375mtl_zf_855x585_lucreceborgia

Le retour de Lucrèce

Voilà maintenant neuf ans que la Comédie-Française avait mis les pieds à Montréal. La dernière fois, c’était pour présenter Le Malade imaginaire de Molière (mise en scène de Claude Stratz). Cet été la troupe est de retour pour présenter Lucrèce Borgia de Victor Hugo, drame historique mis en scène par Denis Podalydès. Acteur connu et reconnu par ses pairs, il entre à la Comédie-Française en 1997. Son travail de metteur en scène lui a notamment valu de remporter le Molière de la mise en scène pour Cyrano de Bergerac monté aussi à la Comédie-Française en 2006.

Cette pièce, qui figure depuis sa création dans le répertoire de la Comédie-Française, est un drame historique à l’intérieur duquel se confrontent le politique et l’individu. Lucrèce Borgia raconte l’histoire de Gennaro, jeune homme orphelin, fruit d’un amour incestueux entre Lucrèce Borgia et son frère, ignorant depuis toujours l’identité de ses parents. La pièce débute lors d’un carnaval à Venise où il rencontre une mystérieuse inconnue (Borgia) qu’il croit éprise de lui. S’en suit alors un énorme malentendu entre la reine Lucrèce et son mari, Don Alphonse d’Este, qui prend Gennaro pour l’amant de sa femme et désir sa mort.

Dans sa mise en scène originale, Denis Podalydès travestissait Guillaume Gallienne dans le rôle de la mère et Suliane Brahim dans celui du fils. Or, dans la version présentée dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal au Théâtre du Nouveau Monde, c’est Elsa Lepoivre (Les Damnés) qui prête ses traits au mythique personnage de Lucrèce Borgia. Son interprétation très subtile alterne entre la victime et le bourreau. Personnage mythique fort et souvent diabolisé, la reine que nous présente Elsa Lepoivre est totalement humaine. D’abord mère, femme, puis reine, elle est complète et transmet davantage qu’une simple représentation d’un règne de la terreur et de la débauche. Elle nous montre la femme imparfaite, fragile, sensible et hantée par son passé. Cette représentation du personnage offre donc aux spectateurs à la fois, une dirigeante de son temps, mais accentue par le fait même son individualité.

L’interprétation de la troupe est solide, certains rôles, légèrement plus caricaturaux que d’autres, transmettent bien le côté grotesque présent dans l’écriture de Hugo. L’exagération est présente dans toute l’interprétation, mais volontaire étant donné l’excès dans l’oeuvre elle-même. Les effets y sont parfois surprenants, mais rien de choquant, peut-être en aurions-nous pris davantage.

À l’inverse, la scénographie de Eric Ruf est sombre, intelligente et souligne les différents lieux sans prendre toute la place. Il nous fait passer d’une gondole à Venise, à un château italien en l’espace d’un instant, le tout très sobrement. Il en va de même pour les magnifiques costumes signés Christian Lacroix qui habille habilement les personnages et nous transporte dans le temps.

La représentation d’une durée de deux heures (sans entracte) défile à toute allure. Le rythme des scènes transmet l’urgence et il vaut mieux suivre. Vous ne verrez pas passer ces heures je vous l’assure et bien que les grandes lignes de l’histoire nous soient plutôt évidentes aujourd’hui, vous ne manquerez pas d’y trouver quelques échos contemporains! La Comédie-Française est en ville, alors si vous voulez un classique intelligemment interprété dépêchez-vous, ils repartent bientôt!

Théatre
moliere_733

Loin de la langue de Shakespeare et Molière

C’était au Rideau Vert que le spectacle Molière, Shakespeare et moi est présenté dans le cadre du festival de théâtre À nous la scène, organisé par le 375e de Montréal. Il y a quelques mois de cela, Gilbert Rozon ne donnait qu’une seule consigne à Denise Filiatrault : monter une pièce avec Shakespeare et Molière. C’est donc à Emmanuelle Reichenbach, l’auteur d’Edgar et ses fantômes, qu’est incombé la tâche de relever le défi de Gilbert Rozon. Cela donne une comédie parodique vaudevillesque, à tendance grivoise, on ne peut plus anachronisme.

Nous suivons l’histoire de Thomas Beaubien, un jeune écrivain torturé interprété par Simon Beaulé-Bulman et de ses deux pas toujours fidèles complices, une directrice de bordel dépeinte par Anne-Élisabeth Bossé et un coureur des bois joué par Mathieu Quesnel. Ils ont la requête de Monseigneur Montarville (Carl Béchard) de créer une pièce de théâtre choc sur le Gouverneur (un Roger La Rue trivial à souhait). La pièce est un succès et éveille l’esprit révolutionnaire des habitants de la Nouvelle-France. Thomas fuit, ses amis le trahissent, Monseigneur renverse le Gouverneur et vole la femme de ce dernier. Qu’est-ce que Thomas Beaubien peut bien faire face au clergé et au pouvoir? Et s’il pouvait avoir un petit coup de pouce des fameux William Shakespeare et Jean-Baptiste Molière?

moliereetmoi_500

Caricatural à souhait, plongeant à pieds joints dans le kitsch et le surjoué, le public a droit à un vaudeville moderne à saveur de Nouvelle-France. La salle s’en donnait à cœur joie et semblait apprécier chaque seconde. Plusieurs fous rires s’échappaient des spectateurs devant les situations grotesques qui truffaient la pièce. Une pièce populisme, qui vient chercher les goûts dramaturgiques des masses.

Malgré le rire ambient, la pièce manque de fond. Les blagues manquent de subtilité et la finalité est prévisible et risible. Mentionnant maladroitement quelques enjeux de notre société, ils sont tellement effleurés qu’on en perd le sens. L’effort de vouloir politiser le tout tombe à plat, se noyant dans les galipettes et grivoiseries. Et que dire de la présence de Molière et de Shakespeare qui sont dépeints comme des vieux mononcles qui pètent et rotent? Les efforts des acteurs ne pouvaient rattraper cela. Mention spéciale à l’éclairage de Julie Basse.

La pièce se termine ce samedi 22 juillet. Il vous reste encore du temps pour aller vous faire votre propre opinion!

Théatre
l-exhibition_733

Extraire la théâtralité

L’action se passe au dernier étage du Monument National. Nous sommes une poignée de gens rassemblée dans les escaliers, attendant l’ouverture des portes, nos billets bien en main. Puis, Benoit Gob, Francis La Haye et Emmanuel Schwartz font leur entrée, des cartons de vin sur l’épaule. Ils portent une tenue de protection scientifique blanche, capuchon sur la tête. C’est ainsi que chacun des spectateurs se retrouvent avec un verre de vin, qu’on leur remplira plus d’une fois, question de les préparer à ce qu’ils vont assister.

Nous entrons finalement dans la salle. Le public se retrouve dans un espace clôt dont chaque mur est recouvert d’une bâche de plastique transparent. Au milieu, trône une structure lumineuse. Une voix sans émotion s’élève. Elle nous explique la raison de notre présence, ce jour-là, au Monument National ; Emmanuel a bâti une machine à extraire la pensée pure et il souhaite la tester avec ses amis. La machine marche, seulement, personne ne le sait encore, car elle ne fonctionne pas comme prévu.

« Le spectacle commence. Le spectacle commence. Le spectacle commence. N’allez pas vous asseoir. N’allez pas vous asseoir. N’allez pas vous asseoir. »

Le rideau en plastique se lève et nous pouvons aller nous asseoir, même si la voix nous dit le contraire. Un peu à la Siri, celle-ci parlera pendant les deux premiers actes, pour laisser la place à la voix des acteurs dans le troisième. Ceux-ci ne s’adresseront jamais directement au public pendant la totalité de la pièce. C’est à travers la voix off que le public découvrira ce que ces hommes ont tenté d’enfouir loin en eux. Celle-ci parle des acteurs en utilisant leur vrai nom : Emmanuel, Benoit, Francis. Un peu à la manière narrative de Mani Soleymanlou, qu’Emmanuel considère comme son frère artistique. Peut-être que ce dernier avait justement envie de parler de lui un peu, pour changer, sans se cacher derrière les traits d’un personnage, comme un Tartuffe par exemple Peut-être avait-il envie de jouer Emmanuel Schwartz, à nu, dans tous les sens du terme.

Les moments forts de la performance, terme que j’emploie ici, faute de définition, sont certainement la vérité qui s’en dégageait et les procédés qui sortaient du traditionnel. En effet, il ne s’agit pas d’une représentation théâtrale classique, avec une situation initiale et un dénouement, mais plus quelque chose venant du ressenti et de la gestuelle. La parole est autant mise de l’avant que le visuel. La voix off n’enlève rien au spectacle, qui se prévaut d’une mise en scène efficace.

Le spectacle a tellement de théâtralité pour dire qu’ils n’en ont pas. La volonté de vouloir tant mettre en scène en disant qu’il n’y a pas de mise en scène est quelque chose de plutôt nouveau, mais qui émerge de plus en plus. Comment supprimer la théâtralité dans un spectacle où celle-ci est particulièrement à l’honneur ? C’est assez contradictoire, un peu comme la pensée pure, je suppose. Cela donne un résultat final un peu épars, passant de l’art visuel au théâtre, par la musique, la danse et la projection vidéo. Le tout évoquant un petit quelque chose du théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud, en voulant justement aller vers un théâtre total. On remarque également une certaine souffrance d’exister chez les acteurs qui éveille les nerfs et le coeur du public.

L’un des buts de ce genre de théâtre est d’éveiller les masses. Je ne dirais pas qu’Exhibition va jusque-là et je ne crois pas que les créateurs en avaient la prétention, mais en tant que spectateur, nous sentons la recherche qui a été effectuée et les heures d’exploration qui vont de pair avec un spectacle de cette envergure. Parfois, un théâtre qu’on dit expérimental perd de vue son but et dérive vers quelque de  »m’as-tu vu » par l’utilisation de procédé particulier sans justification aucune. La fin d’Exhibition tangue vers ce procédé paresseux, même si le texte tente de le justifier en démontrant que c’est justement cela le but. Le spectateur finit par décrocher et la simplicité imaginative et efficace du début se perd un peu.

Pourtant, dans l’ensemble, j’ai trouvé cela réussi. Un petit 1h, 1h15 de performance d’acteurs. Ce qui est étonnant, car ils ne parlent qu’à travers une voix off. Malgré tout, les voir évoluer sur scène, dans toute leur vulnérabilité, ensemble, mais seul, reste le moment le plus signifiant. En espérant voir ce spectacle réapparaître quelque part dans une prochaine saison théâtrale.

Théatre
singularite_733

Les lois de l’immortalité ou comment vaincre la vie

Dans un futur qui semble lointain, l’humain est capable de transférer sa mémoire et ses souvenirs dans un corps synthétique. La mort devient donc obsolète. Qu’arrive-t-il lorsque le transfert d’Anne ne se passe pas comme prévu?

Ceci est la prémisse de la nouvelle pièce écrite et mise en scène par Jean-Philippe Baril Guérard. Présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai, l’action prend place dans un monde dystopique. L’humain est divisé en deux catégories ; les synthétiques et les organiques. Les premiers ont dit  »oui » au transfert et à la vie éternelle. Les seconds ont refusé et vivent comme de simples mortels.

Nous suivons l’histoire d’Anne. Elle est morte. Elle passe à travers les vestiges de sa mémoire. Mais quelque chose cloche. Pourquoi Bruno, son collègue d’il y a 10 ans, est présent dans le souvenir de la fin de semaine à la plage avec sa sœur, le copain de sa sœur et son ami David?

Lors de l’entrée du public, Anne est déjà couchée par Terre, dans le sable noir. À son réveil, un de ses souvenirs joue en boucle, comme une cassette que l’on aurait trop rembobinée. Le procédé est intéressant, laissant au spectateur le temps de comprendre ce à quoi il a affaire. Il peut ainsi se laisser happer par l’univers proposé par l’auteur.

singulatire_proche_500

Le début est prometteur, mais le texte finit par prendre un peu trop le spectateur par la main, lui mettant en plein visage ce qu’il avait probablement déjà compris.  Les dialogues se répètent et cela ne rend pas service à la pièce. Au contraire, cela l’alourdit sensiblement. Qui plus est, il n’est pas nécessaire d’expliquer la morale d’une histoire lorsque celle-ci peut être déduite dans les actions des personnages. Avait-on peur de faire face à un public paresseux? Avait-on peur que celui-ci n’ait pas voir plus loin? Peut-être un peu.

Pourtant, l’idée elle-même est nouvelle. Alliant futurisme et humanité, il est facile d’être séduit par la fraîcheur de la création, qui est la représentation même d’une génération en quête d’immortalité; la nôtre. Une jeunesse qui cherche à laisser une marque, que ce soit par la gloire éphémère des réseaux sociaux ou alors être la première génération à pouvoir vivre pour toujours. Est-ce si différent?

Par contre, plus la pièce avance et plus les acteurs tombent dans un style mélodramatique, au profit d’un jeu plus réalisme qui aurait été fort à propos. Le niveau de jeu entre les différents acteurs est inconstant et cela devient plus apparent au fur et à mesure que la pièce avance. Une mention spéciale à Mathieu Handfield qui est juste, drôle et attachant dans son rôle de Bruno pendant toute la durée de la pièce.

D’ordre général, La singularité est proche est une pièce divertissante, qui donne à réfléchir sur cette quête de l’immortalité et des limites et conséquences de celle-ci. Elle nous fait penser à la différence entre un suicide assisté et un débranchement. Puis, un peu à la manière de L’homme bicentenaire, la nouvelle d’Isaac Asimov, est-ce qu’un être synthétique avec presque toutes les caractéristiques d’un humain est considéré comme tel par l’être organique? Ou manque-t-il justement la qualité essentielle de l’homme : la mortalité.

La singularité est proche est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 20 mai.

Théatre
jusquou-te-menera-mtl

Portraits d’une ville complexe, plurielle et contradictoire

Dans le cadre du 375e anniversaire de la ville de Montréal, le Jamais Lu et le Festival TransAmériques se sont associés pour présenter un projet tentaculaire où la pluralité des voix et la complexité de la métropole sont mises de l’avant.

Le projet se décline en deux temps. D’abord, le festival Jamais Lu (qui assure la promotion de textes dramaturgiques de la relève) permettra à  sept auteurs et trois photographes de présenter leurs carnets « touristiquement incorrects » élaborés lors d’explorations diverses dans Montréal. Photographes et auteurs ont été jumelés et assignés à un quartier de la ville qu’ils connaissaient peu.  Leur mandat était assez large : s’imprégner du lieu investi pour ensuite écrire ou ramener des images de leur expérience.

festival-du-jamais-lu-2017-bible-urbaine

L’auteur Pierre Lefebvre a ainsi exploré le quartier Parc-Extension, un endroit qu’il n’a pas l’habitude de fréquenter de façon régulière. « Il y a quelque chose d’intéressant de parler d’un quartier de la ville qu’on ne connaît pas », souligne-t-il. Lefebvre dit avoir été marqué par le multiculturalisme du quartier et plus particulièrement, par une église de la rue St-Roch qui a en quelque sorte été sa porte d’entrée dans le quartier. L’auteur a également été surpris de découvrir que les délimitations du quartier (viaducs, voie ferrée, parc) contribuaient à faire de ce quadrilatère un lieu enclavé et difficile d’accès. « Ce qui m’a frappé, c’est à quel point les frontières du quartier sont assez étanches », explique Lefebvre. Cette question des frontières tombe à point avec l’édition 2017 du Jamais Lu, qui s’intéresse cette année à interroger la norme et les cloisons, en plus de souligner la diversité.

Jérémie Battaglia, photographe pour les quartiers Beaconsfield, St-Michel et Westmount, croit pour sa part que les divers quartiers font cohabiter au sein de la même ville des « univers radicalement différents » dans lesquels les montréalais ont parfois tendance à se cantonner. « Je dis souvent qu’il y a un Montréal par personne : chacun vit Montréal d’une façon différente», souligne Battaglia. Celui-ci, dont le travail se caractérise par une approche documentaire, s’est intéressé à «trouver trois histoires atypiques en lien avec l’histoire de chaque quartier, des histoires d’espoir de solidarité ». Battaglia a notamment rencontré une famille juive de Westmount qui parraine des réfugiés syriens. C’est en approfondissant ces récits qu’il a pu ancrer son travail photographique dans les quartiers qu’il a investis. « Ce que j’aime, c’est intégrer des univers que je ne connais pas et pour ça il faut entrer dans les maisons et abandonner la description exhaustive du quartier», explique-t-il.

festival-transameriques-fta

Jusqu’où te mènera Montréal?

Après la présentation des carnets au Jamais Lu, le projet se transformera sous la direction de Martin Faucher pour le projet Jusqu’où te mènera Montréal? au FTA. Faucher travaillera à partir des différents textes issus des explorations des auteurs. Ce sont ces écrits qui lui permettront de mettre en scène une « grande forme théâtrale poético-cabaret » présentée en début juin. Le projet fera état de la complexité et des contradictions de Montréal, de ses mutations et des similarités ou univers distincts qui constituent chacun des quartiers.

C’est donc un projet en plusieurs étapes, mettant de l’avant plusieurs voix et regards sur la ville que nous proposent le Jamais Lu et le FTA. La forme du projet, en mutation d’un festival à l’autre, promet d’être à l’image de la métropole.

Jamais Lu / Carnets touristiques
Vernissage de l’expo photo le 6 mai à 16 h
Présentation des carnets touristiques du 6 au 12 mai 2017 à 18 h
Théâtre Aux Écuries

Festival TransAmériques / Jusqu’où te mènera Montréal?
7 et 8 juin 2017 à 20 h
5e salle, Place des Arts

Théatre
gametes_733

Choix de femme

Jusqu’au 24 mars, la compagnie Les Biches Pensives présente Gamètes au théâtre La Licorne, une pièce de Rébecca Déraspe mise en scène par Sophie Cadieux.

Lou (Annie Darisse) et Aude (Dominique Leclerc), jeunes femmes dans la trentaine, sont d’inséparables amies d’enfance. Le jour où Aude apprend qu’elle attend un enfant trisomique, elle se réfugie chez Lou dans l’attente de compassion et d’une oreille attentive, mais son amie vient plutôt la confronter sur ses valeurs fondamentales. Comment peut-on se réaliser en tant que femme avec un enfant à besoin particulier?

Dans le jugement et un amour profond envers l’autre, les opinions s’entrechoquent et les discours se confrontent. Dans leur féminisme bien-pensant, elles sont pleines de contradictions. Qu’est-ce qu’être une femme accomplie aujourd’hui? En se réalisant professionnellement? En imitant les hommes? Est-ce que le rôle de mère vient détruire toute ambition de réussite sociale? Ou est-ce que le véritable accomplissement, c’est de se tenir au-dessus de « la chorale des opinions »?

gametes500

Les dialogues sont francs, tranchants et mordants. On se permet de dire tout haut des choses horribles sur la trisomie, la place des femmes, les relations amoureuses, etc. Les personnages se répondent du « tac-au-tac » avec ironie et sarcasme dans une joute verbale assez divertissante. Parce que malgré la lourdeur apparente du sujet, on rit beaucoup dans cette pièce.

Des coupures nettes dans le dialogue viennent effectuer des retours dans le temps où les comédiennes jouent également des personnages différents pour imager leur passé et nous faire comprendre de quelle façon leur identité et leur amitié se sont forgées au fil des années.

Dans un décor géométrique assez sobre tout en rose pastel qui rappelle les magazines féminins, deux chaises, deux plantes et une paire d’écouteurs constituent les seuls accessoires.

Annie Darisse et Dominique Leclerc brillent sur scène avec leur sens du comique aiguisé et nous emmènent également dans des zones beaucoup plus sombres.

On ne répond peut-être pas à toutes les questions que se posent Lou et Aude, mais c’est l’amitié qui triomphe dans Gamètes.

La pièce Gamètes est présentée au théâtre La Licorne jusqu’au 24 mars.

Théatre
monsieuribrahim_733

Le courage de la tolérance

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran a d’abord été un roman, puis un film et finalement une pièce. Pour terminer sa tournée dans la province en beauté, Éric-Emmanuel Schmitt vient défaire ses valises dans la salle du Théâtre du Nouveau Monde. Cette pièce, on ne savait pas qu’on en avait besoin. C’est un petit coin de rue Bleu qui n’est pas bleu et de croissant de mer qui vient se glisser dans notre hiver québécois. C’est un garçon devenu un homme qui se lie d’amitié avec un épicier pas vraiment arabe (car être arabe, c’est être ouvert de 8h le matin à minuit et même le dimanche dans le domaine de l’épicerie), pas vraiment musulman, un peu spirituel, mais surtout, qui sait ce qu’il y a dans son Coran.

Éric-Emmanuel Schmitt n’est pas un acteur. C’est un écrivain. C’est pourquoi se sont les mots qui sont mis de l’avant dans cette représentation théâtrale. Le moment devient aussi simple que s’asseoir dans le noir et se faire narrer une histoire, comme un enfant qui se ferait raconter un conte avant de s’endormir. Le vocabulaire un peu littéraire de la pièce n’alourdit pas la représentation, mais lui sert plutôt par ses descriptions détaillées. Il est ainsi facile de se transporter dans l’imaginaire créé par l’auteur.

Les nuances de jeu sont subtiles. Éric-Emmanuel alterne entre les différents personnages de la pièce avec un léger changement de ton et d’accent. Sa voix nous envoûte et nous donne envie de fermer les yeux afin de mieux partir en voyage, nous aussi, avec monsieur Ibrahim et le petit Momo. La scénographie est très simple et évocatrice des différents lieux relatés dans l’histoire. Un coin bureau, pour la bibliothèque de son père et son appartement, un coin épicerie où se passent ses rencontres avec monsieur Ibrahim, un coin intimiste pour ses rencontres avec les prostitués de la rue Paradis et, en fond de scène, un coin de ciel, de sable, d’ailleurs. Éric-Emmanuel Schmitt fait évoluer Moïse entre ces lieux où, petit à petit, il devient un homme.

monsieuribrahim_500

Malgré la performance inégale du micro et quelques accrochages de texte, choses que le public semblait très enclin à pardonner étant donné que l’acteur est seul sur scène pendant le 1h50 que dure la pièce, la pièce vaut le déplacement. C’est une pièce qui perce le gris de l’hiver et prouve au public que le fait d’être juif, chrétien ou musulman n’est pas censé être une barrière entre les individus. Au contraire, cela peut être une fenêtre sur la découverte, l’expérience, l’apprentissage. Une fenêtre où un juif qui lit le Coran dépasse l’indifférence d’un père et l’absence d’une mère.

La pièce Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est présentée au Théâtre du Nouveau Monde jusqu’au 5 mars.

 

Théatre
j-accuse_733

J’accuse : une envie de révolution

Sur un fond d’Isabelle Boulay, de bas collants, de soupe à l’oignon, de St-Jean Baptiste sur les plaines d’Abraham ou au Parc Maisonneuve, de petite vite dans les toilettes d’un avion, J’accuse raconte l’histoire de cinq femmes qui veulent se faire entendre, qui doivent se faire entendre.

Les femmes sur scène, elles parlent beaucoup. Du début à la fin, sans vraiment prendre le temps de s’arrêter. Elles vomissent les mots qui sont restés trop longtemps à l’intérieur d’elles. Ces mots amers, touchants, poignants, percutants, que le spectateur reçoit de plein fouet.

Il y a d’abord la fille qui encaisse, jouée par Catherine Paquin-Béchard en remplacement d’Ève Landry. Elle, elle s’habille en carte de mode d’ici et change des vies du matin au soir. En effet, elle travaille dans une boutique chic pour femme accomplie. Et elle n’en peut plus, mais supporte, en bronchant intérieurement, passivement, agressivement.

Puis vient la fille qui agresse que Catherine Trudeau joue avec justesse. Elle est l’image même de cette femme qui semble tout avoir et qui va voir Casse-Noisette à la Place des arts chaque année. Mais elle vit dans Hochelaga Maisonneuve. Mais elle peine à tenir sa compagnie Passion Confort (passion confort en anglais) à flot. Mais elle trompe son chum.

En troisième, la fille qui intègre, portée par Alice Pascual. Elle dément les vieux préjugés et idées préconçues des immigrants. Elle n’est pas voilée. Elle ne mange pas qu’épicé. Et ce n’est pas parce qu’elle n’est pas capable de finir le coffret DVD de Passe-Partout qu’elle n’appartient pas à ce peuple. Elle veut se faire faire l’amour par un homme québécois, un vrai, un bucheron avec des grosses mains et des poèmes de Gaston Miron plein la bouche. Elle veut dire à chaque Québécois que leur beau Québec est si fort, mais si fragile à la fois.

Campée par la solide Debbie-Lynch-White, il y a la fille qui adule. Elle s’adresse directement à l’auteure afin de lui faire comprendre que ce n’est pas correct de l’utiliser et de faire d’elle la risée de sa pièce. Oui, elle aime Isabelle Boulay de toute son âme. Mais ce n’est pas vrai qu’elle va se laisser démonter par un petit peu de jugement. Après tout, qui décide de ce qui est normal?

Finalement, la fille qui aime, par Léane Labrèche-Dor. Celle qui est en peine d’amour. Pas d’un homme, mais d’une amie. Qui cuisine pour oublier. Qui est comme une enfant perdue.

Ces femmes, elles ont soifs. Soifs de révolution. Elles se révoltent de ce que l’on pense d’elles, de ce qu’elles sont. Elles sont à la défense d’elles-mêmes, dans leur petit quotidien, dans leur grand drame et aussi un peu du contraire. Elles sont la preuve que l’humain est plus fort que toutes les étiquettes qu’on peut vouloir lui mettre.

jaccuse_500

Le style d’écriture monologué d’Annick Lefebvre permet d’énoncer clairement les émotions et de créer un amalgame de dimensions. La forme donne le feu vert à l’auteure pour hyperventiler sur 1001 sujets qui touchent cette génération de femmes qui ont entre 25 et 35 ans. Truffé de références d’ici, le texte est livré de façon linéaire, chose qui demande un effort d’attention au spectateur. Cette mitraille de mots devient un peu difficile à suivre pour une audience non aguerrie. Heureusement, le texte ainsi que les comédiennes sont à la hauteur de cette tâche. La mise en scène de Sylvain Bélanger est minimasliste et légèrement statique, laissant la place qu’il faut à la revendication d’idées et à la révolte des femmes.

J’accuse, c’est vouloir dire tout haut ce qu’on pense tout bas. C’est tout démolir dans l’espoir de, peut-être, mieux rebâtir. C’est mettre à jour différentes quêtes, différentes directions, différents combats. C’est mitrailler de questions un public pendu aux lèvres de ces femmes qui gueulent leur mécontentement. Nous en sortons avec une envie de révolution au corps et une tempête plein la tête.

 

La pièce J’accuse est présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 25 février.

Théatre
2017_lavitrine_publication-fb_siri

Siri, Siri, dis-moi qui je suis

Aujourd’hui la technologie est omniprésente dans notre quotidien comme le démontre la populaire série Black Mirror. C’est certain qu’elle facilite notre existence en nous permettant d’accomplir des tâches qui seraient immensément plus compliquées sans elle. Cependant, on a tendance à se dire que la science-fiction reste de la fiction, mais lorsqu’on s’arrête un instant, on constate que ce qui n’était qu’un fantasme il y a 30 ou 40 ans est aujourd’hui bien réel!

L’idée d’inviter une intelligence artificielle sur scène pour interagir avec une comédienne m’a intriguée et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir la pièce Siri au Théâtre d’Aujourd’hui! J’aimerais spécifier que je ne suis pas un expert en théâtre, mais c’est le fait d’être témoin d’une interaction humaine avec une machine « intelligente » dans un cadre atypique qui m’a motivé.

C’est ainsi que vendredi soir dernier, je me suis retrouvé au Théâtre d’Aujourd’hui pour aller voir la pièce Siri mise en scène par Maxime Carbonneau et interprétée par Laurence Dauphinais. Le duo signe le texte, même si on pourrait parler d’un trio car Siri improvise ses lignes. En effet, malgré son statut « d’intelligence », Siri ne peut pas apprendre les dialogues et donne des réponses qui tantôt fonctionnent, tantôt jettent le public (et la comédienne) dans l’incompréhension et surprennent. C’est souvent lorsque Siri donne une réponse qui cadre très (trop?) bien avec la situation que la magie opère. On en vient à se demander comment elle peut donner une telle réponse. Par moments, elle fait preuve d’humour ou de philosophie. C’est à se poser les questions : est-ce c’est l’œuvre d’un conditionnement à répétition de la part des auteurs qui a permis à Siri d’apprendre? Est-ce la comédienne qui a découvert que certaines questions lui donnent des réponses particulièrement intéressantes? En somme, qui contrôle qui dans cette pièce?

hq500
Même si Siri est au centre de la pièce, l’œuvre se concentre principalement sur l’histoire et la vie de la comédienne. On ne sait pas où se situe la limite entre la fiction et la réalité. En effet, à un moment de la pièce Siri est en mesure de sortir une quantité surprenante d’informations personnelles sur l’auteur, mais est-ce que ce sont ses vraies informations ou elles ont été créées pour la pièce?

La trame narrative est principalement celle d’une femme qui cherche à comprendre qui elle est. Pour cela, elle lie sa vie à la technologie, que ce soit avec sa création in vitro ou de son analyse d’ADN qui lui en apprennent plus sur son ascendance. On fait face à une œuvre très introspective sur la comédienne. Elle nous parle d’elle, nous fait part de ses angoisses, de ses joies et de ses grands questionnements.

La scénographie est simple et efficace. La scène se résume à une structure qui s’apparente à un grand cube vide qui permet de projeter le contenu qui s’affiche sur son écran. Ainsi, on peut suivre et lire les réponses de Siri, qui divergent parfois de ce qu’elle énonce, ce qui apporte quelque fois un éclairage différent sur ce qu’elle cherche à exprimer. L’utilisation de la structure permet aussi de faire de jolis plans filmés par la caméra du téléphone ou à montrer des images et des sites Web qui participent à la narration.

siri-3-photo-julie-artacho-500px

La pièce, relativement courte, comprend quand même quelques petits accrocs. En effet, en pleine montée de tension, le technicien a dû interrompre la comédienne à cause d’un petit problème technique. De plus, il arrive que la comédienne répète plusieurs fois la même question à Siri. Cela donne l’impression qu’elle tente de forcer Siri à donner une réponse précise qui fera avancer la narration générale. L’équipe en est pleinement consciente puisque la comédienne prévient que Siri est imprévisible et qu’il est possible qu’ils doivent effectuer un ajustement.

J’ai tout de même passé un agréable moment qui m’a fait regretter de ne pas avoir un iPhone pour m’amuser moi-même avec Siri et voir comment elle réagit à mes questions existentielles. Si vous désirez voir la pièce Siri, dépêchez-vous puisqu’elle est présentée au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 4 février. Pour les horaires, vous n’avez qu’à demander à Siri, elle saura sûrement vous répondre!

Théatre
act_of_god_733x387px

Catastrophe orchestrée

Du 24 janvier au 11 février, la compagnie du Théâtre Niveau Parking présente Act of God au Prospero, une pièce sur les petites et grandes catastrophes qui changent des vies.

Lorsqu’une catastrophe frappe, le monde bascule. Rien n’est plus pareil. Les certitudes disparaissent et tout se déconstruit pour bousculer les vies dans le rayon du cataclysme. Et qu’en est-il lorsque la catastrophe est personnelle ? Elle ne fait pas les manchettes, personne n’en parle, mais elle ravage autant sur son passage la vie des gens concernés qu’un cyclone.

Marie-Josée Bastien et Michel Nadeau signe un brillant puzzle relatant une tragédie anonyme qui frappe deux couples d’amis. Des bribes de l’histoire sont d’abord dévoilées laissant le spectateur perplexe, qui tente de les assembler dans une suite logique. Peu à peu, les morceaux se remettent en place dans un suspense qui laisse place au dénouement dramatique.

En toile de fond, toujours une curiosité morbide; un photographe de guerre (Jean-Michel Déry) qui court les scènes dramatiques, une bénévole d’info-suicide (Véronika Makdissi-Warren) et une adolescente (Maud De Palma-Duquet) qui essaie constamment de frôler la mort. Les personnages se côtoient dans des scènes dont le temps et l’espace varient sans que l’on comprenne réellement les liens qui les unissent jusqu’aux scènes finales.

Et il y a la forêt, ses arbres et ses champignons ou encore le Japon et ses suicides qui prennent tout leur sens une fois le rideau tombé.

Sur scène, tout bouge tout le temps. On passe d’un lieu à l’autre en un claquement de doigts passant d’une zone de guerre au toit d’une gare de train à l’aide d’une structure polyvalente. La scène inclinée rappelle que la vie des personnages tient en équilibre. En début de parcours, ça crie, ça cogne, on installe une ambiance anxiogène qui ne se dissipera pas complètement. Les comédiens changent de personnage drastiquement entre les différentes scènes.

Sous ces sujets lourds, se trouve tout de même une touche d’humour. On sourit à plusieurs reprises pendant la représentation. Mention spéciale à Charles-Étienne Beaulne, en vendeur d’assurances aux expériences amoureuses désastreuses, qui déride l’assistance à presque chacune  de ses présences.

Si les catastrophes chamboulent les univers de tout un chacun, elles créent également des liens qui ne s’effacent jamais.

Act of God, du 24 janvier au 11 février au Théâtre Prospero

Théatre
Unitemodele733

Unité Modèle : Quand le vernis craque!

Un an plus tôt, je faisais un entretien téléphonique avec l’humble et posé écrivain Guillaume Corbeil sur J’irai la chercher, la seconde pièce de sa trilogie qui prenait place à l’Espace Go dans le cadre du Festival TransAmériques. Depuis ce temps, il a travaillé sur quelques contrats et sur la parution de son dernier livre Trois princesses, sorti le 11 avril dernier par l’éditeur Le Quartanier. Quelques jours après ce lancement, me voilà devant la scène du Théâtre d’Aujourd’hui, un verre de bulles roses à la main, pour la présentation du dernier volet de sa trilogie Les colonies de l’image consacrée à l’image de soi, Unité Modèle, mis en scène par Sylvain Bélanger.

Dès les premières lignes d’Anne-Élisabeth Bossé et de Patrice Robitaille, on reconnaît rapidement des traits de Guillaume Corbeil. Un début effréné comme celui de 5 Visages pour Camille Brunelle, la première pièce de sa trilogie, où les personnages livrent des monologues parallèles en s’adressant directement au public (le quatrième mur étant toujours inexistant), tentant encore une fois de nous vendre leur image magnifiée. On nous invite à nous installer confortablement et à se laisser immerger par ce moment destiné à notre extraordinaire personne, parce qu’on le mérite amplement.

Crédit photo : Valérie Remise

Crédit photo : Valérie Remise

Cette fois-ci, l’histoire se pose dans un bureau de vente où les deux protagonistes jouent d’une part les vendeurs, d’une autre le couple heureux, qui pourrait être chacun d’entre nous en s’installant, voir s’appropriant un condo du projet Diorama. Entre un meuble modulaire Roche Bobois, une chaise Eiffel et «des coussins qui ont chacun leur propre histoire», le bonheur n’est qu’une simple transaction à la portée d’un portefeuille qui peut ou non se le permettre. Et rien de mieux qu’une démonstration de ce que pourrait être notre vie parfaite à travers ces quatre murs que de faire un tour guidé avec ce couple qui nous fait vivre des moments magiques dans chacune des pièces immaculées. Du premier rendez-vous entre un homme de la phase 1 et une femme de la phase 3 où on prépare un simple Osso buco, au déménagement conjointement dans la phase 7, même vos vieux jours auront leur place dans une des phases du projet Diorama pour une retraite digne de vos luxueux, mais au combien nécessaires besoins. Quiconque ayant déjà eu une conversation avec un vendeur de voiture ou de propriété, se reconnaîtra dans le texte juste et recherché de Guillaume Corbeil qui utilise les codes de la publicité puissance 10. Encore une fois, dans le même ton que le reste de sa trilogie, la mise en scène s’articule avec l’utilisation des technologies, adoptant les projections en arrière-plan. L’emploi de tablettes par les personnages s’ajoute de façon organique à ce décor moderne et lisse.

Brique après brique, Sarah et Martin nous vendent leur fausse histoire d’amour, une chorégraphie qu’ils ont maintes fois répétée, polie et façonnée, jusqu’à ce que l’un d’eux tombe dans le panneau (publicitaire!) et s’amourache réellement de l’image sublimée de son coéquipier. Un amour qui ne semble pas être partagé dès les premières lueurs d’authenticité et d’imperfection du personnage conquis. Serions-nous donc condamnés à être amoureux de ce que l’autre projette? L’auteur porte effectivement un regard cynique face à la projection et au contrôle de notre image puisque selon lui nous adaptons nos valeurs, parfois consciemment, parfois inconsciemment, pour les faire correspondre à celles de la masse. Donc, à travers nos rapports, il y a une interaction d’image à image et non d’humain à humain. L’histoire nous dira plus tard si l’authenticité aura le dessus sur le visage lisse et blanc du paraître.

La pièce Unité Modèle sera présentée jusqu’au 7 mai au Théâtre d’Aujourd’hui. Le livre Trois princesses de l’auteur Guillaume Corbeil est en librairie depuis le 11 avril.

 

 

Théatre
LaVitrine-Blogue733

Connaissez-vous…

Montréal en Histoires est fier de vous partager des petits trésors d’archive. Découvrez chaque semaine sur le blogue de La Vitrine des événements et personnages qui ont fait l’histoire de Montréal.

tit-coq

Connaissez-vous Tit-Coq ?

Le théâtre est bien vivant à Montréal au milieu du 20e siècle : plusieurs troupes importantes y sont présentes et font émerger un nouveau style théâtral de répertoire canadien. Gratien Gélinas (1909-1999), auteur et comédien principaux de la pièce Tit-Coq, créée à Montréal au Monument national en 1948, est considéré comme l’un des fondateurs du théâtre québécois moderne. Il se fait connaître dès 1938 avec une série de spectacles d’actualités intitulés les Fridolinades qu’il poursuit jusqu’en 1946.

 

Crédit: Archive de la Ville de Montréal

Théatre
desarbres1

L’empreinte d’une vie

Un bébé ? Une seule question posée dans un Ikea qui chamboule la vie d’un couple de trentenaires. À cette époque où le monde s’entredéchire à coups de bombes et d’attentats, où la planète est menacée par les voitures et les aérosols, quelles sont les conséquences de mettre un nouvel être humain sur terre ? Présentée à La licorne jusqu’au 3 mai, Des arbres de Duncan MacMillan présente ce couple, formé des comédiens Sophie Cadieux et Maxime Denommée, dans leur histoire d’amour et leurs remises en question.

Pessimistes ces arbres ? En fait, ils nous confrontent à nos propres contradictions. Dans notre désir de bien faire, on recycle, on circule à vélo, on donne à des oeuvres de charité, on lit, mais est-ce que ça fait véritablement de nous de « bonnes personnes »? Dans ces beaux gestes envers la planète et autrui réside cette question phare de la pièce.

On rit beaucoup pendant la représentation. Le texte, traduit par Benjamin Pradet, est mordant, franc, moderne, à la fois simple et complexe. Le rythme est effréné; on passe d’une idée à l’autre sans réfléchir comme dans cette scène à la sortie du Ikea où le personnage de Sophie Cadieux pense à haute voix, sans censure. Parce qu’on aborde ici les derniers tabous de la parentalité. Si des personnes intelligentes, informées et sensée décident de ne plus faire d’enfants pour sauver la planète, il ne restera que les enfants des abrutis qui se reproduiront ? Est-ce que tout le monde devrait procréer ? Ouf ! Les questions se bousculent sans réponses. Les personnages sont tiraillés entre leurs réflexions et leurs envies.

Des-arbres

Sur la minuscule aire de jeu, la mise en scène de Benoît Vermeulen est plutôt minimaliste. Une bouteille d’eau comme seul accessoire et les éclairages font le travail. Les ellipses temporelles confèrent à la pièce son originalité. D’une phrase à l’autre, les personnages se retrouvent quinze minutes, une heure, une journée voire plusieurs années plus tard, sans jamais perdre le spectateur, rehaussant même l’aspect comique des scènes. Les coupures dans le temps sont à l’image de coupes franches dans un montage cinématographique.

Les acteurs portent la pièce sur leurs épaules. Pendant 1 h 25, ils enchaînent un flot de paroles à un débit accéléré. Sophie Cadieux est remarquable dans son rôle de la blonde verbomotrice en constant questionnement, à l’humeur changeante et aux opinions sans filtre, tandis que Maxime Denommée joue sensiblement le chum dépassé qui essaie de comprendre son amoureuse tout en remettant lui aussi ses valeurs en question. Plus qu’une question écologique et morale, Des arbres est aussi l’histoire d’amour simple et compliquée d’un couple normal.

Et les arbres ? Pour remédier à l’empreinte écologique d’un possible enfant, le couple veut planter des forêts. Au final, les arbres c’est peut-être nous; une petite graine qu’on sème, qu’on arrose, qui grandit, qui vacille au gré des tempêtes et qui meurt.

Théatre
LaVitrine-Blogue733

Saviez-vous que…

Montréal en Histoires est fier de vous partager des petits trésors d’archive. Découvrez chaque semaine sur le blogue de La Vitrine des événements et personnages qui ont fait l’histoire de Montréal. 

TheatreRoyal

Saviez-vous que Montréal est depuis le 19e siècle au cœur de la vie culturelle des grandes villes d’Amérique?

Cette publicité du Théâtre Royal parue dans le journal La Minerve le 3 mars 1863 annonce la venue d’une troupe de ménestrels à Montréal après leur passage à Cuba. Construit par John Molson en 1825, le Théâtre Royal est agrandi par Jesse Joseph président de la New City Gas Co, en 1852 et comprend un millier de places. Comme la plupart des théâtres montréalais de l’époque, il accueille un public majoritairement anglophone et présente beaucoup de pièces venues de l’étranger principalement des États-Unis.

Crédit: Bibliothèque et archives nationales du Québec 2724683

 

 

 

Théatre
Tramway-GO1516-photo-Caroline-Laberge_733

Un désir dérangeant

L’an dernier, le Tramway nommé désir avait traversé l’Espace Go en laissant derrière lui un public enthousiasmé. La pièce mise en scène par Serge Denoncourt est de retour cet hiver.

Je ne connaissais Un tramway nommé désir que de nom. Je savais qu’il s’agissait d’une pièce de théâtre et d’un film, mais ça s’arrêtait là. J’ai donc pu assister à la pièce avec un regard neuf, sans l’ombre d’une comparaison à pouvoir dessiner. Je suis sortie ébranlée de cette pièce puissante suintante de désir et de sexe.

Au milieu du vingtième siècle, Blanche DuBois (Céline Bonnier) décide de rendre visite à sa sœur Stella (Magalie Lépine-Blondeau) et son mari, le rustre Stanley Kowalski (Patrick Hivon), ouvrier polonais, à New Orleans dans leur modeste appartement. La visite qui ne devait durer que quelques jours s’étire sur plusieurs semaines bouleversant la vie du jeune couple. Quelle est réellement la raison de la visite de Blanche ?

Magalie Lépine-Blondeau et Patrick Hivon. Photo par Caroline Laberge

Magalie Lépine-Blondeau et Patrick Hivon. Photo par Caroline Laberge

Dans le coin avant de la scène, l’auteur de la pièce, Tennessee Williams (Dany Boudreault), s’adresse au public et contemple sa pièce se dérouler sous ses yeux. Blanche DuBois, c’est lui. Elle est la représentation de ses désirs, assouvis et refoulés, la porteuse de ses pulsions. Stanley, c’est son fantasme enfin charnel. La scène est un grand appartement sans murs ni cloisons où rien n’est dissimulé.

Serge Denoncourt a décidé de ne rien suggérer. On montre tout. Baise, masturbation, viol… Ce qui trouble ce ne sont pas les scènes de nudité ou de sexualité, mais la violence qu’elles comportent. Le désir est bestial, cru; un besoin primaire à combler.

Patrick Hivon, Céline Bonnier et Magalie Lépine-Blondeau. Photo par Caroline Laberge

Patrick Hivon, Céline Bonnier et Magalie Lépine-Blondeau. Photo par Caroline Laberge

Au centre de l’œuvre : Blanche. Personnage complexe qui babille constamment, qui veut toujours qu’on la voie à son meilleur et qui ment continuellement pour enjoliver la réalité. Elle passe de la bonne humeur aux larmes en un instant. L’anxiété qui la ronge se mêle à une farouche peur de vieillir et de ne plus plaire. Elle use de son charme avec l’ami simplet de Stanley, Mitch (Jean-Moïse Martin), et le convainc de sa fausse vertu pour espérer un peu de tendresse. Le désir qui la ronge est montré du doigt comme une maladie. Une femme de cette époque qui a des envies sexuelles et qui les assouvit ne peut être que déséquilibrée. Et que dire de cette attirance envers son beau-frère qu’elle ne peut refréner… Céline Bonnier passe agilement d’un registre à l’autre; de la frivolité, à la violence, à la folie.

Une pièce d’une sensualité brute qui laisse une empreinte derrière elle.

Un tramway nommé désir est présenté à l’Espace Go jusqu’au 13 février 2016.

Théatre