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Les fragments d’une soirée

«Ainsi, curieusement, la  «liberté» de l’autre à  «être lui-même », je la ressens comme un entêtement pusillanime. Je vois bien l’autre comme tel – je vois le tel de l’autre -, mais dans le champ du sentiment amoureux, ce tel m’est douloureux, parce qu’il nous sépare et que, une fois de plus, je me refuse à reconnaître la division de notre image, l’altérité de l’autre. »

Roland Barthes. Fragments d’un discours amoureux

Co-auteur de Table Rase, qui était d’ailleurs de retour en octobre dernier pour une troisième année consécutive, Catherine Chabot enlève ses petites roues de bicycle et se lance seule dans l’écriture de sa pièce, Dans le champ amoureux. Présentée à l’Espace Libre jusqu’au 25 novembre, la pièce est une joute verbale, parfois rhétorique, mais toujours bien intense, sur le couple.

Ou plutôt sur l’amour? Ou sur la perception de l’amour? Sur les concessions que nous faisons pour l’autre et qui nous transforment, lentement, en quelque chose que l’on déteste? Ou peut-être sur un peu de tout cela.

La disposition bi-frontale de la scène permet au public de se sentir dans la chambre avec les protagonistes, un gars et une fille d’environ 30 ans, comme un ami mal à l’aise d’assister à une chicane de couple particulièrement explosive. Le spectateur se retrouve donc témoin des ébats, des cris, des incertitudes ; un amas de tension difficile à porter.

En résumé, nous suivons la soirée d’un couple. Le gars va prendre un verre avec une fille qui ressemble à Kim Kardashian avec qui il a déjà trompé sa copine. Cette dernière ne veut pas qu’il y aille. S’en suit la plus grande des discussions. Le but : savoir ce qu’ils veulent réellement de cette relation. L’issue finale est simple : s’aiment-ils encore? Tout cela, à travers de citations de plusieurs philosophes, mais aussi d’Éric Lapointe. Les spectateurs vivent donc la soirée avec eux.

Cela ne fait pas plus d’une minute que les acteurs sont sur scène qu’ils sont déjà en costume d’Adam et Ève. Plusieurs personnes ne savent pas vraiment comment se sentir face à la nudité complète au théâtre. Je suis de l’école qui dit que, lorsque c’est justifié, pourquoi pas. Dans le cas de Dans le champ amoureux, la nudité est banalisée, comme allant de soi dans le contexte de la pièce. La nudité du duo ne choque pas du tout, elle est seulement là, bien présente, comme elle devrait l’être dans l’intimité entre deux personnes qui s’aiment. Le but étant de s’incruster dans la réalité d’un couple, et je pense que c’est un bon accessoire pour le faire.

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J’avais envie de plonger dans leur histoire, de les trouver beau, de les haïr tellement ils ne savent pas bien s’aimer, mais j’avais tellement l’impression d’être un intrus dans leur discussion, que cela m’empêchait d’être totalement investie dans l’histoire. D’un autre côté, cela montre que le jeu des acteurs était particulièrement réaliste. Ces personnages, ce sont nos amis. On les connaît. On a tous un couple comme eux dans notre entourage. Un peu trop cool, juste assez heureux pour ne pas être misérable.

Malgré la sincérité du texte, celui-ci manque un peu de nuances. L’énergie est trop haute, il manque de pauses tranquilles où le spectateur peut enfin souffler un peu. Même les moments plus comiques, qui sortent de la querelle amoureuse, sont fort en intensité. La pièce n’est constituée que de hauts, ceux-ci ont donc moins d’impact. Il aurait fallu quelques bas pour comprendre la véritable puissance des mots de Catherine Chabot.

Les artistes parlent d’amour et du couple depuis aussi longtemps que l’on peut le documenter. C’est un sujet qui a toujours été riche et plein de ressources. Est-ce que Catherine Chabot l’aborde d’une manière nouvelle et totalement innovatrice? Je ne crois pas. Cependant, je pense qu’elle l’aborde de manière franche et honnête. Elle dévoile au monde ce qui se passe dans le couple 2.0 de notre génération. Celle qui s’est battue pendant la grève étudiante. Celle qui a vécu dans la ouate, mais qui voudrait avoir la vie d’un révolutionnaire philosophe. Celle qu’on a toujours trop couverte, mais qui veut sortir du nid familial, changer le monde, pour vite se rendre compte que ce n’est pas si facile. Celle qui est un peu fatiguée de se battre, autant pour la liberté que pour son couple. Celle qui voudrait juste être normal, après tout.

 

Théatre
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Compter nos préjugés

Dans la Salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui, on présente jusqu’au 1er décembre la nouvelle création de Marianne Dansereau, Savoir Compter.

Le récit se passe au gynécologue, au McDo, dans une banlieue aisée de Montréal ou Trois-Rivières, n’importe où il y a des rues remplies de grosses maisons avec des piscines creusées. Ça raconte l’histoire de Q-Tips, du gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au McDo, de la fille qui se demande combien, du gars qui a arrêté de calculer, de la fille qui compte sur ses doigts, de la femme qui a de la misère avec son forfait Illico et de l’homme qui dit quand c’est rose c’est beau.

La pièce commence et un homme déguisé en dauphin s’installe tranquillement sur scène. Il agira en tant que narrateur pendant la pièce. Les personnages s’animeront pendant sa lecture de Savoir compter, dont il a la copie en main. Il lira les didascalies, qui témoigneront des déplacements et de l’évolution psychologique des protagonistes. Un bon ajout qui donne un dynamisme à la pièce.

Les acteurs sont debout les uns à côtés des autres, face au public. Un faisceau lumineux va et vient, mettant en évidence ceux qui partagent la scène. Les autres restent figés, attendant leur tour. Ils resteront dans leur petit espace et n’interagiront entre eux que par la parole, le reste étant narré par l’homme-dauphin. Les personnages sont donc enfermés dans un caisson invisible, comme si on les avait classés dans une boîte. Belle métaphore de la part du metteur en scène, qui représente bien comment on voit les gens dans la société dans laquelle on vit. Chacun doit se classer dans une catégorie et se conformer à ce qui est considéré comme la norme. Lorsqu’on en sort, il peut y avoir des conséquences, comme en témoigne le sort du gars qui a arrêté de calculer. Je n’en dis pas plus.

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La pièce est divisée en différents segments et ceux-ci ne sont pas chronologiques aux événements racontés. Ce qui permet aux spectateurs de tisser eux-mêmes la toile des événements et de faire des liens entre ceux-ci. Ce procédé apporte un effet de surprise tout au long de la pièce. D’ailleurs, l’écriture est simple, imaginative, mais efficace, allant droit au but. Elle aborde plusieurs tabous de notre société allant de la zoophilie, à la pédophilie. Sans les banaliser, Marianne Dansereau tente de les associer à des tabous qu’on accepte et qu’on voit pourtant tous les jours. C’est sa manière de dénoncer. Mathieu Quesnel est particulièrement juste dans l’atrocité de son rôle de gars de chez Vidéotron qui cruise des filles en file au MacDo. Les propos tenus par le personnage sont particulièrement dans l’air du temps, si l’on pense à ce qui se passe avec les Rozon, Salvail et Archambault de ce monde. Cela donne un sens lourd au texte et montre, à travers le contre-exemple, qu’il y a des choses qui ne se disent pas. Parfois, la parole peut être aussi terrible que le geste. Les spectateurs riaient, un léger malaise flottant dans la salle, mais il était évident qu’ils riaient jaune.

Tous les personnages se vautrent dans une certaine déchéance et un certain pathos. Ils ont un mal-être profond, dans leur naïveté d’être heureux. Savoir compter, c’est l’histoire de ces gens. C’est l’histoire de leur amour. Mais c’est aussi l’histoire de nos préjugés, à travers les leur.

 La pièce  Savoir compter est présentée au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 25 novembre.

 

Théatre
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Montréal : toute une histoire!

Best of Québec prend possession de notre blogue pour vous faire découvrir les bonnes adresses et meilleures occasions autour d’une activité montréalaise. Ce mois-ci, découvrez leurs recommandations de lieux historiques en cette année de célébrations du 375e anniversaire de Montréal.

Musée Pointe-à-Callière

Plus de 1000 ans de vie humaine montréalaise se trouvent dans ce musée riche, instructif et moderne. On peut y admirer sous terre les fondations de la ville, des expositions d’artefacts permanentes et temporaires. Bref, un incontournable pour qui s’intéresse à l’histoire.

Musée Pointe-à-Calliere

Oratoire St-Joseph du Mont-Royal

Disposant d’une des plus belles vues de Montréal depuis sa terrasse panoramique, cette magnifique basilique au dôme de cuivre est un des monuments les plus visités de Montréal par les touristes, les promeneurs, mais aussi les pèlerins.

Oratoire St-Joseph

Auberge St-Gabriel

Il est possible de trouver dans le Vieux-Montréal de petits bijoux architecturaux mettant en lumière l’histoire de la ville, comme cette superbe auberge qui a su marier la configuration, les pierres et les poutres d’autrefois avec une décoration, un restaurant et un bar des plus modernes. À découvrir.

Auberge-St-Gabriel

Marché Jean-Talon

L’existence de ce marché est moins longue que celle de Montréal, mais il en représente certainement l’un des fleurons gourmands et des symboles de sa diversité culturelle. Ouvert toute l’année, coloré, animé et regorgeant de bons produits, il fait la joie des montréalais, des chefs et des touristes.

Marché Jean-Talon

Les contes de Verdun

On évoque souvent l’histoire du Vieux-Montréal, du centre-ville et du Plateau, mais plus rarement celle de quartiers comme Verdun. Pourtant, Verdun, qui s’est développé grâce aux communautés autochtones, madelinoises et irlandaises, a un riche passé à partager. Découvrez-le à travers des soirées de contes qui auront lieu jusqu’au 30 novembre 2017, ou au moyen de l’application géolocalisée dédiée.

Les Contes de Verdun

En bonus : Fromagerie Copette + Cie

Si vous vous rendez à Verdun pour découvrir son histoire, faites un petit crochet par cette fromagerie qui met en avant les meilleurs fromages, charcuteries, pains et pâtisseries artisanaux du Québec. Une autre façon de célébrer notre patrimoine!

Fromagerie Copette

Arts Médiatiques
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Mort du rêve américain

Il est beau, le temps où l’on pouvait devenir riche et célèbre en étant sympathique. Il est surtout utopique. Bien des citoyens pensaient que l’Amérique avec un grand A allait réaliser tous leurs rêves, qu’il suffisait d’y croire pour y arriver, qu’il suffisait d’être gentil et de connaître les bonnes personnes pour voler vers la gloire.

La mort d’un commis voyageur prouve que ce n’est pas le cas. Arthur Miller brise le rêve américain et marche sur les débris. Le texte parle de lui-même. Serge Denoncourt n’avait qu’à s’entourer de bons comédiens et le succès était quasi-assuré. Heureusement, c’est quelque chose que Denoncourt fait très bien. Mettant en vedette Marc Messier dans le rôle de Willy, Éric Bruneau dans celui de Biff et Louise Turcot dans celui de la mère, le résultat final est superbe. La mise en scène est simple et laisse toute la place au jeu des acteurs et à la triste histoire de ces personnages. On amène le public de la maison au restaurant en changeant quelques détails scénographiques qui font toute la différence. La trame sonore accompagne l’émotion du texte et donne une ambiance sonore sans flafla.

Le public suit le récit de la famille Loman. Ils ont l’apparence d’une famille parfaite : la mère reste à la maison, le père est un commis-voyageur qui roule sa bosse dans plusieurs états, un fils travaille dans la vente, l’autre est destiné à la réussite. Tout devrait bien aller dans le meilleur des mondes. Et pourtant…

Arthur Miller nous apprend que vivre dans le paraître peut nous détruire à petit feu, quitte à nous rendre fou. C’est exactement ce que vivra Willy Loman pendant la pièce. Il se ment à lui-même, finit par se convaincre d’une fausse réalité et à divulguer cette nouvelle vérité à tous ceux qui l’entourent. Un genre d’Alzheimer volontaire, causé par l’impression d’avoir passé à travers sa vie sans n’avoir fait de remous, d’explosion ou d’étincelle. La peur d’avoir été comme tout le monde, la peur d’être un raté. Marc Messier portrait cela avec exception, nous faisant presque oublier tous ses rôles comiques pour lesquels le public l’affectionne autant. Éric Bruneau est au sommet de sa forme dans un rôle qui lui va comme un gant. La scène finale où il explose est particulièrement touchante et bien joué. Louise Turcot est d’une sensibilité et d’une vulnérabilité désarmante dans le rôle de la mère. Elle est fragile et forte à la fois. Mikhaïl Ahooja semble avoir trouvé son médium depuis La Divine Illusion et il donne une étoffe intéressante au personnage du fils ingrat qui fait semblant que tout va bien et qui abandonne son père pour quelques filles. Aucune fausse note du côté des autres acteurs. Vraiment une brochette de comédiens de talent, comme on en voit toujours dans les productions de Serge Denoncourt.

J’avoue que j’étais craintive de retourner au Théâtre du Rideau Vert après Molière, Shakespeare et moi présentée cet été. Pourtant, La mort d’un commis voyageur m’a touché à un point que j’en étais moi-même surprise. La pièce est à l’affiche au Rideau Vert jusqu’au 4 novembre. Les billets s’envolent rapidement, hâtez-vous!

 

Théatre
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Humanorium – L’étrange fête foraine : Montréal à l’avant-garde

Best of Québec prend possession de notre blogue pour vous faire découvrir les bonnes adresses et meilleures occasions autour d’une activité montréalaise. Ce mois-ci, découvrez leurs recommandations de lieux et d’activités originales inspirées d’Humanorium – L’étrange fête foraine présentée aux Jardins Gamelin du 5 au 15 octobre.

Musée d’art contemporain

Fier flambeau du travail de pointe qui se réalise localement comme internationalement en arts visuels, une visite s’impose pour découvrir sa collection permanente, ses expositions itinérantes et sa boutique.

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Musée des Beaux-Arts de Montréal

Plus large dans son approche, le populaire MBAM est aussi le diffuseur, voire l’incubateur de grandes expositions d’avant-garde comme celle sur le couturier Jean-Paul Gauthier ou bien celle de l’artiste en verre soufflé Chihuly. Incontournable.

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Hôtel Épik Montréal

Parfaite adéquation d’un édifice ancestral et du luxe contemporain, le superbe Hôtel Épik est un havre idéal pour les amateurs d’avant-garde bien pensée.

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Bota Bota

Un esprit sain dans un corps sain, c’est important. Et lorsque cette combinaison se réalise dans un des endroits les plus originaux et design en ville, c’est encore mieux! Découvrez ce spa flottant unique en son genre, avec une vue imprenable sur Montréal et un décor digne des meilleurs magazines d’architecture.

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Tohu

La réputation de Montréal dans les arts du cirque n’est plus à faire, et elle se cristallise dans cet édifice moderne qui accueille des expositions, des spectacles et des festivals de grand calibre et souvent très avant-gardistes. À découvrir.

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Denis Gagnon

Véritable phénomène de la mode montréalaise, le designer aux lunettes imposantes qui a déjà exposé ses créations noires et blanches au MBAM dispose d’une boutique dans le Vieux-Montréal.

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Gaïa céramique

La céramique contemporaine est très vivante à Montréal, et en voici un fief avec une boutique qui combine formations et expositions d’une vingtaine de créateurs locaux.

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Le Fantôme

Salué par la critique, ce resto dans un lieu un peu improbable propose une cuisine très imaginative et travaillée sous la houlette du chef décomplexé Jason Morris.

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Mousso

Petit-fils du peintre Jean-Paul Mousseau et fils du chanteur Michel Rivard, Antonin Mousseau-Rivard a choisi la cuisine comme art d’expression et y réalise des merveilles! Ses créations très originales sont aussi belles que mémorables. Une grande table.

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Atelier Robuchon

Loin d’être un atelier comme les autres de ce prestigieux chef, ce bijou du Casino de Montréal est une table haut-de-gamme où le talent du chef Éric Gonzales prend toute sa dimension.

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Humanorium – L’étrange fête foraine est présentée aux Jardins Gamelin du 5 au 15 octobre.

 

Variétés
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Lorsqu’un androïde a des rêves

La 46e édition du Festival du Nouveau Cinéma a été lancée le 4 octobre dernier, avec la première du nouveau film tant attendu de Denis Villeneuve : Blade Runner 2049.

La suite du maintenant célèbre film culte Blade Runner était très attendue et l’ambiance à la Place des arts était survoltée. Après les discours et remerciements des organisateurs et programmeurs du festival et de Pierre-Karl Péladeau en personne, c’était au tour de Denis Villeneuve de prendre la parole. Nous souhaitant un bon film, il a eu droit à une ovation spontanée, montrant clairement l’excitation qui régnait dans la salle.

Blade Runner est un classique de science-fiction. Il a su, à son époque et surtout suite à la sortie du director’s cut en 1992 définir le genre et le façonner selon certains critères que plusieurs autres films adopteront par la suite. L’ambiance y est glauque et teintée d’une inquiétante étrangeté. On va se le dire franchement, ce n’est pas du tout un film grand public.

Il faut absolument avoir cela en tête en allant voir Blade Runner 2049. Il faut également avoir vu le premier volet. Il est important de noter qu’il s’agit bel et bien d’une suite, et non pas d’un remake ou d’un remaniement de l’univers dystopique proposé par Ridley Scott. Il existe un lien intrinsèque entre les deux volets. Blade Runner 2049 a lieu 30 ans après le premier film. Bien que nous ayons droit à un nouveau protagoniste comme meneur d’action (Ryan Gosling), nous retrouvons aussi Deckard (Harrison Ford). C’est donc tout un défi pour Denis Villeneuve de prendre le flambeau de cette oeuvre culte de Ridley Scott. Plusieurs, lui le premier, craignaient que le film soit une piètre reproduction de ce qui a tant marqué dans le premier opus.

C’est loin d’être le cas.

Le spectateur suit l’histoire de K (Ryan Gosling), un blade runner. Ceux-ci ont pour mission de mettre hors service les réplicants Nexus, une ancienne génération de robots qui est devenue un peu trop humaine au goût des autorités. Pourtant, K est lui-même un réplicant. Au cours d’une mission qu’il croyait comme les autres, il ouvrira une boite de pandore qui aura la possibilité de changer le cours de l’histoire. Je ne vous en dis pas plus, question de ne pas gâcher le plaisir!

Denis a un style bien à lui, qu’il a su raffiné au fil du temps. Les connaisseurs remarqueront son rythme et ses traditions. La présence de la neige, par exemple, ou alors l’exploitation de l’environnement sonore. D’ailleurs, la direction artistique est à couper le souffle. La présence de plusieurs climats et environnements différents permet au film d’exploiter plusieurs esthétiques qui servent l’ambiance insolite de 2049. Ryan Gosling cambre très bien le rôle de K, au côté d’un Harrison Ford égal à lui-même. Peut-être aurait-il fallu définir plus amplement la quête de Niander Wallace, le personnage campé par Jared Leto, afin de pouvoir bien en comprendre la profondeur et les enjeux. D’ailleurs, quelques sentiers empruntés dans le film donnent l’impression qu’une suite serait possible…l’avenir nous le dira!

Les fervents admirateurs trouveront peut-être le film un peu trop  »américanisé » à leur goût, mais force est d’admettre que Denis Villeneuve a fait un travail incroyable. Sans être la copie du style de Ridley Scott, il a su garder le triste sinistre qui se dégageait du premier film tout en y ajoutant sa couleur. Il a rendu Blade Runner 2049 un peu plus grand public que le premier, certes, mais il faut également comprendre que le genre a évolué avec le temps. Je crois qu’il s’agit d’une suite logique, quoique peut-être un peu moins biblique et philosophique que le premier opus. Il est certain que la communauté Sci-Fi doit avoir bien hâte de voir ce qu’il fera avec Dune, un autre film culte du genre. Gageons qu’on ne sera pas déçu.

Galerie photo: Marie-Claude Brault

Cinéma
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Au-delà de la grenouille

James Thiérrée était de passage à Montréal avec sa Compagnie du Hanneton pour une série de huit représentations de sa dernière création La grenouille avait raison. Ce spectacle ouvrait la saison 2017-2018 de La Tohu. Et quel spectacle!

Je ne sais pas exactement comment le qualifier cependant! Était-ce du cirque? Du théâtre? Du mime? Du burlesque? Probablement un peu de tout cela.

L’interprétation de ce spectacle peut partir dans tous les sens, dépendant de la personne qui l’a vu. Nous étions plongés dans un univers tout nouveau, tout ce qu’il y a de plus fantasmagorique. Loin d’un spectacle linéaire, La grenouille avait raison est un voyage à la Jules Verne, mené par un James Thiérrée au sommet de son art. D’un charisme incroyable, il guide le public à travers cette histoire sans courbe narrative précise.

Les artistes évoluaient au sein d’un décor magnifique ; un grand rideau rouge s’abaisse pour laisser place à un décor onirique. Un escalier en colimaçon se matérialise devant le public côté jardin. Un bassin d’eau se trouve côté cour de la scène. Puis, un magnifique piano, qui semble avoir sa conscience propre, se promène un peu partout sur l’espace de jeu. La pièce de résistance était la structure centrale (un nénuphar peut-être?) de métal, illuminée, qui bougeait à son aise au rythme des péripéties et la musique. D’ailleurs, celle-ci était hypnotisante, ponctuée de la voix suave et enveloppante d’Ofelie Crispin.

C’était pur et beau, quelque chose que nous n’avons pas beaucoup l’occasion de voir sur scène. Dans les teintes de gris et d’or terni, presque bronze, il y avait un petit quelque chose d’apaisant dans ce spectacle. La compréhension d’une courbe linéaire était mise de côté pour laisser toute la place à l’imaginaire et aux interprètes. Que ce soit James Thiérrée lui-même, les danseuses Sonya et ThiMai Nguyen ou les acolytes Samuel Dutertre et Hervé Lassince, le talent était eu rendez-vous. Leur personnage, abordant chacun une gestuelle singulière, était bien maîtrisé et interprété.

Thiérrée est souvent comparé à son célèbre grand-père, Charlie Chaplin, ou même à ses parents, Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin, qui ont révolutionné le monde du cirque avec le Cirque invisible, mais il n’est pas précoce de dire qu’il réussit, à travers les années, à laisser sa propre marque dans le monde du spectacle.

Ai-je tout compris de cette représentation chimérique? Probablement pas, mais n’est-ce pas ce qui est magique? De pouvoir créer un monde à partir de celui qui nous est proposé? Puis, est-ce que la grenouille avait raison? Honnêtement, je n’en sais rien.

La Grenouille avait raison est présentée à la Tohu jusqu’au 7 octobre.

Cirque
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5 étapes gourmandes montréalaises lors du Festival du nouveau cinéma

Best of Québec prend possession de notre blogue pour vous faire découvrir les bonnes adresses et meilleures occasions autour d’un festival montréalais.

Ce mois-ci, découvrez leurs recommandations pour profiter du Festival du nouveau cinéma. Pourquoi ne pas profiter de ce festival pour embrasser ce qui fait l’unicité de Montréal? Voici cinq adresses célébrant notre métropole dans ce qu’elle a de plus gourmand.

La banquise

Lorsqu’on pense au Québec, une spécialité nous vient tout de suite en tête : la poutine! Et l’un des temples de ce plat roboratif mais ô combien gourmand n’est autre que La banquise. Depuis 1968, cette institution de la rue Rachel Est décline ce plat emblématique à une trentaine de saveurs inspirées du monde entier, comme la Mexicaine aux piments forts, la Reggae au guacamole, la Santorini au fromage féta et au tzatziki… et même une version totalement végane qui se tient. À découvrir!

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Schwartz’s Deli

Autre arrêt incontournable à Montréal, Schwartz est le parfait exemple du succès que peut avoir la rencontre de cultures différentes. Tout premier delicatessen au Canada fondé en 1928, ce resto est le concepteur de la célèbre viande fumée mise au point par un immigrant juif d’origine roumaine, viande à présent connue dans le monde entier. On peut la déguster sur place sous plusieurs formes, mais pour les puristes, rien ne vaut celle du sandwich de pain de seigle.

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Binerie Mont-Royal

Fondée en 1938 par Monsieur Joachim Lussier, voici une autre institution réputée pour ses bines (fèves au lard), mais qui sert aussi en toute simplicité d’autres spécialités de la Belle province comme la tourtière, la soupe aux pois, le pâté chinois et le pouding chômeur. Le tout arrosé comme il se doit de bière d’épinette.

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Binerie Mont-Royal – Anne Moy

Juliette et chocolat

Montréal ne dispose peut-être pas de la réputation de la Belgique et de la Suisse en matière de chocolat, mais elle compte dans ses rangs d’excellents chocolatiers (dont Christophe Morel, champion du monde dans cette discipline) qui ont à cœur la qualité et l’originalité de leurs produits. C’est vraiment le cas de Juliette, la pétillante créatrice d’une chaîne de bars à chocolat populaire dès son lancement en 2003. Son secret? Un menu mariant les versions connues du chocolat (crêpes, chocolats chauds, gâteaux) et d’autres plus nichées (shooters de grands crus de chocolat, tablettes de dégustation) ou ludiques (les produits saisonniers sont à craquer). Vous ne résisterez pas.

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Manitoba

Toutes les cultures culinaires se rencontrent et se mêlent à Montréal, une grande richesse qui fait d’elle une vraie capitale gastronomique. Parallèlement, la redécouverte des produits locaux et des trésors dont recèle le terroir québécois constitue sans doute la plus grande tendance gourmande à suivre. Plusieurs chefs ont suivi cet élan et réalisent des créations saluées par les mangeurs les plus exigeants, comme celles de Simon Mathys au restaurant Manitoba, spécialisé en cuisine boréale dans ce qu’elle a de plus unique et sauvage.

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Le Festival du nouveau cinéma a lieu du 4 au 15 octobre.

Cinéma
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Saloon, la comédie acrobatico-musicale western qui vous fera mal aux zygomatiques!

Maxime Depasse, directeur des opérations à La Vitrine, prend d’assaut notre blogue afin de nous donner ses impressions sur le spectacle SALOON présenté au Monument National.

Le mariage entre le metteur en scène belge Emmanuel Guillaume et la famille Éloize est une vraie réussite! Un savoureux spectacle épique, viril et énergique qui vous emmène en musique dans un tourbillon de tableaux colorés. La mise en scène et les costumes sont éblouissants. On est plus proche de l’univers de Lucky Luke et de Jolly Jumper que de Clint Eastwood et on reconnait bien l’humour surréaliste belge du metteur en scène. Danse, mime, cirque, chants, jonglerie, humour sont au rendez-vous!

Si vous êtes prêts à mourir…de  rire, dans un duel de cowboys, Saloon vous ouvre les portes du Monument National jusqu’au 30 septembre!

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Mondes oniriques

Toujours à la recherche des activités les plus insolites à Montréal, je me suis retrouvé, samedi dernier, au Centre Phi pour l’exposition Mondes oniriques. Troisième volet de la série Sensory Stories, débutée en 2015, l’exposition immersive propose de découvrir différentes applications de la réalité numérique, qu’elles soient ludiques, artistiques ou quelque part entre les deux. J’ai eu la chance d’essayer la réalité virtuelle à plusieurs reprises et je dois avouer que j’ai été charmé par cette exposition! Je ne peux que vous la recommander.

En bref, l’espace est divisé en douze postes. Chacun propose une expérience différente en lien avec la réalité virtuelle ou les technologies immersives. Si certains postes ne permettent d’accueillir qu’un seul participant à la fois, d’autres permettent d’accueillir jusqu’à quatre personnes en simultané. Peu importe la quantité de participants admissibles, il y a toujours un membre de l’équipe du Centre Phi (tous très sympathiques d’ailleurs!) qui est là pour vous accompagner afin de s’assurer que vous profitiez au maximum de l’exposition.

Ainsi, j’ai pu vivre toutes sortes d’expériences : j’ai été un astronaute qui doit réparer la station spatiale internationale, un arbre qui pousse au milieu de la forêt amazonienne, un enquêteur du futur, le témoin d’une relation amoureuse, un artiste daltonien pour ne vous nommer que quelques expériences! Sans trop vouloir vous en révéler, je peux dire que certaines expériences m’ont bluffé. En effet, mon odorat a été sollicité, j’ai eu une sensation de vertige, j’ai vécu de l’angoisse, j’ai rigolé et je me suis questionné sur mon rapport à la réalité.

Mon seul regret est d’avoir dû quitter sans pouvoir faire tous les postes! En effet, si on veut profiter pleinement de l’exposition, il faut prévoir un bon après-midi complet. Entre l’attente pour certains postes, les pauses nécessaires entre chaque expérience pour éviter les malaises (certaines expériences sont plutôt déroutantes) et la durée de certaines immersions, on ne voit pas le temps passer!

Vous avez tous les jours (sauf le lundi) jusqu’au 16 décembre pour profiter de l’exposition Mondes Oniriques. Si jamais vous y faites un tour, vous m’y croiserez peut-être à essayer les immersions que je n’ai pu faire lors de mon passage samedi. Et si c’est le cas, n’hésitez pas à me demander d’essayer une expérience virtuelle collective avec moi; ce sera avec plaisir!

 

 

Arts Médiatiques
2017 Exposition - Les montréalais - portaits d'une histoire - photo: Michel Pinault

Deux expos extérieures pour prolonger l’été

L’été est peut-être terminé et les journées les plus chaudes sont derrières nous, mais il reste plusieurs activités extérieures gratuites dont vous pouvez profiter avant l’arrivée du froid et de la neige.

Lors de votre prochaine escapade dans le Vieux-Montréal, explorez des sentiers moins connus. Notre suggestion : deux expositions sympathiques qui joignent art et histoire.

Traces – Pistes disparues, de l’artiste William Vazan – ©Photo : Jamie Reford

Traces – Pistes disparues, de l’artiste William Vazan

À l’occasion du 375e anniversaire de la ville de Montréal, le Château Ramezay et les Jardins de Métis vous invitent à vous perdre dans un labyrinthe symbolique installé tout juste à côté de la Place Jacques-Cartier, sur la petite place De La Dauversière.

Tel les autochtones avant l’arrivée des Européens, saurez-vous retrouver votre route dans ce dédale de « rivières »? Représentant les anciens cours d’eaux qui sillonnaient l’île de Montréal, ce réseau de chemins vous mènera (ou pas!) jusqu’à une représentation du mont Royal, le cœur de l’île.

Créé par, William Vazan, artiste montréalais reconnu internationalement pour sa pratique du « Land art », cette œuvre porte une réflexion sur l’impact de l’urbanisation sur le territoire. Aucune des rivières qui sillonnaient l’île n’est encore présente. Canalisées ou asséchées elles ont tiré leur révérence au nom de l’urbanisation.

2017 Exposition - Les montréalais - portaits d'une histoire - photo: Michel Pinault

Les Montréalais – portaits d’une histoire, par l’auteur Jean-François Nadeau – ©photo: Michel Pinault

Les Montréalais – Portraits d’une histoire, par l’auteur Jean-François Nadeau

Tout juste à côté, sur la courte rue Le Royer, derrière les jardins du Château Ramezay, surprenez le regard de Montréalais captés sur le vif à travers les époques, des commencements de la photographie jusqu’aux années 1970.

Homme fier, enfants en plein ménage, cycliste prêt pour la compétition, autochtone en présentation, tous ces gens témoignent à leur façon de l’évolution de la ville de Montréal ainsi que de sa population grâce à des clichés de photographes connus ou d’images d’archives.

Les temps ont peut-être changés, mais certaines scènes sont toujours typiques de certains quartiers de Montréal.

Au gré des photographies présentées laissez-vous porter sur la rue Saint-Claude, puis jusqu’au tronçon fraîchement rénové de la rue Saint-Paul qui vous mènera notamment au Marché Bonsecours pour d’autres découvertes. Ou remontez jusqu’au Château Ramezay pour y visiter leurs expositions.

Ces deux expositions sont présentées jusqu’au 9 octobre 2017 au Château Ramezay.

 

Article rédigé par l’équipe du Château Ramzay.

Musée Exposition
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ENTREVUE AVEC DANY BOUDREAULT

Dany Boudreault peut revêtir bien des titres. Il endosse ceux de comédien et poète ce lundi soir à la salle Claude Léveillé de la Place des arts pendant la lecture de La fin du monde est une fausse piste, une mise en lecture de ses propres poèmes dans le cadre du Festival international de littérature. Cela parlera d’amour. De bien d’autre chose, bien sur, mais surtout d’amour.

If love be rough with you, be rough with love;
Prick love for pricking, and you beat love down. 

– Mercutio dans Roméo et Juliette

Je reviens à mes premières âmes en fait! J’ai toujours écrit de la poésie. J’ai publié mon premier recueil en 2005 et mon deuxième en 2007. Lorsque je suis entré à l’École Nationale de Théâtre en 2004, j’étais donc déjà l’espèce de poète parmi les acteurs. Je dégageais l’aura du jeune poète avec des petites ombres Rimbaldienne-wannabe. Je n’ai jamais arrêté d’écrire de la poésie. À ma sortie de l’École Nationale, j’ai été pris dans une spirale de jeu et de spectacles où j’étais plus sollicité comme comédien, mais j’ai continué à écrire. C’est simplement que la poésie demande, selon moi, plus de temps. Elle exige plus d’introspection. J’ai accumulé beaucoup de poèmes et de textes à travers le temps, mais j’ai besoin d’un petit moment avant de les publier.

Le spectacle est planifié, mais reste assez vivant. C’est l’aspect punk de la chose. Ce qui est punk, par définition, n’est pas complètement lisse. C’est un espèce de petit diamant noir. On essaie d’aller à la pureté du texte, mais avec beaucoup de douceur. La salle Claude Léveillé permet d’avoir une grande proximité avec le public, ce que j’aime beaucoup. Ce ne sera pas un concert gueulé dans les oreilles des spectateurs, mais quelque chose de doux, tout en restant caustique. Il y a une lucidité dans le texte, quelque chose d’ironique et de cynique, mais tout en restant doux. Il y a beaucoup d’humour aussi! Mes textes sont la trame narrative du spectacle. Manu (Emmanuel Schwartz) va venir se greffer à cela avec sa musique; un genre de blues très libre. Le spectacle est structuré sous forme de chanson, mais sans l’être véritablement. On traverse ensemble la chute de la fin du monde et on tombe, de plus en plus….mais avec joie et humour! (rires)

  • Est-ce que le public doit s’attendre à être un peu ébranlé?

Je ne pense pas, non! Ce n’est pas décoiffant. C’est plutôt une douce chanson funèbre. On ne cherche pas à provoquer. Ça parle d’amour, de mort, de sexualité, de chute. Il y a même un travail sur la chute au point de vue de la forme, dans la genèse du poème même. La chute du vers. On raconte cette fin du monde, mais qui est surtout la fin d’un monde. C’est une histoire de nouveau début. On est deux enfants, deux boys, qui se rendent compte qu’ils sont devenus des adultes. On s’en rend compte avec le public, en même temps qu’eux.

  • Comment en es-tu venu à travailler avec Emmanuel Schwartz?

On s’est toujours supporté dans nos projets respectifs. On se connaît depuis Cégep en spectacle; lui au Cégep Lionel Groulx et moi à Rosemont. Il était dans un groupe de musique et je jouais une pièce de théâtre que j’avais écrite. Bref, on s’admirait de loin, on se toisait! J’ai été accepté à l’École Nationale lors qu’il y finissait. Il s’est alors mis à travailler beaucoup avec Wajdi (Mouawad) et j’ai publié mes recueils de poésie. On a collaboré pour la première fois dans le spectacle Nombreux seront nos ennemis au  Théâtre Lachapelle. Et on a capoté. On voulait absolument travailler ensemble. J’ai décidé de l’inviter sur La fin du monde est une fausse piste, à faire quelques trucs musicaux à travers mes textes. Il jouera trois sortes de guitare : acoustique, électrique et classique. J’essaie aussi de l’obliger à présenter quelques textes inédits de lui, mais ça, on verra!

  • Comment est-ce que tu te prépares pour ce genre de spectacle?

Il faut toujours se préparer à ne pas l’être, un peu comme le jeu. Dans l’interprétation, il y a des moments, des bulles, où on se laisse libre, où tout n’est pas dicté d’avance, où on se permet de faire des pauses. On joue le texte dans la joie et la détente. On ne voulait pas être soumis à ce à quoi on est soumis jour après jour, avec le travail. On s’est dit qu’il fallait que ça soit facile entre nous. On voulait aussi parler de beaucoup de choses, notamment du capitalisme qui domine de plus en plus nos relations, notre corps et notre façon d’appréhender la vie. On essaie de trouver des solutions pour se déprendre de ça et c’est très fragilisant. Le stress n’est pas le même lorsqu’on joue que lorsqu’on écrit. Alors, quand je joue mes propres texte, c’est doublement ébranlant. De plus, c’est un one shot deal! Je crois que c’est une bonne raison pour le public de se déplacer! La fin du monde est une fausse piste est un spectacle que je ne me serais jamais permis et que j’ai décidé de faire. Et Manu entre totalement avec moi dans l’univers.

  • Vois-tu cela comme une mise à nue?

Oui, absolument! De plus, j’écris beaucoup en lecture. Tous mes recueils, je les ai éprouvés devant public. D’ailleurs, je continue à travailler mes textes avec lui. En répétition avec Alice Ronfard, avec qui j’ai travaillé à l’École Nationale et au Théâtre d’Aujourd’hui, elle m’amène à réécrire mes poèmes. À partir de ses commentaires, le texte se défige. Je ne me dis pas que ce que j’écris, c’est de l’or et voilà, je vous présente un trésor! (rires) On est pas dans ce rapport-là! Alice est une collaboratrice et une complice incroyable. Elle connait Manu par coeur et moi aussi. On entretient tous ensemble un rapport de destruction et de création. Je détruis facilement ce que j’écris, des fois, j’ai même envie de tout détruire! Alors, je fais attention!

  • Penses-tu que ta formation d’acteur a une influence sur ton style d’écriture?

J’écris pour être lu à voix haute, c’est ma démarche. Je ne sais pas si c’est un avantage, mais c’est ce que je fais. Il y a quelque chose de spécial qui se crée lorsqu’on lit à voix haute. Il y a beaucoup d’auteurs qui écrivent pour être lus dans l’intimité, et je pense que je peux être lu de cette manière, mais mes écrits ont quelque chose qui portent à la voix.  Devant mon ordinateur, je me sens plus aliéné, alors que devant public, je sens que la parole opère. De plus, il y a une question de pudeur. Je n’entre pas dans mon propre texte de la même façon que lorsque je joue le personnage de quelqu’un d’autre. J’ai une idée précise de comment il faut le texte, et avec quel découpage. Alice et Manu m’aident beaucoup à briser cela et à me montrer qu’il y a d’autres manières qui fonctionnent aussi bien, sinon mieux. J’essaie de développer une distance affective avec le texte pour pouvoir bien le livrer.

  • Comment vois-tu ta participation au FIL?

Je pense que c’est une festival d’une importance capitale dans le paysage culturel montréalais. Il n’y a pas beaucoup de festival qui se consacre expressément à la littérature. Je suis très touché de la confiance de Michelle Corbeil, qui travaille comme une acharnée avec son équipe pour faire rayonner ce genre de festival. Elle a une magnifique vision et je me sens choyé d’être appelé comme auteur dans ce festival. C’est une tribune unique et un festival qui doit vivre. On est tellement dans un monde où il y a peu de tribune à la littérature. Même s’il y a Plus on est de fou, plus on lit à Radio-Canada, il y a de moins en moins de critique de poésie, de roman, d’article littéraire dans les journaux. Je trouve que le FIL se doit d’exister pour créer l’événement et le foisonnement de notre littérature.

  • Quel événement recommandes-tu dans la programmation du FIL?

Il y en a plusieurs, mais je dirais d’instinct Chronique d’un coeur vintage d’Émilie Bibeau, qui est présenté juste avant le nôtre. Il y a aussi Autour du Lactume de Réjean Ducharme, mais c’est complet! Ducharme est un monument, Markitas Boies est une grande comédienne et Martin Faucher est un expert de Ducharme! Il y a également Pessoa tout sentir de toutes les manières. Ca semble assez intéressant et intriguant. C’est avec Paul Savoie avec une mise en voix de Catherine Vidal. J’adore Pessoa, donc c’est quelque chose qui m’intéresse particulièrement!

La fin du monde est une fausse piste est présenté le 25 septembre à 21h00, pour une fois seulement. Vous ai-je mentionné que cela parlerait d’amour?

Littérature
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Showman d’Anthony Kavanagh : La vie, mode d’emploi

Les humoristes ont un avantage définitif sur les philosophes, puisqu’ils peuvent faire rire tout en discourant sur le sens de la vie, et c’est exactement ce que propose Showman, le plus récent spectacle d’Anthony Kavanagh.

Plusieurs (j’en suis) ont découvert Anthony Kavanagh à l’époque de 100 Limite, mais en vingt-huit ans de carrière (ça ne nous rajeunit pas), l’humoriste aux multiples talents a aussi animé des émissions de radio et de télévision, fait les premières parties de Céline Dion et a donné la réplique au cinéma à Valérie Lemercier. Il a même joué à guichets fermés à L.A. (bon, le Lac Achigan, mais quand même). Après avoir passé la majeure partie des quinze dernières années en France et en Suisse, il n’est de retour au Québec que depuis le mois de juillet, mais déjà, il foule les scènes de la Belle Province avec son plus récent one-man show, dans lequel il partage avec nous sa recette du bonheur.

Showman débute en plein rappel (oui, oui), alors qu’Anthony Kavanagh décède subitement sur la scène, puis, se retrouve au ciel. L’humoriste s’adresse ensuite à la salle comme si nous, les spectateurs, étions des âmes sur le point de naître, et il profite de l’occasion pour partager sa propre expérience sur Terre et prodiguer quelques conseils sur la vie, qui est « le plus beau show de l’univers ». Cette mise en scène aux accents philosophiques élève le niveau d’humour auquel on a droit à travers le spectacle, ce qui fait du bien dans un monde où les stands-up parlent un peu trop souvent de leur blonde, ou des rénovations de leur bungalow.

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Anthony Kavanagh ne respecte pas toujours le fil conducteur qu’il s’est lui-même imposé à travers les deux heures de Showman, ce qui donne parfois un ton un peu décousu à l’ensemble, mais ça n’a pas beaucoup d’importance en bout de ligne, puisque les décrochages de l’humoriste sont vraiment très hilarants, parfois encore plus que ses textes préparés d’avance! Par exemple, devant une réaction timide de la salle, il s’écrie : « on dirait un show de Cœur de pirate », avant d’imiter la voix de midinette de la chanteuse pendant une bonne minute, encouragé par les gens qui croulent de rire.

Tout en s’inscrivant dans la plus pure tradition du stand-up, l’humoriste offre une performance très physique, et avec une simple mimique, une démarche, et quelques onomatopées, il parvient à donner vie à des personnages et des scènes complètes sans costumes ni décors. S’il livre la majorité de ses monologues dans un français « international », Anthony Kavanagh manie toujours les accents avec brio, et il imite le gros colon québécois à merveille, tout comme les Français, les Africains, ou, dans l’un des moments forts du spectacle, un avocat haïtien qui le poursuit au nom de son fils de sept ans, Mathis.

C’est bien beau la relève, mais avec son bagage et sa connaissance du métier, Anthony Kavanagh nous rappelle qu’il n’y a rien de tel que de se donner à un humoriste d’expérience pour passer une bonne soirée!

Anthony Kavanagh sera de passage à Montréal le 21 octobre à la Maison de la culture Maisonneuve et les 23 et 24 octobre au Théâtre Saint-Denis.

Humour
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World Press Photo : au-delà d’Instagram

Rendez-vous annuel de la photographie de presse, le World Press Photo se tient au marché Bonsecours jusqu’au 1er octobre 2017.

À combien d’images sommes-nous confrontés chaque jour ? Dans la rue, dans le métro, à la télévision et en comptant les réseaux sociaux ? Malgré les cœurs et les « pouces en l’air » qu’on distribue à qui mieux-mieux, desquelles se souviendra-t-on une fois que l’écran bleu sera éteint ?

Dans ce chaos d’images qu’on reçoit quotidiennement, il y en a qui marquent, qui témoignent d’une réalité plus grande que nous. Le World Press Photo a cette mission de montrer le monde tel qu’il a été dans la dernière année à l’aide des meilleures photos de presse choisies parmi 80 000 images soumises par 5000 photographes de 125 pays.

L’édition 2017 du prestigieux concours est marquée par la peur et la terreur perpétrée par l’État islamique. Telle que cette frappante photo d’une fillette complètement pétrifiée alors que l’armée fouille les maisons de son quartier ou encore celle d’une famille qui fuit en voiture pendant que la ville derrière elle est en feu. La fuite des réfugiés vers l’Europe a aussi marqué l’année et les images montrent des enfants désespérés sur des bateaux de fortune.

Le World Press Photo, c’est aussi des photos d’un quotidien qui nous est inconnu. Comme ces écoles chinoises qui enseignent la gymnastique à des fillettes avec une rigueur extrême ou ce peuple reclus vivant dans une Russie glaciale et éloignée qui se lavent avec de la neige.

La photo récipiendaire du Grand prix de l’année a fait le tour du monde. Le photographe Burhan Ozbilici s’est retrouvé au bon endroit au mauvais moment. Alors qu’un ambassadeur russe émettait un discours dans une galerie d’art turque, un policier qui n’était pas en service a fait feu sur lui. Il aurait crié « Dieu est grand. N’oubliez pas Alep ». Sur l’image choquante, l’ambassadeur est étendu au sol, alors que le meurtrier a un doigt dénonciateur pointé au ciel, l’arme encore tenue par l’autre main. À glacer le sang. D’autant plus qu’une autre image le montre quelques minutes plus tôt se tenant sagement derrière l’ambassadeur.

Des images d’une cruelle beauté dénoncent aussi des mauvais traitements infligés aux animaux et, heureusement, certaines photos plus rigolotes de gardiens de parc déguisés en pandas pour les aider à regagner la nature.

Même si on trouve souvent plus de laid que de beau dans le monde, cette exposition nous permet de le voir d’un autre œil, à travers la lentille de ceux qui vivent ce qu’on ne vit pas.

Le World Press Photo se tient au marché Bonsecours jusqu’au 1er octobre 2017.

Galerie photo : Marie-Claude Brault

Musée Exposition
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S’habituer à regarder (ou autre jeu de mots)

Des spectacles sur la diversité, Mani Soleymanlou et Olivier Kemeid en ont quelques-uns derrières la cravate. La question de l’heure était : arriveront-ils à se renouveller, encore une fois?

La réponse est oui.

Certes, nous reconnaissons le style de Soleymanlou et Kemeid dans l’approche de À te regarder ils s’habitueront présentée jusqu’au 30 septembre au Théâtre Quat’sous, mais le fait d’avoir confié la mise en scène à des artisans extérieurs à leur cercle habituel donne une nouvelle couleur au résultat final. Un peu comme mettre de la diversité dans la diversité.

À te regarder, ils s’habitueront est fait en tableaux. Chaque tableau a un metteur en scène et des acteurs différents. Chaque tableau a aussi un propos et un but différent. Mais, ne vous inquiétez pas, l’ensemble se tient, pas de dissonance de ce côté-là.

Parmi les metteurs en scène, nous retrouvons Nini Bélanger, Bachir Bensaddek, Mélanie Demers, Dave Jenniss, Chloé Robichaud et Jean-Simon Traversy. Chacun vient avec sa brochette d’acteurs, souvent un duo.

Que veulent-ils défendre? Le fait que nous sommes tous pareils en étant différents, mais pas tant que ça, dans le fond? La représentation de la diversité dans les médias? Les stéréotypes raciaux? Oui, tout cela. Encore aujourd’hui, nous sentons le besoin de faire valoir ce qui devrait être évident, ce qui devrait aller de soi. Comme si la bataille n’était jamais vraiment gagnée, comme si nous n’avancions pas, comme si les directeurs de castings ne pouvaient pas comprendre qu’ils ne sont pas obligés de choisir un acteur d’origine arabe ou amérindienne pour jouer un chauffeur de taxi. Le défendre est noble. Le défendre est juste.

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Le problème, c’est que les créateurs de ce spectacle prêchent à des convaincus. La représentation insiste sur le fait que c’est souvent  »l’élite » qui va au théâtre, surtout en soir de première médiatique, mais font-ils quelque chose pour que cela change? Les spectacles de Mani sont souvent fait pour cette  »petite clique de privilégiés », avec des allusions à ses précédentes créations et des adresses aux artistes (des boutades amicales entre collègues disons). Un public moins initié peut facilement y comprendre quelque chose, mais y perd toutes les nuances et les clins d’oeil.

Qui plus est, il est beaucoup question du fait que ce sont toujours les mêmes qui se retrouvent au théâtre. Obia Le Chef l’a d’ailleurs mis en contexte. Il a demandé s’il y avait des noirs dans la salle. Il n’a eu pour réponse qu’un lourd silence criant de vérité. Nous sommes tous d’accord qu’il manque de diversité dans notre culture, autant dans la salle que sur les planches. Faudrait-il donc sortir ce genre de spectacle dans les rues?

Mais je me fais l’avocat du diable. J’ai véritablement apprécié le spectacle; dans tous ses clins d’oeil. Ce n’est pas le fait de parler des ressemblances entre un Russe et un Haïtien qui donne de la valeur à une représentation théâtrale. C’est en rire. C’est de pouvoir en faire la critique. C’est bousculer. C’est transformer le blackface en whiteface et faire le discours de Jacques Parizeau sur le vote ethnique. Speak White, big deal! C’est briser les stéréotypes à gros coups d’ironie, de sarcasme et de répliques passives-agressives. C’est prouver que le beau est dans la liberté d’être soi-même; différent ou semblable.

À te regarder ils s’habitueront est présenté au Théâtre Quat’sous jusqu’au 30 septembre.

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