Rose-Carine Henriquez

" De l’autre côté du jour, sensible aux vérités silencieuses, aux beautés muettes et à la subjectivité des choses simples. Un regard pour chaque élan. "

Pour savoir qui je suis, il faut poser les yeux derrière le paravent du monde. Je suis cette fille ordinaire, debout au milieu de la foule, qui vibre aux joies révélées. Vous voyez? Cette fille dont le regard pétille devant les mouvements des corps, au son de la voix rauque d’un poète, devant l’enchâssement des images qui s’élancent, fébriles. Je m’émeus dans l’intimité d’une chambre noire devant la photographie d’une petite fille qui tangue, suivant les lignes affolées d’élans suspendus. Elle me ressemble. Je m’émerveille souvent. Pour tout, pour rien. La démesure me colle à la peau. Je l’aime surtout chez les autres. Je ne baisse jamais les yeux, pour ne rien rater. Pour avoir quelque chose à raconter. Je lis de manière maladive. J’écris de manière excessive, la plupart du temps dans ma tête. J’ai voulu un jour, devenir comédienne ou jouer les équilibristes. J’ai une fascination pour le corps. Les jeux du corps. J’aime l’inexplicable. La beauté imparfaite. L’originalité assumée. Je suis cette fille qui ne se rappelle jamais des titres des chansons, de livres ou de films, mais se souvient de chaque histoire et de chaque ressenti. Je préfère le silence aux paroles dénuées de sens. J’aime avoir le choix. Je suis cette fille. Avide.
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(Fr) Kiss and Cry : chronique d’une mémoire trouée

Né de l’imagination de la chorégraphe belge Michèle Anne De Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael, Kiss and cry est présenté jusqu’à dimanche à l’Usine C. Le printemps est un moment propice pour découvrir ou (re) découvrir ce spectacle à la fausse allure d’un conte enfantin.

Avant mon entrée en salle, je ne m’attendais pas à cet étalement mécanique rappelant un moment de tournage. Les gens autour de moi, excités, semblaient savoir exactement ce qu’il en était. Je me suis assise, avec une intimidation curieuse, prête à entrer dans cet imaginaire singulier.

C’est l’histoire de Gisèle. Oui, une histoire narrée, ficelée, suivie. C’est une histoire d’amour plurielle. De celles qui vous collent à la peau et vous forcent à regarder en arrière, à vous remémorer les scènes, à remplir les blancs. C’est aussi une histoire de mémoire et de perte. D’oubli et de reconstitution. La mosaïque d’une vie. Gisèle fait défiler les amours de sa vie. Surtout le premier, celui à l’âge de raison. Ce qui reste de ce premier sursaut du cœur est le souvenir des mains de cet autre. Sur le quai d’une gare, Gisèle se rappelle et se demande où vont les gens lorsqu’ils disparaissent. Où est allé ce premier amour ?

Donc, un récit posé dans un décor miniature livrant Gisèle et tous les autres dans une création instantanée, vivante : un conte  poétique aux multiples temporalités.

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Une œuvre en cache une autre. La performance est orchestrée et filmée en direct. Nous avions droit aux détails comme aux artifices et c’était tout simplement beau. L’espace scénique était investi et reconverti en un laboratoire filmographique et d’expériences sensorielles. Les rails d’un train, une plage, une maison de poupée : la scène est un petit monde construit.

Et bien sûr, on ne peut se détourner de ces fameuses mains, personnages principaux de cette mise en scène. Sensualité, jeux d’enfants, abandon. Elles s’offrent dans une nudité affirmée, danseurs et acteurs, êtres à part entière avec une sensibilité et des excès de douleur.

Kiss and Cry est une véritable création collective. Les talentueux artistes menés par Jaco Van Dormael, s’approprient l’espace, les lieux et les saisons. Ils bougent sur scène dans un même mouvement, ne laissant rien au hasard, formant une seule unité.  Dans ce présent créatif, on est saisi par l’efficacité fluide de ces derniers et on est parfois plus fasciné par ce qui se passe sur la scène que sur l’écran.

Dance
OtraOrila_Photo © LUMANESSENCE PHOTOGRAPHY

(Fr) HomoBLABLAtus ou la crainte du silence

Lorsque le questionnement tourne autour du vide, de l’excessif ou du pas assez, de la valeur tributaire de la parole dans un monde obnubilé et décalé, nous avons une réflexion intelligemment performée par une jeune compagnie, dont le nom signifie L’autre rive, qui s’élève contre la blablaterie.

La Otra Orilla est une compagnie de danse flamenco créée à Montréal en 2006 par Myriam Allard, danseuse/chorégraphe et par le chanteur Hedi Graja. Le dessein de cette troupe est de montrer le flamenco sous un jour nouveau et sans aucun doute, inédit dans « un langage actuel ». Un flamenco résolument contemporain. Les cadres traditionnels sont bouleversés et on obtient quelque chose de beau et de poétique. La dernière création de La Otra Orilla, HomoBLABLATUS est en représentation à la Cinquième Salle. C’est avec une surprise de petite fille que j’ai plongé pour la première fois dans ce monde andalou. Je reprends les mots d’un ami, qui m’accompagnait : « J’ai jamais assisté à un truc pareil de toute ma vie. » Je ne saurais mieux dire.

Débutant dans une atmosphère étrange et enfantine, HomoBLABLAtus joue énormément sur le trompe-l’œil, sur l’attention du spectateur à dénouer les fils reliant un fragment à l’autre.

Interprètes Myriam Allard, Hedi Graja. Photo : Mukul Ranjan

Sur scène, Myriam a l’allure d’une poupée de chiffon – sûrement à cause du tableau d’ouverture qui rappelle le jeu du marionnettiste – et on ne peut s’empêcher de suivre le moindre de ses gestes, magnifiquement interprétés et maîtrisés. Quant à Hedi Graja, sa prestation chantée plus grande que nature s’allie en équilibre avec les mouvements de la danseuse. Parfaite harmonie.

Ce spectacle démontre encore une fois que la danse est une discipline poreuse : le chant, le théâtre et l’art visuel y sont convoqués. D’ailleurs, un de mes moments coup de cœur est sans nul doute le duo visuel entre Myriam Allard et le danseur Antonio Arrebola. Cette partie est quant à moi la plus expressive car elle met en scène d’une manière particulière un des enjeux de la pièce : la parole. Cette effusion oppressante de mots dont on n’en saisit même plus le sens. Je l’appelle Le coup de téléphone à variations car c’est la même scène qui se répète, mais jamais de la même façon. Plus douce. Plus violente. Un creux au milieu.

C’est un spectacle qui a un parti pris, étant très proche des préoccupations actuelles. C’est un spectacle avec un cœur bien placé.

HomoBLABLAtus est à la Cinquième Salle de la Place des Art du 16 au 26 janvier 2013.

Dance
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(Fr) Trois Romances : Dans l’œil du malaise

On le dit dans la marge. Il se dit batârd. Je n’ose pas le qualifier de quoi que ce soit. Pour moi, il est aussi insaisissable qu’un rêve qu’on aurait cousu à l’aube. Plongeons dans un monde fraichement chaotique et fascinant, à l’occasion de la présentation de sa plus récente oeuvre, Mygale.

Nicolas Cantin est le genre d’artistes aimant jouer sur la ligne transparente des frontières. Traversant les zones de création, son terrain de jeu est à l’image de l’homme : imaginatif et étrange. Dans le bon sens du terme. Son univers vaguement dérangeant d’où se dégagent les influences du théâtre, de l’impro et du cirque, est un puzzle extravagant laissé à l’interprétation fertile des uns et des autres. C’est de la danse et ça ne l’est pas.

Mygale. crédits photo : Nicolas Cantin

Deux pièces précèdent Mygale. Des pièces qui ont été rejouées à l’Usine C depuis le 31 octobre dernier. Aujourd’hui, ces trois chapitres forment humblement Trois romances. Elles gravitent autour de la même thématique, mais tout en suivant une évolution. L’évolution de la catastrophe. J’ai trouvé Grand singe, très sage. En apparence seulement. Peut-être parce que j’ai été prévenue. Car l’affrontement entre le duo formé par Anne Thériault, un peu femme-enfant et Stéphane Gladyszewski, force indifférente, n’avait rien de sage. Belle Manière a enflammé les conversations d’après-show que j’ai eues avec ma « sœur » sur cet abime humiliant de sentiments humains. De la faiblesse des beaux jours devant les coups traîtres de notre nature sauvage. De la tristesse suffocante qui nous a pratiquement clouées sur nos chaises. Et ce soir, que dirons-nous sur Mygale, qui d’après Nicolas Cantin, va encore plus loin.

Le dénuement de la scène ne laisse place qu’au « couple » et la danse n’est qu’évocation dans cette intimité violente. En tant que spectateur, on se retrouve à être voyeur de nos propres défaites. Tout cela, sous une trame sonore des plus déconcertante, comme ils disent, cela berce ou cela décoiffe. Le mélange est assez voluptueux dans l’ensemble.

Mygale sera en représentation jusqu’au 10 novembre. Pour ceux qui n’ont pas eu le temps de voir Grand Singe et Belle manière, les trois pièces joueront le 11 novembre en rafale. Une journée intense en perspective.

Theatre
Snakeskins_crédits photo : Christine Rose Divito

(Fr) Intérieur brut.

Les jours viennent avec leur lot de belles surprises. La mienne consiste en la découverte du chorégraphe Benoît Lachambre et de sa dernière création, Snakeskins, présenté à l’Usine C.

En résidence pour les trois prochaines saisons, Benoît Lachambre revient à Montréal avec ce solo particulier qui semble en avoir convaincu plusieurs, moi y compris. Loin d’être une professionnelle de la danse, je peux toutefois dire que ce à quoi j’ai assisté, a été empreint d’une force brute qu’on ne peut tout à fait saisir. Qu’on ne veut pas saisir non plus. En tant que spectateur, on est interpellé de toute part. Tout est dans le ressenti. Snakeskins, c’est une histoire fragmentée. Une transformation. Une renaissance. C’est être à l’écoute du corps. Se dérouler, s’enrouler. Recréer aussi. Revivre autrement.  C’est à en faire un poème, je vous le dis.

Accompagné sur scène du compositeur Hahn Rowe, et de manière fugace et ponctuelle, du performeur Daniele Albanese, Benoît Lachambre offre une vision du mouvement, à la limite du supportable. Notre regard est brillant, notre corps frémit et le son envahit notre imaginaire. On se sent privilégié d’assister à cette recherche qui aboutit à cette pleine conscience du corps. La scène, ce laboratoire, dit-il. Et nous, observateurs consentants, nous recevons tellement.

Lachambre s’est approprié ce monde fascinant qu’est la danse depuis les années 70 et cela se voit. Se sent. Peut-être dans la liberté de son geste. Dans son rapport sans peur avec l’espace qu’il moule à sa guise. Il donne tout, incroyablement généreux. Assise là, troisième rangée, j’ai senti grandir cette envie de savoir «  jouer » de mon corps de cette manière. De le connaître si profondément.

L’expérience multimédia est assez surprenante et réussie. La finale, magnifique. Il ne faut pas avoir peur des mots. C’était le cas, un point c’est tout.

Il ne reste qu’une représentation, ce soir. Celle de la dernière chance, blague à part. Il ne faut pas manquer l’occasion de vivre cet instant. N’hésitez pas à venir plus tôt, un petit interlude surprise vous y attendra.

Par ailleurs, un concours est organisé. Appelez ou présentez-vous à la billetterie de l’USINE C entre 17 h et 20 h, dites “la mue” et profitez d’un 2 pour 1 pour la représentation de Snakeskins ce soir.

Chose intéressante à noter également : Benoît Lachambre animera un atelier axé sur les perceptions sensorielles du 15 au 19 octobre.

Quant à moi, je vais sans doute continuer à découvrir cet artiste, créateur de la compagnie B.L.eux et dont la liste de créations est si riche. Et je lui dis aussi merci pour cette pièce incroyable.

Dance
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(Fr) Danse à quatre temps en septembre

Après avoir soigneusement épluché les programmations en danse pour la saison d’automne, il m’a été très dur de faire une petite sélection toute personnelle. Tout semblait si alléchant, si tentant. Le mois de septembre à lui seul, ploie sous le poids des nouvelles créations. Malgré tout, des titres ont saisi mon attention au vol. En quatre temps, voici les pièces accrochées à mon tableau de la rentrée!

Duels

Les chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours s’allient de nouveau pour nous présenter cet automne Duels sur les planches de l’Agora de la danse. Des tandems où l’affrontement doucement cruel est au centre des chorégraphies. Portés par une panoplie d’artistes de disciplines diverses, ces duels sont à l’image des scènes de vie, découpées et offertes à vif et sans retenue. J’aime bien la manière que madame Blackburn décrit ce spectacle que je suis impatiente d’aller voir : « C’est une ambiance de fin de party bien arrosé. Au moment où les cravates commencent à se dénouer. Où on se dit les vraies choses. Il n’y aura pas de nudité, mais à mesure que le spectacle progresse, il y a un certain relâchement. Ce sont des moments de vérité, avec des scènes de tough love. » Pour ma part, les créations que j’affectionne le plus sont celles qui n’ont aucune volonté de se parjurer. Celles qui dévoilent l’autre côté de l’intimité.

Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde

Un titre mystérieux aux accents provocateurs, j’ai tout de suite accroché. En lisant un peu sur ce chorégraphe polyvalent qu’est Manuel Roque, son monde est aussi diversifié que fleuri : danse, cirque, théâtre, musique, photographie. Il a travaillé aux côtés de grands noms de la danse comme Marie Chouinard et Sylvain Émard. Aujourd’hui, il est chorégraphe en résidence à Tangente. Il sera l’un des deux interprètes de cette pièce loufoque et délicieuce, aux côtés de Lucie Vigneault. Je dois avouer que l’extrait vidéo m’a laissée dans une certaine perplexité. Mais la curiosité a été la plus forte. Si vous ne l’aviez pas compris, j’ai horreur de l’ordinaire et du banal. J’aspire qu’à des choses surprenantes et je suis certaine que ce show en fera partie. Vous avez peut-être déjà été confronté à son monde étrange dans Raw-me, l’année dernière au OFFTA. S’il est un étranger pour vous, il ne vous reste qu’à découvrir.

Ta douleur

J’ai découvert Brigitte Haentjens lors de ma première année à l’université. Elle mettait en scène la pièce La nuit juste avant les forêts qui était à l’étude pour un cours. Ma première pensée quand je l’ai vue la première fois à la librairie Port de tête fut qu’elle était une grande dame. Lorsque j’ai lu son nom à la direction artistique de cette nouvelle création présentée au Théâtre La Chapelle, je me suis dis qu’il fallait absolument que je sois dans cette salle. La vidéo en aperçu n’a fait qu’attiser encore plus cette impression. Ta douleur, c’est la somme de toutes les douleurs. De deux êtres. De deux corps. Des douleurs passagères ou celles qui restent accrochées à l’âme. Va savoir pourquoi, je suis déjà touchée.

Solitudes solo

Laissons de côté un instant, les duos multiples et les duos simples. Daniel Léveillé, quant à lui, nous renoue avec le genre du solo. Cinq interprètes dans la nudité de leur solitude, la maîtrise du geste en équilibre. Assister à un spectacle solo équivaut pour moi à un face à face parfois rude, entre le danseur et moi. Il n’y a aucune distraction. Plus rien d’autre sur lequel poser les yeux que ce corps sèchement livré. Rien que de l’honnêteté et de la transparence. Habitués aux masques, on ne sait plus comment recevoir l’authenticité. D’ailleurs, une table ronde se tiendra le 19 septembre, sur cette forme d’art qui se retrouve beaucoup exploitée cette saison.

Petit calendrier à garder sous la main

  • Ta douleur – Théâtre La Chapelle
    Du 18 au 22 septembre/ 25 au 29 septembre
Dance

(Fr) MEG : l’amour du rythme

Montréal électronique groove. Trois mots qui en disent long. C’est beau, c’est frais, ça bouge. Ils nous avaient promis des nuits débridées. Chose promise, chose due. Il n’y a aucune déception dans l’air.

S’il n’y avait que le Festival MEG sur terre, on s’en contenterait amplement! De la (belle) musique émergente d’artistes locaux et internationaux. Pour les fervents obsédés du bon rythme, il me semble que c’est l’endroit idéal. L’Eldorado, c’est-à-dire.

Mon Eldorado. Moi qui ai la bouche sèche de ne pouvoir entonner des notes à tue-tête. Mon corps lourd de ne pouvoir se trémousser allégrement. Jeune fille hagarde perdue dans un désert imaginaire (si, imaginez!) avec pour seule ressource son iPhone qui capte miraculeusement ou la petite radio de son grand-papa, c’est plus vintage. Des accords entrainants me parviennent de je ne sais où et s’empare de ma jeune âme avide. Cela peut sauver du désespoir.

Avec le style piquant et rétro de la formation Le Couleur, je rêve d’amour sur la route. Les cheveux dans le vent, un inconnu dont le visage reste dans l’ombre à mes côtés. L’horizon à bout de bras. Avec dans le cœur une Tendresse particulière comme ils disent. Ces jeunes gens ont cette fraicheur qui amène sourires et bonne humeur. En même temps, il y a cette envie irrésistible de danser sur le toit de la voiture. Mais, on va dire que c’est une décapotable.

Mon rêve continue avec le merveilleux folk rock de Milo Greene. On roule toujours. Vers la Californie. J’ai l’espoir dans les yeux. Voix harmonieuses, mélodies enlevantes. Je les imagine aisément sur scène. Ces quatre hommes et cette jeune femme superbes qui conquirent leur public avec cette présence et cette générosité extraordinaires. J’imagine aisément aussi 1957 repris avec ledit public. Magique.

D’autres voix font leur entrée dans cette chimère. Compagnons de voyage de Milo Greene, Family of the year se fraie un chemin dans ma tête. À ce moment-ci, on s’est arrêté au bord de la route, près d’un champ. The Stairs me captive, Diversity me fait tournoyer comme une petite fille et Living on love me donne envie de baisers sucrés. Beaucoup plus effervescent, on ne touche plus le sol avec eux.

Ma rêvasserie prend une tout autre tournure. On quitte le road-trip romantique loin derrière pour un passage dans l’électro rétro futuriste. Avec Beat Market, personne ne reste assis au bar. La foule est aussi délurée que nos deux moines musiciens, comme on les appelle. On peut très bien confondre le tout avec une scène de Tron. Ils manient leurs synthés comme d’autres manient leur guitare.

Les pieds en plein dans sa 14e édition, le MEG est le genre d’événements haut en couleur qui vous met l’eau à la bouche avec une programmation où tous les goûts sont comblés. Pop rock, indie, hip-hop, soul, électro, personne ne sera laissée en plan. Pendant 10 jours, que ce soit pour retrouver un artiste préféré ou pour de la pure découverte musicale, le MEG devrait être votre seule préoccupation. Sinon, il faut prendre congé dimanche, car ce samedi le MEG BOAT prendra le large!

Si vous avez tout suivi de mon délire psychédélique, vous savez désormais ce qu’on peut y trouver au MEG Montréal Festival et pourquoi on a envie d’y être, où qu’on soit. Dans un désert inventé ou dans le quartier d’à côté.

Le Festival MEG Montréal se poursuit jusqu’au 5 août. 

Music
danse

(Fr) Tout débute quelque part…

Un premier pas. Un deuxième pas. Levée de rideau. Sauter le pas. La jeunesse en danse vibre, vivante et généreuse. Vibrons avec elle.

Relève, relève. Parlons-en encore et toujours. Je l’ai déjà fait, il y a quelques semaines. Il s’agissait alors d’un festival levant le rideau sur de jeunes professionnels, toutes disciplines confondues. Aujourd’hui, il ne s’agit que de danse. Et d’étudiants. Première scène, pour certains. On les regarde, on les examine, on les juge. Eux, ils dansent, comme ils savent si bien le faire. Sans artifices.

L’École de danse contemporaine de Montréal, qui fête son trentième anniversaire, également, il faut dire, une sorte de renaissance, nous gâte énormément avec des spectacles soutenus par leurs étudiants. Du 16 au 19 mai, au Studio Hydro-Québec du Monument-National, ce sont les 1e et 2e années qui présentaient le fruit de leur travail. Les premiers interprètent quelques extraits de la pièce Anatomies du chorégraphe José Navas, qui nous avait proposé en janvier dernier, Personae. Quant aux étudiants de deuxième année, on a eu droit à deux créations originales : D’abord un fleuve, puis, autrement tranquille d’Emmanuel Jouthe et You blink, breathing little de Darryl Tracy.  Le tout accompagné par les musiciens de la Faculté de Musique de l’Université de Montréal.

Je ne peux que dire de cette soirée (la première) a été empreinte d’une franche vitalité. On pouvait déceler dans leurs regards, leurs expressions, cette lueur qui affirmait : « Moi, je suis heureux d’être là! » Et c’était beau à voir. Ces artistes, déjà. Harmonie entre les corps. Aucune fausse note. De la fluidité et de la confiance en soi.

Mais bien entendu, ce n’est pas tout. Il y a les finissants, qui au terme de nombreuses années de labeur, vont nous dévoiler les Danses de mai. Le passage délicat entre l’école et leur vie professionnelle (enrichissante, on la leur souhaite). Le communiqué nous met l’eau à la bouche quant à ce qui nous attend du 24 au 26 mai à la Maison de la culture Frontenac. D’abord, l’interprétation de Joe et Rodolphe de Jean-Pierre Perreault et Les 24 préludes de Chopin de Marie Chouinard, adaptés par Ginelle Gagnon et Isabelle Poirier. Du côté des œuvres originales, ils auront le plaisir de danser Vie et mort de l’élégance de Marie Béland et Mes meilleurs amis de Dominique Porte. Que de belles choses en perspective.

Dance
Le-Petit-Prince

(Fr) Un drôle de voyage

Un conte faussement enfantin. Une chorégraphe avec un grand cœur. Voilà tout ce que ça prend pour que l’un des plus grands bijoux de la littérature trouve son écho sur scène. Les Grands Ballets Canadiens présente Le Petit Prince. Une œuvre intemporelle pour une création contemporaine.

Didy Veldman, chorégraphe néerlandaise s’est penchée sur cette œuvre si célèbre qu’est Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, comme tant d’autres avant elle. Mais elle est la première à en créer un spectacle complet. Rien de moins qu’un ballet. Son désir « de retranscrire en mouvement la poésie et la pureté de ce récit unique » a pris son envol à Montréal sur les planches du Théâtre Maisonneuve, jeudi dernier. Le public était impatient et légèrement angoissé à l’idée d’assister à cette redécouverte d’un grand classique.

Il est important de laisser à la porte toute attente préconçue pour le premier soliste André Silva que vous verrez, certains soirs, sous les traits du Serpent. Il faut se laisser surprendre, se laisser offrir ce spectacle ce que je rajoute pour ma part, en toute humilité. J’ai donc apprécié l’imaginaire littéraire de ce conte philosophique, mais également et plus sûrement, l’imaginaire scénique élaboré. La chorégraphe avoue elle-même s’être accordée une certaine latitude face à l’œuvre originale. L’essentiel, c’est d’assister au mariage, de plus en plus fréquent, de la littérature et de la danse.

Le Petit Prince est l’une de ces histoires qui trouvent leur pertinence à toute époque, alors la touche moderne et créative dont se pare le spectacle n’est nullement superflue. Une histoire sur l’enfance, sur cette part de soi qui prend le large sans raison, sur les affronts d’un monde qui ne prend pas de gants. Une histoire universelle, dont les grands thèmes, toujours d’actualité, trouvent parfaitement leur place dans l’expression chorégraphique.

Votre soirée peut devenir magique si vous vous laissez tenter par le nouveau visage de ce conte mythique. Une trentaine de danseurs seront là pour vous « dessiner un mouton » dans un décor aérien conçue par Kimie Nakano, sur des airs savamment arrangés par Philip Feeney. Un de mes moments préférés fut celui où les notes de Do you love me  de The Contours, arrivèrent à mes oreilles.

Il n’est pas trop tard pour vous procurer des billets, les représentations continuent jusqu’au 12 mai. Retrouvez l’enfant en vous, il ne fait qu’attendre…

Dance
Simon Vermeulen

(Fr) Des grands humains

Prenant naissance entre l’expression d’une gestuelle particulière du danseur Simon Vermeulen et la narrativité historique du réalisateur tunisien, Kays Mejri, le projet de vidéo-danse Der Untermensch est l’un de ces projets qui touchent et chamboulent.  Il me fait extrêmement plaisir de partager, ce qui on l’espère, sera une nouvelle vague dans le monde de la danse contemporaine.

Mélangeant le réel du documentaire au côté artistique et esthétique, Der Untermensch, qui signifie «sous-homme» en allemand, aborde par le biais de la danse, l’holocauste homosexuel durant la Seconde Guerre mondiale. Un sujet prenant. Autant physiquement, qu’émotionnellement. Ce jeune danseur, diplômé de l’École de danse contemporaine LADMMI en 2011 et possédant déjà un beau parcours,  a un souci extraordinaire des détails. Ce qui justifie entre autres, le choix du mode de diffusion. Une vidéo-danse et non un spectacle sur scène. Le rapport à la proximité n’est plus du tout le même. Le destinataire sera amené à être proche du sujet humain, ce personnage arien homosexuel qui veut assumer cette part de son être. À être conscient du moindre mouvement. Une intensité condensée en moins d’une dizaine de minutes. Sans être totalement une histoire racontée et linéaire, cette vidéo se veut un miroir des gestuelles du corps parlant. Chaque partie de ce corps exprime un message, une plainte, un espoir, un engagement. Car en effet, le propos est profondément engagé. Un pan dédaigné de l’histoire est dévoilé à travers cette construction visuelle. D’un désir de libération à l’épanouissement totale de l’être. Le reste est à découvrir.

Comment parler d’un projet qui n’est pas encore né? Comment vous convaincre que le dessein espéré en vaut la peine? Tout simplement, parce que j’y crois. J’y croyais déjà en  visionnant l’ébauche du travail et j’y ai cru plus fort en  partageant cette discussion  d’un enthousiasme communicatif avec Simon. J’ai été convaincue. Emballée. Enrôlée. La danse contemporaine qui grandit de toutes ces idées innovatrices de jeunes danseurs, cela me rend fébrile.

Pour le moment, ce projet indépendant dont le lancement est prévu aux alentours de septembre 2012, est dans sa campagne de financement. Je vous invite tout d’abord, à jeter un coup d’œil, en guise d’avant-goût, à la vidéo promotionnelle, se trouvant ci-bas. Puis, de partager et d’en parler. Et bien sûr, de contribuer à l’aboutissement de ce travail formidable en cliquant ici. Ce ne sera pas mon unique billet le concernant. Il reste quelques mois de production et de réalisation. Mais je serai aux premières loges pour le grand jour et je me chargerai de vous le rappeler.

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