 25-35 (en gros, je suis pile dedans, donc je passe bien inaperçu). Profitant du temps dont je dispose avant, je vais jeter un coup d’oeil à la table de vente, où une charmante fan finie du festival me présente les compilations DVD Spasm Horreur ainsi qu’un long-métrage français titré Burn in Paris qui me semble plutôt délirant (au passage je reconnais un DVD de Phylactère Cola). Elle m’apprend que plus de 90% de la programmation du festival est québécoise.

Vers 20 h 55, je pars en quête d’une chaise sans savoir que je me lance pour près de 3 heures de phallus, d’hémoglobine et de bizarroïde à me faire tordre les zygomatiques dans tous les sens. La première portion démarre en force avec Strobosketch, des séries de saynètes, de 5-10 sec. plus délirantes les unes que les autres; ce fût probablement le coup de coeur du public de la soirée, à entendre leurs cris de jouissance, auxquels j’ai quelque peu participé. Puis, on nous balance une série de courts-métrages les plus hétéroclites qui soient : des relations extraconjugales légales, un producteur violant un réalisateur, un meurtrier et sa pelle sur lesquels le sort s’acharne, un hommage absurde aux émissions pour enfant, un monsieur cheval qui lit dans les pensées et un massacre pour une chanson rock des années 80.

Un petit entracte de 15 minutes me permet de discuter avec quelques réalisateurs, dont François Simard et Anouk Whissell (aussi connus pour Turbo Man dans lequel a joué Yves Corbeil), qui m’expliquent l’avancement de leur long-métrage éponyme. Je prends quelques minutes avec le réalisateur Simon Lacroix, aussi membre de l’équipe de programmation du festival, qui me recommande de venir au Total Crap, un ramassis de tout ce qui s’est fait de pire à la télévision dans les années 80.

Le second bloc démarre, au grand plaisir des festivaliers, avec d’autres Strobosketch puis s’enchaînent : ce que ça goûte un homme, une histoire de trip à 4 sur la 132, des questions existentielles sur le bol de toilette, un court-métrage très très court, Gaston Lepage qui commente des projections d’organes reproducteurs masculins -oui, oui- et à quoi pense un gars au lit. Pour finir la soirée en beauté -ou en laideur, c’est selon-, on nous offre en petit bonus un courts-métrage présenté l’année dernière, où un homme déguisé en vieille femme trop maquillée fait des bricolages avec un ourson en peluche, de la viande à fondue, un raisin sec et de la colle chaude… Un seul mot : MIAM!

Une fois les projections achevées, j’en profite pour accrocher Jarrett Mann, président co-fondateur qui déclare que la soirée du Cabaret Trash est une tradition de l’immature. Il me souligne au passage que le festival, ce n’est pas juste du gore et de l’horreur. En fait, ça se veut juste une grosse soirée de « fun » entre amis où on boit une bière en regardant toutes sortes de films. Et franchement, je ne peux que l’avouer, j’en ai eu ben du « fun ». Il vous reste donc 2 fins de semaine pour en avoir aussi et on s’y croisera peut-être parce que j’y retourne, c’est certain!

Cinema
Alter-Egos-1

(Fr) La folie Fantasia

Ça y est, c’est parti pour la folie contagieuse du Festival Fantasia qui fête cette année son 16e anniversaire. À 16 ans, on en fait des conneries, mais surtout, on repousse nos limites (et surtout celles de nos parents). C’est pas mal la même chose pour Fantasia qui nous présente jusqu’au 9 août, une programmation éclatée, excentrique et qui s’enligne pour plusieurs soirées de fête et d’abus cinématographique. Vivement le « sweet sixteen » de Fantasia!

Je dis folie Fantasia car il s’agit bel et bien d’un engouement bien présent, autant du public que des artisans de l’industrie du cinéma. Instauré en 1996 par Martin Sauvageau, André Dubois et Pierre Corbeil, Fantasia est aujourd’hui un des plus importants festivals de sa catégorie au monde! Et pour ses festivaliers, Fantasia représente la seule chance qu’ils ont de visionner des films qui autrement, resteraient méconnus du public montréalais.

À en voir les étoiles qu’un d’entres-eux a dans les yeux lorsque je lui demande pourquoi il aime Fantasia, je n’ai plus de doutes sur le caractère unique du festival : « C’est « THE » occasion de visionner des films étrangers et canadiens différents de ce que le marché régulier nous offre ».

Pour bien d’autres, c’est le côté « gore » du festival qui les attirent ainsi. Il faut y être pour comprendre; zombies et sushis meurtriers ont leur lot de fans et l’ambiance qui règne dans une des deux principales salles de visionnement (Théâtre Concordia Hall et la Salle J.A de Sève (Université Concordia)) est digne d’un show rock. Beaucoup plus de rires que de peurs dans bien des cas, bien que la programmation offre aussi de véritables films d’horreur avec des revenants pis d’autres créatures ben épeurantes, pour vrai. Le genre d’images qui te restent dans la tête juste au moment

d’éteindre les lumières. Classique.

Mais Fantasia, c’est bien plus que du fantastique et de l’horreur, car même s’il s’agit d’une portion importante de sa programmation, des films d’animation, des drames, des comédies romantiques et de nombreux films d’humour sont aussi présentés. Malgré les nombreuses années d’existence du festival et les 75 000 spectateurs de l’an passé, les préjugés sont encore très présents face au genre de films présentés. Combien de « ce n’est pas mon style de films » ai-je entendu de la bouche des personnes à qui j’ai demandé ce qu’ils pensaient de Fantasia.

À ceci, un fan répond qu’il est carrément impossible de ne pas trouver au minimum un film intéressant, peu importe le « style » cinématographique préféré de la personne. Suffit de prendre connaissance de la programmation, par genre de film par exemple, et hop, la liste des films correspondants défilera. Allez, jetez-y un œil pour voir!

Exercice que j’ai d’ailleurs fait et qui m’a mise dans le plus grand des dilemmes : trop de films intéressants à voir pour l’horaire dont je dispose! Je me suis limitée, c’est le cas de le dire, à une vingtaine de films. Avec ça, je fais office de « consommatrice modérée » si on en juge par la quantité impressionnante de personnes qui peuvent aller voir jusqu’à 40, voire 50 films en 22 jours de festival!

J’ai donc choisi pour l’occasion un heureux mélange de comédies (Wrong, Alter Egos, Lloyd of the Conqueror, New Kids Turbo, etc.) de drames (Sons of Norway, Starry Starry Nights, etc.), de films d’animation (Wrinkles, ParaNorman, The King of Pigs, etc.), d’horreur et de zombies (Isn’t Anyone Alive, Excision, Sleep Tight, A little bit zombie, Zombie Chic, etc.) de fantastique (Dans le ventre du dragon, The Fourth Dimension, Robo-G, The Sorcerer and the White Snake, etc) et bien sûr, la fi-fille que je suis ne pouvais passer à coté de quelques films d’amourrr avec For Love’s Sake, Love Fiction, et Nakedness Which Wants to Die Too Much.

Outre la variété de films, la provenance de ceux-ci est particulièrement intéressante et éclectique. Même s’il est vrai que lors des tous débuts de Fantasia, les films présentés provenaient exclusivement de Hong Kong et du Japon, celle-ci s’est beaucoup diversifiée au cours des années. Cette année, sur un total de 160 films, on compte plus d’une trentaine de pays participants. Le Japon reste toujours un des pays les mieux représentés au festival avec plus de 35 films mais plusieurs autres proviennent du Canada, des États-Unis, de la Corée du Sud, du Royaume-Uni, de Cuba, et j’en passe.

Autre point fort imputable à Fantasia; le festival offre une chance unique à son public de rencontrer des gens de l’industrie du cinéma : réalisateurs, producteurs, acteurs et autres, qui souvent, font honneur de leur présence et de leur temps. Conférences et rencontres spéciales sont donc aussi au rendez-vous. À mettre à votre agenda, s’il vous reste du temps!

Bon, c’est bien beau tout ça, mais j’ai justement un film qui m’attend. J’ai déjà hâte d’aller m’imprégner de l’univers de Jordan Gallan pour son film Alter Egos, présenté en première mondiale ce soir. Il s’agit d’un genre de Woody Allen à la sauce super-héros, comme le décrit Tony Timpone via le site du festival. Et si je suis chanceuse, je pourrai peut-être y rencontrer certains des acteurs du film ainsi que le réalisateur… une occasion unique et possible grâce à Fantasia.

Convaincu(e) ?!

Cinema
LaVitrine

(Fr) Fantasia – Ton titre de film!

Depuis sa fondation en 1996, le Festival international de films Fantasia est maintenant reconnu comme le plus grand et plus influent festival de sa catégorie en Amérique du Nord, une référence majeure sur la scène internationale du cinéma de genre et l’un des événements cinématographique les plus courus au pays.

Nous avons 4 lisières de 10 billets à offrir pour l’édition 2012 du festival Fantasia!

Tente ta chance, INVENTE UN TITRE DE FILM DE CINÉMA DE GENRE! 

Date limite : vendredi, 11 h am

Cinema
McCord

(Fr) Mary Pickford sous les feux de la rampe

Le dernier (et seul!) film muet que j’ai vu, c’est The Artist.  Il faut dire que la tendance dans le domaine du cinéma, c’est plus les effets spéciaux que le noir et blanc d’avant guerre, mais il y a visiblement un intérêt pour les styles cinématographiques différents, et The Artist en est le parfait exemple.  Nominé et récompensé maintes fois, ce film nous rappelle les débuts du 7ième art.  Et pour des cinéphiles comme moi, c’est toujours bon de connaître la base. Mary Pickford fait justement partie de ces pionniers du cinéma muet et pour qui le Musée McCord consacre une exposition complète réunissant plus de 200 objets. Suivez le guide! 

C’était la première fois que j’allais au Musée McCord.  J’ai tout vu ce que ces lieux avaient à m’offrir, dont une splendide exposition sur Montréal, Montréal – Points de vue, avec des images géantes de notre belle ville, tapissées sur les murs.  C’est cependant dans une salle au décor rappelant les salles de cinéma des années 20 que j’ai débuté mon apprentissage sur les premières années de l’histoire du cinéma hollywoodien, mais aussi et surtout, sur l’une des toutes premières stars de cette époque : Mary Pickford.

Il est possible que comme moi, vous ne saviez pas avant aujourd’hui qui était cette Mary Pickford.  La plupart d’entre nous connaissons probablement mieux Charlie Chaplin, avec qui d’ailleurs, elle cofonda la United Artists en 1919.  Surnommée la « la fille aux boucles d’or », Mary Pickford conquit rapidement le cœur de ses spectateurs et devint une véritable icône du cinéma muet américain. Née Gladys Louise Smith en 1892 à Toronto, elle fît ses premières armes au théâtre, notamment à Broadway, pour finalement faire carrière au cinéma.  55 films et 141 courts-métrages en 27 ans de carrière. Dur à battre… je dis bonne chance aux Taylor, Kristen et Miley de ce monde!

Mary Pickford, film Coquette, tirage d’époque, photographe inconnu, 1929

Autant d’années de métier, ça commence à faire beaucoup d’archives!  Réalisée par Sylvia Frank, directrice du Film Reference Library and Special Collections du TIFF,  et scénographiée par Denis Carrier de Carrier Communication,  l’exposition Mary Pickford et la création du star-système du Musée McCord présente d’une façon intéressante et magnifiquement imagée la carrière et la vie personnelle de la star chérie du cinéma muet.  L’exhibition souligne aussi l’influence qu’eut le cinéma muet dans l’évolution cinématographique que nous connaissons aujourd’hui. Nous pourrions être tentés de croire que notre génération a tout inventé, mais plusieurs des mêmes techniques aujourd’hui utilisées l’étaient déjà à cette époque : montage ultra-rapide, superposition d’images, plan rapproché… le cinéma muet ce n’est pas seulement de la claquette.  Parlez-en à Gabriel Thibaudeau, porte-parole de l’exposition, compositeur et spécialiste de l’accompagnement du cinéma muet.  Lui, il s’y connaît plutôt bien dans le domaine! Et lorsqu’il parle de Mary Pickford, il en parle avec beaucoup de passion : « Malgré les apparences et la fragilité de ses personnages, Mary était une femme forte, une femme d’affaires. Elle fût d’ailleurs la 1ère et seule femme à avoir possédé un studio à Hollywood ».

Des centaines d’objets-souvenirs exhibés provenant de la Collection Rob Brooks Mary Pickford de la Film Reference Library du TIFF, on peut y admirer de magnifiques affiches originales faites à la main, parfaitement « vintage », des photographies, des couvertures de magazine dont l’édition Maclean’s de septembre 1918, des produits de cosmétique Mary Pickford (les produits dérivés étaient nés!), des robes, dont une splendide Jeanne Lanvin.  Et de tous ces objets, c’est une toute petite chose qui m’a le plus fascinée : sa carte de membre de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences.  Elle était le membre numéro 3.  Imaginez, l’académie compte aujourd’hui plus de 6000 membres provenant de 36 pays différents!¹

Il est aussi possible de visionner des extraits de films muets mettant en vedette la belle Mary.  Confortablement assise sur de véritables bancs de cinéma, j’ai pu me délecter de quelques extraits qui tantôt m’ont fait rire, tantôt effrayée!  Vous riez, mais dans Sparrows (1926) la scène du marécage plein de crocodiles avec Mary tentant désespérément de sauver sa trâlée d’enfants perchés sur une branche au-dessus de la marre… angoissant!

C’est donc via le parcours de l’enfant-chérie de l’Amérique que je suis plongée dans ces années où tout était à faire, tout était possible. L’avenir appartenait à ces vedettes et rien ne semblait vouloir ébranler leur rayonnement.  Mais, les choses étant ce qu’elles sont,  l’arrivée du cinéma parlant fît passer Mary Pickford de « première icône à première has been ». La précarité du star-système faisait ses premières victimes…

L’exposition Mary Pickford et la création du star-système est au Musée McCord jusqu’au 8 octobre 2012. 

Crédits photos : Musée McCord

¹Source

Cinema
Cosmopolis

(Fr) La déroute d’un parcours

J’avoue devant vous, chers lecteurs, que je ne suis pas une connaisseuse de David Cronenberg.  En fait, je n’ai jamais vu aucun de ses films. Quand j’avais vu que Cosmopolis était en compétition pour la Sélection Officielle de Cannes, je me suis dit : « Tiens, pourquoi pas?! ». Compte-rendu de ma fascinante découverte cinématographique.

J’y ai découvert un univers particulier, ça, c’est certain. Bien connu pour ses films aux ambiances sombres et aux sujets étranges, Cronenberg propose dans Cosmopolis violence, sexualité et apocalypse intérieure.  Tantôt philosophiques, tantôt explicites, je me suis laissée entraîner dans les discussions entre les personnages, jusqu’à en ressortir la tête pleine de réflexions de toutes sortes. Effet étrange que ce Cosmopolis de Cronenberg eût sur moi…

Provenant de l’adaptation du roman de Don Delillo portant le même nom, le film relate le trajet d’Eric Packer, un multimilliardaire de Manhattan, en route vers son coiffeur. Un trajet simple à la base, vous me direz (et tout à fait valable – vous ajouterez – si vous êtes une fille!) mais qui deviendra complexe, voire interminable. Dans sa limousine, Packer recevra en chemin employés, amis et amantes. Lors de ses arrêts, il retrouvera sa femme pour le lunch et le souper, et terminera son parcours, non pas chez le dit coiffeur, mais dans l’appartement miteux d’un homme ayant croisé son chemin à un certain moment de sa vie.

Dès le début, un climat d’étrangeté et de chaos se fait sentir. On se croirait dans une époque sans âge mais  que l’on peut deviner futuriste. La froideur et la superficialité des contacts entre Packer et ses interlocuteurs accentuent le sentiment de solitude que les personnages semblent ressentir.  Fort de dialogues contradictoires et sans continuité, on a l’étrange impression d’assister à un cirque verbal tournant en rond.  Beaucoup de mots, beaucoup de réflexions mais peu de conclusions.  Ne reste que les vapeurs d’angoisses et d’oppressions des protagonistes.

Maintenant, réglons le sujet épineux du choix de Robert Pattison en tant que personnage principal. Comme possiblement certains d’entres-vous, j’étais plutôt sceptique, pour n’avoir connu de lui que son personnage de vampire au maquillage cheap et tombeur de ces dames (désolée pour les fans de Twilight!). Mais, mea culpa, Pattison, avec sa gueule carrée et ses airs d’inatteignable, réussit parfaitement à nous faire capter l’essence de son personnage, l’énigmatique et complexe Eric Packer.

Quant aux autres acteurs de Cosmopolis, notons la performance de Sarah Gadon dans le rôle de l’épouse froide et blasée, Juliette Binoche dans celui de l’amante « cougar » du richissime Packer et Paul Giamatti, qui se réserve pour la toute fin du film, et qui comme toujours est excellent.

À la musique, qui se révèle par ailleurs très discrète, on y retrouve la signature de Howard Shore, un habitué des films de Cronenberg. Quant à la photographie, Peter Suschitzky réussit à nous faire ressentir l’atmosphère lourde et apocalyptique du Manhattan de Cosmopolis.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les amateurs de Cronenberg ne seront pas déçus. Réalisateur canadien de renom, il débuta sa carrière en 1966 avec Transfer, un court métrage de type expérimental. C’est cependant avec son film La Mouche en 1986 qu’il deviendra mieux connu sur la scène internationale.  Par la suite, pratiquement tous ses projets cinématographiques seront le résultat d’expérimentations et afficheront des visions étranges et controversées de notre civilisation.  Par exemple, Crash (1996), un film exposant l’attrait sexuel qu’entrainent les accidents de la route. Pas besoin de vous dire la controverse que ce film souleva, mais qui obtenu néanmoins le Prix spécial du jury au Festival de Canne. Et, fait intéressant, Cronenberg a été nommé en 2009 Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur pour avoir « fortement contribué au développement de la coopération culturelle franco-canadienne »¹.

Bref, me voilà désormais initiée à l’art de Cronenberg! Si ce n’est pas déjà fait pour vous, c’est l’occasion de le faire en allant visionner Cosmopolis, projeté en version originale sous-titrée au Cinéma Excentris jusqu’au 21 juin.

¹http://cinema.lapresse.ca/nouvelles-et-critiques/nouvelles/nouvelle-cinema/8001-David-Cronenberg-recoit-la-Legion-dHonneur-a-Toronto.html

Cinema
Crédis photo : Cathie Bourassa

(Fr) Love Anyways

Le mot « révolution » est en ce moment sur toutes les lèvres.  Ce qui se passe auprès de la population ces jours-ci le démontre bien.  Mais à plus petite échelle, une révolution peut aussi se passer en chacun de nous. Agitation et chambardements, voici Laurence Anyways de Xavier Dolan.

C’est sur fond de manifestation que j’ai eu la chance d’assister au tapis rouge de la première mondiale de Laurence Anyways au Cinéma Impérial de Montréal.  Sur le tapis, Xavier Dolan, Suzanne Clément, Melvil Poupaud et compagnie nous ont parlé de leur film, de leur vision de l’amour et de la différence.  J’étais franchement impressionnée, surtout que l’émotion était palpable chez les comédiens, et surtout chez Dolan, fier de nous présenter (enfin!) son film.  Ils ont parlé, je les ai écoutés et j’ai eu hâte de m’imprégner de cet univers qui les a fait vibrer pendant plusieurs jours, et encore davantage ce jour là…

Pour son 3e long métrage, Dolan nous parle d’amour. Rien de bien nouveau, vous me direz, mais pourtant si ; c’est une histoire d’amour « transexualisée », c’est-à-dire qui se transforme lentement mais surement, après que Laurence (Melvil Poupaud) annonce à Fred (Suzanne Clément), l’amour de sa vie, qu’il veut devenir une femme. Une décision qui n’est pas la sienne, mais avec laquelle Fred devra tout de même apprendre à vivre, par amour. Un amour qui devra composer durement avec les jugements de la société, mais aussi des gens gravitant autour d’eux.

Suzanne Clément, magnifique comme toujours, décrit Laurence Anyways, comme « l’histoire d’un amour impossible, une histoire qui fait mal ». C’est aussi un récit portant sur la différence à l’intérieur d’un monde normalisé.

Parlons-en du regard des autres sur ce qui n’est pas « conforme ». Le choix d’étaler cette épopée amoureuse dans les années 90 n’est pas étranger à la notion de jugement provenant de la société.  Outre le fait que cette époque représente pour Xavier le « territoire nostalgique » de son enfance,  il a d’abord voulu susciter un questionnement auprès des spectateurs, principalement concernant le transsexualisme et la différence à plus large échelle : « Est-ce que les choses ont vraiment changées, dix ans plus tard ? »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Laurence Anyways fait jaser et attire.  Un film où l’on ressent bien l’univers unique de son réalisateur et qui se garde bien d’avoir été influencé par d’autres œuvres cinématographiques.  Il s’agit plutôt « d’hommages délibérés, d’allusions et de clins d’œil à des photos, des magazines de mode, de la littérature et des poèmes ». Dolan, réalisateur tentaculaire de 23 ans, nous livre donc un film généreux, mixant embardées fantasmagoriques et réalisme brutal.

Tentaculaire parce que Xavier Dolan veille sur tout, ou presque : scénarisation, réalisation, montage, éclairage, en passant par les costumes.  Cependant, à la différence de ses deux autres films (J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il  ne joue pas dans Laurence Anyways. Mais lorsqu’on lui demande pourquoi, il répond : « Ce n’est pas parce que mon nom n’est pas au générique que je n’ai pas joué dedans. J’ai beaucoup joué avec les acteurs sur le plateau, derrière la caméra ».  Xavier qualifie d’ailleurs l’expérience du tournage comme étant très « participative ».

Une présence que ses acteurs semblent tous avoir beaucoup appréciée. Melvil Poupaud, pour qui il s’agissait d’une première expérience de tournage avec Dolan, a d’ailleurs trouvé très excitant de le suivre dans sa direction : « J’admire Xavier pour son autorité. Il se fait confiance à lui-même. Il arrive à imposer sa vision au reste de l’équipe. »

Par ailleurs, pour cet acteur français d’expérience (il a commencé sa carrière à 10 ans), le vrai défi n’a pas été de se déguiser en femme, mais bien de s’intégrer à l’équipe, entièrement québécoise, et d’entrer dans l’univers particulier de Xavier Dolan.

Rien n’est donc trop gros pour Xavier, qui a su s’entourer d’une brochette d’acteurs très impressionnante. Des acteurs qui l’ont tantôt impressionné avec leur jeu, à lui en faire perdre la carte!  Autre Melvil Poupaud et Suzanne Clément, soulignons aussi la remarquable présence de Nathalie Baye dans le rôle de la mère de Laurence, ainsi que de Monia Chokri interprétant la soeur récalcitrante de Fred.

Quant à la trame sonore signée Noia,  elle demeure essentielle dans cette œuvre épique ou les scènes chargées d’émotions ne manquent pas.  On navigue dans des époques et des genres différents avec par exemple The Cure, Marie-Denise Pelletier, Tchaïkovsky et Moderat avec la pièce A New Error que l’on a pu entendre dans la bande annonce originale du film.

Bien sûr, on ne pourrait parler de Laurence Anyways et de son jeune réalisateur sans mentionner sa présence à Cannes dans la catégorie Un certain regard, une déception aux yeux de celui-ci qui aurait souhaité concourir en compétition officielle. Gageons que ce n’est que partie remise, d’autant plus que cette expérience lui a inspiré son prochain long métrage.  À suivre donc.

En terminant, lorsqu’on demande à Xavier à qui s’adresse Laurence Anyways, il répond : « à n’importe qui ayant déjà vécu une histoire d’amour ».  Alors là, je sais pas vous, mais moi, je me sens concernée!

Cinema
Intouchables

(Fr) Ces touchants intouchables

Il y a de ces histoires qui nous touchent parce qu’elles sont tout simplement belles. Elles nous réconcilient avec la race humaine grâce à la force et à la bonté qu’elles transportent.  Le film Intouchables, c’est précisément cela : émouvant, drôle, authentique.

Intouchables s’inspire de l’histoire vraie de Philippe Pozzo di Borgo, riche homme d’affaires français devenu tétraplégique à la suite d’un accident de parapente,  et d’Abdel Yasmin Sellou, son aidant, un malfrat aux origines algériennes venant tout juste de sortir de prison et n’ayant aucune formation d’auxiliaire.  C’est via les personnages de Philippe (Philippe Pozzo di Borgo) et de Driss (Abdel Yasmin), que l’on assistera à la formation d’une amitié salvatrice entre ces deux êtres aux antipodes.

Réalisé et scénarisé par le duo Olivier Nakade et Eric Toledan, Intouchables commence d’abord par un livre : Le Second souffle, écrit par Philippe Pozzo di Borgo lui-même.  Nakade et Toledano y voient là un merveilleux récit devant être raconté.  Ce n’est que quelques années plus tard que le projet démarre enfin.  Naît alors ce film à l’humour brillant, et ce, malgré une prémisse plutôt lourde. Philippe Pozzo di Borgo pose d’ailleurs cette condition avant d’accepter l’adaptation de son histoire au cinéma : elle doit être traitée avec humour.

Battant récemment un nouveau record en devenant le film tourné en langue non anglaise le plus rémunérateur de tous les temps¹, Intouchables remporta en plus le Grand Prix du 24e Festival international du film de Tokyo (2011) ainsi que le prix du meilleur film aux Globes de Cristal (2012).  Ajoutons à cela plus de 9 nominations aux César 2012 dans plusieurs catégories dont : le meilleur film, le meilleur réalisateur, le meilleur scénario original, la meilleure photographie, le meilleur son ainsi que le meilleur acteur, prix d’ailleurs obtenu par Omar Sy, le comédien derrière la personnification d’Abdel Yasmin Sellou.

Un prix bien mérité pour Omar Sy, qui crève littéralement l’écran dans le rôle de Driss. Il représente le roc sur lequel le personnage de Philippe, interprété par François Cluzet, s’appuiera dans les moments les plus difficiles.

Au sujet de son aidant, Philippe Pozzo di Borgo écrit d’ailleurs dans son livre: « Il est insupportable, vaniteux, orgueilleux, brutal, inconscient, humain. Sans lui, je serais mort de décomposition. Abdel m’a soigné sans discontinuité comme si j’étais un nourrisson. Attentif au moindre signe, présent pendant mes absences, il m’a délivré quand j’étais prisonnier, protégé quand j’étais faible. Il m’a fait rire quand je craquais. Il est mon diable gardien »².

Acteur et humoriste français, Omar Sy est décidément un talent à surveiller. Ayant participé aux 2 derniers projets du même duo de réalisateurs Olivier Nakade et Eric Toledano (Tellement proches (2009) et Nos jours heureux (2006), il se révèle aujourd’hui grâce à Intouchables en remportant plusieurs prix (autre que le César du meilleur acteur). Du lot : prix du meilleur acteur (ex aequo avec François Cluzet) au 24e Festival international du film de Tokyo (2011), Prix Lumières meilleur acteur 2012, Globe de Cristal 2012, toujours pour le prix du meilleur acteur, et finalement,  l’Étoile d’or de la révélation masculine aux Étoiles d’or du cinéma français.

Selon le comédien François Cluzet, la complicité existant entre Omar Sy, Olivier Nakade et Eric Toledano était palpable lors du tournage³.  Un tournage d’ailleurs pas toujours évident pour celui-ci, qui se sentit exclu de la part des membres de l’équipe en raison de ses nombreuses apparitions en fauteuil roulant. Pour l’acteur, cela était nécessaire afin de mieux entrer dans la peau de son personnage : « À la fin, il s’est passé quelque chose d’étonnant : l’équipe me fuyait. Ils avaient la réaction que l’on peut avoir à l’égard d’un handicapé, qui fait un peu peur … j’avais besoin de rester dans le fauteuil à longueur de journée.  Je voulais ressentir cette solitude »⁴.  Une préparation qui s’en ressent dans le jeu juste et bien dosé de Cluzet.

Intouchables, c’est donc tout cela : un scénario véritable, de bons acteurs et une bonne dose d’humour et d’attachement.  Et le choix du titre, Philippe Pozzo di Borgo en dit: « Vous avez deux intouchables, paria chacun dans son genre, qui, pris séparément, sont infréquentables et, une fois ensemble, sont indestructibles »⁵.

Intouchables est projeté au Cinéma Beaubien jusqu’au 3 mai. Pour plus d’information, cliquez ici.

¹ Un nouveau record pour Les Intouchables, www.ladepeche.fr,  22 mars 2012

²Philippe Pozzo di Borgo, Le Second souffle, réédition de 2011, Bayard, pages 131-132

³Bonne humeur sur le tournage d’Intouchables, www.lexpress.fr, 4 avril 2011

François Cluzet- mis à l’écart par l’équipe de productionwww.pipole.net, 3 novembre 2011

Pozzo et Abdel : à la vie, à l’humour, Le Parisien, 2 novembre 2011

Cinema
Crédits photo : Fun film

(Fr) Derrière les grillages

Bestiaire, le nouveau film du réalisateur québécois Denis Coté, nous invite dans l’univers des animaux captifs des zoos. Grâce à un style cinématographique atypique, le film nous transporte au-delà des limites du grillage, dans un environnement ou calme et chaos se heurtent.

La fifille que je suis A.DO.RE les animaux. C’est tellement mignon, des animaux. Et parce qu’on n’a pas tous la chance d’aller faire un safari en Afrique, il y a les zoos. Beaucoup plus accessibles, les zoos nous permettent d’être proches de nos animaux favoris. Mais, en les observant à travers le grillage, on peut se demander s’ils sont heureux… Certes, ils sont nourris et en sécurité, mais ils sont aussi, et surtout, en cage.

C’est donc avec cette réflexion en tête et une certaine curiosité que je me suis rendue ce week-end à l’Excentris pour y visionner le nouveau long métrage de Denis Coté, Bestiaire, un film que j’avais entendu être plutôt singulier.

Bestiaire, le nouveau film du réalisateur québécois Denis Coté, nous invite dans l’univers des animaux captifs des zoos. Grâce à un style cinématographique atypique, le film nous transporte au-delà des limites du grillage, dans un environnement ou calme et chaos se heurtent.

La fifille que je suis A.DO.RE les animaux. C’est tellement mignon, des animaux. Et parce qu’on n’a pas tous la chance d’aller faire un safari en Afrique, il y a les zoos. Beaucoup plus accessibles, les zoos nous permettent d’être proches de nos animaux favoris. Mais, en les observant à travers le grillage, on peut se demander s’ils sont heureux… Certes, ils sont nourris et en sécurité, mais ils sont aussi, et surtout, en cage.

C’est donc avec cette réflexion en tête et une certaine curiosité que je me suis rendue ce week-end à l’Excentris pour y visionner le nouveau long métrage de Denis Coté, Bestiaire, un film que j’avais entendu être plutôt singulier.

Et en effet, pour son 6e film, Denis Coté nous offre de l’hors norme. Ni fiction, ni documentaire, ni essai, il expérimente en oscillant entre ce qu’il définit comme étant un mélange de contemplation et de poésie.

Sans dialogue, Bestiaire présente l’arrière-scène du quotidien d’animaux vivant en captivité. Un genre de téléréalité animalesque filmée sur 1 an avec quelques extensions sur le sujet, telle que la taxidermie. Le mot bestiaire réfère d’ailleurs à des œuvres consacrées aux bêtes.

D’un rythme lent, on y observe des animaux via des plans de caméra fixes, comme si nous y étions, immobiles devant ces bêtes. Parfois, le sujet est complètement hors du cadre, ce qui crée un effet loufoque. D’autres fois, le sujet nous regarde, insistant, dérangeant. Les sons ambiants, comme unique trame sonore, amplifient le sentiment de voyeurisme.

Bestiaire laisse au spectateur une grande place à la réflexion. Aucune position ne semble clairement établie par le réalisateur, ce qui n’empêche pas d’y ressentir une certaine désolation devant le sort de ces animaux sauvages captifs. L’environnement physique et l’excellent travail de Vincent Biron à la photographie nourrissent le ton mi-obscur du film.

Certainement un des projets les plus excentriques de Denis Coté, Bestiaire a néanmoins certaines ressemblances avec quelques-unes de ses œuvres antérieures, tel que Curling : peu de dialogues, des images contemplatives, un environnement austère.

Film d’ouverture de la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, sélection de la 62ième édition Berlinale en Allemagne et présenté en première mondiale au Sundance Film Festival cette année, Bestiaire est sans contredit un film différent destiné aux cinéphiles curieux. Si vous osez traverser de l’autre coté du grillage, sachez qu’il est présenté à l’Excentris jusqu’au 19 avril seulement. Pour en savoir plus cliquez ici.

Cinema
cenestrien1

(Fr) Travelling : voyage éclair au coeur du court métrage

Je parle ici de courts métrages, bien entendu! Si vous aimez ce qui est bref et bon, je vous recommande chaudement la programmation spéciale de courts métrages projetée à l’Excentris et présentée par Travelling. Ce week-end seulement, et pour un petit 11$, vous pourrez y visionner huit créations provenant des cinéastes les plus prometteurs de la relève.

Bientôt grand de 5 ans, l’organisme à but non lucratif Travelling, présente pour la toute première fois une programmation spéciale de huit courts métrages portant sur le thème de la famille. Présentés les 30, 31 mars et 1er avril à 20h30 à l’Excentris, ces films ont été judicieusement choisis afin de vous faire découvrir la crème de la crème, tous ayant remportés récompenses et/ou nominations dans des festivals et concours du monde.

Parmi les films projetés, deux retiennent particulièrement l’attention : Ce n’est rien de Nicolas Roy, sélectionné pour la compétition officielle du Festival de Cannes en 2011, ainsi que M’ouvrir d’Albéric Aurtenèche, gagnant en 2010 du Prix Jutra pour le meilleur court métrage.

Si ces cinéastes ont réussi à se faire connaître, c’est principalement dû à leur talent, mais c’est aussi en partie grâce à Travelling, fondé en 2007 par Catherine Thériault. La mission de l’organisme est claire : promouvoir les courts métrages de la relève québécoise en les distribuant et les diffusant, ainsi qu’en offrant son aide et de la formation aux créateurs. En les faisant voyager d’un festival à l’autre, Travelling met tout en œuvre pour faire rayonner ces petits bijoux artistiques ici et ailleurs.

Je dis « bijoux » car Travelling sélectionne minutieusement les films qu’il représentera pendant l’année. Pour faire un bon court métrage, il ne s’agit pas seulement de prendre de belles images avec sa caméra. « Avec l’arrivée des nouvelles technologies, il est devenu de plus en plus facile de faire des films » souligne Catherine. Mais attention, « un bon court métrage, c’est avant tout un bon scénario exprimé de façon concise », ajoute-t-elle. Et c’est principalement en respectant ce critère que Travelling sélectionne les films.

Il faut savoir que le court métrage est en quelque sorte un passage obligé vers plus grand, soit le long métrage. La plupart des plus grands réalisateurs ont d’ailleurs commencé de cette façon, c’est ce qui leur a permis de se faire remarquer.

À tort, le court métrage est souvent marginalisé, vu parfois même comme étant « underground ». Normal croit Catherine, car ils sont souvent présentés dans des événements spéciaux comme des festivals ou des compétitions, mais rarement dans des salles de cinéma grand public. Pour Travelling, cette programmation spéciale à l’Excentris est donc un premier pas vers la démocratisation du court métrage. « Il faut encourager la relève d’ici » dit-elle, car les créateurs bénéficient de peu de revenus pour produire leur film. Profiter de cette programmation spéciale semble donc être une activité doublement intéressante; soutenir la relève tout en se payant une saprée belle soirée cinéma. C’est « short and sweet »!

Pour plus d’information sur la programmation présentée à l’Excentris : http://cinemaexcentris.com/TRAVELLING-presente-Huit
Pour en savoir plus sur Travelling et visionner d’autres courts métrages : http://www.travellingdistribution.com/

Photo prise du court métrage Un ange passe d’Antonin Monmart
Crédit : Dominique Chartrand

Cinema