Des-femmes

(Fr) Rencontres de l’eau et de la terre

Six heures et demie – c’est le temps que nous avons consacré, vendredi soir, à écouter les mots de Sophocle, dans la trilogie Des femmes présentée tout le mois de mai au Théâtre du Nouveau Monde. Certains, curieusement, semblent considérer que c’est tout un marathon pour le spectateur, un effort de longue haleine, une épreuve – qui en vaut la peine, mais tout de même une épreuve. Sauf qu’on y va après tout pour se faire raconter des histoires, non? Accrochés aux images de Wajdi.

Comme souvent chez Mouawad, on sent, on ressent l’influence des éléments de la nature. Ils sont, là, particulièrement tangibles.

À l’ouverture des Trachiniennes, récit de désir et de douleur, une longue ondée, pendant la chanson du chœur, oblige les personnages à s’abriter sous une grande toile; et ça crépite sur le plastique, et de grandes lampées se déversent parfois sur les dalles ocre qui composent l’espace de la tragédie de Déjanire. La pluie cesse, mais l’eau demeure omniprésente, ruisselant en giclées brillantes, lavant ou collant les vêtements sur les corps. À un moment, la servante douche sa maîtresse de seaux d’eau qui éclaboussent en gerbes scintillantes la forme cambrée de la noble Déjanire, toute à l’exultation du retour tant espéré de son mari. Après, le tissu sec de la nouvelle robe qu’elle enfile par-dessus son sous-vêtement mouillé se tache d’humidité, au fil de ses mouvements inquiets, jaloux, et de ses déplacements lancinants sur le sol moite et glissant.

Antigone, récit de révolte, se déroule quant à lui sous le signe de la terre. La terre noire et sèche dont se barbouille en entier l’héroïne afin de passer inaperçue quand elle va clandestinement enterrer son frère, de façon symbolique, en recouvrant le cadavre, dont la Cité dénie la sépulture, de poussière. Et puis, la pierre blanche du rocher à l’intérieur duquel on l’enterre vivante pour la punir de sa désobéissance envers la loi, elle qui obéit plutôt à sa foi. La terre, tombeau; la terre, demeure d’Hadès, celui qui règne sur les morts.

Et quand le troisième volet, récit de vengeance, commence, on retrouve la pluie, mais, ici, comme les dalles oxydées ont été remplacées par une sorte de grand carré de sable, c’est dans la boue que pataugeront les personnages d’Électre. Les vêtements y traînent, s’y maculent sans cérémonie; la protagoniste en oint son corps comme de peintures de guerre; elle façonne une mère de boue dont elle détruit la tête à coups de batte qui font gicler du vaseux tout autour. Électre vit dans la fange et attend que son frère Oreste vienne tout purifier. Puis l’eau revole. La boucle est bouclée.

Vous aurez donc le choix de la frugalité ou de la gloutonnerie puisque Les Trachiniennes, Antigone et Électre vous sont commodément proposées en format séparé la semaine et en suite appréciable les samedi et dimanche, jusqu’au 6 juin.

Et, dites, le débat de l’année passée, ça vous titille encore?

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Il faut d’abord identifier l’étincelle d’éphémère qui fait briller les yeux du spectateur ; puis, on la capture, on la met dans un bocal, on pose un timbre et on vous la poste.