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(Fr) Trois expositions pour réfléchir aux forces abstraites de l’univers

Non contente d’avoir mis sur pied la fondation pour l’art contemporain DHC/ART, qui a ses pénates dans deux superbes bâtisses du Vieux-Montréal, Phoebe Greenberg vient tout juste d’inaugurer un autre centre de création artistique à la fine pointe de la technologie à cinq petites minutes de marche de là. C’est l’occasion pour tout curieux de se payer une petite visite de trois expositions offertes gratuitement au public, sans compter que DHC accueille présentement l’un des plus grands noms de l’art visuel ET de la composition musicale, le Japonais Ryoji Ikeda.

La première partie de l’exposition de Ryoji Ikeda, présentée dans le cadre dela Biennale d’art contemporain et distribuée sur les quatre étages de DHC/ART, établit le vocabulaire pur, délicat et précis de l’artiste qui travaille maintenant à Paris. À travers des rouleaux de piano mécanique, des schémas du ciel, des représentations d’ADN ou des constantes mathématiques comme pi ou phi, Ikeda révèle l’absurde d’un monde entièrement fondé sur des visions abstraites et binaires. Ses présentations minimalistes et extrêmement ordonnées, qui demandent une attention soutenue et presque scientifique, dégagent finalement une beauté renversante, presque religieuse.

Mais c’est lorsqu’on traverse au deuxième bâtiment de DHC que l’œuvre d’Ikeda prend tout son sens en une hypnotisante déflagration de lumière et de sons, sorte de grand big-bang en deux couleurs. Les constellations dont on avait étudié l’orchestration parfaite apparaissent là dans toute leur magnitude, et créent devant nos yeux un univers transcendantal.

Trois coins de rue plus loin, le temps de faire aérer nos neurones encore choquées par les images d’Ikeda pour se rendre au Centre Phi, l’installation du Montréalais Alexandre Burton s’assure de maintenir dans nos cerveaux un état d’anarchie. Ici, ce n’est plus à une représentation binaire du monde qu’on a droit, mais bien à la mise en avant de l’énergie qui sommeille en toute chose. Placées en veille dans une seule pièce, six immenses bobines tesla n’attendent qu’une petite présence humaine pour exploser sur les vitres qui leur font face et ricocher dans un large spectre de teintes et de sonorités. La puissance et l’imprévisibilité de l’électricité nous sont ainsi violemment rappelées dans un contexte qui invite à jouer avec le danger pour créer des œuvres uniques et extrêmement vivantes.

Photo Richard-Max Tremblay | Permission du DHC/ART

Pour ceux dont les jambes sont encore en état après les deux présentations précédentes, le Centre Phi propose d’expérimenter l’impact de la folie d’autrui sur notre propre système nerveux. Dans une toute petite salle baignée de blanc, le participant est confronté à un homme qui présente en cascade les symptômes de différents troubles mentaux. À mesure que son état s’intensifie et se laisse influencer par les gestes du spectateur, des capteurs de mouvements et un ordinateur dessinent la réponse physique du participant pour illustrer son « moment de folie », qui sera ensuite répertorié aux côtés de tous les autres fous temporaires sur le site amentia.com.

Un moment de folie suite à Amentia

Avec ces deux premières expositions au Centre Phi (Amentia de Jean-François Mayrand et Impacts d’Alexandre Burton, présentées respectivement jusqu’aux 14 et 21 octobre), la fondatrice Phoebe Greenberg émet un signal fort pour son nouveau centre multidisciplinaire et hyper technologique. On a bien hâte de voir ce que nous réserve le Centre Phi après sa période d’incubation, soit dès le 1er septembre. En attendant, DHC/ART propose de participer à l’exposition de Ryoji Ikeda en créant sur place notre propre message codé, ceci afin de prendre activement part à la réflexion de l’artiste sur l’échange constant d’informations qui est inhérent à l’ère numérique.

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« Dans chaque humain, l’art finira par trouver le chemin qui lui est ouvert, même si pour cela il devra faire des pieds et des mains et déjouer les cellules ...