Crédit photo : Sébastien Lavallée

Lancement-spectacle : Socalled – The Season

Josh Dolgin (Socalled) trouvait ça ben plate d’avoir écrit The Season pour une seule représentation au Théâtre Outremont dans le cadre de Pop Montréal en 2011… Il n’a pas fallu chercher bien loin pour trouver une façon de donner une autre vie au projet : l’album paraît mardi et sera lancé mercredi par Dare to Care / Grosse Boîte au Théâtre Rialto, un an et demi après un pas pire succès sur scène.

Josh Dolgin s’est pointé bien à l’heure, avec un sourire guilleret et un beau sac à dos carré, défraîchi. Gamin, va. On échange poignées de main et bouteilles d’eau avant de se lancer sur scène : on a prévu lui croquer le portrait dans le magnifique espace du Théâtre Rialto, dont l’architecture s’inspire de l’Opéra Garnier, à Paris – parce que c’est classy, révèle son gérant. Notre invité s’émerveille de l’endroit, construit vers 1925, tout comme nous : on n’en revient pas de la chance qu’on a d’être ici, tout seuls et de pouvoir faire à peu près ce qu’on veut. Mais nous, Photographe et moi, on n’en peut plus, on ne veut plus attendre : on DOIT savoir ce qu’il y a dans le fameux sac. On veut savoir s’il nous a apporté quelques-uns de ses précieux amis…

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Parce que, eille, The Season, c’est un music-hall. Et pas n’importe lequel : un music-hall avec des puppets. Oui oui, des marionnettes. Genre Sesame Street. Celles que Josh nous sort du sac, ce sont les deux vedettes du show : Tina, une bibitte rouge extraterrestre aux yeux exorbités et Bear – un ours, dah –, peluche au regard taquin et à la moue rieuse qui a l’air d’avoir passé un mauvais quart d’heure dans la sécheuse.

Entre Photographe et lui, ça clique tu suite : quelques blagues plus tard, notre Socalled national fait des simagrées sur commande et se prête au jeu comme c’est pas permis. On le sent vraiment dans son élément, celui du spectacle, tout à fait désinvolte, qui n’a rien à perdre et qui vit ses projets à fond, parce que c’est le fun. The Season, il l’a écrit tout d’une traite (paroles ET livret ET musique) dans une van de tournée, pour Pop Montréal, grâce à ELAN (English-Language Arts Network), qui a le maudit beau mandat de soutenir les artistes québécois anglophones. Quand je lui demande ce qui vient en premier, la musique, l’histoire ou les paroles, il ne sait plus trop, il ne se rappelle plus trop, et conclut que c’est vraiment pas important, que tout doit lui être venu en même temps, avec son laptop sur les genoux sur la banquette arrière… C’est ainsi qu’en moins de trente minutes, The Season présente à la fois pièces orchestrales, rythmes d’influence klezmer et hip-hop agrémenté… de harpe !

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Outre le contenu musical de la patente, Josh Dolgin est aussi l’artiste peintre derrière la pochette de l’album et le concepteur des marionnettes du spectacle. C’est un magicien, un pur, un vrai (sans blague, y a toujours des tours de magie dans ses shows !), il sait faire tout et n’importe quoi avec quasiment n’importe quoi et s’en sort plus que bien. Tout comme il sait s’entourer de collaborateurs de sa trempe : c’est sa complice de toujours, Katie Moore, qui prête ses cordes vocales à Tina, alors qu’Yves Lambert, cette icône de la chanson folklorique et traditionnelle qui chante en anglais pour l’occasion, est le seul « humain » du concept, Le Chasseur. Sinon, on parle d’un quatuor à cordes (The Warhol Dervish), d’une harpiste de l’OSM (Jennifer Swartz, la belle-sœur de Josh), de The Narcysist, Joe Cobden et Ly Richy, en plus du batteur Jamie Thompson et du bassiste Patrice Agbokou.

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Pochette d’album The Season

Ce mercredi, apparemment, on n’aura pas droit au music-hall complet : on se contentera tout de même de plusieurs des pièces immortalisées sur l’album, de la majorité des collaborateurs et de notre contemplation des dorures, des vitraux, des sièges capitonnés rouges et du cyclorama d’origine du Rialto. Sans oublier les fameuses puppets ! Les deux marionnettes principales vivent une histoire d’amour improbable dans un « conte musical indie multigenres » où des animaux de la forêt, se préparant à l’hiver et à la saison de chasse, voient débarquer une meute d’extraterrestres… Pour savoir si Tina et Bear vivront heureux pour toujours et auront de multiples enfants, faut aller voir !

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Et comme on ne sait pas trop si le show partira en tournée (Socalled planche également en ce moment sur un autre projet*), faut pas manquer ça, hein. J’espère que vous avez déjà tous mis ça à votre agenda. Surtout que, sur le ton de la confidence, Josh nous révèle qu’il aimerait bien en faire quatre, des Seasons…

Lancement-spectacle The Season
Théâtre Rialto
Mercredi 15 mai
Portes : 19 h 30
Lancement-spectacle : 20 h 30
15 $

*Tales from Odessa
Paroles et musique de Josh Dolgin AKA Socalled
Centre Segal des arts de la scène
Du 16 juin au 7 juillet
À partir de 24 $
En Yiddish avec surtitres en français et en anglais

Musique
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Vous n’avez qu’une mère!

Pour le weekend de la fête des mères, dites lui je t’aime avec des billets de spectacles! Voici quelques suggestions d’escapades culturelles choisies spécialement pour votre maman!

Vous connaissez votre mère comme si vous l’aviez tricotée, vous savez qu’elle entretient un malin plaisir à charmer et à oser! Ladies Night s’adresse à elle. Une pièce de théâtre en compagnie de charmants comédiens dont Guillaume Lemay-Thivierge, Marcel Leboeuf et François Chénier conquerra le cœur de votre maman. Cinq chômeurs se lancent le défi de monter un spectacle affriolant pour faire un coup d’argent, de quoi rire aux larmes !

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Si elle est plutôt fanatique de comédies musicales, elle se plaira à voir Le chant de Sainte Carmen de la Main au Théâtre du Nouveau Monde, la nouvelle pièce musicale mise en scène par René Richard-Cyr sur la musique de Daniel Bélanger, adaptée de la pièce originale du grand Michel Tremblay. De plus, la distribution est du tonnerre, de quoi lui offrir une soirée des plus divertissantes dans le Quartier des spectacles !

L’amour, la mort et le prêt-à-porter, pièce qui met en scène 5 grandes comédiennes (dirigées par Denise Filiatrault) allumera les mamans férues de fringues et de magasinage (la majorité, on parie); un morceau de vêtement inspire chaque dialogue sur la vie trépidante des personnages.

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Elisapie

Pour une soirée en musique, la pétillante Elisapie foule les planches du Cabaret du Mile-End pour une deuxième fois dans le cadre de sa tournée Travelling love. Se faire bercer au son de sa douce voix, quelle agréable moment à partager !

Plutôt amoureuse de musique classique? Elle trouvera son compte avec le programme double orchestres de Yannick Nézet-Séguin à la Maison Symphonique de Montréal vendredi. Pour un concert éclaté jazz, on en trouve plusieurs parmi la vaste programmation du  Festival de musique de chambre  de Montréal. Ou encore, le Théâtre Rialto offre un brunch-concert hommage à Joe Dassin, la fan sera comblée.

Yannick Nézet-Séguin

Yannick Nézet-Séguin

Pour la mère aventurière, elle saura s’amuser au laboratoire expérimental futuriste de Messmer. Ces numéros spectaculaires lui feront vivre des moments loufoques. L’éternel séducteur Stéphane Rousseau offre ce weekend deux représentations de son plus récent one-man show à l’Étoile Banque Nationale. Elle se mettra sur son 36 juste pour lui. Éclats de rire et sourire aux lèvres garantis. Et pour votre mom au givrage sweet, faites-là plonger dans l’univers de Sugar Sammy, she’s gonna rire!

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Une fois les fleurs fanées et le chocolat mangé, votre cadeau n’aura pas autant de valeur que le souvenir d’une sortie culturelle en compagnie de votre maman adorée.

Bonne fête à toutes les mamans!

Variétés
guillaume

Cinglant de Guillaume Wagner : faire sortir le méchant

Une maxime populaire affirme qu’on peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui. L’un des meilleurs exemples de ce proverbe est probablement Cinglant, le premier spectacle solo de Guillaume Wagner.

Il y a parfois quelque chose de très racoleur en humour, dans ce désir de chercher à plaire au plus grand nombre de personnes possible. Ce n’est certainement pas le cas du premier spectacle solo de Guillaume Wagner, intitulé Cinglant. D’entrée de jeu, l’humoriste énumère les catégories de personnes qu’il ne veut pas voir parmi son public, parce qu’elles risquent de gâcher le show. Ne sont pas bienvenus les coincés qui redoutent les sacres, les gens sans jugement qui ne comprennent pas le concept de l’humour et écrivent des lettres pour se plaindre, les matantes qui n’acceptent pas les jokes chiennes sur les chanteuses populaires, ou les intellos frais chiés qui se masturbent en lisant Le Devoir. Ce n’est peut-être pas une technique de marketing très efficace, mais ça a au moins le mérite d’être clair.

Guillaume Wagner s’est fait connaître pour sa participation à l’émission Un gars le soir, et par une certaine blague controversée sur la chanteuse Marie-Élaine Thibert. Il a fait appel aux services du gros cave lui-même comme script-éditeur de son one-man show. Je sais que l’humoriste n’est pas friand des jeux de mots, mais il aurait été plus approprié de nommer son spectacle Sein-Gland, puisqu’en plus d’utiliser un langage cru, cette enfilade de monologues anecdotiques tourne surtout autour des histoires de cul. L’humoriste livre d’ailleurs un vibrant hommage au vagin. Son humour salace possède des affinités avec celui de Cathie Gauthier, même si ce style trash est plus convenu dans la bouche d’un homme. Le rire est gras, mais il est bien présent.

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La performance de Guillaume Wagner s’inscrit dans la tradition du stand-up comique, avec pour seule fantaisie un écran lumineux affichant des icônes dont un signe de piastres, un crucifix ou une paire de seins. Comme la plupart des humoristes, une partie de son répertoire mise sur l’observation des comportements hommes/femmes, mais il est surtout cinglant lorsqu’il sort de la grivoiserie pour viser la société en général. Qui d’autre oserait dire sur scène : « Au Québec, on se choque pas pour les bonnes affaires. On se choque pour André Boisclair qui prend une graine dans le cul, mais on se choque pas pour Martin Matte, qui en a une dans ‘yeule à chaque annonce d’Honda ». C’est méchant, mais dans un monde où l’humour se fait parfois trop consensuel, on apprécie d’entendre des textes qui n’ont pas peur de grafigner un peu.

Cinglant ne s’adresse pas au grand public, et c’est tant mieux. Les adultes avertis devraient apprécier l’humour « 18 ans et plus » de Guillaume Wagner, en autant qu’ils ne soient ni coincés, ni matantes, ni intellos…

Humour
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Marie Brassard

Mensuellement, dans sa rubrique « Artistes à la trace », le Lèche-Vitrine suit un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant de quelques billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Ce mois-ci : Marie Brassard au FTA

Depuis la création en 2001 de Jimmy, créature de rêve, un premier spectacle solo où elle s’avançait sur le terrain de la multidisciplinarité, Marie Brassard n’a cessé de sonder les possibles du langage scénique. Amalgame fluctuant de textures sonores, d’images oniriques, d’ombres, de lumières, de paroles en éclats, ce langage s’est inventé et réinventé au fil de la création d’indéterminables et captivants objets théâtraux : La noirceur (FTA, 2003), Peepshow (FTA, 2006), L’invisible (FTA, 2008), Moi qui me parle à moi-même dans le futur (FTA, 2011). Microcosmes voyageurs, tous ces solos ont rayonné autant au Québec qu’à l’étranger, se posant dans plusieurs villes d’Europe et d’Asie, de même qu’en Australie et aux États-Unis.

Collaboratrice de longue date de Robert Lepage, avec qui elle partage une soif pour l’audace et pour la dissolution des frontières artistiques, Marie Brassard a fondé en 2001 la compagnie Infrarouge, une structure-chrysalide protéiforme de laquelle a émergé chacune de ses œuvres, conçues avec la complicité d’artistes d’ici et d’ailleurs. Exploratrice du rêve, la créatrice use des technologies nouvelles pour donner à voir et à ressentir le réel autrement. À travers ses expérimentations singulières, elle met au jour une poésie scénique où s’entretissent des paysages sonores et des images ondoyantes, matérialisant, pour un temps, ce qui d’ordinaire peine à affleurer à la surface du monde — le secret, l’intangible.

En création mondiale au Festival TransAmériques, Trieste, le tout nouveau spectacle de Marie Brassard, est une vertigineuse odyssée, du légendaire pays des morts jusqu’au fond des abysses, à la croisée des mythologies anciennes et contemporaines. Un poème scénique énigmatique et musical qui promet d’être captivant.

Théatre
Credit: Keith Klenowski

Les 12 travaux de Colin Stetson

Pour Colin Stetson, les limites d’un instrument sont des portes à défoncer, des stimulateurs de créativité. Saxophone au bec, le colosse est comme sur un ring. Ça frappe, ça claque, ça hurle, les timbres se juxtaposent mystérieusement pour créer des ambiances denses et curieuses, comme s’il était entouré de quatre ou cinq autres instrumentistes. Acclamé pour ses deux premiers efforts solo, Colin Stetson clôt sa trilogie «New History Warfare» avec un chapitre intitulé «To See More Light», qui ferme la porte sur une éblouissante lumière. Celle de la mort et de l’amour.

Au centre de l’œuvre de Colin Stetson : l’isolement. Sa musique naît de longs tête-à-tête avec son instrument. «C’est une immersion totale dans les sons et les possibilités du saxophone. Je le laisse m’entraîner, puis je découvre où tout ça m’a emmené.» Souvent, les compositions débutent par un motif répété, un héritage des compositeurs minimalistes américains. «Il y a dans la répétition énormément de nuances et de subtils changements acoustiques. Les couleurs évoluent doucement, et on ne s’en rend compte que si on passe suffisamment de temps à les écouter.» Mais bien que ce fût effectivement le matériau de travail des minimalistes et que Colin Stetson ait fait masteriser le disque par Ben Frost, le compositeur en refuse le lien filial, tout comme il martèle dans ses entrevues n’avoir rien inventé. Affirmons tout de même que peu de compositeurs réussissent à intégrer autant d’histoire musicale pour en faire une œuvre si saisissante d’âme.

Credit photo: Keith Klenowski

Credit photo: Keith Klenowski

Son bagage musical est plus explicite que jamais sur ce dernier volume, et cela est dû en grande partie à son besoin constant de se dépasser physiquement. L’ancien athlète à la discipline de fer affirme avoir composé, pour To See More Light, des pièces qu’il aurait été techniquement incapable de jouer avant. Impressionnante en effet cette capacité de tenir une respiration circulaire pendant les 15 minutes que durent la pièce centrale. «Tout ça est lié à l’endurance. Je suis capable de pousser beaucoup plus d’air, et ce faisant je peux aller chercher une plus grande palette de sons.»

Il n’y a qu’à écouter la chanson «Brute» et ses incursions dans les musiques hardcore et industrielle pour s’en convaincre. Colin Stetson y isole certaines harmoniques pour créer un son particulièrement rêche, mettant la table pour les glapissements provocateurs de Justin Vernon (Bon Iver). «On écoutait beaucoup de métal dans l’autobus de tournée, explique celui qui est aussi membre à part entière de Bon Iver, et on avait envie d’explorer ce côté plus agressif, car Justin peut vraiment faire n’importe quoi avec sa voix.»

Sur «Among The Sef» le chanteur offre d’ailleurs l’une des performances les plus touchantes de sa discographie. Interprétée sans la partie vocale lors du dernier concert de Colin Stetson au Musée d’art contemporain de Montréal, la pièce fût un rare moment d’éternité, touchant à en pleurer. On aurait juré entendre Justin Vernon chanter. «Il a écrit ses textes à partir de mes compositions et beaucoup de ce qu’il chante trouve ses racines non seulement dans mes vocalises, mais aussi dans les harmoniques et les mélodies secondaires qui se créent naturellement dans le son qui est produit par le saxophone.»

« To See More Light » est définitivement l’apothéose de la trilogie «New History Warfare», une œuvre dans laquelle la virtuosité et un immense bagage musical sont au service d’une extraordinaire sensibilité.

Colin Stetson sera en concert à la Sala Rossa les 3 et 4 mai 2013.

New History Warfare Vol 3 : To See More Light est en magasin dès maintenant.

Credit: Keith Klenowski

Credit: Keith Klenowski

 

Musique
Crédits esquisse : Patrice Charbonneau-Brunelle

Pour en finir avec l’androgynie

Rapidement, j’en suis venu à la conclusion que j’avais quelque chose de résolument androgyne, faits à l’appui. La plupart du temps, avant même la parole ou le geste. Pourquoi ? Peut-être parce que j’ai reçu maintes et maintes propositions de shooting où l’on affirmait vouloir mettre de l’avant mon «ambiguïté de genre». On m’a dit ça une fois. Peut-être parce que je me suis fait appeler Madame plus souvent qu’à mon tour, alors que j’attendais dans une file au guichet et que j’avais les cheveux longs. Ou encore peut-être parce qu’une spectatrice s’est déjà exclamée : oh, je pense que c’est Janine Sutto, alors que j’entrais à peine sur la scène de Duceppe (deux pas), costumé avec une soutane, une canadienne rouge et une perruque blanche. Ou alors peut-être encore parce qu’une très pertinente journaliste qui n’avait manifestement pas lu son dossier de presse a cru que j’étais une femme qui jouait bien un homme dans The Dragonfly of Chicoutimi et qu’il s’agissait peut-être de l’énigme du spectacle.

Sommes-nous entièrement responsables de ce qui nous traverse et de ce que les gens voient en nous ? Je ne pense pas. Honnêtement, je crois que les acteurs sont les moins bons juges. En tout cas, cette pensée m’évite beaucoup d’amertume et me procure de prodigieuses surprises. Dans (e), on ne parle pas précisément d’androgynie, on en parle de façon générale. L’androgynie est un escale incontournable quand on parle d’identité sexuelle trouble, soit. Mais selon moi, l’androgynie a le dos large, et devient le no man’s land de tous les marginaux. Attention, (e) n’est pas un spectacle qui fait l’exégèse de la sexualité, ça n’a rien à voir avec La Sexologie pour les Nuls. (e) est par dessus-tout une fable, voire un conte, sur l’amour et sur ce regard de l’autre qui nous forge. (e) est aussi une déclinaison naïve et à abattre de ce que doit être un homme, une femme. (e) traite de l’absence de modèles et d’une stratégie originale pour «devenir un homme». «Devenir un homme»… Expression plus ontologique que littérale. Devenir un citoyen, devenir un être capable d’amour, surtout.  Ici, je ne parle pas de l’objet de l’amour, mais du sentiment fondamental d’amour. Celui-là inconditionnel. Oui, (e) porte un certain romantisme… Mais juste assez. Dans l’imaginaire populaire, le genre sexuel est si galvaudé qu’il est souvent confondu avec l’orientation sexuelle. C’est pour ça que je dis ça.

Crédits esquisse de costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle

Crédits esquisse de costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle

Si l’androgynie avait une fonction presque religieuse chez les Grecs antiques, il s’avère qu’au Lac-St-Jean il y a 15-20 ans, la chose n’était pas aussi… louable. Ce terme aujourd’hui plutôt cool et presque associé à un type de beauté dans un certain milieu n’avait pas toute sa «coolness». C’est la raison principale pour laquelle je suis resté dans les Cadets de terre, Corps de cadet 7-52, pendant trois ans, à devenir légume à faire semblant d’aimer le tir de précision. Je repassais mes pantalons pour que le pli soit parfait, formais mon béret de cadet de terre dans la douche, des journées entières à cirer mes bottes. Et quand ma mère me demandait si j’aimais ça, je lui disais que j’adorais ça. J’ai même gagné la médaille de la meilleure recrue, même si j’exécrais chaque seconde à jouer au petit soldat. Un garçon dans les Cadets aimaient : les armes, le bois, faire des nœuds, l’autorité (du moins l’exercer), donner des coups de serviettes mouillées à  quelqu’un qui dort à 3h du matin dans un camp à Val-Cartier parce que c’est ça être dans la gang-de-gars. Mille dérivés du mot androgyne fusaient alors à chaque coup de serviette, ici sans noblesse. Ça coutait pas cher, les Cadets, pour les parents. C’était l’enfer et le début officiel de mes insomnies, mais j’imagine que c’était vraiment moins pire que l’Ouganda. C’est un peu  glauque, mais ça me console. Heureusement, j’aimais un peu dans la drill, je trouvais ça chorégraphique. Une série de mouvements à se souvenir : un grand souci du détail m’habitait déjà. J’aurai aussi appris à manier une boussole, même si le chemin allait être par la suite plus d’une fois dévié. Plus tard au secondaire, j’ai descendu ma voix, j’ai agrandi mes pas, j’ai essayé de ne pas trop bouger la tête quand je riais, j’ai élargi l’espace entre mes jambes. Programme que je me suis imposé quotidiennement : les poignets dans le prolongement des bras, monter les escaliers avec les genoux parallèles ou vers l’extérieur, jamais de position 5 à 7 où une hanche sertirait dans la lumière, le moins bouger possible, parce que bouger trahit. Bagage qui m’a servi à l’École nationale. À devenir comédien. Drôle de destin pour un être terrassé par le regard de l’autre. C’est le cas de bien des comédiens, je le crains.

En arrivant à Montréal, j’avais lâché mon programme. Fort heureusement. Sur un plan ostéopathique, ce programme m’a bousillé. À l’École nationale, alors que personne n’en faisait de cas, j’étais envahi par la peur de ne jamais parvenir à «jouer» un homme «comme il faut» à chaque évaluation. Pourtant, on ne me parlait pas de ça. Et quand une fois gradué et travaillant au professionnel la directrice m’a vu jouer et m’a dit que j’avais de l’ampleur, que j’occupais tout l’espace et que je tenais bien ma partenaire dans telle scène, j’ai été stupidement heureux. Quel accomplissement, je me suis dit. Comme si mon adjudant dans les Cadets me disait : «Voici ta médaille, tu es la meilleure recrue. Je n’y ai vu que du feu. Malgré la supercherie.» J’ai eu honte de cette joie. Je me rendais compte que j’avais absolument tout mis en œuvre depuis toujours pour me faire dire de telles choses, mais que ça n’existait somme toute que dans le regard de l’autre. À dire vrai, je serai toujours heureux que l’on me dise pareille chose. Je me dirai à coup sûr: j’ai réussi. Réussi quoi ? À vous faire croire que je suis un homme comme les autres, sans doute.

L’enfance m’a appris à transformer mon corps, l’École, à remplir ce corps de toute mon âme, et parfaire ainsi l’illusion, sauf pour cette drôle de journaliste… Mais d’où vient cette obsession à vouloir être vu comme un homme, alors que l’on se voit autrement ? Surtout : d’où vient cette impression constante de ne pas être un homme achevé et complet ? Longtemps, j’ai considéré la question exclusivement par le corps. Comment transformer ce corps, comme être autrement que ce que l’on se sent être. Qu’est-ce qui est le mieux ? Le mieux moralement ? Le mieux pour sauver sa peau ? Aujourd’hui, j’admire ceux qui se donnent des permissions, et ils sont nombreux. Je les ai déjà jugés, parce qu’enviés. (e) est une permission que je me donne. Un parcours intérieur que je constate avoir fait à mon insu. Un voyage que j’ai écrit pour me croire en toute circonstance dans mon corps et dans ma vie, complet et achevé.  Si c’est ça l’androgynie, du moins la mienne, alors je préfère ne rien finir du tout.

Théatre
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Kiss and Cry : chronique d’une mémoire trouée

Né de l’imagination de la chorégraphe belge Michèle Anne De Mey et du cinéaste Jaco Van Dormael, Kiss and cry est présenté jusqu’à dimanche à l’Usine C. Le printemps est un moment propice pour découvrir ou (re) découvrir ce spectacle à la fausse allure d’un conte enfantin.

Avant mon entrée en salle, je ne m’attendais pas à cet étalement mécanique rappelant un moment de tournage. Les gens autour de moi, excités, semblaient savoir exactement ce qu’il en était. Je me suis assise, avec une intimidation curieuse, prête à entrer dans cet imaginaire singulier.

C’est l’histoire de Gisèle. Oui, une histoire narrée, ficelée, suivie. C’est une histoire d’amour plurielle. De celles qui vous collent à la peau et vous forcent à regarder en arrière, à vous remémorer les scènes, à remplir les blancs. C’est aussi une histoire de mémoire et de perte. D’oubli et de reconstitution. La mosaïque d’une vie. Gisèle fait défiler les amours de sa vie. Surtout le premier, celui à l’âge de raison. Ce qui reste de ce premier sursaut du cœur est le souvenir des mains de cet autre. Sur le quai d’une gare, Gisèle se rappelle et se demande où vont les gens lorsqu’ils disparaissent. Où est allé ce premier amour ?

Donc, un récit posé dans un décor miniature livrant Gisèle et tous les autres dans une création instantanée, vivante : un conte  poétique aux multiples temporalités.

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Une œuvre en cache une autre. La performance est orchestrée et filmée en direct. Nous avions droit aux détails comme aux artifices et c’était tout simplement beau. L’espace scénique était investi et reconverti en un laboratoire filmographique et d’expériences sensorielles. Les rails d’un train, une plage, une maison de poupée : la scène est un petit monde construit.

Et bien sûr, on ne peut se détourner de ces fameuses mains, personnages principaux de cette mise en scène. Sensualité, jeux d’enfants, abandon. Elles s’offrent dans une nudité affirmée, danseurs et acteurs, êtres à part entière avec une sensibilité et des excès de douleur.

Kiss and Cry est une véritable création collective. Les talentueux artistes menés par Jaco Van Dormael, s’approprient l’espace, les lieux et les saisons. Ils bougent sur scène dans un même mouvement, ne laissant rien au hasard, formant une seule unité.  Dans ce présent créatif, on est saisi par l’efficacité fluide de ces derniers et on est parfois plus fasciné par ce qui se passe sur la scène que sur l’écran.

Danse
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Des requins au Vieux-Port de Montréal?

La saison estivale approche à grand pas et les programmations d’été s’affichent. Cette année, ce sont les requins qui occuperont le Centre des sciences de Montréal situé en plein milieu du pittoresque Vieux-Port de Montréal. Voilà enfin une bonne occasion de sortir toute la famille : les requins fascinent tout le monde. Le moment rêvé de jumeler cette sortie d’une longue ballade sur les quais, aux abords du majestueux fleuve Saint-Laurent qui borde notre île. Bref, un interlude éducatif accompagné d’une odeur de vacances.

J’ai été invitée à participer à la soirée de lancement, où il m’a été possible d’entendre un conférencier hyper intéressant : le porte-parole qui chaperonne l’exposition, nulle autre que Jeffrey Gallant, président directeur de l’Observatoire des requins du Québec[2] et de toute une panoplie d’organismes voués à l’étude des requins. Il en a rencontrés, lui, des requins, et ce, dans toutes les eaux du globe, même celles du Québec.

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Hein? Des requins au Québec? Probablement quelque part dans le Nord, près de l’entrée de la Baie d’Hudson. Non?

 En fait, 7 espèces de requins viennent visiter l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. Et juste pour qu’on ait un ordre de grandeur, les organisateurs de cette exposition en ont fait une immense murale, où l’homme se fait tout petit aux côtés de ces monstres de mer. Mais peut-on qualifier les requins de monstres? L’imaginaire développé autour de Jaws (1975) qui mettait en vedette un requin arrivant de la profondeur des profondeurs pour attaquer d’innocents baigneurs sur la plage, ainsi que les subséquentes franchises du film, nous joue-t-il des tours, encore aujourd’hui? Qu’est-ce que le requin et est-il dangereux pour l’homme? C’est, pour être entièrement honnête, le but avoué de cette exposition, que de démystifier ce charmant poisson.

Pardon? Un poisson charmant, le requin. Non mais, ça va pas?

Redorer l’image du requin, voilà entre autres, la tâche que s’est assignée le Centre des sciences de Montréal. Une tâche qu’il accomplit en mettant en œuvre tout un réseau d’objets et d’informations. Tout d’abord, des tonnes de dents de requin sont exposées, servant de repères chronologiques. Une dent de requin, lorsqu’elle tombe, est remplacée en moins de 24 heures. Sa dentition n’est en fait qu’une série de séries de dents. C’est égratignant.

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Le requin, quel prédateur! Et pourtant… il est également une proie.

La présence de ce poisson est cruciale dans les milieux marins. En effet, selon Jeffrey Gallant, le requin est le « gestionnaire des océans ». Il vidange les eaux du globe et ramasse les carcasses. Pourtant, l’extinction le guette. Plus de cent millions de requins disparaissent chaque année. Le danger provient d’une pratique particulièrement destructive, l’« aileronage ». Cette pratique consiste à retirer du requin ses ailerons, et uniquement ses ailerons, afin de les vendre sur le marché de la gastronomie.

L’exposition est diversifiée et sa formule interactive est captivante. La possibilité de jouer sur les écrans tactiles avec des reconstructions de requin de plusieurs centaines de millions d’années est géniale. Les deux spécimens congelés, un requin mako de 226 kg et sa proie, un thon rouge du Pacifique de 312 kg, sont fascinants. Sans compter que l’idée de mettre à la disposition du public une cage servant à la plonger en territoire « hostile » est propice à d’excellents moments photographiques. Pour ma part, j’ai adoré m’asseoir devant les trois projections simultanées sur d’immenses écrans. Cela m’a hypnotisée. J’y ai passé une belle soirée en bonne compagnie, j’ai appris des trucs inconcevables dont, je l’ai déjà mentionné plus haut, cette histoire de dents, qui se remplacent en moins de 24 heures!

Musée Exposition
photo Neil Mota / Graphisme Deux Huit Huit

Pourquoi écrire (e) ?

Je me suis trompé. Je voulais écrire un recueil de poésie. L’écriture de (e) est un long dérapage salutaire. Un carambolage de gens qui m’incitent à aller plus loin et à persévérer dans l’inconscient.

(e)… (longue hésitation) ? À défaut de justifier mon titre, je vous parlerai de ce moment où, pubescent, j’ai compris ma génétique et ma délicate stature. Je vous parlerai de ce moment où j’ai abdiqué à vouloir correspondre à ce modèle de force masculine qui régnait dans mon village : corps lanceurs de pierres, cuisses de coursiers rivalisant avec les pick up et les motos 150cc, poings à assommer les vaches malades, épaules à tirer les trailers pris dans le fumier,  mains cornées par la corde à vache, corps qui ne secoue plus sous le choc de la broche électrique, même par grande pluie.

Les Boudreault sont forts, et je n’étais pas fort. Intrigué, je regardais les mains ravagées de mon père comme une énigme. Alors j’ai ramassé les roches au printemps remontées par le dégel en quatre-roues pour développer mon cuir, et je me suis mis à sauter en bas de l’armature rouillée du pont de train avec les autres gamins pour prouver que j’avais quelque courage, vertu propre aux hommes forts. C’était l’initiation au village. On sautait avec des espadrilles pour ne pas s’ouvrir la peau des pieds du plus haut du pont de train et on sautait quand on nous disait que la voie était libre et qu’il n’y avait pas de «sea-doo» en vue. Ça nous garantissait de ne pas nous faire battre tous les matins en attendant l’autobus. J’ai sauté, sans larmes, avec sang-froid.

Répétitions de la pièce (e)

Répétitions de la pièce (e)

Malgré tout, quelque chose en moi résistait. Alors, j’en suis presque venu à la conclusion que je n’étais peut-être pas tout à fait un homme. Et je me suis même mis à me voir autrement. J’observais ma sœur, qui elle, se faisait traiter de garçon manqué, et son étrange catégorie me rassurait, jusqu’à créer la possibilité en moi d’une nouvelle posture. Pendant un moment, je me souviens clairement m’être identifié à ma sœur qu’on disait ressembler à un garçon. Plusieurs mises en abymes, donc. Je reproduisais tout de ma sœur : ses mouvements, ses œillades, ses élans de rage, son phrasé.

Bon… ce n’était pas gagné à l’école. Pour survivre, littéralement survivre, je me souviens très bien m’être déclaré à haute voix et avec un grand pragmatisme : je vais apprendre beaucoup beaucoup beaucoup de mots. Je saurai toujours quoi répondre en toute situation. Je ne serai jamais désarmé. Je pourrai démonter quiconque, bastonner les assaillants, voire même les abattre. Je me suis vraiment dit : je vais tuer avec les mots. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis devenu venimeux, on se mit à me craindre. J’en retirai un plaisir immense. Je ne m’apercevais pas que je devenais, oui, un orfèvre des mots pierreux et un agitateur habile du verbe (du moins dans ces conditions-là), mais aussi un être emmuré par les mots qui l’ont si bien défendu. Il faudra l’École nationale de théâtre, la psychanalyse et l’amour pour me faire resurgir en plein air, sans blindage, déboulonné des mots, juste accompagné par eux, sans en forcer le sens. Ça, c’est une autre histoire. Ce qui nous intéresse, c’est (e). La langue dans (e) est cette langue de résistance. Une langue qui cherche à s’élever par tous les moyens, quitte à flirter avec la banalité. Elle cherche à s’élever comme son personnage principal qui ignore comment être un homme, mais qui y parvient tout de même, à travers l’amour inconditionnel. La langue dans (e) est indissociable du personnage principal ; elle est le principal instrument de survie.

Répétitions de la pièce (e)

Répétitions de la pièce (e)

Je lisais un pré-papier d’Alexandre Vigneault la saison dernière, et je suis tombé sur une savante citation de la professeure de sociologie Madeleine Pastinelli qui a résonné très fort en moi. «L’identité est contextuelle, elle varie selon les interactions». Même si cette citation parlait de tout autre chose, notamment du subversif et fascinant Ishow, je ne saurais mieux dire en parlant de l’identité sexuelle du personnage principal, innommé, de (e). Au fil de ses rencontres, et en carence absolue de modèles, son identité s’adapte, par désir certes, mais trop souvent par survie. Dans (e), la Mère dit que «les hommes sont des concessionnaires ou des gynécologues». Quand le téléroman Les Machos devient la référence de ce qu’est «être un homme», c’est peut-être parce que rien ne va plus…

Venez donc voir et en parler avec nous, à partir du 7 mai jusqu’au 25 mai à la salle Jean-Claude Germain.

Théatre
Dany

Dany Boudreault

Mensuellement, dans sa rubrique « Artistes à la trace », le Lèche-Vitrine suit un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant de quelques billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Ce mois-ci : autour de la pièce (e) avec Dany Boudreault

Comédien et auteur, Dany Boudreault complète sa formation à l’École nationale de théâtre en 2008. Acteur surtout dédié à la création, Dany Boudreault est très actif sur la scène montréalaise, notamment dans Faire des enfants au Quat’Sous, The Dragonfly of Chicoutimi à l’Espace Go, Hamlet est mort aux Écuries, Beaucoup de bruit pour rien au TNM, Chante avec moi à l’Espace Libre ou L’espérance de vie des éoliennes à la Compagnie Jean Duceppe.

Parallèlement, il a écrit et interprété Je suis Cobain (peu importe) à la Petite Licorne, ainsi que la pièce (e) au Théâtre d’Aujourd’hui. Sur le plan littéraire, Dany Boudreault a publié deux recueils de poésie aux éditions Les Herbes Rouges.

Au cinéma, Dany Boudreault a participé au Projet Épopée initié par le réalisateur Rodrigue Jean, et apparait également dans les films Le Météore de François Delisle, Chasse au Godard d’Abbittibbi d’Éric Morin et Vic et Flo ont vu un ours de Denis Côté. Au petit écran, on a pu le voir dans Toute la Vérité30 vies, et plus régulièrement dans Destinées avec le personnage de Félix Tanguay.

Source : Théâtre d’Aujourd’hui

Théatre
Beatles_Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Les Beatles à Montréal : revivre l’hystérie

Les Beatles sont un de ces rares groupes légendaires qui fascinent depuis toujours l’imaginaire collectif et qui ont eu un réel impact sur le paysage musical international. Pour souligner le 50e anniversaire de leur venue à Montréal, le musée de Pointe-à-Callière présente l’exposition Les Beatles à Montréal  jusqu’au 30 mars 2014.

La première salle sert d’introduction et contient une présentation de chacun des membres ainsi qu’une ligne du temps détaillant l’histoire du groupe britannique. Il s’agit d’une bonne entrée en matière pour les néophytes des Beatles, s’il en existe encore, mais qui va aussi satisfaire la curiosité de tout le monde en soulevant d’intéressants faits et moments du groupe qui sont moins connus. On peut notamment regarder quelques extraits de vidéos de l’époque qui permettent de comprendre la folie que les Beatles provoquaient et le phénomène social derrière leur musique. C’est aussi dans ce premier volet de l’exposition que se trouve la célèbre voiture de John Lennon, une Rolls-Royce Phantom V peinte de motifs floraux sur fond jaune vif, et je peux vous assurer qu’il s’agit d’un point fort de la visite.

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

On arrive ensuite à une portion plus interactive de l’exposition qui vous donnera l’occasion de démontrer activement votre amour des chansons du groupe. Juchés devant un écran géant, quelques micros attendent les visiteurs et leur permettent d’offrir une performance de karaoké de certaines chansons interprétées par le célèbre groupe lors de son passage au Ed Sullivan Show. Lorsque j’y suis allé, quelques personnes se sont laissées prendre au jeu, mais ce qui était vraiment intéressant était de voir la majorité des visiteurs taper du pied et chantonner sans nécessairement vouloir se donner en spectacle. Dans le même esprit, c’est dans cette salle qu’on trouve des reproductions ou des modèles similaires de plusieurs guitares utilisées par les Beatles. En tant que musicien, j’ai trouvé intéressant d’observer tous ces instruments qui représentent bien la diversité et l’évolution du son du groupe. On peut aussi voir quelques items de collection, parmi lesquels j’ai bien aimé une photo plutôt amusante prise avec Mohammed Ali.

La seconde partie de l’exposition, située au deuxième étage, est principalement dédiée à la venue des Fab Four à Montréal. On y montre beaucoup d’objets de l’époque tels que des vêtements d’adolescents, des tourne-disques portables, etc. C’est particulièrement intéressant pour les gens qui, comme moi, n’ont pas connu les années 1960. Cela nous permet de mieux comprendre et imaginer le portrait social du Québec d’alors. Je pense notamment à un extrait d’un reportage dans lequel l’interviewer demande à une jeune femme si elle accepterait d’épouser quelqu’un avec une coupe de cheveux comme celle des Beatles et si elle croit qu’ils lui doivent leur succès…

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Si vous avez des doutes sur la frénésie provoquée par les Beatles chez les Québécois (et Québécoises !), peut-être que d’apprendre que cent jeunes femmes ont dû recevoir des soins médicaux lors des deux concerts donnés au Forum changera votre opinion. Vous découvrirez plusieurs faits plutôt impressionnants qui aident à apprécier l’ampleur réelle de la venue du groupe à Montréal. Les responsables de l’exposition ont aussi réalisé des entrevues avec diverses personnalités, dont Janette Bertrand, qui ont assisté aux spectacles ou simplement vécu le phénomène de l’époque. On peut aussi voir un grand nombre de clichés inédits des spectacles ainsi qu’une « revue de presse » de l’événement que j’ai trouvée amusante. L’exposition cherche aussi à montrer l’influence que les Beatles ont eue sur les groupes québécois de l’époque. On dévoile plusieurs articles authentiques ayant appartenu à ceux-ci, notamment les Baronets, les Classels, les Hou-Lops, les Sultans, etc. De plus, il est possible d’utiliser un jukebox qui joue plusieurs clips d’époque de leurs performances.

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Le reste de l’exposition est composé de plusieurs items commémoratifs, notamment une tonne d’objets promotionnels de l’époque à l’effigie du groupe. Mon coup de coeur est venu vers la fin de l’exposition et vaut à lui seul le déplacement : la vidéo complète du dernier concert joué par le groupe, un événement impromptu  sur le toit de l’immeuble abritant leur studio. Je ne crois pas qu’il existe une plus belle façon de conclure que d’enfiler une des paires d’écouteurs et se laisser bercer par la musique en regardant ce concert mythique le temps d’une ou deux chansons. Ou un peu plus, comme je l’ai fait au grand dam des autres visiteurs attendant leur tour…

Musée Exposition
Comédiens Montréal

Du Yukon à Paris.

Alors que les représentations de Yukonstyle de Sarah Berthiaume commencent le 9 avril au Théâtre d’Aujourd’hui, la pièce est déjà en représentation au Théâtre de la Colline à Paris. En attendant la première montréalaise, Sarah Berthiaume s’est rendue à Paris et nous fait part de ses impressions, ses angoisses et ses émotions lors de cette première.

20h30. Théâtre national de la Colline. Paris.

Je traîne dans le hall avec ma jolie robe et mon stress historique.

Dans une demi-heure, ça y est. Dans une demi-heure, Yukonstyle sera créé à la Colline, devant un public de critiques, d’abonnés et de gens de théâtre que je ne connais pas.

Je n’ai pas mangé de la journée. J’ai bu du café pour me réveiller, puis du vin pour me calmer, puis de l’eau, pour m’occuper.

Je. Suis. Terrifiée.

Par quoi, je ne le sais pas, exactement. J’ai peur que les gens n’aiment pas. Ne comprennent pas. J’ai peur que ma langue québécoise les rebute. J’ai peur qu’ils aient des attentes démesurées. J’ai peur des critiques. Des problèmes techniques. Des gens qui sortent.

Je ne sais plus où me mettre.

C’est une chose bizarre avec le métier d’auteure de théâtre : au moment fatidique, les choses ne relèvent absolument plus de notre contrôle. On est là, impuissante, à sourire, à se ronger les ongles, à espérer. On est toute entière tournée vers le regard des autres, alors qu’on a passé tant de temps lovée dans son regard à soi, entortillée autour de ses idées, ses mots, ses silences; ceux-là même qu’on a inventés, travaillés, polis, couvés. Maintenant, il faut les donner en pâture au regard des autres. C’est un acte grisant et impudique. Magnifique, mais violent.

Je plonge ma main dans mon sac et touche du bout des doigts les cadeaux de première qu’on m’a donnés pour me porter chance.

-une pâtisserie japonaise en forme de coquillage
-une photo des Moldy peaches
-un petit lynx en caoutchouc

Je mange la pâtisserie en relisant quelques textos montréalais scatologiques et bienveillants. «Merde, merde, merde, merde, merde.»

J’entre dans les loges pour répandre ma ration d’engrais sur l’équipe, moi aussi.

«Merde, merde, merde, merde, merde.»

J’embrasse Célie, la metteure en scène. Puis, les comédiens. Ils me reparlent de la photo de répète qu’ils ont vu sur Facebook : celle où on peut voir les quatre acteurs montréalais assis côté à côte sur le divan. Ils trouvent ça drôle. Ils évoquent tous une impression étrange : le sentiment d’avoir un double de l’autre côté de l’Atlantique. Comme si le vrai personnage existait, là-bas, au loin. Comme s’il avait une vie propre qui leur échappait.

Je pense à l’équipe montréalaise qui entre en salle, en ce moment même, sur la grande scène du Théâtre d’Aujourd’hui. Je sais qu’ils pensent à moi, à nous. Et je pense à eux. Et tout le monde pense à tout le monde et je me dis que ça crée peut-être un réseau d’ondes spéciales par-dessus l’océan, comme des fils jaunes brûlants tendus entre nos corps et nos esprits fébriles.

Je sors des loges alors qu’un signal retentit pour inviter les spectateurs à gagner leur siège.

Je m’assois dans le noir de la salle.

Et là, je pense aux gens que j’ai rencontrés là-bas, sur le chemin du Yukon. Les vrais de vrais, ceux qui ont inspiré mes personnages. Ceux qui ne pensent pas du tout à moi en ce moment. Ceux qui m’ont sans doute oubliée dans l’heure suivant notre rencontre. Ils sont très loin de se douter que quelque part à Paris, un comédien s’applique à dire les mots qu’ils ont prononcés une nuit de printemps 2008 dans un autobus entre Régina et Dawson Creek. Ils sont très loin de soupçonner que quelque part, à Montréal, une comédienne s’approprie un de leurs souvenirs et se laisse émouvoir par lui. J’aime cette idée. J’aime que des gens puissent devenir une pièce, un poème, une peinture à leur insu, et laisser des traces dont ils ne soupçonnent pas l’existence. J’aime que les gens soient parfois des muses insouciantes qui continuent leur chemin sans avoir conscience des fils brûlants mais invisibles qu’ils tendent derrière eux, du sens que ça peut avoir pour les autres.

Et juste avant que le noir se fasse dans la salle, juste avant que le régisseur envoie son premier cue et que les comédiens entrent en scène, je me dis que c’est tout de même beau, que tant de gens se mobilisent pour faire vivre une histoire. Je me dis que je suis contente d’exister dans un monde qui permet encore ça.

Et le noir se fait.

Théatre
Sarah Berthiaume. Photo : Julie Artacho

Sarah Berthiaume

Dans sa rubrique « Artistes à la trace », le Lèche-Vitrine suit un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant d’un ou de plusieurs billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Cette fois : la très talentueuse Sarah Berthiaume

Issue de l’Option-Théâtre Lionel-Groulx, cuvée 2007, Sarah Berthiaume est auteure, comédienne et cofondatrice de la compagnie Abat-Jour Théâtre. Sa première pièce, Le Déluge après, a reçu le prix de l’Égrégore 2006 et a été sélectionnée par la SACD pour être mise en lecture au festival d’Avignon 2007 avant d’être créé, en 2008, au théâtre de la Rubrique à Jonquière, puis, en version anglaise, à l’automne 2010, au Théâtre La Chapelle. La pièce sera également à l’affiche du Canadian stage de Toronto à l’hiver 2013.

Sarah est aussi l’auteure des pièces Disparitions (Dramaturgies en Dialogue 2009, Théâtre du Double signe de Sherbrooke 2012), Villes Mortes, (salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui 2011, finaliste pour le prix Michel Tremblay 2011) P@ndora (production du Youtheatre, printemps 2012) et Les Orphelins de Madrid (production du Petit Théâtre du Nord, été 2012). Sa pièce Yukonstyle (finaliste pour le prix Gratien-Gélinas 2010, Les Francophonies en Limousin, Limoges 2011, Nouvelles Zébrures, Paris 2012, Text’Appeal, Lyon 2012) est montée, ce printemps,  simultanément au Théâtre d’Aujourd’hui à Montréal et au Théâtre national de la Colline à Paris, avant d’être produite à Bruxelles, Innsbruck, Heidelberg et Toronto.

Sarah travaille également en tant que scénariste pour l’émission Tactik sur les ondes de Télé-Québec. En tant que comédienne, on a pu la voir dans Martine à la plage, un solo que son complice Simon Boulerice a écrit pour elle. Villes Mortes est sa deuxième publication chez Ta mère, après Les Cicatrisés de Saint-Sauvignac.

Source : Les éditions de ta mère

Image principale : Julie Artacho

sarah

Théatre
AlexBarrette

L’authenticité d’Alexandre Barrette, lui et personne d’autre

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2002, il n’aura fallu que très peu de temps à Alexandre Barrette pour conquérir le cœur du public québécois : son charisme, son enthousiasme débordant ainsi que ses interventions quotidiennes à la radio, comme au petit écran, toujours justes et pertinentes, y sont assurément pour quelque chose.

Bien qu’il soit un animateur hors pair (à l’heure du lunch, au retour du boulot ou en soirée), il est avant tout un humoriste franchement doué. Et il nous le prouve avec conviction grâce à Alexandre Barrette… et personne d’autre!, son premier one man show, qu’il décrit comme étant « un spectacle qui lui ressemble ».

À son image

C’est sans personnage, ni artifice ou décor flamboyant qu’Alexandre Barrette se présente à ses spectateurs. Seuls 9 écrans multimédia, intégrés à la mise en scène efficace de Guy Lévesque, viennent soutenir et bonifier ses propos tout au long de sa performance. Mais il ne lui en faut pas plus pour briller sous les projecteurs pendant près d’une heure trente et réussir à faire rire simultanément des centaines de personnes.

Il faut dire qu’il a vu juste en choisissant son titre, Alexandre Barrette… et personne d’autre! : une première réalisation en solo pour l’artiste, des textes uniques, dont il en est le seul auteur, et un one man show qui lui colle parfaitement. « C’est un spectacle à mon image », me dit-il lors de notre entretien téléphonique. « Je me reconnais là-dedans, tant dans les textes [que j’ai écrits] que dans l’interprétation. On [mon entourage] m’a souvent dit que je suis le même gars dans la vie que celui que l’on voit à la télé. Et c’est vrai : je suis le même lorsque j’embarque sur scène, ou quand je suis avec mes amis (…) Ce que tu vois, c’est moi! », poursuit-il.

Crédit photo : Jimmy Hamelin

Crédit photo : Jimmy Hamelin

Quotidien dépouillé

Il est de ceux qui ont cette formidable aisance à se retrouver en public et pour qui la formule traditionnelle du stand up convient bien. Il occupe habilement l’espace qui lui est confié, et prend plaisir à parler à un auditoire attentif, interagissant même avec lui à quelques reprises.

Son choix de sujets se veut original, rafraîchissant et inspiré de son vécu (et d’un brin d’imagination); comme bon nombre de personnes de sa génération, le jeune homme de 31 ans fait le constat de plusieurs faits.

D’abord, qu’il est immature et espiègle. Que ses bonheurs peuvent, à l’occasion, être ridicules. Qu’il est parfois compétitif (bien souvent, avec lui-même), et qu’il cherche constamment à se dépasser. Que le temps file, qu’il souhaite un jour être père, et qu’il a cette peur de vieillir.

Ses observations des toutes petites choses de la vie, même des plus absurdes, l’ont ainsi mené à des anecdotes croustillantes, drôles et surtout, bien livrées.

Il ne tarde donc pas à nous dresser un portrait des membres de sa famille : ses parents, qui, à l’aube de la soixantaine, continuent de guider et d’encourager leurs enfants, et ce, dans toutes les sphères de leur vie. Puis, son jeune neveu (et filleul), qui ne cesse d’étonner par ses nombreuses répliques loufoques, et, pour terminer, son attachante grand-maman, qui veille sur ceux qui lui sont chers.

Bien que le sympathique humoriste a su s’inspirer de son entourage pour écrire et créer, il n’en demeure pas moins que ses propres aventures, telles qu’un voyage en Australie et une nuit dans une auberge de jeunesse, une partie de pêche, ou encore, une escapade entre amis au Village Vacances Valcartier, lui auront donné l’occasion de rédiger d’excellents numéros et de se présenter, tel qu’il est, à travers eux.

« C’est un spectacle au cours duquel on apprend à me connaître! », me confie-t-il à la fin de notre entrevue.

Et croyez-moi, on est ravi d’aller à sa rencontre.

***

L’humoriste, qui en sera bientôt à sa 100e représentation, poursuit actuellement sa tournée un peu partout au Québec. Il sera de retour à Montréal les 3 et 4 avril 2013

Humour
deathset_bryceward

The Death Set prennent le Divan orange en otage

Le duo formé par Johnny Sierra et Dan Walker est la personnification du plaisir. Les Australiens – maintenant Brooklynois – ont toujours carburé à la force de la fraternité et partout où ils mettent les pieds, ils traînent dans leur sillage une foule enthousiaste, aux individus prêts à tout pour que leur corps crie : «j’y étais». C’est au Divan orange que tous se donnent rendez-vous ce soir, pour un des derniers spectacles du groupe avant un hiatus annoncé.

The Death Set, formé au départ de Johnny Sierra et de Beau Velasco, ont créé un raz-de-marée lors de la sortie de leur album Worldwide, en 2008. Partout on les annonçait comme l’un des groupes majeurs à surveiller. Après dix-huit mois de tournée continue dans toutes sortes d’endroits plus ou moins légaux, ils rejoignent Girl Talk pour monter sur leurs premières grosses scènes. Mais en 2009, coup de tonnerre. Beau Velasco, le grand ami de Johnny et Dan, meurt. La formation prendra du recul, le temps d’absorber le choc, extrêmement aigu. Au début de ce mois-ci encore, soit trois ans et demi après la nouvelle, Dan et Johnny offraient à leur camarade un vidéoclip hommage.

«C’est encore très dur, mais le temps fait son œuvre et le disque nous a fait du bien», souffle Johnny, joint au téléphone après une série de concerts à Austin. Car c’est en l’honneur de Beau que le deuxième album des Death Set, Michel Poiccard, a finalement vu le jour en 2011. Et quel album! Bourré de mélodies velcro et assez audacieux pour intégrer des pièces introspectives, Michel Poiccard touche sa cible avec une énergie plus dirigée que dans le cas du très noisy Worldwide.

En concert, The Death Set sont réputés pour marquer les spectateurs au fer chaud. Ils le diront plusieurs fois, les pièces de Worldwide ont été composées dans l’optique de voir 50 jeunes virer fous dans un entrepôt. Malgré un enrobage plus sensible Michel Poiccard poursuit la même lignée. C’est une musique physique. Punk à la base, mais avec un côté électronique de plus en plus fort et une approche d’échantillonnage coulée dans le hip-hop.

Photo : Boby Split

Photo : Boby Split

The Death Set ont beau avoir été acclamés autour du monde plusieurs fois, ils mettent la main dans l’engrenage plus souvent que bien des groupes. «J’aime utiliser l’art partout, pousser ça plus loin que juste la musique», affirme Johnny avant d’avouer que s’il fait autant de vidéoclips, c’est aussi parce que ça l’amuse de se lancer dans quelque chose «dans lequel (il n’est) pas très bon.» Ainsi, depuis la sortie de Michel Poiccard, Dan et lui ont continué à lancer des remix et des vidéoclips à folle allure, se sont fiancés (pas ensemble, juste Johnny), ont inauguré un bar-spectacle dans le cas de Johnny et un studio d’enregistrement dans celui de Dan, et s’apprêtent à lancer un nouvel ep, King Babies, sur Dim Mak Records. «On revient à des chansons plus uptempo, plus punk», promet Johnny. Et cette fois c’est Dan lui-même qui produit et mixe l’album, du début à la fin. «Il est meilleur que XXXChange  (le producteur de Michel Poiccard)! Meilleur que tout le monde!» s’exclame Johnny avec son habituel rire espiègle.

Pour la suite, dur à dire. Ils semblent vouloir se concentrer sur leur vie à Brooklyn et affirment qu’il leur est impossible de se lancer à nouveau dans des tournées improvisées. Aucun disque complet à l’horizon non plus. Une seule solution pour les fans : danser jeudi comme si vendredi n’existait pas.

Jeudi 21 mars, au Divan Orange, avec Rock Forest et Le monde dans le feu.

Musique