Photo : Sébastien Roy

(Fr) Chaos & Order: pari réussi

Chaos & Order est une création de Rocco Helmchen et de Johannes Kraas, tous deux originaires d’Allemagne, qui ont habilement réussi à s’inspirer de théories mathématiques pour en faire une oeuvre visuelle fort intéressante. N’ayez pas peur, ce film n’a pas une portée pédagogique. Toutefois, il pourrait vous donner envie d’aller approfondir vos connaissances par la suite afin de comprendre ce que vous venez de voir.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Un objectif de la présentation est de chercher à faire découvrir les liens fondamentaux entre la réalité et l’abstraction mathématique. Le duo crée une fusion des univers des sciences et des arts, en apportant une touche d’esthétisme à des concepts mathématiques. Le duo a été découvert par l’équipe du Labodôme lors d’une visite au Fulldome UK de Leicester et ils présentent maintenant leur film en format de projection à 230°, à l’intérieur de la SATosphère.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le film est structuré en quatre « mouvements », qui mobilisent de grands thèmes, tels que la forme géométrique, la simulation, la théorie du chaos ainsi que les figures fractales. Pour chacun des mouvements, le duo utilise des séquences vidéo tirées du « vrai monde » et du quotidien afin d’introduire ces abstractions mathématiques et de les ancrer dans le concret, ce qu’ils font de manière parfois spectaculaire pour lancer les mouvements. Tout au long de la présentation, il est possible de voir cette tension entre l’ordre et le chaos, qui s’avère un moteur puissant pour donner un fil conducteur aux créations. D’ailleurs, il est intéressant de voir cette image du cube qui revient souvent dans diverses formes, souvent utilisé pour illustrer cette tension.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le premier mouvement commence en douceur en offrant une simple visualisation d’éléments 3D qui gagne graduellement en vigueur et en grandeur. D’ailleurs, un des moments les plus immersifs et impressionnants de la présentation a lieu lorsqu’on voyage au milieu d’un ensemble de cubes gigantesques, qui semblent se prolonger jusqu’à l’infini.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le deuxième mouvement offre plusieurs séquences qui figurent parmi mes favorites. Les simulations mises de l’avant sont parfois spectaculaires. Je pense notamment aux dominos qui tombent et aux diverses représentations de dynamiques des fluides. De plus, certains segments, tels que les boids flight tracks (simulation de vols de nuées d’oiseaux) et la simulation de processus thermodynamique, avaient une touche esthétique particulière qui m’a beaucoup plu.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le troisième mouvement a offert des visualisations impressionnantes qui avaient une certaine grandeur, mais aussi une belle simplicité. Ce mouvement m’est apparu tout d’abord le plus ordonné, jusqu’à ce que les animations viennent justement ajouter cette dimension de chaos que l’on retrouve d’un bout à l’autre de la présentation. Je pense notamment à une séquence de dubstep particulièrement efficace, tant sur le plan musical que visuel.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Pour conclure, le quatrième mouvement démarre en douceur avec plusieurs séquences moins animées, qui donnent l’effet d’une succession de peintures abstraites. On quitte clairement les formes traditionnelles et les représentations communes afin de nous emmener dans des « univers » visuels plutôt dépaysants que j’ai trouvé très intéressants. Ce mouvement bénéficie aussi d’une musique plus efficace qui permet de bien conduire ce crescendo vers une finale mouvementée, intense et très bien réussie.

Chaos & Order est à l’affiche du mardi au vendredi, jusqu’au 8 février.

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PISS CONTROL 2_Isa Pardi

(Fr) À la galerie Rats9, les femmes pissent debout.

«Elles emmerdent l’ordre et la morale. Elles font de leur vie, de leur art, de leur travail une aventure pirate. Elles ne mènent pas de lutte, elles sont la lutte.» Ce manifeste, qu’Isa Pardi offre en amorce aux visiteurs de son exposition, pourrait tout aussi bien avoir été écrit pour l’atelier-galerie Rats9, son nouveau chez-soi, espace queer, intrinsèquement politique, ouvert et curieux.

Debout au milieu d’une galerie du dernier étage du Belgo, entourée de toiles éparpillées en vue de l’accrochage, Isa Pardi met cartes sur table. Cette exposition est politique et existe grâce au mouvement punk féminin. «On est nombreuses, et on n’est pas représentées. En faisant des recherches je me suis rendue compte à quel point le mouvement était immense, à quel point beaucoup de femmes ont travaillé dans le punk et conduit des luttes politiques. Les femmes punk ont une force, une énergie, que j’avais envie de mettre dans mon travail.» Pour appuyer sa démarche, Isa Pardi propose aussi un fanzine dans lequel on peut notamment lire un texte de Virginie Despentes et un extrait d’un mémoire de maîtrise intitulé Riot Grrrls américaines et réseaux féministes underground français.

Isa Pardi a choisi de présenter son exposition à la nouvelle galerie Rats9, à qui on doit la banderole «Tous avec les Pussy Riot» qui a flotté aux fenêtres du dernier étage du Belgo pendant presque deux mois. «J’ai cherché longtemps une place comme Rats9 où on peut travailler en toute tranquillité et où il n’y a pas de pression, de risque de censure. Je suis arrivée en septembre pour une résidence, et ça s’est tellement bien passé que je fais maintenant partie du collectif.» Menée par des femmes qui se définissent en tant que queer, Rats9 s’affiche comme un safe-space, c’est-à-dire un espace libre de tout préjugé. «C’est une attitude qu’on essaye d’incuber, explique Carly Higgins, l’une des fondatrices. Évidemment on a tous nos préjugés sur certaines choses, mais on essaye de travailler avec. On a besoin d’un safe space et on veut en créer un pour les gens qui nous entourent.»

Peaches, encre de sérigraphie sur toile par Isa Pardi

Autour d’Isa Pardi, donc, des tableaux en attente. Dont plusieurs femmes qui font pipi. Debout, couchées sur le dos, la tête en bas, dans toutes les positions. «Elles le font avec beaucoup d’humour, de joie. C’est vraiment une façon de s’approprier le corps, l’espace, et c’est encore une fois l’aventure pirate. Ça paraît dérisoire comme action, mais pisser debout peut nous rendre la vie vachement plus facile dans bien des situations», affirme celle qui s’y entraîne depuis des années pour survivre aux festivals, aux manifs, aux toilettes sales, aux trains cahoteux… Mais cette envie de peindre des femmes qui font pipi est d’abord partie d’une constatation sur l’art. «Je me suis rendue compte que les grands peintres de notre monde, c’est-à-dire des gars, avaient tous représenté des femmes qui pissaient. Je me suis dit moi aussi je veux en faire une. Puis je me suis aperçue qu’en fait elle pissait debout. Et les gars, Picasso et consorts, les représentaient pissant accroupies.»

Punk jusqu’au bout des doigts, Isa Pardi a joué dans quelques groupes et sillonné la France des festivals, mais aujourd’hui elle se sert plutôt de la musique comme bois d’allumage.

Ça donne beaucoup de traits vifs, de peinture en grumeaux, de mouvement. «Je ne me considère pas trop comme une peintre. Je suis plutôt dans le dessin, la gravure, l’impression. Depuis quelques années j’ai élaboré une espèce de technique de grattage qui a à voir avec une forme de cicatrice. Ou avec l’idée de griffer la toile, de la mordre avec les dents. Il y a définitivement un truc animal en tout cas.» La diplômée des Beaux-arts se détend aussi avec son «art chiotte», des collages de rouleaux de papier de toilette vides auxquels on peut bien donner le sens qu’on veut. Coup de pied au cul de l’art chic.

L’O, encre de sérigraphie acrylique sur toile par Isa Pardi

Pour le vernissage, les rates ont invité Gashrat et Dead Wife deux groupes de punk féminin, à jouer. «On voit surtout Rats9 comme un espace pour l’art en lequel on croit. On a plein d’amis qui font des trucs vraiment intéressants et qu’on veut voir», s’enthousiasme Carly Higgins, qui parle aussi de recevoir des discussions politiques à la galerie. «Sans avoir d’agenda politique, on est activistes par défaut, même je n’aime pas trop le mot politique… Je le trouve aliénant, il est souvent perçu comme étant dans une enclave intellectuelle particulière. Simplement, je ne peux pas nier que tout ce qu’on fait en étant qui on est, est une sorte de déclaration politique.»

Depuis la fondation de la Centrale Galerie Powerhouse en 1973, Rats9 est le premier centre d’artiste permanent et dédié à l’art visuel qui soit ouvertement étiqueté queer, alors que les concepts de féminisme sont continuellement en mouvement. «Ce mot est à mon avis souvent employé de façon inappropriée, estime Carly Higgins. C’est un mot négatif que les gens ont récupéré, mais en gros c’est tout ce qui ne cadre pas dans cette binarité normale et reconnaissable de l’homme et de la femme hétérosexuels… ç’a beaucoup à voir avec la sexualité, le genre, la performance, mais pour moi c’est surtout une espèce de fluidité de la nature, et c’est comme ça qu’on fonctionne naturellement avec la galerie. On est fluides avec notre présentation, notre travail et nos médiums.»

L’exposition Peaches and Others d’Isa Pardi se poursuit jusqu’au 22 décembre.
La Galerie Rats9 programme une exposition par mois.

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phenomena_Genesis Breyer P-Orridge

(Fr) Festival Phénomena : Un laboratoire du merveilleux

D.Kimm est allergique au statut quo. Ça brûle la peau quand on la rencontre. Femme de parole et de mots, femme de verbes et de gestes, elle est incapable de regarder le temps passer sans le chatouiller du bout du doigt et le tremper dans une pellicule de plumes et de dentelles. On peut affirmer sans trop se risquer qu’avec sa compagnie Les Filles électriques, organisatrice du Festival Voix d’Amériques depuis 2002, la créatrice montréalaise est un maillon principal de la scène spoken word montréalaise.

Mais après 10 ans, D. Kimm avait besoin de faire fondre les frontières, de laisser les mondes des possibles s’étirer un peu. C’est ainsi que Voix d’Amériques devient Phénomena, galvaniseur d’«événements intrigants et poétiques», laboratoire du merveilleux : «Nous adorons les inventeurs, les patenteux, les artisans, ceux qui ont les mains dedans, marionnettistes, travestis, inventeurs, acteurs-auteurs, danseurs-performeurs, outsiders, intervenants», explique le programme. «Il y a la poésie des poètes, que nous avons présentée durant 10 ans avec le Festival Voix d’Amériques et nous continuerons de le faire. Il y a aussi la poésie des lieux, des situations, du corps en mouvement, des images, des projections, des installations extérieures, de la musique ou du silence.»

Et on n’a pas de misère à déjà s’y plonger. Le festival n’est même pas commencé qu’il porte en lui une ambiance de film muet et de cabaret détraqué, par un travail de mise en scène qui transpire de partout : le programme, le site, les vidéos promo, l’installation dans la vitrine des bureaux et les extraits de spectacle qu’on a eu la chance de visionner pendant la rencontre, et qui nous permettent d’avancer, que la soirée «Les phénomènes inexpliqués» s’annonce être d’une qualité artisanale et poétique époustouflante.

Bref, cessons les louanges et posons un regard sur la programmation. D’abord, venue incroyable et rare s’il en est, Phénomena et le Festival du nouveau cinéma invitent Genesis Breyer P-Orridge, véritable légende dérangeante de l’avant-garde, premier citoyen britannique condamné à l’exil depuis un siècle, fondateur de Psychic TV et de COUM Transmissions devenu Throbbing Gristle, artiste décidément «dédié à l’exigence de son art» (dixit D.Kimm), au point de modifier son propre corps pour fusionner son existence avec celle de son amoureuse Lady Jane Breyer, créant un personnage pandrogyne à force de chirurgie esthétique, de thérapie hormonale et de travestisme. «J’aime les gens qui sont «trop», reconnaît D.Kimm. Trop extravagants, trop enthousiastes, trop expressifs. On vit dans une époque extrêmement «stiff» et leur présence me fait vraiment du bien.» Genesis Breyer P-Orridge sera à Montréal pour la première fois depuis 26 ans, le 20 octobre avec son groupe de spoken word Thee Majesty et le lendemain pour présenter le magnifique film de Marie Losier «The Ballad of Genesis and Lady Jane». Une exposition lui est également dédiée à la galerie La Centrale.

Les phénomènes inexpliqués

Autre spectacle intrigant, le Flying Words Project, un spectacle de poésie en anglais et en langue des signes américaine. «Il y a une forme de poésie particulière qui émerge des langues des signes, et ce langage nous apporte une ouverture sur une communauté qu’on connaît très mal, explique D. Kimm. Pour moi c’est aussi très intéressant de travailler avec eux. C’est un défi de trouver les bons termes à employer pour s’exprimer correctement…»

Fidèle aux événements classiques du FVA, Phénomena perpétue le fameux combat contre la langue de bois, tribune à la prise de parole audacieuse, ainsi que les micros ouverts gratuits à la Casa Del Popolo, animés musicalement par Guido Del Fabbro et Michel F. Côté.

Deux autres séries de performances sont présentées totalement gratuitement. À 17 h, le Divan Orange accueillera entre autres Jef Barbara, Teen Sleuth, l’Opéra FOE et Déverbération. À 22 h, la Casa Del Popolo met la table pour les shifts de nuit avec des performances de Jacques Poulin-Denis, Jonathan Parant, Jacqueline Van De Geer et Chad Dembski.

Hors des murs, plusieurs autres instants de poésie. La danseuse Carol Prieur réagira à la construction sociale de la femme à travers une histoire de transformation psychologique et physique qui s’annonce d’une grande intensité. Les Ville-Laines – qui sont connues pour tricoter des couvertures aux poussettes et aux poteaux de Montréal – habilleront le mobilier urbain de dentelle et de velours et le collectif Pourquoi jamais envahira quotidiennement de stationnement de la Sala Rossa à 19 h 30 avec un questionnement sur la disparition inexpliquée de la première illusionniste féminine.

Bref, du 19 au 26 octobre 2012, ouvrez l’œil et risquez la poésie. «Nous laissons le méga à ceux qui en ont besoin et choisissons le petit, l’humain, le délicat, le secret, l’intrigant, le dérangeant», nous promet Phénomema.

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(Fr) The Search Engine : Une expérience de spatialité

Après avoir présenté la première nord-américaine de The Search Engine de DJ Food l’été dernier, la Société des arts technologiques (SAT), en collaboration avec OSHEAGA Arts et Converse, a décidé d’offrir une nouvelle série de représentations qui auront lieu jusqu’au 26 octobre. Développée originellement pour le Planétarium de Londres en 2011, l’œuvre pige ses éléments visuels à même les archives des astronomes britanniques, en plus de miser sur des créations originales de DJ Food. Cette présentation a été adaptée pour la technologie de la Satosphère, et le résultat est saisissant, par sa qualité immersive et par la beauté visuelle de la projection.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

La plus grande force de The Search Engine est sans l’ombre d’un doute le sentiment d’immersion qu’elle procure. La salle joue un rôle essentiel dans cette expérience. Il s’agissait de ma première visite à la Satosphère, et ce ne sera assurément pas ma dernière. Conçue en forme de dôme, la salle permet de diffuser des images sur un écran de projection sphérique de 360 degrés. Pas de sièges ou de bancs dans cette salle, mais des coussins sur lesquels les spectateurs sont conviés à s’asseoir ou à s’allonger confortablement. Ainsi installé au cœur de l’action, vous serez complètement enveloppé par l’écran.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

De cette position, la projection de The Search Engine devient franchement impressionnante et donne l’illusion de participer à un voyage spatial, car tout l’environnement du spectateur fait partie du spectacle. Cela a totalement gâché la technologie 3D pour moi. Je crois que le 3D, au cinéma surtout, est particulièrement intrusif, voire agressant. Au sein de la Satosphère, cette technologie de projection m’a paru plus inclusive et accueillante, et m’a davantage donné l’impression de vivre l’œuvre et d’y être aspiré, d’en faire partie jusqu’à un certain point. Il faut dire que les visuels et les différentes animations jouent sur les perceptions et donnent l’impression que la salle est en mouvement et que le spectateur voyage au sein de cet univers tantôt calme – dans les séquences utilisant les images de l’espace –, tantôt très animé, aux limites du psychédélisme, et qui n’a rien à envier à un concert des Flaming Lips. Par ailleurs, c’est dans ces séquences d’animations plus « cartoonesques » ou rappelant un kaléidoscope que les effets sur la perception spatiale seront les plus surprenants.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

Je m’en voudrais de ne pas évoquer la beauté des séquences dans l’espace. Les images projetées sont d’une excellente qualité et s’avèrent nécessaires pour compléter avec succès l’expérience immersive rendue possible par la technologie employée. L’esthétique de ces séquences n’est pas sans rappeler des films comme The Fountain et 2001: A Space Odyssey, dans lesquels les voyages en orbite sont l’occasion d’offrir une expérience sensorielle inusitée et suggérant une certaine grandeur. Néanmoins, cette performance visuelle ne serait pas la même sans la musique de DJ Food, qui mise sur les pièces de l’album The Search Engine pour accompagner l’aspect visuel de l’œuvre. Sa musique dynamise la projection et donne vie à cette succession de tableaux.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

En quelques mots, The Search Engine est une expérience immersive de qualité qui vous fera voyager dans l’espace et stimulera vos perceptions spatiales tout en vous balançant de la musique de qualité pendant un peu plus de 50 minutes. Je vous l’assure, il s’agit d’une promenade saisissante qui vaut un détour. D’autant plus que vous n’aurez pas à faire d’effort, confortablement allongés…

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(Fr) Trois expositions pour réfléchir aux forces abstraites de l’univers

Non contente d’avoir mis sur pied la fondation pour l’art contemporain DHC/ART, qui a ses pénates dans deux superbes bâtisses du Vieux-Montréal, Phoebe Greenberg vient tout juste d’inaugurer un autre centre de création artistique à la fine pointe de la technologie à cinq petites minutes de marche de là. C’est l’occasion pour tout curieux de se payer une petite visite de trois expositions offertes gratuitement au public, sans compter que DHC accueille présentement l’un des plus grands noms de l’art visuel ET de la composition musicale, le Japonais Ryoji Ikeda.

La première partie de l’exposition de Ryoji Ikeda, présentée dans le cadre dela Biennale d’art contemporain et distribuée sur les quatre étages de DHC/ART, établit le vocabulaire pur, délicat et précis de l’artiste qui travaille maintenant à Paris. À travers des rouleaux de piano mécanique, des schémas du ciel, des représentations d’ADN ou des constantes mathématiques comme pi ou phi, Ikeda révèle l’absurde d’un monde entièrement fondé sur des visions abstraites et binaires. Ses présentations minimalistes et extrêmement ordonnées, qui demandent une attention soutenue et presque scientifique, dégagent finalement une beauté renversante, presque religieuse.

Mais c’est lorsqu’on traverse au deuxième bâtiment de DHC que l’œuvre d’Ikeda prend tout son sens en une hypnotisante déflagration de lumière et de sons, sorte de grand big-bang en deux couleurs. Les constellations dont on avait étudié l’orchestration parfaite apparaissent là dans toute leur magnitude, et créent devant nos yeux un univers transcendantal.

Trois coins de rue plus loin, le temps de faire aérer nos neurones encore choquées par les images d’Ikeda pour se rendre au Centre Phi, l’installation du Montréalais Alexandre Burton s’assure de maintenir dans nos cerveaux un état d’anarchie. Ici, ce n’est plus à une représentation binaire du monde qu’on a droit, mais bien à la mise en avant de l’énergie qui sommeille en toute chose. Placées en veille dans une seule pièce, six immenses bobines tesla n’attendent qu’une petite présence humaine pour exploser sur les vitres qui leur font face et ricocher dans un large spectre de teintes et de sonorités. La puissance et l’imprévisibilité de l’électricité nous sont ainsi violemment rappelées dans un contexte qui invite à jouer avec le danger pour créer des œuvres uniques et extrêmement vivantes.

Photo Richard-Max Tremblay | Permission du DHC/ART

Pour ceux dont les jambes sont encore en état après les deux présentations précédentes, le Centre Phi propose d’expérimenter l’impact de la folie d’autrui sur notre propre système nerveux. Dans une toute petite salle baignée de blanc, le participant est confronté à un homme qui présente en cascade les symptômes de différents troubles mentaux. À mesure que son état s’intensifie et se laisse influencer par les gestes du spectateur, des capteurs de mouvements et un ordinateur dessinent la réponse physique du participant pour illustrer son « moment de folie », qui sera ensuite répertorié aux côtés de tous les autres fous temporaires sur le site amentia.com.

Un moment de folie suite à Amentia

Avec ces deux premières expositions au Centre Phi (Amentia de Jean-François Mayrand et Impacts d’Alexandre Burton, présentées respectivement jusqu’aux 14 et 21 octobre), la fondatrice Phoebe Greenberg émet un signal fort pour son nouveau centre multidisciplinaire et hyper technologique. On a bien hâte de voir ce que nous réserve le Centre Phi après sa période d’incubation, soit dès le 1er septembre. En attendant, DHC/ART propose de participer à l’exposition de Ryoji Ikeda en créant sur place notre propre message codé, ceci afin de prendre activement part à la réflexion de l’artiste sur l’échange constant d’informations qui est inhérent à l’ère numérique.

Museum Exhibition
FestivalSightAndSound

(Fr) L’art numérique décortiqué

Pris en sandwich entre les festivals Électra et Mutek, le festival Sight And Sound fait le pari de présenter l’art numérique en mettant de l’avant ses mécanismes, plutôt que l’oeuvre finale. Jusqu’au dimanche 27 mai, quinze artistes émergents présenteront des installations et des performances audio-visuelles à l’Eastern Bloc, loft de création et d’exposition situé au coin de Clark et Jean-Talon. « Notre approche de l’art numérique est axée sur le glitch, c’est-à-dire l’erreur de la technologie qui est réappropriée pour prendre part au projet artistique », explique la chargée de communication Aurélie Besson.

En performance lors de la soirée d’ouverture, le Montréalais Thomas Bégin présentait une de ses nouvelles inventions, la guitare fractale, qui laisse à voir la physicalité du son à l’aide d’un laser. « Je viens d’une tradition de la sculpture et de l’installation et le son a toujours été assez abstrait pour moi, explique-t-il. Je crée des  dispositifs où je peux voir le signal sonore sous d’autres formes que celle d’une onde sur un ordinateur, ce qui me permet de me réapproprier la technologie pour mieux la comprendre. »

Pour sa performance, Thomas Bégin utilise un laser qui est réflété sur plusieurs objets dont la membrane d’un speaker, et qui se transforme en son lorsque captée par le micro optique du créateur. « Le feedback forme des dessins lumineux qui se mettent à osciller par eux-mêmes, parce que c’est un système mou dont on ne peut jamais prévoir les réactions. Il y a trois sources oscillantes, et quand tu les faisceaux se mélangent c’est comme de la météo : s’il y a une tempête au Texas et un front froid qui descend du Québec, il risque d’y avoir quelque chose de complètement imprévu au centre des États-Unis. »

La question de l’interférence revient dans beaucoup d’oeuvres présentées au festival. « On se demande comment on peut créer des systèmes qui fonctionnent par eux-mêmes et finissent par nous échapper, indique Aurélie Besson. C’est cette relation homme – machine dans laquelle la machine finit souvent par avoir le dessus. »

Cette année, les oeuvres tournent autour du thème Systèmes symétriques. Dans le cas de l’installation de l’Américain Zach Gage, par exemple, le spectateur est mis en miroir devant une caméra liée à un compteur, qui affiche le nombre de passants en tant qu’oeuvre. Pour Robyn Moody, la symétrie se retrouve dans l’ambiance intrigante crée par une sculpture cinétique faite de tubes fluorescents et d’un orgue activé mécaniquement, sensés renvoyer à la paranoïa liée aux effets des ondes sur le corps.

Les installations sont gratuites et ouvertes à tous jusqu’à dimanche de 12 h à 17 h. Les soirées de vendredi et samedi sont dédiées à des performances, notamment See you in the next loop de Thomas Bégin samedi, qui sera suivi d’un concert du groupe de rap autochtone A Tribe Called Red. Pour ceux qui souhaitent tester eux-mêmes la question de l’interférence, des ateliers sont prévus samedi et dimanche à 13 h : un jam électromagnétique samedi et un atelier de génération d’images 8bit à partir de microcontrôleurs par le concepteur de TVDESTROY dimanche.

Festival Sight & Sound (Son & Vue) 

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Espace

(Fr) L’expérience d’un processus de création sous le dôme

J’ai découvert un univers que j’ignorais possible. Dérouté et agréablement surpris, comme si je redevenais un enfant qui expérimente quelque chose pour la première fois. C’est ce genre de sentiment que je recherche dans ma quête d’activités artistiques et j’ai été servi lors du tout premier atelier du projet Espace Temps à la Société des arts technologiques.

Il y a quelques semaines, j’ai vécu un moment unique. Il m’aura fallu tout ce temps pour intégrer ce que j’avais vécu, pour pouvoir vous révéler cette expérience avec force et éloquence. En fait, c’est un film vu récemment qui m’en a fait comprendre l’essence : au lieu d’être un spectateur statique, on m’avait habillé du spectacle. Comme si, soudainement, j’avais compris que le premier atelier créatif Dimension X : Espace visuel du projet Espace Temps m’avait permis d’être dans l’image et le son.

Espace Temps c’est quoi?

C’est d’abord un projet qui se décline en quatre étapes et débute par une série de trois ateliers symbolisant les variables de l’espace-temps vu par Dj Mini, soit : l’espace visuel (x), l’espace chorégraphique (y) et l’espace sonore (z) qui s’achèvera par la production d’un album à l’été 2012. Je me trouvais très privilégié de pouvoir ainsi assister au processus de création de ce projet novateur et unique au Québec, peut-être même au Canada.

Dimension X : l’Espace visuel du 6 mars 2012

Le premier atelier est à mon sens le test ultime du cheminement de l’équipe composée d’une vingtaine de personnes (technicien, styliste, artistes, etc.) et de DJ Mini, dont la musique constitue le centre du projet. Ça passe où ça casse. Dans un contexte présentant de multiples défis techniques, tout est à faire, à tenter pour une première fois. Je sentais la fébrilité qui régnait dans cette salle singulière, où presque 250 personnes assistaient, couchées sur d’immenses coussins gonflables et les yeux rivés au dôme qui la chapeaute, à l’expérience qui allait se produire. Les lumières se sont éteintes, ça commençait.

Il aura suffit de quelques secondes pour que la magie opère et que je me sente emporté dans un autre monde, une autre dimension. Je n’avais jamais été au centre de l’image de cette façon. Mon regard balayait le plafond, le dôme, car je ne voulais rien manquer. Puis, nous étions invités à manipuler l’intensité et la provenance du son à l’aide de contrôles sur des iPads et téléphones intelligents. Des membres de l’équipe se promenaient avec leurs outils pour inciter le public à interagir avec le son pour que chacun, à sa façon, puisse entrer en symbiose avec l’image. J’étais personnellement figé, je n’ai pas osé essayer. Ce que je voyais et entendais était plus grand que moi, je ne concevais faire mieux. J’ai regardé mon voisin de coussin se lancer … fascinant! En plus d’être immergé dans l’image et le son qui se baladait dans les 157 hauts-parleurs que compte la Satosphère et ce, au gré des manipulations des spectateurs. Wow! Cette musique, cette voix. Fin. Retour au processus de création.

DJ Mini : « Ce sont des tests sur lesquels nous travaillons, ce ne sont pas des versions finales ». Vraiment? Alors, je me dis : c’est certain que je vais suivre ce projet, je suis déjà vendu au concept, à la musique et à la démarche. Elle me tire soudain de cette furtive pensée et ajoute : « Vous allez maintenant être immergés dans un environnement visuel proposé par le VJ Aurélien Lafargue, qui a été inspiré par une de mes musiques ». Parfait! Je suis prêt à découvrir un autre tableau, une autre musique!

Défis techniques obligent, DJ Mini en profite pour nous décrire davantage le projet : « À l’automne, il y aura au final une heure de spectacle avec une chorégraphie de danse contemporaine (altelier Y), une collaboration en live de Jorane et de l’harpiste Marie-Michèle (atelier Z) et, bien sûr, l’environnement visuel et ma musique pendant tout le spectacle.  Ce sera un spectacle multi-sensoriel à grand déploiement ».

La musique recommence juste au bon moment, comme si les complexes opérations techniques faisaient partie de l’atelier. Que dis-je? Elles en font partie, puisqu’on nous a conviés à participer au processus de création! Les lumières se referment et me voilà à nouveau immergé dans l’image et le son. Après chacun des tableaux, DJ Mini prenant grand soin de venir tâter le pouls du public, de répondre à nos questions, de nous expliquer ce que nous venions de voir et de nous dévoiler les prochaines étapes.

S’il vous prend l’envie d’avoir le privilège de découvrir cet univers avant tout le monde, il reste encore deux ateliers pour, vous aussi, participer à ce processus de création du projet Espace Temps. Le prochain aura lieu le mardi 10 avril à la Satosphère de la Société des arts technologiques. Dimension Y : Atelier Chorégraphique où le son, l’image et la danse s’entremêlent en 360 degrés.

On s’y retrouve?!

 

 

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