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Le Musée McCord prend part au projet mondial Inside Out!

Le Musée McCord participe présentement au projet mondial Inside Out en mettant un visage sur 21 visionnaires qui participent activement au développement de notre ville dans une série de portraits affichés « hors les murs ». Œuvrant dans les domaines des arts et de la mode, du design et de l’urbanisme, du milieu communautaire et sociétal ou encore touchant aux nouvelles technologies, le travail de ces créateurs nous inspire et nous invite à repenser nos façons de faire et notre implication. Situés dans 4 sites extérieurs, vous aurez jusqu’au 26 février 2017 prochain pour être témoin de cette affichage murale réalisée.

Chaque action de groupe Inside Out à travers le monde est documentée, archivée et publiée sur le site internet officiel du projet. Plus de 260 000 personnes ont déjà pris part au projet et ce dans plus de 129 pays.


 

Entrevue avec Cindy Boyce, photographe derrière les 21 portraits du projet Portraits de visionnaires montréalais – Hommage à William Notman du Musée McCord

  1. Lorsque le Musée McCord t’a approchée pour ce mandat, étais-tu déjà familière avec le projet Inside Out et les projets artistiques de JR?

J’étais familière avec JR (l’artiste) et ses portraits Inside Out, mais je n’étais pas au courant de son passage aux conférences TED et de la démarche complète derrière son projet.

  1. Qu’est-ce qu’il y a de plus difficile dans l’art de faire un portrait?

L’enjeu le plus important est de mettre à l’aise son sujet: il faut l’amener à donner tout ce qu’il a, à se détendre et à nous faire confiance. La séance photo n’est pas une activité que l’on fait tous les jours et donc le processus peut sembler intimidant. Il en revient donc au photographe de créer une atmosphère chaleureuse et d’établir un contact avec le sujet pour développer son aisance devant la caméra.

  1. Qu’aimes-tu le plus dans l’art de faire un portrait?

Rencontrer une personne et la mettre en valeur! Peu importe le projet, j’essaie toujours que le résultat final soit à la hauteur du talent et de la personnalité de la personne photographiée; je veux faire ressortir tout ce qu’il y a de meilleur chez elle.  Partager ce moment privilégié, c’est une chose que je chéris beaucoup.

  1. Comment approches-tu un sujet lors d’une séance portrait? Quelles poses, quels conseils, quelles astuces utilises-tu?

J’essaie de le mettre à l’aise en lui parlant, en le faisant bouger pour qu’il varie ses expressions. Je lui montre aussi, dès le début, les images tests afin qu’il voit et comprenne le résultat voulu. Durant une séance photo, j’essaie que tout le monde s’amuse et vive un beau moment. À la fin du processus, je dévoile toujours les clichés au modèle, comme ça il a l’heure juste sur l’image qui sera véhiculée.

  1. De manière personnelle, comment crois-tu que l’art change ta vie au quotidien?

La photographie est un médium qui m’inspire au quotidien, m’ouvre aux autres et me permet d’être attentive à la beauté des petites choses, aux détails.

  1. Parmi les 21 Portraits de visionnaires montréalais que tu nous présente dans cette exposition, quelle histoire ou quelle cause est ton coup de cœur ?

Dans le cadre de ce projet, j’ai eu la chance de photographier 21 personnes aux visions plus stimulante et intéressante les unes les autres, alors la question est difficile! Je répondrais par contre avoir été témoin du travail extraordinaire de Maxim et Jérôme, cofondateurs de La Pépinière, en visitant à plusieurs reprises le Village du Pied Courant au cours des dernières années. Ces garçons ont vraiment réussis à créer un contexte propice à la réappropriation des lieux et à intégrer la population au cœur de leur projet. Ils sont un bel exemple d’innovation communautaire.

Je soulignerais aussi l’implication et le travail de Nahid Aboumansour de l’organisme Petites-mains, qui offre des formations professionnelles, du soutien et une prise en charge pour les femmes immigrantes les plus démunies afin qu’elles s’intègrent et vivent dignement. Nahid fait un travail colossal, c’est une femme très inspirante.

Coup de coeur aussi pour la Fée du Mile End, Patsy! On dit toujours qu’on veut changer le monde, mais commencer par son quartier, c’est une opération à plus petite échelle nettement significative.

  1. Quel est l’intérêt selon toi pour les œuvres d’être “hors murs” ?

Tous les gens présentés dans cette série ont donnés tellement à Montréal, je trouve que c’est un beau cadeau que de les afficher sur les murs de la ville en retour. Dans la rue, l’art est accessible, tangible.

  1. Est-ce que tu penses que l’art à ce pouvoir mobilisateur ?

Oui définitivement. L’art permet de rassembler et de mobiliser les gens à une cause, un mouvement, un loisir, un objet, un intérêt, etc. Il crée des liens, il ouvre des portes. Un exemple très concret serait justement ce projet. Le Musée McCord a réussi à mettre en relation 21 personnes qui ne se connaissaient pas nécessairement personnellement dans ce projet. Tous et chacun ont pu raconter leur histoire, tisser des liens, créer des opportunités.

L’installation Hors les murs Portraits de visionnaires Montréalais – Hommage à William Notman est présente dans 4 lieux extérieurs de la métropole jusqu’au 26 février 2017.  Rendez-vous au sur le site de La Vitrine pour connaître les emplacements et découvrir les profils des visionnaires.

Musée Exposition
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Bien plus qu’un tube digestif – Le retour de Wim Delvoye

De retour à Montréal après 9 ans d’absence, Wim Delvoye revient nous gâter avec une exposition rétrospective à DHC/ART Fondation pour l’art contemporain. Délaissant cette fois-ci son célèbre Cloaca no. 5, c’est en exposant plus d’une cinquantaine d’œuvres qu’il nous démontre encore une fois son génie.

Ayant fait l’objet de fresques médiatiques depuis une bonne décennie, notamment pour sa machine “digestive” et pour le tatouage de peaux de cochons chinois, c’est en « faisant bien les choses » que Wim choisi de se réinventer et faire un pied de nez à ce que plusieurs s’emploient à défendre comme véritable « objet d’art »

Cette rétrospective nous permet de replonger dans quelques-unes des œuvres phares de l’artiste et de replacer en contexte les questions derrière sa démarche. On nous fait se questionner sur la nature de l’objet d’art, de quoi est-il constituer, quelle est sa valeur, tant bien marchande que culturelle que spirituelle.

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L’exposition s’étend sur plusieurs étages, le tout commençant au rez-de-chaussée avec l’imposante automobile d’aluminium embossé et un trio de sculptures tout aussi impressionnantes et minutieusement travaillées qui ne vont pas sans rappeler les cathédrales gothiques.

On aura la chance de revoir cette technique à l’embossage un peu plus haut dans les étages avec la série des valises sur roulettes. Situées sur le même plancher que les sculptures de pneus torsadés, ce fût pour moi un véritable coup de cœur de voir ses objets anodins du quotidien à qui on insuffle, par de multiples interventions manuelles, un air de prestige et de luxe.

Sculpture de pneus torsadés

La torsion, Wim Delvoye s’y adonnera également dans la série des crucifix. N’étant pas pratiquant ni même croyant, il choisira plutôt de travailler cet objet pour son caractère sacré et son universalité.  En le faisant tourner sur lui-même, on y décerne une pointe de sarcasme et on confronte le spectateur à remettre en question ses acquis.

Difficile de ne pas mentionner aussi dans cette rétrospective, l’exposition des peaux de cochons tatouées et des dessins préparatoires qui l’accompagnent.  On le sait, l’artiste a fait couler beaucoup d’encre à ce sujet, mais tatoueur de cochons depuis les années 1980, c’est un choisissant la peau de celui-ci qu’il réussit un coup de maître, à savoir rendre prestigieux et convoité un animal que l’on considère comme grossier. En s’assurant de leur offrir un habitat confortable et un traitement soigné, fait que le spectateur pourra constater dans un vidéo explicative au sous-sol de DHC/ART, Wim repousse les limites du marché de l’art et arrive encore une fois à redéfinir les règles du jeu.

 

Wim Delvoye en exposition à DHC/ART jusqu’au 19 mars 2017.

 

Musée Exposition
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Photographe moderne… du XIXe siècle

Du 4 novembre 2016 au 26 mars 2017, le Musée McCord présente Notman, photographe visionnaire, une rétrospective des œuvres de William Notman (1826-1891), premier photographe canadien de renommée internationale.

Je me dirigeais au Musée McCord sans grandes attentes. William Notman ? Jamais entendu parler. J’observerais probablement de vieux portraits de modèles sans expression, historiquement intéressants, mais artistiquement sans intérêt. Je me disais que j’aurais fait le tour en une vingtaine de minutes et que je reviendrais à la maison assez tôt pour manger mon spaghetti en regardant une série. Mon attitude un peu nonchalante s’est pourtant reviré sur un dix cents en entrant dans la salle d’exposition où je suis restée quatre fois plus de temps que prévu, complètement intriguée par ce photographe visionnaire (le titre de l’expo est plutôt bien choisi), d’une autre époque.

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Né en Écosse en 1826, William Notman immigre à Montréal avec sa famille dans les années 1850 où il fonde son studio de photographie. Il bâtira le plus grand réseau de studios en Amérique du Nord au XIXe siècle. Surtout connu pour ses portraits mis en scène, il a également su témoigner de la colonisation du territoire canadien avec ses photos grandioses de paysages.

L’exposition est divisée en quatre zones : l’homme d’affaires, l’homme de réseau, l’artiste et le bâtisseur. Ces zones représentent Notman dans sa facette entrepreneuriale qui a fait de lui un homme prospère et dans sa vision de la photographie comme art et non comme un mode d’expression mécanique et figé.

L’exposition présente énormément de matériel. Portraits sur plaques de verre, petits formats, images de la construction du Pont Victoria, des annonces de Notman dans les journaux, des appareils photographiques, des tableaux composites et des photos de paysages. On y trouve les photos dans leurs formats originaux, mais on explore également l’œuvre de Notman par des recompositions vidéo, des projections ou encore à l’aide de bornes interactives mises à la disposition des visiteurs. De grandes photos rétroéclairées jalonnent le parcours.

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Une grande part de l’œuvre de Notman est composée de portraits de la noblesse plutôt classiques, mais il a toujours eu le sens de la mise en scène, pour élever ses images au rang d’art. Des portraits d’enfants jouant dans la neige étaient en fait complètement produits en studio avec des décors ou en créant des collages de photo. Le photographe a également créé d’imposantes fresques, nommées tableaux composites, où il reproduisait de grands événements mondains, mais en créant les portraits individuellement et en les regroupant dans des collages qu’il photographiait par la suite. Bien avant Photoshop, les photographes de l’époque, dont Notman, retouchaient leurs négatifs pour créer des effets ou rehausser des motifs.

Notman, photographe visionnaire, est une exposition extrêmement bien montée. Elle est le témoignage des balbutiements d’une démarche artistique et commerciale chez nous. J’ai finalement comblé ma faim de découvertes, plutôt que de spaghetti.

Musée Exposition
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La photographie à l’honneur au Musée des Beaux-Arts

Ça y est l’automne est bien installé, et comme à chaque année, les premiers coups de froid nous saisissent violemment… on s’emmitoufle comme s’il faisait -15 et on grimace à s’en donner des rides au front. Mais, on sait très bien que l’ont finira par s’habituer. En attendant, j’ai décidé que c’était le temps d’aller faire le plein de beauté, et ce bien au chaud. Vous aurez deviné que je vous propose donc d’aller au musée.

Et tout comme à longueur d’année, la programmation actuelle des deux grands musées de Montréal est extrêmement riche.  On nous présente les oeuvres d’artistes de tout genre; ici passionnés, ici engagés, ici utopiste, mais quelque soit la démarche artistique, on en sort toujours rempli et émerveillé.

Hier, je suis allée visiter les deux expositions de photos qui ont débuté ce mois-ci au Musée des Beaux Arts.

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Tout d’abord c’est au sous-sol que je me suis dirigée, pour aller voir le travail d’une trentaine de photographes canadiennes et américaines, qui, part le biais de leurs objectifs, nous propose une réflexion. Parfois ce sera sous la forme d’un tableau insolite, d’un paysage, de portraits stoïques racontant une histoire, ou d’images troublantes exposant la réalité de certaines. Nous sommes aussi attendries par une série d’images signées Claire Beaugrand-Champagne, photographe québécoise de talent, qui choisit cette fois de poser son appareil sur les personnes âgées dans toute leur noblesse. Il y aura quelques oeuvres de Geneviève Cadieux et d’Isabelle Hayeur également, nous rappelant à quel point nous sommes riches de nos brillants artistes au Québec.

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Que ce soit au nom des femmes, de l’art, ou tout simplement par amour pour la photo, l’exposition Elles Photographes mérite d’être vue.

 

La deuxième partie de ma visite a été allouée à l’expo vedette du moment; la rétrospective consacrée à l’un des plus célèbres photographes américains des années ’80, le controversé Robert Mapplethorpe. Le musée nous présente l’ensemble de son oeuvre, partant de la fin des années 1960 jusqu’à sa mort précoce, en 1989.

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On reconnait les images de Mapplethorpe, majoritairement noir et blanc, par l’intensité des contrastes, les noirs très noirs et les blancs très blancs. Je dirais qu’elles se distinguent aussi par leurs jeux d’angles, de formes, et de symétrie, d’ailleurs il le dira lui-même un jour;  “Je cherche la perfection dans la forme, je fais cela avec les portraits, je le fais avec les sexes, je le fais avec les fleurs.”

Il se sera intéressé aux trois mêmes sujets tout au long de sa carrière; les portraits (souvent  de célébrités et d’amis), les corps d’hommes nus, immortalisés de façon sculpturale et parfois troublante, et finalement les fleurs, délicates et élégantes, toujours éclairées à la perfection et traitées avec méticulosité, ressemblant davantage à des peintures qu’à des photographies.

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Cette exposition nous propose le parcours et le regard unique d’un homme fascinant ayant imposé son art révolutionnaire à l’ère de la contre-culture. À voir!

Elles, jusqu’au 19 février 2017

Focus: perfection Robert Mapplethorpe, jusqu’au 22 janvier 2017

 

Musée Exposition
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Bloody caesars et art contemporain

C’est le 20 octobre dernier que la Fondation du Musée d’art contemporain de Montréal lançait officiellement la saison 2016-2017 du Cercle des Printemps. De retour en formule huîtres et Caesars, cette soirée phare pour l’amoureux des arts demeure un incontournable dans l’agenda culturel montréalais. La soirée permettait non seulement aux invités de découvrir le calendrier fourni des activités à venir pour le cercle cette année, mais aussi d’aller contempler les œuvres sélectionnées de la Biennale de Montréal 2016 – Le grand balcon

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Pour ceux qui ne sont pas familier avec le Cercle du printemps, il s’agit ici d’un regroupement de jeunes philanthropes qui ont à cœur d’assurer la relève et le rayonnement de la vie artistique de Montréal par le biais d’activités, de soirées branchées, de conférences exclusives, d’évènements de réseautage et par l’accès gratuit aux expositions et vernissages du musée. En bref, LE groupe auquel vous devez appartenir si vous êtes un jeune professionnel passionné d’art contemporain.

Les activités du cercle seront nombreuses encore une fois cette année. Au programme, la visite d’une collection corporative, la rencontre d’un artiste et la visite de son atelier, sans oublier la soirée des Printemps du MAC, soirée culminante de la programmation considérée par plusieurs comme l’un des événements les plus importants de la relève philanthropiques artistique de Montréal. Je vous invite à vous rendre sur le site du MAC pour consulter la programmation complète et en apprendre davantage sur la mission du cercle.

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En ce qui attrait aux œuvres de la Biennale 2016, on retient les sculptures de matériaux variés de l’artiste coréenne Haegue Yang, le plus récent projet de l’artiste québécoise Myriam Jacob-Allard qui revisite le patrimoine country québécois (récipiendaire de la prestigieuse bourse Claudine et Stephen Bronfman en art contemporain en 2015),  les sculptures de Valérie Blass qui jouent à la fois sur les notions du visibles et de l’invisible, l’installation vidéo au plancher de Tanya Lukin Linklater et bien sûr, le tableau de Lucas Cranach l’Ancien intitulé « le portrait d’une dame » , cette acquisition historique datant du début du 16ème siècle.

Librement inspirée de la pièce Le balcon de Jean Genet, la Biennale de Montréal 2016 sera à l’affiche du 19 octobre 2016 au 15 janvier 2017 au Musée d’art contemporain de Montréal et dans plusieurs sites participants à travers la ville.

Musée Exposition
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Portraits du monde

Pour sa 11e édition à Montréal, l’exposition du World Press Photo est présentée jusqu’au 2 octobre au Marché Bonsecours.

J’ai découvert le World Press Photo en 2007, je crois. Mon copain, alors étudiant en photographie au cégep, devait obligatoirement visiter l’exposition pour un de ses cours. Presque dix ans plus tard, les bancs d’école loin derrière nous, nous nous faisons toujours un devoir d’y assister chaque année. Un devoir de regard, de compréhension et de mémoire sur les événements qui façonnent le monde et l’humanité dans ce qu’ils ont de plus horrible et de plus beau.

Comparé aux Oscars de la photographie, le World Press Photo regroupe les images gagnantes du plus prestigieux concours professionnel au monde. Au total, 5775 photographes de 128 pays ont soumis 83 000 photographies dont quelques dizaines ont été retenues.

Véritable rétrospective annuelle, tous les grands moments de l’actualité de l’année 2015 refont surface en image. Cette année, la crise en Syrie et des réfugiés qui en ont découlé, ont mobilisé les photojournalistes du monde entier. Des images bouleversantes de bateaux surpeuplés, d’enfants blessés, de parents éplorés et l’image, premier prix du concours, d’un père désarmé faisant passer son bébé sous un fil de barbelé pour accéder à un pays d’exil.

On se rend compte en contemplant ces photos saisissantes que nous avons la mémoire bien courte et que nous oublions rapidement une tragédie pour passer à la suivante. Vous souvenez-vous du tremblement de terre au Népal ? Il avait fait les manchettes puisque des Québécois se trouvaient sur l’Everest lors des avalanches qui ont suivi le séisme. Des villes et des villages avaient été détruits. Qu’en est-il de leur reconstruction ? Nous avons tourné la page vers une autre catastrophe.

Éclairant souvent les grands enjeux mondiaux, quelques images montrent également des faits divers ou des chroniques de la vie quotidienne qui n’en restent pas moins poignantes comme une  série présentant les derniers moments d’un couple atteint du cancer.

Il n’en demeure pas moins que le monde contient d’innombrables beautés qui ne sont pas mises de côté. Qu’il s’agisse d’une somptueuse baleine à bosses dans l’immensité de l’océan ou d’un couple de femmes homosexuelles ayant accouché presque en même temps suite à des fécondations in vitro réussies.

La visite se poursuit au deuxième étage du Marché Bonsecours avec l’exposition Regards d’Oxfam-Québec, projetant les inégalités sociales de plusieurs pays, et avec le projet Je ne viens pas de l’espace, concept de la porte-parole du World Press Photo Anaïs Barbeau-Lavalette et du photographe Guillaume Simoneau qui ont rencontré de nouveaux arrivants syriens établis à Montréal.

Le World Press photo, c’est un rendez-vous important avec le monde.

Musée Exposition
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Les Jeux olympiques de 1976: une aventure d’hier à aujourd’hui

Alors que les Jeux olympiques d’été de Rio de Janeiro commenceront dans à peine quelques jours et que plusieurs seront rivés sur leur téléviseur, le Parc olympique de Montréal vous propose cet été de replonger 40 ans en arrière, au moment des premières olympiades d’été du Canada.

Le 17 juillet 1976 précisément, Montréal accueillait 6084 athlètes, de 92 pays différents, venus s’affronter dans 196 épreuves sportives, devant 76 000 spectateurs. Au total, on comptera 3 195 170 spectateurs et 1 milliard de téléspectateurs. Un moment historique pour la deuxième plus grande ville du Canada, qui pour l’occasion fait appel à l’architecte Roger Taillibert afin de construire le plus haut mât incliné au monde, nommé le stade olympique. En entrevue avec Cedric Essiminy, conseiller en relations publiques au Parc olympique, nous avons eu la chance de discuter de cette fabuleuse aventure qu’a connue Montréal, à travers l’exposition Souvenirs de 1976.

« J’étais encore trop jeune pour savoir c’était quoi l’ambiance à l’époque », nous confie d’abord Essiminy, « même pour quelqu’un qui a 35 ans passés, ce sont des choses nouvelles ». De manière chronologique, l’exposition nous amène à vivre l’organisation des Jeux et les 15 jours d’exaltations qui l’on suivit. « À l’époque en 76, on n’avait pas vraiment confiance en nous, en tant que Québécois, et puis c’était vraiment de se rendre compte que le monde entier débarquait chez nous. »

Au travers du parcours, les visiteurs sont invités à découvrir des récits, des anecdotes, des artéfacts, des images d’archives, des documents écrits, et même des exploits filmés de figures marquantes. C’est effectivement en 1976 à Montréal que la jeune roumaine de 14 ans, Nadia Comaneci, atteint une note parfaite aux barres asymétriques, et que Bruce Jenner, maintenant connue sous le nom de Caitlyn Jenner, accomplit au décathlon une performance épique, inscrivant dès lors un nouveau record du monde.

Exposition au Musée Dufresne-Nincheri

Exposition au Musée Dufresne-Nincheri

Voir grand, faire grand

À l’instar de l’Exposition universelle de 1967, les Jeux olympiques de Montréal sont nés de l’esprit ambitieux du maire Jean Drapeau, celui-là même qui assurera dès le départ aux citoyens qu’« il est aussi impossible pour les Jeux olympiques de Montréal de produire un déficit que pour un homme de devenir enceint[e] ». Une affirmation qui s’avèrera malheureusement fausse.

Les Jeux ne se sont effectivement pas réalisés sans embuche. Prenant du retard dans la construction en raison de grèves ouvrières, de la complexité architecturale et de l’augmentation imprévue des prix des matériaux, le mât du stade sera complété qu’en 1987, soit après les Jeux olympiques. « En 75, il n’y avait pratiquement rien. On était tellement dernière minute que la veille de l’ouverture des Jeux on posait le gazon ! », nous lance Essiminy en riant. Entretemps, Drapeau, qui s’était désigné maitre de chantier, se fera remplacer par la RIO (Régie des installations olympiques), un organisme paragouvernemental créé spécialement pour régler la situation.

Il faut dire qu’à l’époque c’était pratiquement inimaginable de recevoir un tel évènement au Québec, surtout lorsqu’on se l’était vu refuser déjà 3 fois auparavant. « Les organisateurs étaient dans la jeune vingtaine, ils ne savaient pas dans quoi ils s’embarquaient. Celle qui s’occupait de la gymnastique nous a dit : “on a reçu le cahier de charge qui provenait de Munich, tout rédigé en allemand. On a regardé ça, personne ne savait lire l’allemand, on l’a pris et on s’est lancé.” »

Les Bâtisseurs à la Maison de la culture Maisonneuve

Les Bâtisseurs à la Maison de la culture Maisonneuve

Revivre les olympiades de Montréal

L’exposition met en évidence les faits saillants généralement oubliés. Plusieurs tensions sociales et politiques sont évoquées, notamment le boycottage des Jeux par les pays africains, en raison de la participation de la Nouvelle-Zélande. Cette dernière avait envoyé une équipe de rugby en Afrique du Sud, pays très marqué au cours du XXe siècle par l’apartheid.

C’est également la chance de revivre, par l’entremise de textes ou d’installations vidéos, des performances et de découvrir certains athlètes oubliés. C’est le cas du gymnaste Nikolai Andrianov, qui s’est vu attribuer 7 médailles dont 4 d’or, soit plus que quiconque à Montréal, de même que de Nelli Kim, qui a obtenu une note parfaite après Comaneci.

Pour ceux qui souhaiteraient même incarner un athlète, une expérience de réalité virtuelle, vous mettant dans la peau d’un plongeur de 10m, vous est proposée. De quoi faire frissonner les petits comme les grands !

Ce qu’il reste de 1976

Les Jeux de 1976 ont véritablement marqué le Québec. Une fois qu’ils se sont terminés, le COJO (Comité organisationnelle des Jeux olympiques) a donné ses installations à la RIO, ce qui a permis le déploiement de fédérations sportives.

Qu’on en parle en bien, qu’on en parle en mal, il fait nul doute que Montréal ne serait pas ce qu’elle est sans son stade, devenu au fil des ans une figure emblématique. « Rares sont les installations de cette envergure qui 40 ans après sont encore en mesure de servir autant qu’elles servent présentement. », exprime Essiminy. En effet, le Parc olympique accueille toutes sortes d’évènements : du sport, aux salons, des spectacles, tout y passe ! Une foule d’activités vous est offerte cet été, notamment un concert de l’Orchestre Symphonique de Montréal gratuit le 10 août prochain, le café/biergarten Les Jardineries, des food trucks les Premiers Vendredis, le festival sportif Jackalope, et bien d’autres.

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« On a tout eu ici ! », s’exclame Essiminy. En 40 ans, le stade a reçu la visite d’une kyrielle de figures marquantes : « New Kids on the Block est passé ici, Michael Jackson, les Expos, le pape Jean Paul II, Céline Dion, Diane Dufresne, Muhammad Ali, Pink Floyd, David Bowie, The Police. Tous les grands des dernières décennies sont passés ici ! »

Bien plus est à découvrir au Stade Olympique avec Souvenirs de 1976. L’exposition se déploie également au musée Dufresne-Nincheri, qui célèbre l’architecture du stade, et à la Maison de la culture Maisonneuve, qui rend hommage aux bâtisseurs.

 

Musée Exposition
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Grand style

Le Musée McCord présente, jusqu’au 6 novembre, l’exposition Grandes demeures, Montréal, 1974. Une incursion photographique de Charles C. Gurd dans les somptueuses maisons de riches familles montréalaises.

Durant les années 1910 à 1930, des hommes d’affaires et leur famille fortunée, tels que les Redpath, les Molson ou les Ogilvie, demandent aux plus éminents architectes de leur construire des maisons de style edwardien à la hauteur de leur prestige. Dans les années 1970, plusieurs de ces maisons sont vouées à être vendues, transformées ou détruites. Jeune architecte et photographe, Charles C. Gurd décide d’immortaliser ces demeures, symboles du style et d’un art de vivre alors appelé à disparaître.

Avec son appareil Leica M4 et une bourse du Conseil des arts du Canada, il crée une série de photos en noir et blanc rassemblant 6000 négatifs. Il fait don de 1337 négatifs et de 325 tirages à jet d’encre au Musée McCord en 2014.

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Dans la petite salle contenant une quarantaine de photographies, on se sent un peu voyeur en scrutant l’intérieur de ces maisons. Les photos sont sobres et nous offrent un regard neutre sur l’intimité de ces familles bien nanties.

Les escaliers sculptés dans le bois massif côtoient les colonnes de marbre et les immenses fenêtres garnies de longs rideaux. La décoration d’une autre époque contraste avec quelques éléments plus modernes comme une télévision ou un grille-pain qui semblent presque anachroniques. Les clichés présentent également les domestiques des familles, un peu comme s’ils faisaient « partie des meubles ». La devanture imposante des résidences dégage une allure froide, un peu austère.

Grandes demeures, Montréal, 1974 est un voyage dans le temps au cœur d’un patrimoine montréalais peu connu.

Musée Exposition
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Galerie photo : Art Souterrain

Art Souterrain est un festival qui promeut et diffuse l’art contemporain à travers tout le Montréal souterrain. Jusqu’au 20 mars, il est possible d’admirer différentes œuvres éparpillées dans tous les lieux de la ville souterraine. Pour connaître les zones ou les artistes présentés, visitez leur site ici. Notre photographe a profité du festival pour photographier quelques oeuvres :

Musée Exposition
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Visite nocturne

Visiter un musée aux petites heures de la nuit? Pourquoi pas! Le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) nous accueille ponctuellement dans ces fameuses Nocturnes. DJ, bar, ateliers de création, expos et performances font le succès de ces soirées. Après un petit cocktail, je me suis aventurée dans deux expositions du MAC et assisté à une curieuse performance musicale.

D’abord, l’exposition de Dana Schutz nous transporte dans un univers coloré, mais rarement gai. Dans cette exposition qui dresse un bilan de l’œuvre de l’artiste de Detroit, des portraits ou des scènes de groupes étranges allient couleurs vives et une sorte de cubisme de chair. Les peintures présentent un quotidien détraqué qui nous laissent perplexes et qui constituent parfois un puzzle à assembler. L’exposition de Dana Schutz se poursuit au MAC jusqu’au 10 janvier 2016.

DANA SCHUTZ, GETTING DRESSED ALL AT ONCE, 2012 Huile sur toile 186.7 x 142.9 cm Collection particulière Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Petzel, New York.

DANA SCHUTZ, GETTING DRESSED ALL AT ONCE, 2012
Huile sur toile, 186.7 x 142.9 cm, Collection particulière
Avec l’aimable permission de l’artiste et de la galerie Petzel, New York.

Dans un tout autre registre, je me dirige vers les expositions de Patrick Bernatchez, artiste montréalais multidisciplinaire dont la démarche s’articule autour du temps. D’ailleurs, son œuvre évolue constamment au fil des expositions à travers différents médiums tels le dessin, la sculpture, la vidéo ou la musique. L’exposition propose des œuvres tirées de deux ensembles majeurs : Chrysalides (2006-2013) et Lost in time (2009-2015).

Dans la première salle d’exposition trône une impressionnante installation. Des bobines de fil blanc se déroulent lentement vers une colonne centrale qui tourne au rythme d’une musique au piano; comme le fil de la vie qui s’écoule dans le temps. Le tout dégage une extrême douceur, un sentiment d’infini et de fragilité à la fois. En contraste, des illustrations aux murs présentent des figures inquiétantes de femmes aux allures macabres, de corps décomposés, de corbeaux et d’autres images dérangeantes et déroutantes. Alors qu’au centre de la pièce, la vie suit son cours, les illustrations nous rappellent que nous nous dirigeons tous vers notre mort et ultimement, le temps nous mènera à notre décomposition…

PATRICK BERNATCHEZ, LOST IN TIME, 2014 Film couleur transféré sur support numérique, 46 min, son (extrait) Coproduction Musée d’art contemporain et Casino Luxembourg Avec le soutien du Conseil des arts et des lettres, Conseil des arts du Canada Collection privée, Montréal

PATRICK BERNATCHEZ, LOST IN TIME, 2014
Film couleur transféré sur support numérique, 46 min, son (extrait)
Coproduction Musée d’art contemporain et Casino Luxembourg
Avec le soutien du Conseil des arts et des lettres, Conseil des arts du Canada
Collection privée, Montréal

La salle suivante nous emmène dans un monde où le temps est suspendu. La photographie d’un cavalier casqué dans un blanc hivernal ne saurait dégager une époque présente ou future. Ce cavalier et sa monture se retrouvent d’ailleurs dans la vidéo Lost in time, projetée juste à côté, qui dégage cette même sensation.

Enfin, j’assiste à la performance de Patrick Bernatchez qu’il présente spécialement pour la Nocturne. La foule s’est massée autour de lui. Les spectateurs assis sur le sol attendent le début du spectacle sonore. Plusieurs tables tournantes sont accolées au mur et Bernatchez est derrière ses platines. Il entame un morceau qui se répète et se répète. Après quelques minutes, il entame un deuxième morceau par-dessus le premier et ainsi de suite jusqu’à l’accumulation de différentes mélodies et de sons qui créent à la fois une cacophonie et une harmonie.

Au premier étage, la soirée bat son plein. La musique enivre les convives et je prends le temps de réfléchir au temps qui passe et je me rends compte que je n’ai pas perdu mon temps.

 

Les Nocturnes de 2016 auront lieu en février, mai et novembre.

 

Musée Exposition
Dina Kelberman
I’m Google, 2011 – en cours
Blog tumblr d’images et vidéo trouvés (détail)
Avec l’aimable autorisation de l’artiste
© Dina Kelberman

Entrevue avec Dina Kelberman

Questions générales sur votre processus créatif

Parlez-nous de votre démarche. Par quoi commencez-vous lorsque vous créez une nouvelle oeuvre? Qu’est-ce qui vous inspire?

J’essaie de faire des œuvres le plus impulsivement possible. J’ai toujours travaillé avec ce que j’avais sous la main, et puisque je suis sur l’ordinateur pratiquement toute la journée à tous les jours les choses sous la main sont des éléments multimédia et des images d’Internet ou autre. J’ai tendance à graviter autour de la couleur, et la plupart de mes œuvres sont issues de l’expérimentation avec la combinaison ou la manipulation de couleurs. J’aime faire des choses sans me questionner sur mes lubies et considérer plus tard pourquoi.

Quel artiste a eu le plus d’influence sur votre pratique et pourquoi?

L’année passée une de mes expositions a été critiquée et mon oeuvre Smoke & Fire a été jugée trop “dérivée” d’une œuvre appelée Every Anvil de Jennifer et Kevin McCoy et quand j’ai lu ça j’étais comme “vous êtes le dindon de la farce madame parce que je ne sais même pas c’est qui!” Et puis je l’ai « googlé » et j’ai réalisé que c’était cette œuvre que j’avais vue par hasard il y a 15 ans dans une galerie de Chelsea et que j’avais beaucoup aimée et ça avait en fait eu un impact profond sur mes idées sur l’art et ça a été vraiment inspirant pour moi. Il s’est avéré que mon œuvre était influencée par Every Anvil et elle avait raison!

À ce sujet, je me suis retrouvée dans une exposition avec Jennifer et Kevin McCoy il y a quelques années (avant de recevoir cette critique et de me souvenir de cette œuvre) dans laquelle j’ai présenté Smoke & Fire et rencontré Kevin McCoy, qui était super gentil et très bavard et étonnamment n’a pas mentionné qu’il avait fait une œuvre similaire plusieurs années auparavant…

Alors pour répondre à votre question : Chuck Jones.

Travaillez-vous sur plusieurs projets en même temps?

OUI. Je travaille constamment sur une tonne de choses en même temps. Plusieurs de mes projets sont « en cours » dans le sens qu’ils sont basés sur des collections auxquelles je peux ajouter à l’infini jusqu’à ce que je décide d’arrêter. Alors occasionnellement, je mets à jour chacun de ces projets (en particulier I’m Google, Smoke & Fire et Thanks Newsletter). J’ai normalement aussi plusieurs projets auxquels je pense et pour lesquels je collectionne ou travaille ou essaie de comprendre des choses. J’ai aussi un emploi comme designer web, ce qui alimente beaucoup mes œuvres, et j’écris, je fais des designs de production, et du développement Internet pour AB Video Solutions, une compagnie de production vidéo que mes amis gèrent. J’ai en gros toujours beaucoup trop de choses en même temps, ce que j’essaie de maitriser parce qu’ironiquement, je pense que l’ennui est la plus importante des forces créatrices qu’il y a.

Pouvez-vous nous décrire une journée typique dans votre vie d’artiste?

Hahaha ok

Il est probablement utile de mentionner que je vis dans un véhicule récréatif stationné chez mes amis, alors pvi tout ceci se déroule dans une pièce d’environ 8” x 16 “:

  1. Je me réveille vers 10h et je prends mes courriels.
  2. Je fais du café et je réponds à mes courriels et j’évalue les choses à faire.
  3. Je m’assois à mon ordinateur et je travaille (organiser le matériel d’exposition, préparer les fichiers vidéos etc, répondre aux courriels, envoyer des choses, faire du design web, écrire pour la télé, travailler sur des projets) pendant qu’une émission de télé joue constamment en bruit de fond (souvent soit les Simpsons soit 30 rock. Présentement Arrested Development.) Je fais du multitâche compulsivement donc je travaille probablement sur 4 choses en même temps.
  4. Ça inclue plusieurs interludes pendant lesquels je fais des recherches sur Craigslist, Google, YouTube et j’enregistre des images et des vidéos pour des utilisations futures possibles. Ça inclue beaucoup de lecture et d’écriture de courriels à une liste d’amis avec qui je discute toute la journée. Je fais parfois des rénovations dans ma van/maison pour prendre une pause ou pendant qu’un fichier est téléchargé.
  5. Je vais parfois en dedans m’asseoir avec mes amis pendant qu’ils travaillent à leur ordinateur pendant que nous crions tous et faisons des blagues.
  6. Je fais ça pour environ 7 heures et à ce stade je meurs probablement de faim donc je mange un bol géant de kale avec de l’huile d’olive.
  7. Encore du travail à l’ordinateur jusqu’à environ 21h quand je prends une pause et joue à Mario assise à côté de mon copain, buvant probablement de la bière ou du vin.
  8. De retour au travail à partir de 23h jusqu’à environ minuit quand je réalise que je meurs de faim à nouveau alors je mange un bol de nouilles ramen. Encore du travail jusqu’à 2h du matin quand je m’endors à côté de mon ordinateur, qui joue encore Arrested Development.

Si vous n’étiez pas artiste, que series-vous?

Mon emploi est designer/conceptrice web alors j’imagine que si j’avais à choisir un emploi complètement non-créatif je ferais probablement de la programmation.

Questions générales sur le monde de l’art

Quelle(s) oeuvre(s) aimeriez-vous posséder?

At Hand, Ann Hamilton

Perceptual Cell, James Turrell

My Father’s Backyard, Jessica Stockholder

The Clock, Christian Marclay

Quelle est la chose la plus étrange que vous avez vue se produire dans un musée ou une galerie?

J’ai des problèmes de mémoire de quelqu’un qui a subi des lésions cérébrales alors je ne pense pas que je peux répondre à cette question, mais c’était probablement quelque chose que mon ami a fait. La seule réponse à laquelle je peux penser est une réponse à une question différente, qui est « Quelle est la chose la plus étrange que vous avez vue? » et c’est un gif animé de quelqu’un qui se coupe méthodiquement tous les doigts.

Questions sur le sous-thème Un nouvel ordre visuel

Nous évoluons dans un nouvel ordre visuel dicté par une forme de « dictature de l’écran. » Ce nouvel ordre visuel est caractérisé par trois facteurs: l’immatérialité et la transmissibilité des images; leur profusion et leur disponibilité; et leur rôle décisif dans l’encyclopédisation du savoir et de la communication.

 

Comment la diffusion et la circulation d’images sont-elles importantes dans votre travail? Quelle est votre relation avec Internet en lien avec votre pratique artistique?

Je suis vraiment obsédée par le fait de trouver des images et des vidéos sur Internet et essayer de comprendre pourquoi ils existent, et comprendre (ou ne pas comprendre) pourquoi celui qui les a créées l’a fait de cette façon. Internet rend ce processus infini, parce qu’il y a tellement de contenu à trouver. Chaque fois que je trouve quelque chose de complètement impensable, il s’avère qu’il y a toute une culture autour de ça et c’est évidemment incroyable d’y penser. Ça me rend heureuse de voir que les gens puissent trouver de la joie dans des choses que je n’aurais jamais pu concevoir ou auxquelles je n’aurais jamais porté attention, et j’aime voir ces gens qui se supportent et créent des relations qui n’auraient pas été possibles sans Internet. Tout le monde a des impulsions particulières et sur Internet il est possible de trouver des gens qui ont les mêmes et d’être en contact avec eux et trouver le bonheur parfait qui découle de ça, et c’est comme ça que j’essaie de faire de l’art et c’est quelque chose que j’aimerais que tous puissent expérimenter.

Pourquoi utilisez-vous des images trouvées?

Je travaille impulsivement avec ce que j’ai sous la main, et quand tu fixes votre écran à longueur de journée à tous les jours, ce qui est sous la main ce sont les images et vidéos que tu vois. J’ai toujours collectionné des images que je trouvais belles, l’accumulation compulsive est courante dans ma famille.

Comment interprétez-vous et donnez-vous une nouvelle signification aux images trouvées?

Je ne pense pas vraiment à ça pendant que je le fais, je travaille en fonction de critères purement esthétiques pour le moment et je pense aux résultats plus tard. Combiner des images change naturellement le tout, que ce soit simplement sous l’effet de la multiplication, de la relation image/champ, la signification dans le contexte, l’optique, etc. J’essaie d’être un partenaire silencieux dans mon œuvre, je pense que les gens ajoutent leur propre signification aux choses et je ne veux pas être un obstacle.

Questions sur votre oeuvre

Comment sélectionnez-vous les images ou vidéos qui sont à la base de votre œuvre I’m Google?

J’ai une énorme collection de fichiers d’images que j’enregistre sur mon ordinateur et espère utiliser plus tard. Je les collectionne suite à des errances sur Internet. D’autres fois, quand je « travaille » spécifiquement sur I’m Google je tente de faire la prochaine transition pour que la recherche soit plus spécifique. Je finis toujours par trouver des choses sans lien qui sont enregistrées dans mes fichiers. Collectionner des images et des vidéos est quelque chose que j’ai toujours fait et c’est pourquoi j’ai commencé à les mettre sur le blog en premier lieu.

Le titre I’m Google est provocateur. Que signifie-t-il pour vous?

J’ai pensé que ça pourrait être un drôle de titre sur comment j’utilise Google Image pour mes recherches.

Est-ce que la sélection des images pour I’m Google est aussi importante que le fait de les faire re-circuler et les diffuser?

Je ne comprends pas cette question. Le choix d’images est la seule chose qui compte.

Comment archivez-vous vos images et vidéos afin d’être en mesure de les rechercher par la suite?

dina2500

Quel est l’avenir de l’image en art contemporain selon vous?

Je n’ai essentiellement aucune idée du passé, du présent ou du futur de l’image en art contemporain.

 

 

Musée Exposition
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Entrevue avec Christina Battle

Questions générales sur votre processus créatif

Parlez-nous de votre démarche. Par quoi commencez-vous lorsque vous créez une nouvelle oeuvre? Qu’est-ce qui vous inspire?

Je n’ai souvent aucune idée de comment je crée jusqu’à ce que j’y réfléchisse après avoir terminé. Je suis très inspirée par les nouvelles et les médias et les façons dont ils sont utilisés pour diffuser l’information, souvent de manière manipulatrice. Normalement, c’est là que mes idées commencent. La forme et le procédé changent en fonction de l’œuvre et de la façon dont ça doit être fait.

Travaillez-vous sur plusieurs projets en même temps?

J’ai souvent plusieurs choses en même temps. J’aime penser à plusieurs idées ou approches en même temps. Habituellement, je travaille sur plusieurs choses qui sont en fin de compte reliées. Ça me laisse arriver à une idée de plusieurs façons.

Pouvez-vous nous décrire une journée typique dans votre vie d’artiste?

La plupart du temps, c’est comme si je jonglais avec 2 emplois à temps plein.  Je travaille sans arrêt pratiquement chaque jour – à mon travail et pour moi. J’écris beaucoup de courriels, je fais beaucoup de paperasse, j’organise beaucoup de choses, je cuisine, je jardine, j’essaie d’avoir le temps de relaxer et profiter de la vie. Ça passe en un clin d’œil.

Si vous n’étiez pas artiste, que seriez-vous?

J’ai étudié en biologie environnementale au baccalauréat et des fois je pense à y retourner (la botanique plus spécifiquement aujourd’hui). Ça façonne fortement ma pratique et j’aimerais passer plus de temps à l’étudier et à faire des recherches.

Questions générales sur le monde de l’art :

Quelle(s) oeuvre(s) aimeriez-vous posséder?

Je viens de lire un article en ligne il y a 5 minutes que Risa Horowitz (une artiste présentement à Régina, SK) a posté sur Facebook à propos des oeuvres au point de croix de Leah Emery et elles sont formidables. J’aimerais en avoir une chez moi!

Quelle est la chose la plus étrange que vous avez vue se produire dans un musée ou une galerie?

Une fois, j’ai vu quelque chose d’assez traumatisant que je ne veux pas vraiment partager. C’était bizarre et terrible et ça m’a vraiment fait penser au fait que les musées et les galeries paraissent protégés – mais en réalité à quel point ils sont publics. Nous ne nous attendons pas à partager des expériences traumatisantes avec d’autres quand nous sommes dans des musées ou des galeries et quand ça arrive ça te tire vraiment hors de l’expérience.

Questions sur le sous-thème la Réalité reloadée

Internet constitue un miroir universel où les chemins de notre expérience bifurquent : nous pouvons décider d’exister et de déployer notre activité dans le monde tangible ou le faire dans le monde virtuel. L’écran devient alors une membrane perméable qui permet le passage d’un côté à l’autre.

Mais si nous repensons notre conception du réel, nous devons aussi reconsidérer le sens même du genre documentaire. On peut spéculer de manière délibérément tautologique sur deux hypothèses : de un, la réalité est telle qu’elle apparaît sur les écrans qui servent d’interface entre le sujet et l’objet; et, de deux, en documentant le monde en images, nous contribuons à générer plus de réalité.

Quelle est votre relation avec Internet et les réseaux sociaux par rapport à votre pratique artistique? Avec la réalité virtuelle?

La plupart de mes oeuvres débutent par de l’information à laquelle je suis exposée sur Internet, c’est ma source principale de recherche. C’est LA réalité, qui se déroule à la vitesse de l’éclair devant mes yeux. Des fois, c’est imparfait et ce n’est pas toujours fiable mais ça en fait partie. Je suis fondamentalement intéressée par ces paramètres – l’irréel et le réel, les moments instables où la vérité est incertaine – et comment ça a changé la façon dont nous interagissons avec les images, avec le autres et avec le monde qui nous entoure.

Questions sur votre oeuvre:

Que représentent les images de The people in this picture are standing on all that remained of a handsome residence et d’où viennent-elles?

Les images ont commencé comme des images trouvées d’une tornade qui a touché Edmonton quand j’avais 12 ans. La tornade a été assez dévastatrice et est à ce jour la seule catastrophe naturelle majeure que j’aie vécue. Les images venaient à l’origine de sources de nouvelles que j’avais trouvées sur Internet et que je m’étais appropriées. Ensuite, elles ont été manipulées pour les rendre abstraites.

Vous transformez et embellissez des images de désastres dans The people in this picture are standing on all that remained of a handsome residence. Qu’est-ce que la “disaster porn” selon vous?

Je pense beaucoup à notre besoin de voir des images de désastre – pourquoi nous en avons besoin et pourquoi nous nous en délectons au point qu’elles deviennent belles. Un jour, j’ai lu une statistique qui m’a marquée – que seulement à peu près 5% des Américains ont réellement vécu une catastrophe naturelle – pourtant nous avons tous une idée de ce à quoi ressemble un désastre. Avec l’ascension des médias sociaux, notre soif de voir et partager ces images a augmenté. Avec une augmentation des dérangements naturels au cours des dernières décennies, la possibilité de voir des documents de catastrophes naturelles, de mort et de destruction est devenue banale. Pourtant, pour ceux qui vivent vraiment ces catastrophes, ces images sont intensément personnelles. “Disaster porn” est un terme récent utilisé pour décrire ce voyeurisme. Pour moi, il y a des choses trop personnelles pour devoir ou vouloir les documenter sous forme d’image. L’expérience ne peut pas être partagée. Quand je faisais le tri dans des images d’archive en ligne sur la tornade à Edmonton je m’en suis souvenu – je connaissais les quartiers documentés et je me rappelais avoir vu ce qui avait été capté à même les images d’après le désastre. C’était étrange de voir la vie des gens documentée de cette manière presque 30 ans plus tard en navigant sur Internet.

Que pensez-vous de la prolifération d’images de catastrophe dans les médias et du fait que leur diffusion est devenue une forme de spectacle?

En 2014, j’ai écrit un texte pour Incite Journal of Experimental Media intitulé « Hollywood Movies, Media Hype, and the Contemporary Survivalist Movement: An Appropriated Study»  dans lequel j’ai analysé cette question. Je pense que c’est relié à la statique mentionnée précédemment – plusieurs d’entre nous n’ont jamais réellement expérimenté de désastre dans la vraie vie pourtant nous l’avons vécu un nombre infini de fois grâce aux films hollywoodiens et aux médias en général. Nous avons une vision faussée de ce à quoi ressemble réellement un désastre et à cause de cela, ça ne peut être autre chose qu’un spectacle.

Pouvez-vous expliquer les procédés de glitching et de datamoshing?

Le glith et le datamosh sont deux méthodes qui permettent de manipuler les images numériques. Les deux profitent du fait que les images numériques sont faites de code. La façon dont j’ai utilisé le glitch initialement était de manipuler le code des images elles-mêmes. J’ai recodé les images pour manipuler leur forme initiale – pour changer la façon dont les couleurs sont affichées ainsi que les éléments de l’image qui sont présentés. Après, j’ai utilisé des techniques de datamoshing pour mélanger les images « glitchées » à de la documentation vidéo de tornades (aussi prises sur Internet). Le résultat est un mélange d’images statiques « glitchées » avec le mouvement des tornades.

Qu’est-ce qui vous a amenée à ce procédé et que vous permet-il de communiquer à travers vos images?

Au début de mes recherches pour le projet, je savais que je voulais travailler avec des images de catastrophes et quand j’ai commencé au départ à ramasser des images de la tornade d’Edmonton, je savais que je ne pouvais pas les utiliser telles quelles. Ça me semblait trop relever de l’exploitation, elles documentaient les traumatismes personnels d’étrangers et je n’étais pas à l’aise avec le fait de les utiliser. Après avoir recherché davantage notre relation avec l’imagerie de catastrophe, j’ai réalisé que manipuler ces images serait la seule façon que je puisse approcher ces idées, et puisque les images ont été trouvées en ligne et existaient sous forme numérique, je sentais que j’avais besoin d’utiliser des stratégies numériques aussi.

Quel est l’avenir de l’image en art contemporain selon vous?

Avec un peu de chance, elle restera en évolution constante avec des artistes qui abordent des questions nouvelles et urgentes reliées aux différentes formes comme la technologie change et devient plus (des fois moins) accessible.

 

Musée Exposition
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Entrevue avec Jacques Pugin

Questions générales sur votre processus créatif

Parlez-nous de votre démarche. Par quoi commencez-vous lorsque vous créez une nouvelle œuvre ? Qu’est-ce qui vous inspire ?

Je pratique une photographie expérimentale où les recherches plastiques se mêlent à une réflexion sur le temps, l’espace et la relation complexe qu’entretient l’homme avec la nature. Ma démarche est caractérisée par mes interventions dans mes images, lors de la prise de vue ou a posteriori via différentes techniques, les outils numériques, le dessin, la peinture. Je redéfinis la photographie et ses sujets.

J’apporte une attention particulière qui porte sur les traces qui témoignent de la présence de l’homme, et sur les éléments naturels dans le paysage.

C’est souvent à l’occasion de voyages, et de treks dans la nature, que je trouve mon inspiration. La marche me permet de me confronter à la nature, de me mettre en osmose avec elle, et elle me met dans un état créatif.

Il m’arrive aussi, et c’est le cas avec Les cavaliers du diable, de rêver mes projets. Je me réveille le matin et je rentre dans le processus créatif.

Quel artiste a eu le plus d’influence sur votre pratique et pourquoi ?

Je ne sais pas si je peux parler d’influence, ce sont parfois des effets qui sont très subtils sur un parcours d’un artiste, et les influences sont souvent inconscientes.

Ce que je peux dire par exemple, des personnes trouvent que dans mon travail de Sacred Site on peut trouver une influence de Richard Long. Artiste que j’apprécie beaucoup par ailleurs. Ceci dit, ma démarche est très différente de la sienne, car il construit ses sculptures dans l’espace, alors que moi, je photographie des traces, qui parfois, en effet, sont des cercles. Mais ce n’est pas moi qui les crée.

À ces personnes je réponds que j’aimerais beaucoup photographier une sculpture de Richard Long si je pouvais en trouver une dans mes multiples marches. 🙂

Travaillez-vous sur plusieurs projets en même temps ?

Oui, ça m’arrive souvent de travailler sur plusieurs projets en même temps, de laisser de côté un projet, d’y revenir plus tard, peut-être des fois avec un peu plus de recul.

Pouvez-vous nous décrire une journée typique dans votre vie d’artiste ?

Je me lève le matin et je me couche le soir ! Entre les 2, ça dépend des jours… 🙂

Si vous n’étiez pas artiste, que seriez-vous?

No 1 au tennis ! 🙂

Blague à part, la photo est mon moyen d’expression, elle me permet d’exprimer ce que je ne sais pas verbaliser. Si je n’étais pas photographe, j’exercerais sans doute une autre forme d’art, pianiste pourquoi pas ?

Questions générales sur le monde de l’art

Quelle œuvre aimeriez-vous posséder ?

Je ne souhaite pas particulièrement vouloir posséder une œuvre en particulier, mais j’aime beaucoup une œuvre qui  est l’œuvre réalisée en 1920 par Man ray et Marcel Duchamp L’élevage de poussière.

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Élevage de poussière. Crédit photo : Man ray et Marcel Duchamp

Une photographie plongeante sur les poussières accumulées au-dessus de l’œuvre de Marcel Duchamp, peut me faire penser à une vue aérienne ou à des lignes et des traces qui sont mises en relief. On parlait tout à l’heure d’inspiration… J

Quelle est la chose la plus étrange que vous avez vue se produire dans un musée ou une galerie ?

Peut-être la plasticienne Deborah de Robertis qui a réinterprété l’œuvre de Gustave Courbet.

Cette jeune luxembourgeoise a proposé une reprise très personnelle de L’Origine du Monde de Gustave Courbet, tableau de 1866 montrant le sexe d’une femme. Au Musée d’Orsay, où est exposé le tableau, elle a choisi de poser devant le tableau, assise et jambes écartées, dans la même position que le modèle du peintre.

Questions sur le sous-thème La réalité «reloadée»

Internet constitue un miroir universel où les chemins de notre expérience bifurquent : nous pouvons décider d’exister et de déployer notre activité dans le monde tangible ou le faire dans le monde virtuel. L’écran devient alors une membrane perméable qui permet le passage d’un côté à l’autre.

Mais si nous repensons notre conception du réel, nous devons aussi reconsidérer le sens même du genre documentaire. On peut spéculer de manière délibérément tautologique sur deux hypothèses : de un, la réalité est telle qu’elle apparaît sur les écrans qui servent d’interface entre le sujet et l’objet; et, de deux, en documentant le monde en images, nous contribuons à générer plus de réalité.

Quelle est votre relation avec Internet en lien avec votre pratique artistique?

Tout d’abord, je n’utilise pas systématiquement Internet. Je l’ai utilisé pour réaliser Les cavaliers du diable et sur un autre projet en cours.

Dans la série  Les cavaliers du diable, ma relation avec Internet est double :

Je l’utilise à la fois comme outil, qui a rendu accessible le Darfour, à travers Google Earth, et qui a permis la réalisation de mon projet.

Et d’autre part, Internet devient aussi le sujet de mon travail, il fait partie intégrante de mon intention, car à travers cette série, je questionne le rôle d’Internet, comme outil de reportage des temps modernes et comme outil de mémoire.

In fine, j’ai détourné l’image de son rôle d’information pour en faire une photographie picturale.

Comment peut-on documenter la réalité à l’ère du web 2.0 où tout peut être truqué et falsifié?

Tout d’abord, vous posez la question de la réalité… La réalité n’existe pas, tout est subjectif. Même un journal d’information donne un point de vue, certes factuel, mais qui dépend de sa propre interprétation.

Par ailleurs, on n’a pas attendu Internet pour falsifier les informations : Christian Caujolle, dans sa préface sur mon travail, montre bien que les reportages/documentaires, les photo de guerre peuvent être de formidables outils de propagande.

Internet est un outil comme un autre ! On peut y faire le bien comme le mal…

Questions sur votre œuvre

Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec des images provenant d’Internet  pour la première fois de votre carrière pour réaliser Les cavaliers du diable?

C’était le seul moyen de réaliser ce projet, et en même temps, Internet est l’OBJET de ce travail, puisque ma série questionne le rôle d’Internet comme outil de journalisme. (cf. Infra)

jacquespugin2

DESTROYED VILLAGE par Jacques Pugin – Damage Summary as of May, 2009. Location: ANGABO. Status: DESTROYED. Structures Destroyed: 1000 of 1000. Year Attacked: 2006

Comment avez-vous procédé pour créer ce projet et que représente-t-il?

J’ai choisi de travailler non pas sur mes images, mais en utilisant des clichés empruntés sur Internet.

Ce sont des photographies satellitaires du Darfour, tirées de Google Earth, prises à des milliers de kilomètres de la Terre.

Elles représentent des traces de villages brûlés, vestiges de la guerre civile au Darfour.

A première vue, ces images sont très graphiques, et ne laissent présager du sujet sous-jacent. Mon intention est d’attirer le regard par l’apparence esthétique, puis de susciter le questionnement, « qu’est ce donc que je vois ? Une voûte céleste?  Une ville vue d’avion la nuit ? Avant de révéler le sujet, éminemment violent et dur, du génocide.

Pourquoi avez-vous choisi le noir et blanc pour cette œuvre?

À leur état premier, lorsque je les extrais de Google Earth, ces images sont en couleur, et représentent des traces noires sur fond de sable orange. C’est ce que voit l’œil du satellite.

J’ai choisi d’appliquer à ces images un double traitement : d’une part j’ai retiré la couleur, puis je les ai passées en négatif, afin de signifier symboliquement le caractère fondamentalement noir et négatif de la barbarie dont elles sont le témoin.

Ce processus transforme les lignes noires en traces blanches, symboles de la lumière, celle du passage du feu.

Certaines personnes pensent que la circulation et la transmission d’« images embellies » de catastrophe et de destruction est problématique. Que leur répondez-vous ?

Je pense que ce commentaire ne s’applique pas à ce travail.

Je ne propose pas des images embellies, mais une forme de présentation qui les rendent abstraites.

Mon intention à travers ce travail est de montrer une forme de reportage différent. Je ne montre pas, comme c’est souvent le cas du reportage de guerre, des corps mutilés, morts, etc… images qui sont d’une telle violence qu’on détourne le regard, et on passe à un autre sujet.

Mon procédé est différent : je donne à voir une image qui, au premier degré, semble esthétique, et attire l’attention.

Puis, suscite le questionnement.

C’est donc seulement après une deuxième lecture, qu’on comprend que le sujet est celui du génocide.

Quel est l’avenir de l’image en art contemporain selon vous?

Je n’ai pas une boule de cristal pour répondre à cette question 🙂

 

 

 

Musée Exposition
Liam Maloney
Texting Syria, 2014
Untitled 1
Photographie imprimée montée sur boîte lumineuse ultramince à DEL
60,96 x 91,44 cm
Avec l’aimable autorisation de l’artiste
© Liam Maloney

Entrevue avec Liam Maloney

Questions générales sur votre processus créatif

Parlez-nous de votre démarche. Par quoi commencez-vous lorsque vous créez une nouvelle oeuvre? Qu’est-ce qui vous inspire?

Le point de départ pour créer mes œuvres est toujours de la recherche détaillée et méticuleuse sur le sujet qui m’intéresse. Quel est le contexte historique ? Qu’est-ce qui est caché ? Quels thèmes existent sous la surface ?

Quel artiste a eu le plus d’influence sur votre pratique et pourquoi?

Ma pratique comme photographe documentaire est fortement influencée par le travail de Tim Hetherington dont les idées sur la narration visuelle m’ont aidé à chercher les intersections naturelles entre le travail journalistique et des approches plus conceptuelles.

Luc Delahaye est un autre photographe qui est aux prises avec la distinction entre les arts plastiques et le photojournalisme. Il a créé des œuvres qui considèrent les photos comme un document historique.

Travaillez-vous sur plusieurs projets en même temps?

Je travaille sur plusieurs projets en même temps.

Questions générales sur le monde de l’art

Si vous n’étiez pas artiste, que seriez-vous?

J’étais musicien pendant 10 ans avant de toucher à un appareil photo. Si je n’étais pas artiste…attendez, qui a dit que j’étais artiste ?

Quelle(s) oeuvre(s) aimeriez-vous posséder?

En ce moment, je suis en amour avec les peintures de site secrets et de tirs de drones de l’artiste canadien John Player.

Quelle est la chose la plus étrange que vous avez vue se produire dans un musée ou une galerie?

La chose la plus étrange que j’ai vue dans une galerie ? Rien de me vient en tête. Rien de plus étrange que la vraie vie, de toute façon.

Questions sur le sous-thème La réalité reloadée

Internet constitue un miroir universel où les chemins de notre expérience bifurquent : nous pouvons décider d’exister et de déployer notre activité dans le monde tangible ou le faire dans le monde virtuel. L’écran devient alors une membrane perméable qui permet le passage d’un côté à l’autre.

Mais si nous repensons notre conception du réel, nous devons aussi reconsidérer le sens même du genre documentaire. On peut spéculer de manière délibérément tautologique sur deux hypothèses : de un, la réalité est telle qu’elle apparaît sur les écrans qui servent d’interface entre le sujet et l’objet; et, de deux, en documentant le monde en images, nous contribuons à générer plus de réalité.

Que pensez-vous des nouveaux moyens de communication utilisés sur les téléphones intelligents, les tablettes et d’autres appareils en lien avec la représentation des conflits ?

La guerre et la technologie ont toujours été entremêlées. Les téléphones intelligents sont précieux pour les réfugiés qui cherchent à partager de l’information et à coordonner des rencontres. Ils ont l’habitude d’aider les populations qui autrement seraient difficiles d’accès. Ils ont l’habitude d’alerter les immigrants des points de contrôle, des zones à risque et des nouveaux développements dans les zones de combat. Ils ont l’habitude de partager de l’information à propos de parents blessés ou morts et des niveaux de menace dans les quartiers assiégés. Ils ont aussi l’habitude d’afficher de l’information à propos de crimes de guerres et de violations des droits humains. Ils sont vulnérables aux violations des règles de sécurité qui peuvent menacer la vie de journalistes citoyens, d’activistes et de civiles. Finalement, ils peuvent être un outil pour répandre de l’information fausse ou trompeuse et de la propagande d’État.

Il ne fait aucun doute que les téléphones intelligents ont eu un impact immense sur notre compréhension des conflits contemporains. Il y a un risque que comme nous sommes inondés avec ces nouvelles données, nous pouvons développer une sorte de myopie technologique – le contexte historique devient dissimulé par les menus détails répétitifs de la souffrance humaine. De ceci découle une inhabilité à agir fermement pour s’occuper de graves crises humanitaires.

Questions sur votre oeuvre

Qu’est-ce qui vous a amené à photographier et à représenter la vie des réfugiés pour Texting Syria?

Je documente la crise des réfugiés syriens depuis 2013. Le monde n’a pas connu de migration forcée à cette échelle depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Le grand nombre de personnes déplacées par ce conflit et par l’instabilité régionale qui en résulte est presqu’incompréhensible. Les photos peuvent aider, mais les représentations conventionnelles de la souffrance ne semblent pas éveiller le genre de compassion qui peut mener à un changement politique et à des actions concrètes. J’étais intéressé à raconter une histoire discrète – une histoire cachée –  qui connecterait la crise aux gens à la maison.

Comment votre projet a-t-il été reçu par les réfugiés? Comment ont-ils réagi à être photographié?

J’ai passé beaucoup de temps à écouter les gens que j’ai pris en photo, en essayant de comprendre ce qu’ils avaient vécu et où ils se voyaient aller. Sans surprise, ils veulent les mêmes choses que nous voulons tous pour nos familles – sécurité, stabilité, opportunité et communauté. Ils étaient incroyablement ouverts et m’ont très gracieusement donné accès à leurs histoires.

Est-ce que vos photos sont mises en scène?

Aucune de mes photos n’est mise en scène. Mettre en scène des photos dans un contexte documentaire est complètement contraire à l’éthique. Quand vous documentez de vraies personnes avec de vrais problèmes, vous avez une obligation morale de photographier les situations en face de vous le plus honnêtement possible. Les gens ne sont pas des accessoires. Ces photos ont été prises tard le soir, à l’extérieur de l’immeuble où les réfugiés avaient trouvé refuge. Ils parlaient, fumaient et buvaient du thé et naturellement, vérifiaient leurs messages, regardaient des clips de nouvelles et communiquaient avec leur famille et amis.

Qu’est-ce que l’interactivité apporte à votre exposition puisque les visiteurs peuvent envoyer un message texte à un numéro et recevoir des messages échangés par des réfugiés au Liban?

L’interactivité est une composante importante de l’installation. Recevoir ces messages souvent banals et occasionnellement urgents sur son propre téléphone amène le conflit chez les visiteurs, et leur laisse ces histoires de deux ou trois lignes qu’ils peuvent traîner avec eux dans leurs poches.

Est-ce que la bande sonore qui fait partie de votre exposition a été enregistrée en direct au Liban? Est-ce que le son des bombes est réel?

Le son a été enregistré pendant la dernière nuit au cours de laquelle j’ai pris en photo les familles syriennes pour ce projet. C’était la première nuit du Ramadan. On peut entendre des chiens aboyer, quelqu’un qui frappe un tambour, des bébés qui pleurent et qui sont réconfortés, des portes qui s’ouvrent et se ferment, des extraits de conversation…il y a des bruits sourds dans le fond qui pourraient être des tirs de mortier lointain qui tombent en Syrie, mais qui pourraient aussi bien être des coups de tonnerre dans les montagnes. Depuis notre emplacement, il n’y avait aucun moyen de le savoir avec certitude.

Pourquoi avez-vous décidé de l’inclure dans votre oeuvre?

L’installation est faite pour être immersive, et le son est une des manières de le faire.

Quel est l’avenir de l’image en art contemporain selon vous?

Quelque chose comme 2 milliards de photos sont mises en ligne sur le web à chaque jour. Plus de 100 heures de vidéo sont mises en ligne sur YouTube à chaque minute. Montrez-moi quelque chose que je n’ai pas vu avant. Je veux apprendre quelque chose. Je veux ressentir quelque chose. Je veux me sentir connecté à quelque chose. Ceci est encore possible, même avec tout ce bruit, peut-être même à cause de lui.

 

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Mois de la Photo

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Le Lèche-Vitrine revient avec sa rubrique « Artistes à la trace », qui consiste à suivre un artiste dans la planification ou la réalisation de son œuvre, qui vient partager des moments privilégiés et en toute intimité avec les lecteurs. L’instant de quelques billets, l’artiste ou le collectif artistique partage des confidences, des réflexions, des photos et des vidéos personnelles, invitant les lecteurs à découvrir leur univers de création.

Ce mois-ci : Les photographes participants au Mois de la Photo

Les quatre photographes que nous suivrons sont Liam Maloney, Jacques Pugin, Christina Battle et Dina Kelbermam.

Le Mois de la Photo à Montréal (MPM) est la plus importante biennale internationale de photographie contemporaine au Canada. Depuis sa première édition en septembre 1989, le MPM constitue une occasion unique et stimulante de découvrir les plus récentes tendances de la photographie et de l’image en mouvement. À chaque édition, une trentaine d’artistes sont proposés par un commissaire invité autour d’une thématique d’ensemble, et leurs œuvres sont présentées dans une quinzaine de lieux à travers la ville. Les expositions s’accompagnent d’une publication illustrée, d’un colloque international, du Prix Dazibao, d’une revue de portfolios, ainsi que d’une série de conférences d’artiste, de projections vidéo, d’ateliers et de visites guidées pour tout âge.

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