(Fr) Kiss and Cry : chronique d’une mémoire trouée
Né de l’imagination de la chorégraphe belge Michèle Anne De Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael, Kiss and cry est présenté jusqu’à dimanche à l’Usine C. Le printemps est un moment propice pour découvrir ou (re) découvrir ce spectacle à la fausse allure d’un conte enfantin.
Avant mon entrée en salle, je ne m’attendais pas à cet étalement mécanique rappelant un moment de tournage. Les gens autour de moi, excités, semblaient savoir exactement ce qu’il en était. Je me suis assise, avec une intimidation curieuse, prête à entrer dans cet imaginaire singulier.
C’est l’histoire de Gisèle. Oui, une histoire narrée, ficelée, suivie. C’est une histoire d’amour plurielle. De celles qui vous collent à la peau et vous forcent à regarder en arrière, à vous remémorer les scènes, à remplir les blancs. C’est aussi une histoire de mémoire et de perte. D’oubli et de reconstitution. La mosaïque d’une vie. Gisèle fait défiler les amours de sa vie. Surtout le premier, celui à l’âge de raison. Ce qui reste de ce premier sursaut du cœur est le souvenir des mains de cet autre. Sur le quai d’une gare, Gisèle se rappelle et se demande où vont les gens lorsqu’ils disparaissent. Où est allé ce premier amour ?
Donc, un récit posé dans un décor miniature livrant Gisèle et tous les autres dans une création instantanée, vivante : un conte poétique aux multiples temporalités.
Une œuvre en cache une autre. La performance est orchestrée et filmée en direct. Nous avions droit aux détails comme aux artifices et c’était tout simplement beau. L’espace scénique était investi et reconverti en un laboratoire filmographique et d’expériences sensorielles. Les rails d’un train, une plage, une maison de poupée : la scène est un petit monde construit.
Et bien sûr, on ne peut se détourner de ces fameuses mains, personnages principaux de cette mise en scène. Sensualité, jeux d’enfants, abandon. Elles s’offrent dans une nudité affirmée, danseurs et acteurs, êtres à part entière avec une sensibilité et des excès de douleur.
Kiss and Cry est une véritable création collective. Les talentueux artistes menés par Jaco Van Dormael, s’approprient l’espace, les lieux et les saisons. Ils bougent sur scène dans un même mouvement, ne laissant rien au hasard, formant une seule unité. Dans ce présent créatif, on est saisi par l’efficacité fluide de ces derniers et on est parfois plus fasciné par ce qui se passe sur la scène que sur l’écran.


