Credit: Keith Klenowski

Les 12 travaux de Colin Stetson

Pour Colin Stetson, les limites d’un instrument sont des portes à défoncer, des stimulateurs de créativité. Saxophone au bec, le colosse est comme sur un ring. Ça frappe, ça claque, ça hurle, les timbres se juxtaposent mystérieusement pour créer des ambiances denses et curieuses, comme s’il était entouré de quatre ou cinq autres instrumentistes. Acclamé pour ses deux premiers efforts solo, Colin Stetson clôt sa trilogie «New History Warfare» avec un chapitre intitulé «To See More Light», qui ferme la porte sur une éblouissante lumière. Celle de la mort et de l’amour.

Au centre de l’œuvre de Colin Stetson : l’isolement. Sa musique naît de longs tête-à-tête avec son instrument. «C’est une immersion totale dans les sons et les possibilités du saxophone. Je le laisse m’entraîner, puis je découvre où tout ça m’a emmené.» Souvent, les compositions débutent par un motif répété, un héritage des compositeurs minimalistes américains. «Il y a dans la répétition énormément de nuances et de subtils changements acoustiques. Les couleurs évoluent doucement, et on ne s’en rend compte que si on passe suffisamment de temps à les écouter.» Mais bien que ce fût effectivement le matériau de travail des minimalistes et que Colin Stetson ait fait masteriser le disque par Ben Frost, le compositeur en refuse le lien filial, tout comme il martèle dans ses entrevues n’avoir rien inventé. Affirmons tout de même que peu de compositeurs réussissent à intégrer autant d’histoire musicale pour en faire une œuvre si saisissante d’âme.

Credit photo: Keith Klenowski

Credit photo: Keith Klenowski

Son bagage musical est plus explicite que jamais sur ce dernier volume, et cela est dû en grande partie à son besoin constant de se dépasser physiquement. L’ancien athlète à la discipline de fer affirme avoir composé, pour To See More Light, des pièces qu’il aurait été techniquement incapable de jouer avant. Impressionnante en effet cette capacité de tenir une respiration circulaire pendant les 15 minutes que durent la pièce centrale. «Tout ça est lié à l’endurance. Je suis capable de pousser beaucoup plus d’air, et ce faisant je peux aller chercher une plus grande palette de sons.»

Il n’y a qu’à écouter la chanson «Brute» et ses incursions dans les musiques hardcore et industrielle pour s’en convaincre. Colin Stetson y isole certaines harmoniques pour créer un son particulièrement rêche, mettant la table pour les glapissements provocateurs de Justin Vernon (Bon Iver). «On écoutait beaucoup de métal dans l’autobus de tournée, explique celui qui est aussi membre à part entière de Bon Iver, et on avait envie d’explorer ce côté plus agressif, car Justin peut vraiment faire n’importe quoi avec sa voix.»

Sur «Among The Sef» le chanteur offre d’ailleurs l’une des performances les plus touchantes de sa discographie. Interprétée sans la partie vocale lors du dernier concert de Colin Stetson au Musée d’art contemporain de Montréal, la pièce fût un rare moment d’éternité, touchant à en pleurer. On aurait juré entendre Justin Vernon chanter. «Il a écrit ses textes à partir de mes compositions et beaucoup de ce qu’il chante trouve ses racines non seulement dans mes vocalises, mais aussi dans les harmoniques et les mélodies secondaires qui se créent naturellement dans le son qui est produit par le saxophone.»

« To See More Light » est définitivement l’apothéose de la trilogie «New History Warfare», une œuvre dans laquelle la virtuosité et un immense bagage musical sont au service d’une extraordinaire sensibilité.

Colin Stetson sera en concert à la Sala Rossa les 3 et 4 mai 2013.

New History Warfare Vol 3 : To See More Light est en magasin dès maintenant.

Credit: Keith Klenowski

Credit: Keith Klenowski

 

Musique
deathset_bryceward

The Death Set prennent le Divan orange en otage

Le duo formé par Johnny Sierra et Dan Walker est la personnification du plaisir. Les Australiens – maintenant Brooklynois – ont toujours carburé à la force de la fraternité et partout où ils mettent les pieds, ils traînent dans leur sillage une foule enthousiaste, aux individus prêts à tout pour que leur corps crie : «j’y étais». C’est au Divan orange que tous se donnent rendez-vous ce soir, pour un des derniers spectacles du groupe avant un hiatus annoncé.

The Death Set, formé au départ de Johnny Sierra et de Beau Velasco, ont créé un raz-de-marée lors de la sortie de leur album Worldwide, en 2008. Partout on les annonçait comme l’un des groupes majeurs à surveiller. Après dix-huit mois de tournée continue dans toutes sortes d’endroits plus ou moins légaux, ils rejoignent Girl Talk pour monter sur leurs premières grosses scènes. Mais en 2009, coup de tonnerre. Beau Velasco, le grand ami de Johnny et Dan, meurt. La formation prendra du recul, le temps d’absorber le choc, extrêmement aigu. Au début de ce mois-ci encore, soit trois ans et demi après la nouvelle, Dan et Johnny offraient à leur camarade un vidéoclip hommage.

«C’est encore très dur, mais le temps fait son œuvre et le disque nous a fait du bien», souffle Johnny, joint au téléphone après une série de concerts à Austin. Car c’est en l’honneur de Beau que le deuxième album des Death Set, Michel Poiccard, a finalement vu le jour en 2011. Et quel album! Bourré de mélodies velcro et assez audacieux pour intégrer des pièces introspectives, Michel Poiccard touche sa cible avec une énergie plus dirigée que dans le cas du très noisy Worldwide.

En concert, The Death Set sont réputés pour marquer les spectateurs au fer chaud. Ils le diront plusieurs fois, les pièces de Worldwide ont été composées dans l’optique de voir 50 jeunes virer fous dans un entrepôt. Malgré un enrobage plus sensible Michel Poiccard poursuit la même lignée. C’est une musique physique. Punk à la base, mais avec un côté électronique de plus en plus fort et une approche d’échantillonnage coulée dans le hip-hop.

Photo : Boby Split

Photo : Boby Split

The Death Set ont beau avoir été acclamés autour du monde plusieurs fois, ils mettent la main dans l’engrenage plus souvent que bien des groupes. «J’aime utiliser l’art partout, pousser ça plus loin que juste la musique», affirme Johnny avant d’avouer que s’il fait autant de vidéoclips, c’est aussi parce que ça l’amuse de se lancer dans quelque chose «dans lequel (il n’est) pas très bon.» Ainsi, depuis la sortie de Michel Poiccard, Dan et lui ont continué à lancer des remix et des vidéoclips à folle allure, se sont fiancés (pas ensemble, juste Johnny), ont inauguré un bar-spectacle dans le cas de Johnny et un studio d’enregistrement dans celui de Dan, et s’apprêtent à lancer un nouvel ep, King Babies, sur Dim Mak Records. «On revient à des chansons plus uptempo, plus punk», promet Johnny. Et cette fois c’est Dan lui-même qui produit et mixe l’album, du début à la fin. «Il est meilleur que XXXChange  (le producteur de Michel Poiccard)! Meilleur que tout le monde!» s’exclame Johnny avec son habituel rire espiègle.

Pour la suite, dur à dire. Ils semblent vouloir se concentrer sur leur vie à Brooklyn et affirment qu’il leur est impossible de se lancer à nouveau dans des tournées improvisées. Aucun disque complet à l’horizon non plus. Une seule solution pour les fans : danser jeudi comme si vendredi n’existait pas.

Jeudi 21 mars, au Divan Orange, avec Rock Forest et Le monde dans le feu.

Musique
ponctuation123

PONCTUATION : l’heure du rock a sonné

La musique a toujours fait partie de la vie des frères Chiasson. Originaires de Pont-rouge, en région de Québec, les garçons avaient tout leur temps pour explorer la discothèque de leurs parents mélomanes et les suggestions d’une tante très impliquée dans la scène rock de la ville. Dès qu’ils ont atteint l’âge de prendre le volant, c’est l’autoroute 40 qu’ils se sont mis à explorer, usant leurs pneux régulièrement pour aller voir des concerts en ville. C’est tout naturellement qu’ils se retrouvent aujourd’hui à lancer un premier album rock porté par l’idée de l’accomplissement personnel, 27 club.

Guillaume Chiasson a traîné sa guitare au sein de nombreux groupes depuis son adolescence, mais c’est avec Waving Hand, le projet électro pop qu’il avait avec son frère Maxime, «un ovni dans ma création musicale», qu’il a commencé à se positionner derrière les commandes. Pour la première fois il s’essayait aux textes, en anglais d’abord puis en français, à mesure qu’il prenait ses aises avec l’exercice. «Je me suis rendu compte que les textes peuvent être très forts. J’aimerais écrire comme Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque), et je trouve que ce n’est pas contradictoire avec le rock. N’importe quel style devrait être de la musique à texte.»

IMG_1691

La plume de Guillaume, elle, a trempé dans la pop culture et le cinéma avant de griffonner les esquisses de 27 club. Entre les références à Kundera, Pete Townsend et Jean-Luc Godard, on devine un romantisme un peu échevelé et une envie impérieuse de s’agripper au moment présent. «J’ai réalisé que je n’étais pas heureux dans le travail à temps-plein que j’occupais et qui prenait toute mon énergie. Je me suis questionné sur mes priorités. Tu sais, les gens qui font partie du 27 club (Jim Morisson, Jimi Hendrix, Janis Joplin) ont tous accompli des choses extraordinaires avant 27 ans. Ils ont vécu à 100 miles à l’heure.»

Les textes sont souvent noyés dans les effets et intégrés à la mélodie de guitare, de telle façon que c’est celle-ci qui finit par retenir notre attention. «J’accorde énormément d’importance à la mélodie, surtout pour un duo. Et tu vois, ça c’est peut-être quelque chose que je trouve que les anglophones ont plus que nous de façon générale. Écoute Sean Nicolas Savage, il a des mélodies complètement folles. Les chansons sont interprétées un peu tout croche, il n’y a rien de vraiment consistant dedans, mais les mélodies sont tellement bonnes!»

À défaut de faire lever la sauce avec des arrangements, les deux frères lancent plusieurs clins d’oeil au psychédélisme. Écho interminable par-ci, explosion de fuzz par-là, les deux gars ont été nourris au rock et ils y sont restés fidèles. 27 Club est simple, direct, énergique, mais avec un petit côté ambiant distinctif, probablement le contrecoup des nombreuses heures que Guillaume a passé à écouter de la musique de film. C’est à l’Hôtel2tango qu’ils ont décidé de graver leur galette, jouant à la chaise musicale avec les différents amplis et effets pour trouver l’ambiance idéale de chaque pièce et varier les textures. «Ç’a été très rapide, deux jours et demi. On était prêts je pense, on voulait faire quelque chose qui était fidèle à nos spectacles. De toute façon, quand on écoute des vieux disques des années 60, il n’y avait pas d’overdubs. Aucun groupe dans la vraie vie joue sans faire d’erreur. Je ne suis pas fan des albums qui sont trop parfaits, ça donne un son qui n’existe pas, finalement.»

Pochette de 27 club.

Pochette de 27 club.

«Lors de nos discussions, j’ai senti un souci très fort de rester fidèle à la chaleur des enregistrements analogiques des années 60», explique Alexis Coutu-Marion, l’un des designers du groupe Charmant et Courtois, qui signe la pochette avec Mathieu Dionne et Florian Pétigny. «Donc même si on s’est servi de l’ordinateur, on voulait un rendu final «fait main» pour coller le plus possible à cette intention. On a fait un gros travail d’impression pour obtenir une palette de textures intéressante.»

Entre pop art et psychédélisme, la pochette aux couleurs vives est aussi un jeu de devinettes. Le corbeau et le sablier. Le grand feu de St-Roch. La bouteille cassée. Tous des symboles liés directement aux chansons de PONCTUATION. «Quand ils m’ont montré la pochette la première fois j’ai failli tomber sans connaissance», rigole Guillaume Chiasson. «Je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi psychédélique. C’est une des plus belles pochettes que j’ai vues je pense. Ces gars-là ont vraiment embarqué dans le trip.»

Maintenant soutenus par la maison de disques Bonsound, les deux frères espèrent user de nouvelles autoroutes. «J’ai découvert cette passion de voyager en faisant de la musique en tenant la basse pour Jésuslesfilles. Je veux essayer de faire ça avec PONCTUATION. Trouver des petits festivals ici et là et aller jouer un peu partout.»

Ou comme il le dit sur la chanson Je ne lis pas:
«Oh laisse-moi m’enfuir avec toi
S’éclipser et sur tout mettre une croix»

Lancement de 27 Club au Divan orange le 20 mars 2013

Musique
RockForest_Photo_Marie Philibert-Dubois

Rock Forest : La roue qui tourne

Après plusieurs années d’incubation et d’expérimentations, le groupe Man Machine devient Rock Forest et sort ce mardi un premier album de pop puissante et évocatrice.

C’était en 2008, dans une petite voiture en direction de Sherbrooke. La bande de la formation électro punk Sexyboy, en pleine transition vers un son moins rose, plus progressif et plus technique, commençait à réfléchir à un nouveau nom. C’est là, à quelques kilomètres de leur destination, que le nom Rock Forest s’est mis dans le chemin. La pancarte verte qui annonçait la ville annoncerait dorénavant leur nouvelle mouture.

Mais bon, Rock Forest c’est aussi un peu la risée de Sherbrooke. Une banlieue recouverte de bitume avec ses petites maisons toutes cordées (« bâtie sur un territoire magnifique », nuance le chanteur Christophe Lamarche Ledoux). Alors dans la salle du défunt Téléphone Rouge, quand les quatre musiciens annoncent sourire aux lèvres leur nouveau nom, c’est la rigolade générale. Personne ne sait si c’est vraiment sérieux.

Toujours incertaine du sérieux de la chose, la formation se nommera provisoirement Man Machine et développera pendant trois ans un procédé d’interaction entre les instruments, qui crée un son ultra tranchant et donne des performances exigeantes. Man Machine le laboratoire sonore. « On a essayé plein de choses avec Man Machine, des choses parfois très agressives et très techniques, mais une fois qu’on a maîtrisé notre technique, on s’est mis à composer des chansons pop pour le plaisir et on s’est rendu compte qu’on se reconnaissait beaucoup plus là-dedans », retrace le chanteur et claviériste Christophe Lamarche Ledoux. « C’est ça qui a fait qu’on a voulu repartir à zéro, changer de nom. On s’est vraiment trouvés. » Le nom Rock Forest s’installe définitivement.

Rock Forest. Photos : Marie Philibert-Dubois

Rock Forest. Photos : Marie Philibert-Dubois

Ce mardi, le groupe (Christophe Lamarche Ledoux, Renaud Payant-Hébert, Philippe Bilodeau et Olivier Pépin) lance son premier disque, un voyage entre pulsations électroniques, mélodies enlevantes et guitares rock, duquel se dégage un sentiment général d’inquiétude et de fébrilité. Rock Forest a enfermé dans ces 40 minutes toute l’intensité développée et contrôlée par des années d’incubation. Dans la voix parfois duveteuse, parfois angoissée de Christophe Lamarche Ledoux, on devine toujours un léger trouble, souligné par les modulations synthétiques.

« Je ne peux pas te dire si ça parle du malaise ou du fait que c’est rassurant que tout se répète tout le temps, mais le titre X 1000 fait référence à une sensation d’avoir vécu quelque chose des milliers de fois. À une impression de déjà-vu. C’est le mythe de Sisyphe, qui pousse sa roche sur le dessus de la montagne et est pris pour recommencer tout le temps. C’est absurde, mais c’est drôle aussi, c’est pris avec légèreté. »

Au centre des modulations synthétiques et des rythmes tournés en boucle, on se laisse transporter dans un état vaguement hypnotique puis récupérer par la puissance des mélodies. Les synthétiseurs apparaissent et disparaissent continuellement, portés par une batterie entraînante et particulièrement imaginative, parfois droite et syncopée, parfois presque tribale.

Le résultat est fortement découpé, presque techno, mais aucun ordinateur ne trône sur la scène pendant les spectacles. « Tout l’électronique est fait sur des synthétiseurs. Le problème avec l’ordinateur c’est qu’il peut tout faire, donc du moment qu’il est sur la scène tu te demandes ce que le musicien fait pour vrai. On voulait vraiment que ce soit performé. C’est un band rock que tu vois, pas un show de laptop. »

Rock Forest présentera son nouveau disque gratuitement ce soir (19 février) sur la scène de la Casa del Popolo. Et parce que la roue tourne toujours, la première partie sera assurée par Guy Baston, le projet solo du quatrième membre de feu Sexyboy.

19 février @ Casa Del Popolo
21 Mars @ Divan Orange avec The Death Set

Musique
Crédit photo : Sandra Raymond

La St-Valentin avec Yann Perreau « À genoux dans le désir » ?

Voici longtemps que j’entends parler de Yann Perreau, que je m’intéresse à sa musique et que j’aime l’artiste. J’étais curieux de le découvrir davantage. Je lui ai donc proposé une rencontre en face à face pour discuter du spectacle qu’il présentera jeudi le 14 février à la Tulipe. C’est attablés dans un café que nous évoquerons également son récent album paru en octobre dernier, « À genoux dans le désir ».

Jason : Est-ce que c’était voulu de présenter ce spectacle pour la St-Valentin ?

Yann : C’est arrivé comme ça. J’avais vu Malajube qui faisait toujours leur lancement à la St-Valentin et je trouvais ça cool. Ce n’est pas une fête à mon avis très importante pour les gens de ma génération. Le soir d’un show, tu veux inviter ta blonde ou tu veux inviter ton chum à un show cool avec de l’ambiance, j’trouve ça cool. J’suis reconnu pour faire des chansons qui traitent des relations et l’album « À genoux dans le désir » en parle beaucoup. Je trouvais que c’était une bonne date … !

Jason : As-tu des atomes crochus avec la salle de spectacle La Tulipe ?

Yann : Oui, j’aime cette salle. J’ai d’ailleurs fait le lancement de mon album « Le serpent sous les fleurs » dans cette salle. Elle est bien disposée pour le genre de show que j’offre. Je suis un grand fan de l’époque des cabarets et de son style vieillot qui offre une belle ambiance. C’est un vieux théâtre, anciennement le Théâtre des Variétés. Il y a de l’histoire! Je la trouve aussi assez centrale (Papineau/Mont-Royal).

Jason : Ton nouvel album tourne autour du poète Claude Péloquin. Pourquoi ?

Yann : Claude m’avait approché à l’automne 2009 en me donnant une pile de texte et il m’a dit : « on fait un show ensemble ». Au fil du temps je me suis mis à composer des tounes … je me suis dit que, tant qu’à monter des tounes, j’allais faire un disque. Pis tant qu’à faire un disque, ben on va faire des shows. Claude m’a laissé beaucoup de liberté. J’ai pu jouer dans les textes et les travailler pour en faire des chansons qui me ressemblent tout en respectant son œuvre. Finalement, ça a donné un album éclectique et j’ai invité plein de filles à chanter avec moi et plein de musiciens. Un genre de gros party.

Jason : Pour toi, le fait que l’album en entier soit composé de duos avec des filles, est-ce que c’est arrivé naturellement ou tu l’avais prévu ?

Yann : C’est arrivé au fil du temps. Après avoir présenté une maquette de cinq tounes sur laquelle je faisais moi même mes « back vocals » à Bonsound, ils m’ont dit : « Pour Merci la vie (une chanson plutôt électro/trans), as-tu pensé à faire chanter Ariane Moffat là dessus ? Me semble que ça lui ressemble. » Après, j’ai demandé à Catherine Major pour Vertigo et c’est là que l’idée a déboulé. Ensuite, j’ai demandé à Salomé Leclerc, Marie-Pier Arthur, Lisa Leblanc.

Nouveau vidéoclip « Les temps sont au galop » (avec Marie-Pierre Arthur)

Jason : Et ton prochain disque, tu y penses déjà ?

Yann : Pour ce projet-là, j’suis allé large pas mal. Je voulais voir ce que ça ferait d’aller vers le funk et ça a donné la chanson La goutte. J’suis parti des textes d’un poète et ça me permettait d’essayer des affaires. J’avais une certaine distance et en plus c’est à l’image du côté éclaté du poète. Après avoir fait le disque, j’ai beaucoup lu sur Péloquin pour savoir qui il est. J’suis content de ne pas avoir fait ça avant de faire le disque parce que je pense que ça m’aurait trop influencé. J’ai l’impression que ce sera un pont vers mon prochain album.

Jason : Parle moi un peu d’Alex Nevsky

Yann : Lui et moi on est devenu amis bien avant qu’il me demande de devenir le réalisateur de son premier album. C’est d’ailleurs le premier album que je réalisais. Je lui ai donné un coup de main pour écrire des tounes, pour monter un premier disque et lui m’a fait faire mes classes en tant que réalisateur. Depuis, j’ai fait ça au studio Chenapan  et maintenant j’en suis devenu co-propriétaire.

Jason : Donc je comprends que la réalisation d’album c’est quelque chose que tu as aimé faire. Tu vas récidiver ?

Yann : Ah oui j’tripe !

Jason : À quoi va ressembler ton show du 14 février ?

Yann : Ce sera un show en trio mis en scène par Michel Faubert. Je serai accompagné de Sarah Bourdon (guitare, basse, clavier, voix) et Jean-Alexandre Beaudoin (guitare, banjo). Moi je joue du drum, du piano, de l’accordéon. C’est vraiment un show dynamique, ça bouge. Il y a des bouts très rock, d’autres tout en douceur. Dans la mise en scène, il y a du théâtre d’ombres et de la projection. C’est ludique et sans prétention. Pour une soirée de St-Valentin, je trouve que ça « fit ».

J’étais au lancement en octobre passé au Club Soda et j’ai eu un coup de cœur pour cet artiste intègre. Je suis déterminé à suivre son chemin sans compromis. Je suis définitivement curieux de voir comment les chansons ont évolué depuis. Je vous invite donc à vous faire un cadeau de St-Valentin sous le signe de l’amour, de l’art et des mots. Offrez-vous une soirée  avec Yann Perreau et sa musique.

Crédit photo : Sandra Raymond

Musique
PETER_PETER_09FEV2013_crédit photo Sébastien Lavallée

Peter Peter dans un showcase juste pour toi

Y fait plutôt frette, mais on s’en fout : dans une couple de minutes, on atterrira bien au chaud entre les quatre murs du disquaire Aux 33 tours sur Mont-Royal. Et ce soir, c’est soir de première, parce qu’on y présente le premier « In Store » de l’endroit, avec le « très talentueux (et très esthétique) »* Peter Peter en formule intimiste.

Un tabouret, un ampli, une petite console, un micro et une guitare, voilà tout l’attirail de l’artiste, qui s’est installé comme chez eux un peu avant 19 h 30 samedi soir, prélude d’une belle soirée, intro réconfortante et douce avant les folies de la nuit. On n’est pas 25 dans la place, on est timides, respectueux, polis, on sait pas trop où se mettre, quelque part entre les rangées de vinyles, pas loin de la porte, parce qu’on est ben trop gênés pour aller se coller sur lui. On n’a pas ses couilles, nous. Parce que n’empêche, donner une petite prestation solo, à la bonne franquette, devant un si maigre public dans une boutique de Montréal un beau soir d’hiver, franchement, fallait pas avoir froid aux yeux.

Ce fut bref, une petite vite allongée, une première date maladroite mais complice et généreuse, où, pour nous rendre plus à notre aise, Peter Peter sollicitait nos demandes spéciales, pendant que nos bottes dégoulinaient pour faire des traces grosses comme des nuages sur le tapis détrempé du local. On aurait dit qu’on était assis en cercle autour d’un feu, à se conter des histoires pis à manger des guimauves, sauf qu’on était debout près de la caisse, avec nos coats, nos mitaines, nos caches-oreilles pis notre inconfort, les uns adossés au mur de CD, l’autre à genoux à faire ses photos, l’autre encore à faire des vidéos verticaux, « parce que ça faisait beau ». Moi je me demandais : ils sont où, les gens ? Une petite performance solo de même, quasi privée en début de soirée, moi je trouve ça parfait parfait. Je me sens privilégiée, t’sais. Avec de la place pour une cinquantaine de curieux, on aurait pu être le double. Anyway, les absents ont toujours tort, tout le monde sait ça. Mais c’est pas grave, il y en aura d’autres, y paraît, des In Store Aux 33 tours… En attendant, je sais pas, on a eu quoi ? une trentaine de minutes de tounes, des accords de guitare entremêlés du déclenchement d’obturateur de l’appareil de mon photographe – maudit que j’aime ça ce son-là.

Peter Peter. Crédit photo Sébastien Lavallée

Peter Peter. Crédit photo Sébastien Lavallée

La version complète de Peter Peter, full band, comporte à ce qu’on me dit cinq musiciens, dont un des frères Mineau de Malajube, et s’offre pour la Valentin ce jeudi au Club Soda. Pour le moment, il nous fait ça pas de set list, à sa guise, sans trop savoir où il s’en va d’une pièce à l’autre, et c’est précisément ce qui charme : il se laisse aller, nous gratte des pièces de ses deux albums, blague au sujet d’« une chanson que j’ai écrite pour une fille… encore », attrape sa grosse 50 canette savamment posée à ses côtés sur l’ampli, s’enquiert auprès de son gérant s’il peut en faire encore une autre, nous remercie tout plein d’être là, ici, avec lui. Il est gentil, aussi timide que nous, et pas malhabile du tout dans son rôle de musicien tout seul, d’entertainer, de centre d’attraction ; il a l’air flatté qu’on soit là, nous le sommes d’avoir eu la chance de profiter de cette petite vitrine intime pour le découvrir, du moins ceux qui, comme moi peut-être, entendent son nom circuler depuis un bon petit bout déjà, mais ne s’étaient pas encore donné la peine d’aller voir de quel bois ça se chauffe c’te petite bête-là.

On lui souhaite en tout cas tout le meilleur du monde : après un opus plutôt folk, dont la pièce Homa a été élue « Meilleure chanson francophone de l’année » par iTunes en 2011, la seconde galette donne plutôt dans l’électropop mâtiné de saxophone, un disque consacré pour sa part « Album francophone de l’année 2012 » par iTunes Canada, également célébré par les radios universitaires nord-américaines et parmi les meilleurs albums de 2012 selon le Voir. Ça va donc plutôt bien pour lui : après s’être fait voir dans la plupart de nos festivals montréalais, il perce au sud, à l’ouest et à l’est ; bientôt, ce sera SXSW au Texas, puis, plus près, la Canadian Music Week, où les Independant Music Awards le placent en lice dans la catégorie « Francophone Artist of the Year ». Et y’a les Européens qui trippent sur son cas aussi, semble-t-il…

Et cette semaine, disais-je, show au Soda, sorte de rentrée montréalaise où il présentera pour la toute première fois le spectacle de son 2e album, Une version améliorée de la tristesse, dans une mise en scène d’Olivier Morin (Otarie, Clothaire Rapaille, l’opéra rock ; L’assassinat du président). Un concert que je regrette de devoir manquer, mais que je vous encourage fortement à mettre à l’agenda. La Saint-Valentin, anyway, c’est un peu (pas mal) surfait. Sors ta blonde dans un resto n’importe quel soir de la vie, c’est moins quétaine, dis-lui qu’tu l’aimes tous les jours, pis ça va lui faire ben plus plaisir que ce passage obligé de Cupidon pis de ses maudits petits cœurs à la cannelle dégueulasses.

Peter Peter
Une version améliorée de la tristesse
Spectacle mis en scène par Olivier Morin
Club Soda
Jeudi 14 février, 20 h
Première partie : Beverlay

*dixit l’attachée de presse de la soirée, Isabelle Ouimet

Musique
Igloofest-19-01-013-Le¦üaLacroix-4813245

Deux sacs de plastique dans les pieds, un gros manteau, des mitaines et une tuque

C’est samedi dernier, le 19 janvier, que se sont révélés à moi les attraits d’une soirée à l’Igloofest. La région d’Ottawa-Gatineau peut bien se vanter d’avoir son Bal de neige avec la plus grande patinoire du monde et ses queues de castor, Québec son traditionnel Carnaval duquel la ville peut être plus que fière, mais Montréal n’est certainement pas en reste avec l’Igloofest. Depuis 7 ans, ce festival urbain transforme les quais du Vieux-Port en gigantesque piste de danse malgré le froid qui doit se déclarer vaincu par autant d’enthousiasme ! 

Rendez-vous à 19 h (apéro et préparation) :

En ce samedi plutôt enneigé, je me rendais chez mon amie Anne (chroniqueuse, Électrons libres) pour y prendre l’apéro et se préparer à vivre une soirée hors du commun. Pour nous mettre dans l’ambiance : vin, fromage et musique. Elle choisit de mettre un disque qu’elle vient de recevoir  « Music of imaginary » du duo canadien-suisse Berry Weight. Parfaite pour commencer la soirée, cette musique aux rythmes électro légers et très langoureux. La soirée avançant, elle choisit  de me faire entendre un autre duo français-québécois, Numéro #, dont les rythmes sont nettement plus accélérés. En l’écoutant, on se demande ce qu’ils peuvent bien devenir et évoquons le souhait d’entendre du nouveau matériel de ces deux comparses. On culmine avec Portishead, tout en nous préparant à affronter le froid : sacs de plastique aux pieds, mitaines, tuque et hop !!

Igloofest. Photo : Elise Apap

Arrivée à Igloofest :

Ça fait 9 ans que j’habite Montréal, j’ai souvent visité le Vieux-Port, mais jamais encore je n’avais vu un tel décor et senti cette énergie. Attiré dès la sortie du taxi, je souhaitais aboutir le plus vite possible sur le site! Des panneaux lumineux ornent l’entrée du site pour indiquer clairement la direction à prendre et des agents d’accueil munis de porte-voix nous souhaitaient la bienvenue et nous fournissaient toutes l’information pertinente à propos du festival. Super!

De plus, la météo était favorable : petite neige et température clémente pour vivre une soirée extérieure comme celle-là!

Igloofest. Photo : Vivien Gaumand

Un tour de piste :

L’impressionnante scène principale, « Scène Saporo », où sont accueillis les DJs internationaux et locaux plutôt grand public, n’a rien à envier aux autres festivals de ce genre. Des VJs proposent leurs créations sur d’immenses murs qui encerclent la scène et proposent un décor moderne digne de la qualité de l’ensemble de la programmation. Partout où je me suis baladé sur le site, je suis resté dans l’ambiance. Il faut se le dire : à l’Igloofest, oui, il y a un igloo (en matière plastique format abri tempo) baptisé pour l’occasion « Igloo Virgin Mobile ». C’est d’ailleurs sur la scène de cet igloo que l’équipe de la programmation propose une sélection de DJs plutôt marginaux et spécialisés. Le style ne convient pas nécessairement à un vaste public, mais plutôt à des fanatiques amateurs de musique électronique en soif de découverte.

Igloofest. Photo : Miguel Legault

Pour connaître la programmation complète c’est ici.

Sinon sur le site du festival, vous pourrez également écouter des extraits des DJs et y retrouver de l’information à leur propos.

Il reste trois fins de semaine d’Igloofest et je vous suggère fortement d’y faire une virée!

Musique
cosmic mandrill

Cosmic Mandrill ou un univers d’encens, de Moomins et d’animaux mécaniques

À la recherche de l’évènement le plus curieux du mois de décembre dans le calendrier de La Vitrine, je suis tombé sur Cosmic Mandrill au Monument-National. Comme c’est un spectacle musical et que je n’ai pas encore couvert ce genre d’évènement, je me dis : « pourquoi pas? »… D’autant plus que le descriptif nous promet un « projet de musique Post-Rock/Ambiant Solo » qui offre un « voyage élevant et mélodieux au coeur des sentiments et idéaux de l’âme humaine. ». Ça a l’air trop mystique, faut que j’y aille!

J’arrive donc au Monument-National vers 19 h 50 où l’on m’indique que le spectacle a lieu au 4e étage : allons-y pour les escaliers! Plus je m’approche de la salle, plus mes narines sont assaillies par une odeur d’encens, quand je parlais de mystique. Arrivé au lieu-dit, je constate que nous serons dans ce qui doit être la salle la plus intime du Monument. Quand je dis intime, c’est très intime, disons que j’ai plus de doigts et d’orteils que la quantité de personnes qui se trouvent déjà sur place; sans compter qu’ils semblent pas mal tous se connaître (amis? famille?). Là, c’est clair, je sais que je suis à la bonne place : si ce gars-là devient populaire, je pourrai dire que MOI, je l’ai vu à son premier concert public. Comme le dit souvent ma relectrice préférée : « il n’y a pas d’avant-gardistes, il n’y a que des retardataires » et pour une fois, je ne traînerai pas de la patte!

Revenons au concert en soi. Avant que le tout commence, je m’approche de la petite scène sur laquelle sont posés un clavier, une guitare, un micro et un étrange cheval blanc en métal d’où émane l’encens. Ma petite inspection terminée, je retourne m’asseoir et c’est à ce moment que les lumières se tamisent et qu’entre, sur scène, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Un sourire, à demi-gêné, il se lance dans sa première pièce au clavier. Puis, s’enchaînent avec lenteur et rêve des pièces classiques au piano, soft-rock à la guitare. Après 3-4 morceaux arrive le moment de gloire du fameux cheval qui trône sur la scène : Samuel Paré, le nom du singe cosmique, l’active et le cheval fait aller sa tête et sa queue dans tous les sens… Au plus grand plaisir des spectateurs qui rient dans la salle. Drôle de cassure avec le côté onirique installé précédemment, mais qui n’est pas pour me déplaire. Malgré la prestation du cheval, ma préférence va sans contredit à une reprise électro au clavier d’une musique dans le dessin animé des Moomins, dessin animé de mon enfance plutôt mélancolique, mais que j’appréciais beaucoup. En fait, je trouve que les Moomins n’est pas anodin : ça cadre bien avec son univers musical, qui porte sur l’amour, l’état de la société, l’humanité avec une pointe de romantisme et de vaporosité (dans le sens de vaporeux). Après une courte heure de musique, le tout se termine sur une pièce dédiée à l’espoir.

Je profite de la fin du spectacle pour aller poser quelques questions au maître de cérémonie. J’apprends que le nom Cosmic Mandrill est tiré d’une « discussion nowhere » sur les singes et l’espace, mais qu’après coup le nom a pris un tout autre sens. En effet, en décomposant Man/drill, on se retrouve avec l’homme-perceuse. En fait, il espère, avec sa musique, percer la couche d’indifférence des humains. De son côté, le fameux cheval a été trouvé dans le fond du placard de son coloc’ (notons qu’à la taille du cheval, il doit avoir un méchant grand garde-robe). À terme, Samuel aimerait avoir toutes sortes d’animaux mécaniques qui décoreraient la scène et s’animeraient pendant ses prestations. Il m’a dit aussi posséder une libellule géante, qui malheureusement était hors-service ce soir-là, bien dommage…

Il a de la motivation et c’est très chouette à voir. Je lui souhaite beaucoup de succès avec Cosmic Mandrill. Si vous voulez vous aussi partir et flotter un peu en attendant son prochain concert, je vous invite à jeter un œil – et une oreille – à son seul vidéoclip fait maison pour l’instant.

Musique
jour_de_l_an_3

Party du jour de l’An Immersif

Nous vous avons déjà fait notre top 10 des partys de Nouvel An, mais maintenant on vous offre un de ses partys!

Le  party du jour de l’An  à la SAT est désormais une tradition de la scène montréalaise. Venez célébrer l’arrivée de 2013 dans la Satosphère avec des effets visuels époustouflants créés par les artistes Jocool et Liverty. Pour vous faire danser, nul autre que Busy P, Vincent Lemieux, Vosper et Jealous Lovers.

Vous aimeriez assister à cette super soirée?

Alors dites-nous quels sont les artistes faisant partie du label Ed Banger de Busy P ?

Répondez dans les commentaires plus bas.

Le tirage se fera vendredi le 28 décembre 2012.

Musique
ObjetUenishi_CDL_Eyebeam_MG_6361

L’art audio comme jouet musical

L’«art audio». Terme parapluie qui implique que le son soit le matériel de base d’une oeuvre, et que celle-ci soit émerge d’une vision davantage plastique que musicale. De l’étendue de ce concept, le Eastern Bloc a choisi de mettre l’accent sur son aspect performatif, pour présenter dès demain une première rencontre internationale sur l’art audio. Le thème : Objet inusité et matériaux résiduels.

Sûr qu’avec Lisa Gamble comme co-commissaire il fallait s’attendre à privilégier les pratiques DIY aux dispositifs coûteux.  «Je voulais que ce sommet soit le plus primitif, le plus littéral possible. Jouer avec le sens des objets du quotidien est pour moi une idéologie.» Lorsqu’elle performe sous le nom de Gambletron, c’est avec des bouilloires, des jouets d’enfants ou encore une scie et des roues de vélo, comme on pourra le voir lors de sa performance vendredi soir.

Lisa Gamble aka Gambletron au Eastern Bloc

Très peu d’écrans d’ordinateur donc, à la Rencontre internationale sur l’art audio. Plutôt des moniteurs pour bébé, des conduits de ventilation, des éclats de verre, des bouts de ficelle et des amplificateurs. On souhaite entendre le son, mais aussi le voir, le sentir et comprendre son influence directe sur son environnement. «La pratique d’un artiste génère des sons, mais également des transformations physiques au niveau du matériel qu’il utilise», explique Éliane Ellbogen, co-commissaire du Festival et directrice artistique du Eastern Bloc.

Maxime De La Rochefoucauld, par exemple, utilise les vibrations d’un haut-parleur pour créer des automates qui frappent sur des instruments de manière oscillatoire.

De manière plus extrême, Yann Leguay pose un microphone à la place de l’aiguille d’un disque à couper le métal afin de créer un larsen qu’il tente ensuite de contrôler. En atelier, l’artiste sera présent pour nous apprendre à fabriquer une graveuse à vinyles DIY. On pourra aussi fabriquer notre propre instrument à multiples bandes magnétiques pour enregistrer des mixtapes, et essayer de programmer un dispositif qui utilise les mouvements du corps pour faire de la musique.

Yann Leguay

«L’important, pour moi, était que la musicalité soit toujours présente, précise Lisa Gamble. C’est l’idée de départ : un mariage entre la musique et l’art audio, pour que des gens, qui comme moi viennent plus du milieu de la musique, se mélangent au milieu plus plasticien de l’art audio.»

Jean-Pierre Gauthier, Keiko Uenishi, Darsha HewittLucas AbelaThomas BéginJeremy Gordaneer, Peter Blasser et Peter Flemming  présenteront aussi des performances, des ateliers et des installations. Le Festival culminera samedi par un concert à la Sala Rossa avec Orkestar Kriminal (chansons grecques, cambodgiennes et mexicaines des années 20-30), Agor (projet solo d’un membre du duo pop Blue Hawaii), le quatuor-devenu-duo Valleys, l’électro pop de Un, ainsi que Dj Matteo Grondini.

Objet Inusité : Rencontre internationale sur l’art audio se déroule du 19 au 22 décembre au Eastern Bloc et à la Sala Rossa.

Musique
Danse_Lhasa_Danse_05_credit_Jean-Francois_Leblanc_CCF2011

Non cet espace n’est pas trop petit

Danse Lhasa Danse était présenté en clôture du 25e Coup de cœur francophone l’an dernier à guichets fermés. Le spectacle, acclamé par la sphère musicale montréalaise, n’a eu que très peu de couverture médiatique à l’époque. Cet automne, on l’a repris deux soirs au Théâtre Outremont, et – ô joie ! – on le présente 10 fois en tournée à travers la province. Un bel hommage à Lhasa, disparue à l’aube de l’année 2010.

Y fait frette en mautadine, novembre est bel et bien là (de-wors !), y mouillasse depuis toujours on dirait, pis je me grouille de sortir du bureau pour aller trouver ma date de ce soir : Alexandre Désilets, auteur-compositeur-interprète (La Garde, Escalader l’ivresse), à qui j’ai donné rendez-vous à 18 h au Nyk’s. J’avais bien prévu ma shot ; j’avais mis ça près de la job, histoire de pas trop courir. Caler ça entre la fin de la semaine et le show de Canailles et les Hay Babies au Lion d’Or pour Coup de cœur francophone 2012 ; je me trouvais pas pire. Et c’est sans compter l’entrevue que j’avais faite le midi même avec Michel Beaulac, directeur artistique de l’Opéra de Montréal.

Ouf. J’arrive pile poil, il n’y est pas, après quelques minutes d’attente, on m’installe près de la fenêtre, à travers laquelle novembre essaie de se trouver une place au chaud (lire : les craques devraient être patchées !). Pinte commandée, je sors mon calepin. Et j’attends. Je prépare et révise mes questions. Je relis quelques trop rares articles parus l’an dernier. Et j’attends. Après une demi-heure et la dernière gorgée de mon breuvage, je me dis que c’est plate, mais que je vais faire un boute. Mes questions resteront de banals griffonnages dans un de mes trop nombreux calepins.

Je reçois quelques heures plus tard un courriel confondu en excuses de la part de l’agente d’Alexandre, qui avait omis de confirmer l’entrevue auprès de lui. Bah. Ce sont des choses qui arrivent. On prend ça avec le sourire et on se rebooke rapido quelques jours avant le show ! Thé en main, dans le café sous son local de pratique, Alexandre Désilets me jase ça. Il part le lendemain matin pour Moncton, où se tient la Franfofête en Acadie, et revient illico pour les deux représentations de Danse Lhasa Danse prévues au cours du week-end au Théâtre Outremont. Au programme : 5 musiciens, 6 chanteurs (Bïa, Alexandre Désilets, Thomas Hellman, Alejandra Ribera, Geneviève Toupin et Karen Young), une douzaine de danseurs, et tout ce beau monde sous la direction artistique de Pierre-Paul Savoie et Louise Beaudoin, d’après une direction musicale de Denis Faucher.

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Alexandre me jase d’un paquet d’affaires, du standing de l’artiste, de son désir à lui de sortir de sa zone de confort, d’explorer des territoires méconnus, de foncer dans l’inconnu, de faire confiance aux gens qui le guident, le poussent à se dépasser. Il me parle aussi de Lhasa, qu’il n’a pas connue personnellement, mais dont la musique est restée comme une empreinte, probablement, suffisante en tout cas à le motiver à proposer sa participation au spectacle qui lui rend hommage. « Elle est très éloquente, Lhasa. Très intelligente. Elle prenait le soin d’avoir une bonne direction artistique, ne laissait rien au hasard, savait où elle s’en allait. » On sent chez lui un grand respect pour elle, et une volonté de se surpasser pour amener les gens à connaître son « répertoire extraordinaire, à faire vivre une musique qui en vaut vraiment la peine », et c’est par le biais d’un spectacle musical, certes, avec différents interprètes qui apporteront leur touche personnelle, mais aussi par le biais du médium de la danse, de l’interprétation gestuelle, qu’il communique avec ses compères le riche univers de Lhasa.

Et le directeur artistique, Pierre-Paul Savoie, y est allé de sobriété pour nous y inviter. Côté jardin bien planté par les musiciens, où les chanteurs se succèdent ou unissent leur voix, côté cour tout dédié au mouvement des danseurs, quelques luminaires suspendus ; une ambiance cozy, intime. Pendant le spectacle, un écran au-dessus des musiciens s’anime doucement, par intermittence, des images de Lhasa, luminescente. Des extraits vidéo. Des bribes de paroles. Des fragments de répétitions. Des sourires. Des trucs inédits, inusités, porteurs de tendresse. Comme quand, de sa voix posée, elle nous récite en français, avec cette chaleur qui lui est si caractéristique, les si belles paroles de Pa’llegar a tu lado, juste avant qu’Alejandra Ribera l’interprète en espagnol. Émoi.

C’est en grande partie parce que Pierre-Paul Savoie a un flair du tonnerre que ce genre de projet n’est pas une utopie. Alexandre le qualifie de très intuitif. Oui, Savoie a certainement imaginé un canevas de base pour Danse Lhasa Danse. Mais c’est avec des liens de confiance, une aisance, un excellent sens du coaching qu’il réussit « à faire sortir le meilleur de toi-même et à t’aider à y parvenir. Il est exigeant. » Mais quand la confiance et l’ouverture sont au rendez-vous, c’est beaucoup plus facile d’instaurer un niveau d’échange, un va-et-vient créatif qui permet un lâcher-prise adéquat, un juste milieu entre les directives et l’implication, l’apport de chacun.

Celui d’Alexandre : deux chansons (dont celle qui ouvre la soirée, Con Toda Palabra) et un numéro dansé. Il a voulu sortir de ses habitudes et s’investir dans un rapport tout autre à la musique. Sa plus grande surprise : la découverte d’un milieu ouvert, aimable, hautement professionnel. La disponibilité, l’écoute, l’ouverture des danseurs, leur accueil chaleureux, leur compréhension et leur acceptation de son statut de non-danseur qui prête volontiers son corps à l’expérience, par curiosité, par défi, par envie d’explorer plus loin que le connu. Malgré la barre haute, il s’est senti grandement respecté. « Le contact est facile avec eux. Le contact corporel est constant. » Le corps est une oreille, presque. Sans cesse à l’écoute. Pour bien répondre à l’autre : Abro la ventana. (J’ouvre la fenêtre.)

Alexandre Désilet. Crédit photo: Sébastien Lavallée

Un an après ce show qui était supposé être un one-night, Alexandre Désilets, est heureux de retrouver ses amis danseurs et musiciens, qui étaient pour la plupart de la première distribution, et qui, maintenant, vivent cette expérience tout autrement en promenant le spectacle à travers le Québec. Danse Lhasa Danse vit cette année son deuxième rancart. Et c’est un rendez-vous multiple ! La tournée, c’est 10 shows en plus des deux du Théâtre Outremont. C’est le même contenu, simplement, avec quelques intervenants qui changent. Et on n’a pas de peine à le comprendre : la disponibilité n’est pas évidente, quand on couvre un mois de shows et qu’on est une équipe de deux douzaines d’artistes, mais il y a aussi en cause toute la charge émotionnelle qu’impose la représentation de ce monument d’émotivité pour les artistes qui y participent … De présenter un spectacle-hommage une fois, ça va, c’est lourd, c’est émotif, mais c’est salvateur. Certains artistes ont pu être très proches de Lhasa, alors on peut comprendre que se replonger là-dedans, et pour 12 soirs, ça fait ouch quand on veut passer à autre chose. L’émotion au sein de l’équipe doit être particulière, palpable. Encore une fois : apprendre à apprivoiser l’autre, à sortir de sa zone de confort pour aller à sa rencontre ; Hoy cruzo la frontera (Aujourd’hui je traverse la frontière).

Malgré tout, cette tournée québécoise amène le spectacle à un tout autre niveau : sur la route, tous ensemble, ça crée un cocon, presque familial. Avec la force du temps qui a passé, près de trois ans depuis le décès de Lhasa, un an depuis le premier hommage, et la mémoire musicale, doublée de la mémoire corporelle, impriment au spectacle une dynamique moins endeuillée et plus hop la vie. Un hommage à l’art de Lhasa, maintenant qu’on a pu faire le point, surmonter son départ, poser un nouveau regard, un autre regard sur son œuvre, sur son incidence dans nos vies. On est davantage dans la célébration, dans le partage, et c’est ce qui rend le tout si doucement magique : il fallait voir – et entendre — tous les artistes sur l’ultime pièce du spectacle, Soon this space will be too small

Non, cet espace n’est pas trop petit. Et Lhasa le savait : la route chante — et maintenant danse pour elle.

Tournée

16 novembre : L’Assomption, Théâtre Hector-Charland
17 novembre : Longueuil, Théâtre de la Ville
24 novembre : Sainte-Thérèse, Théâtre Lionel-Groulx
25 novembre : Saint-Jean-sur-Richelieu, Théâtre des Deux Rives
26 novembre : Gatineau, Salle Odyssée de la Maison de la culture
27 novembre : Beloeil, Centre culturel de Beloeil
28 novembre : Sherbrooke, Théâtre Granada
30 novembre : Sainte-Geneviève, Salle Pauline-Julien
1er décembre : Shawinigan, Centre des arts de Shawinigan
5 décembre : Québec, Grand Théâtre

Musique
Supercalifragilistic - Crédit Jeremy Daniel1

Est-ce un oiseau? Est-ce un avion? Non, c’est Mary Poppins !

J’ai 7 ans et demi. J’ai la face d’une cocotte qui vient de faire un mauvais coup. Pourtant, il n’en est rien. Je suis juste un peu… fébrile. Je suis sûre que si j’avais pu me voir dans un miroir, je m’y serais vue avec un sourire espiègle pis des flammèches dans les yeux. Avoir su, je me serais mis une petite robe de tannante pis je me serais fait des tresses, genre. Toute seule comme une grande, je monte le bel escalier de Wilfrid-Pelletier. J’ai passé à un cheveu de pas avoir de billet, mais ma petite face excitée a du convaincre la madame de la table de presse que j’étais de bonne foi. La preuve, il est près de minuit, je reviens à peine de la Place des Arts, je bois du thé et j’essaie de calmer mon excitation post-Mary Poppins en vous donnant un moyen tuyau : c’est pas mal bon.

Vous savez, au départ, c’est basé sur une série de livres de Pamela Lindon Travers parue dans les années 30. Trois décennies plus tard, le film qui en est tiré sort en salles et est plus que louangé. Puis, début des années 2000, quelqu’un de bright a réalisé qu’un film de même, c’est comme tout indiqué pour le music-hall, hein, quand même, pis s’est lancé dans l’aventure. Résultat : Londres, 2004, New York, 2006, tournée nord-américaine, 2009, et Montréal, 2012 ! Je sais pas trop ce qui se passe, mais de plus en plus de comédies musicales viennent nous en mettre plein la vue dans la métropole francophone d’Amérique par excellence, comme si Broadway tentait de s’ouvrir un Teather au cœur de notre si hot Quartier des spectacles. Je ne m’en plaindrai pas !

Alors donc, hier soir, y’avait du monde tout plein, du monde partout, de tous les âges. Beaucoup d’enfants, beaucoup de familles, beaucoup d’anglophones. Le spectacle propose les textes en langue originale, ce qui faisait ben mon affaire. L’ensemble est communicatif, énergique, l’histoire on ne peut plus imagée, et on arrive sans peine à capter l’essentiel du message : A spoonful of sugar helps the medicine go down (C’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler) ! Et y’a pas que la médecine qui coule bien par ici : la succession des scènes, l’enchevêtrement des chansons, les multiples changements de décors et de costumes (chapeau à l’équipe en coulisse et dans les échafauds) ; tout défile à une folle vitesse. Un tourbillon, sans doute le même qui a amené Mary Poppins à la maison des Banks, nous emporte pendant deux heures et demie qui se mangent aussi vite que des bonbons d’Halloween.

Mary et Bert. Crédit photo : Jeremy Daniel

De la couleur, en veux-tu en v’là, du mouvement, du bonheur, du délire, même. La magie de Walt Disney fait son œuvre, on embarque assez rapidement merci, et on se laisse parfois aussi aller à fredonner les tounes accrocheuses imaginées il y a 40 ans par les frères Sherman. Ça grouille sur scène, de partout en même temps, l’œil et l’oreille sont surstimulés. Des performeurs triple threat, ces artistes-là ? Mets-en. Ils ont tous une superbe présence, bien en masse pour accoter leur voix, ils swingnent pas pire de la patte (il y a même un super numéro de claquettes !), ils se donnent plus qu’à fond, et on comprend mieux pourquoi il n’y a que huit représentations chez nous (en 4 jours !). Sans blague, à l’énergie que l’impressionnante distribution a démontrée, ça doit être rough su’l système…

Je m’excuse, je vais passer le commentaire explicatif sur le synopsis du show. Je dirai simplement que cette douce folie, un brin démesurée, parvient instantanément à nous faire décrocher du quotidien, à l’exemple de George Banks qui, en laissant entrer Mary Poppins dans sa maison, a consenti malgré lui à y laisser aussi pénétrer un chaos plus qu’utile. Tout se passe si vite, tout est tellement bien rodé, sans paraître machinal ou banal, on a envie de leur piquer un cerf-volant pour s’y mettre nous aussi, de ramoner des cheminées en chantant Step in time, de Feed the birds avec la dame aux oiseaux pis de vivre A Jolly Holiday avec Mary ou de décoller en sa compagnie avec son célèbre parapluie.

Bert. Crédit photo : Kyle Froman

On regrette quelques scènes du film qui ne font pas partie de la comédie musicale, comme l’heure du thé avec l’oncle Albert qui se peut pu de rire avec sa table volante ou le carrousel avec les chevaux qui prennent vie, mais on oublie vite les entorses au scénario ou la surprise des nouvelles chansons (qui s’intègrent très bien, d’ailleurs) grâce à la panoplie d’artifices scéniques mis à contribution pour nous éblouir et à la performance des artistes (je pense à Bert, interprété par l’excellent Con O’Shea-Creal, qui danse littéralement au plafond, tête en bas) et, bien entendu, de l’orchestre, qui fait une job du tonnerre dans la fosse. De toute façon, la maison de poupée des enfants Banks, la valise de Mary Poppins remplie de trésors impossibles à y faire entrer, l’acariâtre Miss Andrew, la posture de Madeline Trumble : e-xac-te-ment pareille que celle de Julie Andrews, bien campée, pieds en V, ça, ça y est, et pis plein d’autres choses formidables pour retomber en enfance et passer un bon moment psychédélique.

Supercalifragilisticexpialidocious. C’est tout ce que j’ai à dire de plus.

Mary Poppins

Salle Wilfrird-Pelletier de la Place des Arts
du 21 au 25 novembre

Musique
VaisseauFantome_PhillippeJasmin

La vraie affaire

Il y a différentes façons de voir les choses. Tu peux tripper à regarder dans ton salon un vidéo d’un mec qui s’est scotché une caméra dans le front pour sauter en parachute. « Wah ! », que tu te dis. « C’est donc ben malade ; j’ai l’impression d’être là, de le faire pour vrai ! » En plus, c’est le meilleur des mondes : ça te coûte presque rien, ça te permet de rester tranquille chez vous avec ton pop-corn, et pis c’est ben-moins-dangereux-que-de-sauter-pour-de-vrai-en-bas-d’un-avion-à-une-couple-de-milliers-de-pieds-dans-les-airs-et-de-risquer-de-t’écraser-la-face-dans-un-champ-de-blé-d’inde. Han ! Wise. Sauf que. C’est pas la vraie affaire.

La vraie affaire, j’en ai discuté avec Michel Beaulac, directeur artistique de l’Opéra de Montréal, la semaine dernière : « on est comme pas mal tous dans une période de recherche d’équilibre ».Tiens tiens. Et l’Opéra n’y échappe pas. Il y a beaucoup de changements à venir, de tous les points de vue, à tous les niveaux, avec les nouveaux moyens de diffusion qui sont à notre disposition. En tentant de nous projeter dans l’avenir, il soulève une question qui m’a fait très peur : « Et si un jour il n’y avait plus de salles de spectacle ? Avec l’obsolescence des édifices religieux de nos jours, qu’arrivera-t-il des autres types de “ temples ” qui accompagnaient notre vie jusqu’à maintenant ? » Restera-t-on dans le confort de notre foyer pour regarder en direct les différentes productions artistiques du monde entier sur notre cinéma maison avec nos chips pis notre bière ? Ou bien plutôt, à force d’être surexposés à ce mode de vie individualiste et quasi reclus, aura-t-on besoin de vivre ce moment humain, avec d’autres humains, dans un théâtre « où la puissance du réel supplantera le virtuel, comme une communion, un moment privilégié et unique » ? On y trouvera peut-être là un refuge, ou une fuite, contre la virtualité, ou plutôt vers l’humanité… Pour vivre l’émotion en communauté, en accord, en symbiose avec la musique. « Il y a tellement d’œuvres impérissables, et le public a soif de cette expérience-là, et sur le vif ». Reste que l’implication et l’expérience sont différentes. Pour Michel Beaulac, « en général, les gens sont agréablement surpris de leur visite à l’opéra. Il leur manque donc juste le coup de pouce pour s’acheter un billet et le guts d’aller s’abandonner, de se laisser envahir par la musique ». C’est une question de curiosité, d’habitude, d’aventure…

Là, c’est l’hiver qui s’en vient pas mal vite, pis une fois Coup de cœur francophone terminé, qu’est-ce qu’on va faire de nos soirées ? Mettons, je dis bien mettons, que tu sais pas quoi faire entre le 10 pis le 17 novembre. Ben checke ça : t’as quatre chances d’aller voir Le Vaisseau fantôme  de Wagner. C’est l’Opéra de Montréal qui le présente. À la Salle Wilfrid-Pelletier de la PdA. Fais une surprise à ta blonde, invite-la au resto pis toute, pis bam ! amène-la à l’opéra. Sûr que tu vas gagner des points. Ou ben : sors ton beau linge, crêpe-toi les cheveux, magasine un veston pour ton Jules, faites-vous ben beaux pis payez-vous une soirée classe. Et heavy. Heavy comme dans heavy metal. Oui oui, t’as bien lu.

Le Vaisseau Fantôme. Crédit Photo : Philippe Jasmin

Un pote de Michel Beaulac, qui en était un fan fini, lui a déjà dit, à sa première sortie à l’opéra, quand il a vu le Vaisseau en 1993, qu’il trouvait que ça ressemblait drôlement à un show d’heavy metal, parce que les accents sont tellement forts, tellement plus grands que nature, tellement toute. Et le Vaisseau ne fait pas exception : c’est aussi vrai pour nombre d’autres œuvres opératiques, comme Tosca ou Carmina Burana. « Ce fracas des sons, dans une harmonie organisée, et l’impact tellement fort des excès de l’émotion, des expressions », nous rejoignent, correspondent à l’intensité de ce qu’on peut vivre, mais à travers le foyer d’une loupe ou le cadre d’une caméra.

Parce que l’opéra, c’est aussi une aventure presque… cinématographique ! « Le Vaisseau est une œuvre annonciatrice de l’écriture wagnérienne, très théâtrale, une œuvre totale, une œuvre profonde, construite de façon magistrale, moins abstraite, et à la portée de tous, du point de vue de la musique comme de l’histoire comme telle », m’explique Michel Beaulac. À son avis, « si Wagner était un de nos contemporains, il serait sans aucun doute un extraordinaire compositeur de musique de film, comme la plupart des compositeurs d’opéra, d’ailleurs. » Sa musique, très descriptive, trouvera écho dans ce qu’on promet être une très belle production du Vaisseau, « à la scénographie audacieuse, proposant un excellent moyen d’exprimer l’enfermement : l’univers clos de Senta, qui est habitée par son fantasme du Hollandais volant », notamment. Par le biais d’un prisme rectangulaire à double pente (à cour et à proscenium), on illustre le côté déstabilisant de cet inconfort et de cet enfermement tragique des personnages. « Dans un cadre postmoderniste/minimaliste où les éléments de l’histoire y sont magnifiés, comme au travers d’une loupe », parce que dans le fond, c’est ça l’opéra : on fait un gros plan, comme au cinéma, on te le met en pleine face pour être sûr que tu manques pas le plus important : l’émotion dans le prisme de l’action.

Le Vaisseau Fantôme. Crédit Photo : Philippe Jasmin

À l’opéra, le temps est surréel, aussi. Il devient comme élastique ; on perd conscience de nous-mêmes. En l’occurrence, pour le Vaisseau, un gros 2 h 40, incluant un entracte après le premier acte — formule adéquate pour un public varié, néophyte comme puriste. Cette élasticité du temps, donc, qui perd sa mesure, comme l’amour, la douleur, l’attente, passées à travers une longue-vue qui fait un gros plan sur les sentiments exacerbés des protagonistes, demeure plus vraie et plus grande que nature, évidemment, mais parvient tout de même à trouver une cohérence, une réverbération surprenante avec nos propres expériences.

Mais je me perds, je me perds, j’te dis, et je m’excuse, même, Michel Beaulac m’en a tellement dit, des affaires, des vraies affaires, sur cet opéra auquel j’ai donc hâte d’assister — commence par aller écouter son Ouverture ; OUCH… Mais j’y pense ; je t’en ai encore pas dit grand-chose ! Le Vaisseau fantôme, de son titre original Der fliegende Holländer (ou The Flying Dutchman, en angla), c’est l’histoire d’une poulette, Senta, qui « aime le mystérieux capitaine que son père lui propose en mariage. Elle ne sait pas qu’il s’agit d’un fantôme : le sinistre “Hollandais volant”, condamné à errer pour l’éternité, jusqu’à ce qu’il trouve une femme prête à l’aimer[1]… » Pour le reste, bah faut être là ! Et non, ça n’a rien à voir avec Pirates des Caraïbes, pis le beau Johnny Depp n’est pas de la distribution. Par contre, on y trouve de grands talents allemands, des chanteurs « à la voix de bronze, qui implique une solidité, une résonance, un appui, une projection exceptionnels. Des voix qui conviennent à la “pâte” orchestrale, qui flottent, portées par la musique, ne luttent pas », ne coulent pas, mais voguent avec elle, se laissent porter par la légende marine pour y donner encore plus de corps, de fluidité. Michel Beaulac me confie — et je n’ai pas de mal à me l’imaginer  !— qu’« on a littéralement l’impression d’être sous l’eau, entouré d’eau », de vivre la mer, de la sentir de partout, nous entourer, nous bercer, sans toutefois nous submerger ; le feeling limpide de faire partie de l’univers du Hollandais volant… Un clapotis, une sensation de danser avec lui, et dans ce que l’océan a de plus imprévisible, violent et doux à la fois, le tout dans « une masse sonore tellement imposante » que c’en est effrayant et grisant à la fois.

Pis j’ai une pas pire bonne nouvelle pour toi : y a de maudites bonnes chances que t’aimes ça. J’te jure. Je te l’ai déjà dit. Mais c’est la même chose que pour le sauteux de parachute de salon :  soit tu bouffes du pop-corn. Soit tu fonces pis tu vis la vraie affaire.

Le Vaisseau fantôme

Opéra de Montréal

Salle Wilfrid-Pelletier dela Placedes Arts

10, 13, 15, 17 et 19 novembre 2012, 19 h

Conférence préopéra : 18 h 30


[1] Source : Opéra de Montréal

Musique
MPA_Cantoro_22_square

Marie-Pierre Arthur: de l’amour gros comme ça

En ouverture de la 26e édition de Coup de cœur francophone, Marie-Pierre Arthur et son groupe, réunis sur scène depuis presqu’un an pour livrer le spectacle d’Aux Alentours, ont fait vibrer le Cabaret LaTulipe avec une harmonie et un plaisir vraiment contagieux.

Un peu timide au début, Marie-Pierre Arthur s’est vite livrée à nous dans tout son naturel et toute sa sincérité. Le propos de l’auteure-compositrice-interprète se distingue de celui de beaucoup de ses compatriotes par une réalité très personnelle qui met à l’avant-plan des femmes, déjà, et surtout des femmes sensibles, au regard fin et droit. Marie-Pierre Arthur est comme ça, comme son personnage de Fil de soie, amoureuse, mais aussi très libre, et quand elle chante à un homme «tu deviens jaloux des étoiles qui l’escortent», on jurerait qu’elle parle d’elle-même.

À la basse, ses doigts flottent, elle a le groove dans la peau et un sens de la mélodie très fort. Une voix douce, fragile quand il le faut, franche quand elle nous regarde dans les yeux, toujours en contrôle.

Elle est entourée de musiciens exceptionnels. Le claviériste François Lafontaine laisse beaucoup de place aux ambiances créées par le guitariste folk Joe Grass, tout en étant chef d’orchestre passionné, sans qui les tempêtes de son seraient certainement moins éclatantes. Sur scène, on remarque leurs passes de maître, comme la batterie (José Major) qui mène au refrain d’All Right ou le picking de guitare dans Si tu savais. À les regarder jouer, chacun complètement absorbé, subjugué par les notes qui jaillissent de leurs instruments, complètement en transe avec le sourire jusqu’aux oreilles, on se dit qu’il doit vraiment faire bon travailler avec elle.

Pour ce généreux spectacle de plus d’une heure trente, le groupe a revisité Droit Devant en version psychédélique avec des chœurs à la Pink Floyd. Fait une version très touchante de la Chanson pour Dan entouré de lumières scintillantes comme des étoiles, magnifique éclairage signé Mathieu Roy, qui a fait un superbe travail pour tout le spectacle. Les musiciens ont chacun leur tour chanté une partie de Jealous Guy des Beatles, sous le regard fier de la chanteuse. Pour le rappel, ils sont tous revenus cabotins s’asseoir sur le bord de la scène, tout sourires, l’amour gros comme ça, pour chanter «J’ai regardé, autour y’a rien / que de l’amour / Tu peux sortir de ta tête / voir comme il fait jour.»

Dur de ne pas sortir de là le cœur à vif. Aux Alentours est un spectacle parfait, émotivement et techniquement parfait. Chapeau bas.

Marie-Pierre Arthur et ses musiciens seront à l’Entrepôt de Lachine le 16 novembre.
Pour visionner le vidéoclip de Fil de soie:

Le Coup de cœur francophone se poursuit jusqu’au 11 novembre prochain, avec entre autres Casabon, Les Gerry’s, les Revenants, Gros Mené, Propofol, Francis Faubert, Brutal chérie, Mardi noir, Bernard Adamus, Koriass, Domlebo et bien d’autres encore.

Musique
solids

FORCHRISTSAKE : Le meilleur du garage bizarroïde montréalais réuni sur une compilation

Martin Blackburn (Jésuslesfilles, Silver Dapple) et Jean-Michel Coutu (Il danse avec les genoux, Phil Console) ont fondé FORCHRISTSAKE il y a un an pour sortir le deuxième album de Silver Dapple, English Girlfriend. Mais tant qu’à posséder un studio maison et, dorénavant, un label, les deux amis ont décidé d’en profiter. Entre août 2011 et septembre 2012, ils ont invité 10 groupes montréalais à y enregistrer deux pièces chacun en une journée. Le résultat : la compilation K7 de FORCHRISTSAKE, un condensé de ce qui se fait de meilleur en garage et en électro weird à Montréal, sous le slogan «Worse for you» : «L’idée du label n’est pas de promouvoir juste la bonne musique, la pire aussi, en autant que ce soit FUN», écrit Martin Blackburn.

Pour le lancement, l’équipe de FORCHRISTSAKE ne s’est pas cassé la tête et a invité tous les groupes qui pouvaient y être à jouer cinq ou six chansons, un vrai marathon de cinq heures qui a passé étonnamment vite. «Pourquoi pas? Il n’y a pas souvent de soirées comme celle-là et les bands sont tous tellement bons que c’était trop difficile de trancher.»

Je suis arrivée pour voir LEAP, projet d’Antonin Marquis de We Are Wolves et de Pascale Mercier de Mathémathique, qui a maintenant quitté le bateau. LEAP fait un rock urgent, sombre et intrigant. Le spectacle est solide, les structures sont tranchantes et les voix hantées.

On a ensuite pu voir Fleshmoves, un projet d’Emily Jayne  (Devil Eyes), Jessica Robidoux (David And The Woods), Simon Gauthier et David Guilbault (Les Guenilles) et Thomas Matthews et Sebastien Freeman (Desert Owls), des membres qui n’en sont pas à leurs premières armes dans le garage punk.  En français comme en anglais, Emily Jayne rugit et nous provoque avec un chant taquin et expressif sur des guitares lourdes, parfois stoner, et des rythmiques au quart de tour.

Suivaient les enfants terribles de Meta Gruau, qui ont toujours l’air de nous narguer avec leurs voix en bouillie et leurs ritournelles électroniques. Leurs performances nous entraînent dans une sorte d’étrange vortex, où le tempo devient fluide et mou, mais reprend toujours de plus belle sur une rythmique tranchée et des punchs extrêmement efficaces. Deux nouvelles chansons, Pastel et Avant Avant, figurent sur la compilation.

Les cinq membres de Vulgar, You! sont arrivés avec le visage cagoulé recouvert d’un miroir, et comme à leur habitude les enfants illégitimes de Duchess Says ont envoyé la musique, fait sauter la basse et donné un show hyper serré avec une cloche à vache, des claviers hurlants, des paroles incompréhensibles noyées dans une quantité énorme de réverbération, une énergie folle et des mélodies vraiment jouissives.

Après l’explosion Vulgar, You!, le rock grunge Solids semblait encore plus réfléchi. Le duo batterie – guitares (et pédales), formé de Louis-Guillemette et de Xavier Germain (Expectorated Sequence, Le Kraken, Le royaume des morts), fait penser aux chansons ambiantes de The Death Set : une batterie infatigable, des nappes de guitare et de voix, des constructions et des ambiances travaillées. Solids est, sans mauvais jeu de mot, définitivement un des groupes les plus solides du moment.

La soirée a fini avec Pypy, formation pour laquelle les membres de Duchess Says trompent Ismael Tremblay (clavier) avec Roy Vucino (guitare). L’ex-Sexareenos et mentor de Red Mass traîne avec lui une grosse dose de garage et des solos à n’en plus finir. Annie-Claude a comme toujours fini sur le plancher, le micro tendu à qui le voulait bien.

La compilation K7 de FORCHRISTSAKE est essentielle pour les fans de garage, de rock et d’ambiances bizarroïdes. En plus des groupes déjà mentionnés, on y touve LEAP, Phil Console, Primitive Hands, Feel Alright et Velvet Chrome.

La compilation est téléchargeable  à cette adresse.

Musique