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À la croisée des silences de Chloé Sainte-Marie, une œuvre complète, complexe et nécessaire

À l’occasion de l’édition 2015 du Festival International de la littérature, nous avons eu l’honneur de nous entretenir avec l’artiste Chloé Sainte-Marie qui présentera À  la croisée des silences sur la scène de la Cinquième Salle de la Place des Arts, les 2 et 3 octobre prochain.

Lors de la conférence de presse du dévoilement des nominations du Gala de l’ADISQ, qui avait lieu le 22 septembre 2015, le spectacle a été nominé trois fois, pour le Spectacle de l’année – Interprète, Metteur en scène de l’année, de même que pour Sonorisateur de l’année.

En 2014, Chloé Sainte-Marie fait paraître une toute nouvelle œuvre, un livre-album ou album-livre, À la croisée des silences. Ode à la vie et véritable aboutissement, ce concept tout particulier s’est «fait de soi», raconte-elle. L’inspiration a découlée des poèmes qui ont traversé sa vie dans les dix dernières années. Des poèmes qui ont littéralement marqué les derniers moments passés entre la chanteuse et son partenaire de vie, le regretté Gilles Carle.

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Aux yeux de Chloé Sainte-Marie, le poème répond à la chanson, et vice-versa. Il faut «prendre le poème et se l’approprier». Pour l’artiste, lorsque la symbiose se crée entre la mélodie, la voix, et le texte d’un poète, c’est un sentiment de transcendance qui s’empare d’elle. Chloé Sainte-Marie souligne l’importance de «se laisser porter par les mots» dans son processus de création.

Lorsque j’ai demandé à Chloé Sainte-Marie comment s’est déroulé le travail de sélection des poèmes qui paraissent et qui sont aussi chantés dans À la croisée des silences, elle évoque plusieurs moyens. D’abord, les poèmes ont tous traversé l’univers de la chanteuse dans les dix dernières années. Les textes qu’elle a choisis sont ceux qu’elle a apprivoisés et qui l’ont fait vibrer. Lorsqu’on pense à la chanson Lassitude, dont les paroles sont celles du poème original de Saint-Denys Garneau, on pense aussi à cette évidence dont elle parle. Lassitude est l’exemple parfait de comment s’est construit l’album-livre.

Le véritable défi pour la chanteuse est essentiellement de faire part de «l’en-deçà du texte, le dedans du poème» comme elle l’appelle. Une tâche que l’artiste s’approprie parfaitement grâce à, notamment, ses fortes performances sur scène. Le public aura d’ailleurs la chance d’assister à une version complète et complexe de À la croisée des silences. Les 2 et 3 octobre prochain, la scène de la Cinquième Salle de la Place des Arts accueillera plus de 52 choristes, plusieurs musiciens, un décor fantastique composé d’un ciel fait de 80 arbres suspendus, ainsi que de splendides installations lumineuses.

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En demandant à l’artiste si le spectacle s’imposait comme une évidence à travers son processus de création de À la croisée des silences, elle confirme le tout, sans aucun doute. Chloé Sainte-Marie a financé la production de L’album-livre. Huit mois effrénés ont été nécessaires afin de concevoir l’album. C’est ensuite trois mois qui ont été réservés exclusivement à la conception du spectacle. La création de cette performance constitue l’aboutissement de l’œuvre et la touche indispensable à l’expérience.

L’artiste nous raconte que ce qu’elle est devenue au fil des ans, elle le doit à Gilles Carle. Elle souligne que c’est lui qui «l’a amenée là-dedans, avec toutes sa force» et ensuite même lors de «sa maladie diabolique», il a absolument coloré toute sa vie comme elle le dit si bien.

Chloé Sainte-Marie termine l’entrevue sur de belles paroles, à la fois justes et simples, afin de qualifier sa collaboration, qu’elle nomme naturelle, avec le Festival international de la littérature : «la poésie est au fond de mon être».

Pour assister au spectacle, réservez vos billets ici.

Entrevue réalisée par Félicia Balzano

 

Littérature
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L’image des femmes dans le Magazine Muses

Féminine et radieuse, Salomé Corbo est magnifique dans une création d’Alexe Perron, une finissante du collège LaSalle ayant travaillé sous la tutelle d’UNTTLD, sur la couverture du Magazine Muses. La comédienne connue pour son personnage de Caroline Laplante dans Unité 9, se confie sur les rôles qui occupent son quotidien. Ainsi, on apprend ce qui la distingue de son personnage de la populaire série télévisée, ce qu’elle retire de son métier et comment elle vit la maternité. Comme Salomé Corbo est l’égérie de Frëtt Design, une marque d’une maman gaspésienne, on la voit aussi dans des vêtements prêt-à-porter qui lui ressemblent. Ainsi, dans un amalgame de glamour et quotidienneté, on arrive un peu plus à saisir la personnalité de la femme derrière la chef de sécurité qu’on aime tant haïr à l’écran.

Littérature «de poulettes»

Les auteures de chick lit (littérature pour filles ou «de poulettes»), India Desjardins et Nathalie Roy, démystifient le genre dans lequel elles évoluent alors que la question de superficialité se pose. Stéphane Dompierre, quant à lui, y va de ses commentaires, alors qu’il est plutôt associé au penchant masculin du genre, soit à la lad lit. Une fois l’étiquette assumée ou refusée, que doit-on retenir du phénomène de la littérature classée en fonction des genres?

Créer après bébé

La chanteuse Ariane Moffatt parle de son retour avec l’album 22h22 après la maternité. Entre l’équilibre personnel à préserver et l’inquiétude d’être oubliée ou l’incapacité de créer, la juge de l’émission La Voix en profite pour parler de sa réalité de mère lesbienne et des bouleversements récents de la société québécoise.

Le Magazine Muses  est en kiosque dès le 27 août.

Littérature
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À lire dans le Magazine Muses

La culture est encore à l’honneur dans le plus récent numéro du Magazine Muses qui mise principalement, cette fois, sur la force des femmes et de leur pouvoir de création… ou de destruction.

En couverture, l’avocate Anne-France Goldwater se fait coquine avec un look à la Marilyn Monroe. D’emblée, le lecteur est confronté à un contraste entre l’image assignée à la vedette de l’émission L’Arbitre et à son travail qui a mené à de grandes avancées en terme de droits des femmes. On y découvre évidemment la même personnalité colorée qui n’a pas la langue dans sa poche.

Les comédiens et codirecteurs artistiques d’Ominus, Réal Bossé et Sylvie Moreau, démystifient l’art du mime, au-delà des idées préconçues. Ils rendent un hommage à leur mentor Jean Asselin et abordent la création de la pièce Spécialités féminines qui est présentée à l’Espace Libre jusqu’au 7 février. Chloé Sainte-Marie s’ouvre sur la signification si particulière de son dernier album, après avoir mené un combat pendant tant d’années auprès de son amoureux, Gilles Carle. Les lecteurs pourront aussi en savoir plus sur La Bronze (Nadia Essadiqi) qui a sorti son premier album récemment et que l’on reverra dans la deuxième saison de la websérie Quart de vie prochainement, sur Tou.tv.

Les femmes de contes, porte-étendard des histoires passées et parfois oubliées, parlent de leur métier et de ce qui les différencie des hommes qui sont encore plus présents dans ce milieu. Le photographe et conteur André Lemelin présente quant à lui un photoreportage. Des centaines de personnes ont répondu à la question «Où serez-vous dans 10 ans?» et ils ont laissé M. Lemelin capturer l’image de cet instant à des fins documentaires. Le Magazine Muses présente une sélection des clichés de l’artiste.

Distribué dans près de 2000 kiosques à travers la province, Magazine Muses est un trimestriel féminin indépendant qui désire offrir aux femmes un magazine avec un contenu à la fois intelligent et accessible.

Littérature
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Magazine Muses : femmes inspirées et inspirantes

Le Magazine Muses se démarque une fois de plus avec une couverture originale qui oppose les contraires et rapproche les similitudes entre l’humoriste Annie Deschamps et sa mère, Judi Richards. Les deux femmes se sont confiées sur la famille et l’éducation dans une entrevue surprenante de sincérité et de simplicité.

Dans cette édition, il est aussi possible d’y lire un article sur la place des femmes derrière la caméra grâce aux commentaires des réalisatrices Maude Michaud qui a remporté le prix du public – meilleur film canadien pour son long métrage Dys au festival Fantasia 2014; Jovanka Vuckovic qui réalisera l’adaptation de la nouvelle Jacqueline Ess : Her Will and Testament de Clive Barker; ainsi qu’Izabel Grondin qui travaille sur l’adaptation du roman de Madeleine Robitaille, Le Quartier des Oubliés. Lisez leurs révélations sur leurs plus récents projets.

De plus, Fanny Bloom parle de son dernier album, Pan, en vente depuis le 23 septembre. Nous partons aussi à la découverte de l’histoire du burlesque à Montréal avec les témoignages de Leslie Zemeckis, Scarlett James, Catherine Charlebois du Centre d’histoire de Montréal, l’auteur et historien Mathieu Lapointe, ainsi que Lady Scandalous et Lady Muffin Stuff de Sublimes Rondeurs.

Dans ce numéro, Virginie Chaloux-Gendron et Lisa Tang se joignent aux chroniqueurs Jean-Nicolas Saucier et Marilyse Hamelin pour discuter de sujets variés passant d’une femme qui embrasse ses désirs et ses pulsions à une autre qui dénonce la dictature des extravertis.

Distribué dans près de 2000 kiosques à travers la province, Magazine Muses est un trimestriel féminin indépendant qui désire offrir aux femmes un magazine avec un contenu à la fois intelligent et accessible.

Littérature
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Haïti, bonjour voisine!

Dans le cadre des apéros littéraires de l’ARTVstudio, c’est dans une ambiance familiale et chaleureuse que Marie Hélène Poitras recevait hier Bertrand Gervais, India Desjardins et Rodney Saint-Éloi. Pour souligner les 10 ans de la maison d’édition Mémoire d’encrier, une quarantaine d’écrivains ont eu la chance de se rendre en Haïti à l’occasion d’un événement placé sous le signe de l’échange et de la solidarité : les Rencontres Québecoises en Haïti, qui se sont tenues entre le 1er et le 8 mai 2013. Le bienveillant éditeur Rodney Saint-Éloi nous présente le recueil né de cette fabuleuse expérience et qui sortira cet automne : Haïti, bonjour voisine !

Rodney Saint-Éloi, Marie Hélène Poitras, Bertrand Gervais et India Desjardins. Photo par Pierre Crépô

Rodney Saint-Éloi, Marie Hélène Poitras, Bertrand Gervais et India Desjardins. Photo par Pierre Crépô

Lors de la rencontre, les écrivains invités nous racontent avec émotion les anecdotes et réflexions qui sont apparues lors de leur voyage. Bien au-delà de la simple rencontre organisée en vue de faire connaître la littérature québécoise en Haïti, c’est bien un profond sentiment d’appartenance qu’ils ont vécu lors cet événement inhabituel.

Nous visionnons le film ‘La poésie Québecoise en spectacle’ dans laquelle 4 jeunes comédiens haïtiens interprètent avec grand talent et une émotion à peine contenue les textes de quelques grands poètes québécois. L’assemblée, immédiatement sous le charme, est très touchée par la performance de ces artistes qui s’approprient avec justesse et intelligence les extraits poignants. Mention spéciale pour la jeune chanteuse qui, comme le soulignera Rodney, ‘dévore’ les paroles de Gilles Vigneault lors de son exceptionnelle interprétation de sa chanson Le Grand cerf-volant.

La discussion qui suit nous ramène à une réalité qu’il est bon de rappeler : l’étrange société de consommation dans laquelle nous vivons, submergée par le divertissement et l’individualisme, est parfois emprunte d’une désillusion aveugle qui lui fait oublier la valeur et la portée de choses aussi simple qu’un petit livre.

Comment pouvons-nous perdre de vue que l’art, la littérature et la poésie ont ce pouvoir immense d’offrir un coin de rêve, d’évasion et de courage, particulièrement lorsque la vie est difficile ? En sommes-nous vraiment arrivés à négliger le fait que la grande majorité de la planète n’a pas accès au dixième de ce que nous avons ?

Je nous regarde avec nos verres de vin.
Gigotant sur ma chaise, je me sens un peu honteuse.

Cette rencontre Québec-Haïti semble avoir été une bouffée de bonheur pour tout le monde. Les textes et la voix de Joséphine Bacon ont touché profondément la communauté haïtienne qui s’est beaucoup reconnue en elle, et India Desjardins nous raconte l’incroyable voyage du journal d’Aurélie Laflamme qui se retrouve désormais à faire partie du programme obligatoire dans plus 50 écoles haïtiennes.

Pouvoir rendre heureux et aider les autres, se souvenir qu’une chanson, un poème, une nouvelle ont le pouvoir guérir les blessures, si ce n’est de changercarrément le monde… quoi de plus merveilleux ?

Haïti, bonjour voisine!

sous la direction de Marie-Hélàne Poitras
Aux éditions Mémoire d’encrier

Et pour aller plus loin, nous vous recommandons la lecture de l’œuvre de

Kamau Brathwaite, DreamHaïti,
paru aux éditions Mémoires d’encrier (2013).

Littérature

5 maisons : 5 chambres littéraires au FIL

Il était une fois un village au cœur du Quartier des spectacles, fait de cinq petites maisons. Chacune des cinq maisons est en fait une chambre littéraire, lieu à la fois intime et public, qui présente une thématique de la littérature ou de notre rapport à elle. Sur la place du village et à travers ses ruelles, le FIL vous invite à pénétrer à l’intérieur de cette cité érigée en l’honneur de l’écriture et de la lecture, une cité parfois endormie, parfois passive et libre à explorer, parfois animée de rencontres, d’ateliers et de courtes performances en interactivité. Inscrivez-vous, écrivez vous aussi au Festival international de la littérature : pas moins de 40 activités gratuites vous attendent!

Les Chambres littéraires, premier site extérieur du FIL, est une grande aventure pour le Festival.

Pour tout vous dire, pour reprendre du début, il était une fois une professeure passionnée au DESS en design d’événements de l’École de design de l’UQAM, Céline Poisson. Cette professeure affectionnait tout particulièrement la littérature, au point de mettre le Festival international de la littérature à l’étude de son cours.

Tous les étudiants de sa classe eurent à concevoir et proposer une installation qui prendrait lieu sur le parterre du Quartier des spectacles pour le FIL. Tous présentèrent des projets les plus fabuleux les uns que les autres qui témoignaient de leur époustouflante créativité! Ici on trouvait des fleurs parapluies pleines de citations, là des modules à formation mouvante, là aussi des terrains de jeux littéraires, ou encore un livre géant tombé du ciel pour nous raconter des histoires! Toutes les propositions étaient plus tentantes les unes que les autres, quand une jeune femme a présenté non pas qu’un projet, mais une histoire, dans laquelle elle racontait son propre lien à la littérature dans un espace où ses rêves devenaient cité. Il n’en fallait pas plus pour que le coeur du FIL batte en résonance.

Pour permettre à plusieurs talents de se joindre à l’aventure, le FIL a demandé à trois autres étudiants dont le travail avait été des plus inspirants de se joindre à la jeune femme. Ainsi, avec Morgane Lemetayer, Jean-Baptiste Bouillant, Mathilde Mertina et Dorothée Noirbent se sont prêtés mains fortes pour donner vie à un village éphémère, tout dédié aux mots, à la lecture, à l’écriture et aux rencontres.

Et c’est ainsi qu’il était une fois, les Chambres littéraires

Elles sont :

La Tour de Babel : Espace consacré à la lecture individuelle. Il s’agit de la bibliothèque de ce village littéraire composé de centaines de livres recueillis par le FIL et mis à la disposition du public.
La Page blanche : Espace consacré à l’écriture. Des écrivains reconnus ou en herbe pourront donner libre cours à leur imagination en laissant leurs traces sur les murs de cette chambre.

Le Jardin secret : Espace consacré surtout à l’enfance et au plaisir de se faire raconter des histoires. On pourra y écouter des lectures de contes pour enfants préenregistrées.

L’Obscure : Espace consacré à l’imaginaire littéraire. Petit cabinet de curiosités avec des objets qui évoquent tous les aspects de la littérature dans une atmosphère d’étrangeté. On pourra y écouter des lectures de textes préenregistrées.
La Théâtrale : Espace scénique consacré à la lecture publique. C’est le lieu où auront lieu des lectures de textes écrits par le public, des micros ouverts, des flash mobs mais aussi de petits spectacles acoustiques.

En plus…

La Place du village : Lieu d’accueil et de rencontres avec le public. C’est l’endroit dans le village où auront lieu, entre autres, les cercles de lecture.

Jusqu’au 30 septembre, venez faire la fête aux mots aux Chambres littéraires du FIL!

Toute la programmation ici.

Littérature
FIL

Le FIL fête ses 18 ans!

La littérature fait partie de ma vie quotidienne. Depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais vécu une «journée sans livres». J’aime lire des romans, de la poésie et des essais. J’aime fouiller dans les dictionnaires et les encyclopédies. J’aime bouquiner dans les librairies et fréquenter les bibliothèques. Et ce, depuis toujours. La lecture est pour moi ce que l’écrivain Valery Larbaud appelait un «vice impuni».

Michelle Corbeil

J’ai toujours pensé que le plaisir de lire pouvait être contagieux et qu’il n’était pas réservé à un petit groupe d’initiés. Pour rendre la littérature accessible au plus grand nombre, je crois qu’il ne faut pas hésiter à la désacraliser mais sans toutefois la rabaisser. Et c’est ce que fait depuis dix-huit ans un événement comme le FIL en offrant tant aux grands lecteurs qu’aux lecteurs de demain – et peu importe leur âge, leur origine ou leur compte en banque! – une chance unique de redécouvrir des auteurs connus, d’en découvrir de nouveaux, et ce, dans des formes sans cesse réinventées et originales.

Depuis 1994, plus de 3 000 écrivains et artistes de toutes disciplines, de toutes générations et de tous horizons, ont participé à notre grande fête des mots où la littérature est mise en scène, en musique, en mouvement et en images. Au fil des ans, les festivaliers littéraires ont été de plus en plus nombreux. C’est avec fierté que nous pouvons affirmer que, lorsqu’il est question de littérature, le public est désormais au rendez-vous. Un public fidèle et curieux.

Le Festival international de la littérature (FIL) n’est pas, et ne sera jamais, un événement politique. Ce n’est ni sa mission, ni sa raison d’être. Il existe pour vous donner envie de lire davantage. Plus que jamais, en cette époque marquée par tant de bouleversements et de tensions, je crois cependant que c’est dans les livres que nous pouvons trouver des réponses à tant de nos interrogations. Les livres sont notre rempart contre toute forme d’obscurantisme. Ou encore de léthargie, ce qui n’est guère mieux. Oui, comme l’a écrit Dany Laferrière, je crois que «la lecture nous sauve de ce monstre qui tue à petit feu». Et c’est pourquoi, j’ai voulu que cette édition soit le lieu de paroles fortes et inspirantes, quelques fois rebelles et sauvages, mais toujours souveraines. On y entendra tous les bruits du monde, ceux des poètes libertaires, des écrivains amérindiens, des auteurs musiciens, des filles qui ont de la gueule, des figures incontournables de notre littérature et des jeunes qui n’ont pas peur des mots.

Si l’expérience littéraire – lire, écrire – est tout d’abord, et évidemment, solitaire, rien n’empêche que notre rapport aux mots, à la fiction ou à la poésie devienne une expérience collective en prenant d’assaut l’espace public. C’est dans cet esprit que le FIL convie les festivaliers à une expérience littéraire ludique sur le Parterre du Quartier des spectacles. Pendant toute la durée du festival, vous pourrez y visiter les «Chambres littéraires du FIL», conçues par des étudiants de l’École de design de l’UQAM, et participer aux nombreuses activités de médiation culturelle qui auront lieu sur ce site. Nous entendons ainsi (re)donner à la littérature toute la place qui lui revient dans la cité et témoigner de l’importance de la lecture dans la vie quotidienne de chaque citoyen, parce que garante d’une société plus démocratique et d’une ouverture sur le monde.

Si Montréal est aujourd’hui désignée comme Ville Unesco du design, il ne faut pas oublier qu’en 2005 elle fut aussi «capitale mondiale du livre». Nous croyons, comme tous nos partenaires de la Saison de la lecture à Montréal, qu’il est temps qu’elle redevienne vraiment «la ville de la littérature au pays», titre auquel elle a pourtant droit avec tous les écrivains et les éditeurs qui y vivent ainsi que toutes les bibliothèques et librairies qui y ont pignon sur rue.

Un vent de liberté, d’audace et de créativité flotte sur cette 18e édition et je m’en réjouis! Au moment d’écrire ces quelques lignes, je ne peux cependant m’empêcher de penser que le FIL a bien failli ne pas fêter ses 18 ans… Ce n’est plus un secret: l’année dernière, à pareille date, nous apprenions que nous perdions une part importante de notre financement public. Cela ne nous a pas empêché de vous offrir une très belle édition en 2011 mais pour la première fois, depuis sa fondation en 1994, le FIL s’est retrouvé ensuite confronté à une situation financière précaire mettant en péril son développement et son avenir.

J’ai déjà écrit que je me sentais par moment comme un Don Quichotte avec ses moulins à vent, tentant de convaincre les uns et les autres de l’importance d’un événement littéraire comme le FIL. Ce n’est plus le cas. Je tiens à remercier tous les écrivains, artistes, partenaires et donateurs ainsi que les subventionnaires qui ont soutenu le FIL tout au long de cette crise. Au cours de la dernière année, nous avons reçu des dizaines de lettres d’encouragement d’ici et d’ailleurs. Nous avons été les heureux bénéficiaires de la première soirée Coup de coeur de Renaud-Bray. Notre soirée bénéfice du mois de mars dernier a connu un immense succès qui a dépassé toutes nos espérances. Et puis, il y a eu tout récemment cette nouvelle inattendue: le Patrimoine canadien nous accorde à nouveau sa confiance en nous redonnant une partie importante du financement qui nous avait été retiré en 2011. Bien sûr, la partie n’est pas totalement gagnée pour les années à venir mais c’est avec soulagement et bonheur que nous vous accueillerons du 21 au 29 septembre 2012 au 18e Festival international de la littérature (FIL).

Je vous souhaite un excellent festival et de très belles lectures,

Michelle Corbeil
Directrice générale et artistique

PHOTOS DU LANCEMENT

Littérature

Parlons de littérature en 7 points – Le FIL de Montréal

Le FIL de Montréal a toujours été une période particulièrement intéressante : non seulement performons-nous la littérature au cœur d’un des plus grands rassemblements de littérateurs au Québec, mais, plus encore, nous en parlons. Et dans le contexte culturel actuel, parler de littérature est foncièrement bienvenue.

Les thèmes sous-entendus de l’édition 2012 du festival sont un peu la marche et l’investissement des lieux publics. Quoi de plus efficace pour faire entrer la littérature dans la vie des gens, en effet, que de voir des livres en allant travailler. Poésie nomade, balade littéraire, les pauses lectures et les chambres littéraires du Quartier des spectacles font sortir les littératures des salons, investissent les rues de Montréal et rendent un peu de mobilité au geste de lire.

Sept événements à ne pas manquer selon moi :

POÉSIE, SANDWICHS ET AUTRES SOIRS QUI PENCHENT

Peu de choses nouvelles peuvent être dites à propos de ce banquet poétique créé par Loui Mauffette : on relève sa justesse et sa beauté chaque année depuis sa création en 2006. C’est même un peu grâce à succès unilatéral que le spectacle revient cette année. Je me contenterai donc de vous inviter à y aller. Vous y retrouverez sur scène, entre autres, Benoit Landry, Julie Le Breton,
Fanny Mallette, Loui Mauffette, Yves Morin, Iannicko N’Doua, Patricia Nolin et Yann Perreau.

POÈTES URBAINS, POÉSIE NOMADE / LA TRAVERSÉE SAINT-DENIS

Parcours littéraire qui suit la rue Saint-Denis entre Roy et Gilford, l’événement promet des rencontres poétiques et une dizaine de microsites « momentanément habités par des écrivains et artistes acolytes ». L’espace public est investi par la littérature. Ce sont « Baudelaire revisité, des improvisations folles, un piano et trois chênes, poète masseur ou déambulateur, rituels sacrés, poèmes gravés, le souffle intime et les envolées ». Idée originale de Joël Pourbaix et coordonné par Catherine Cormier-Larose des productions Arreuh, vous y rencontrerez près de trente poètes et artistes.

PROJET ©

Réel laboratoire de création en direct, le PROJET © est une collaboration de ARTV et insanë qui veut questionner « notre rapport aux mots dans leur plus simple expression ». En deux jours, un auteur (Guillaume Corbeil), un blogueur (Laurent K. Blais de 10 Kilos) et un philosophe (Normand Baillargeon) feront l’expérience de leur propre processus d’écriture. La littérature en cage. Idée originale de Vincent de Repentigny.

BALADE LITTÉRAIRE

Faisant écho au climat de crise qu’a vécu le Québec et ses rues durant les huit derniers mois, l’événement propose de revisiter l’œuvre de certains auteurs européens qui, eux aussi, se sont retrouvés dans un tel contexte.  Passant de la Librairie Las Americas à la Maison des écrivains, les auteurs Pep Coll (Catalogne), Carolin Emcke (Allemagne), Antonio Lozano (Espagne) et Marco Malvaldi (Italie) dirigeront la marche.

L’ÉCRITURE ENGAGÉE

Toujours dans l’esprit des manifestations et des prises de positions opposées qui ont animé la ville, l’événement pose l’éternelle question du rôle social de l’écrivain. Doit-il être actif? Prendre position d’office? Rester dans l’ombre de la pure création? La littérature a-t-elle une essence sociale? Stanley Péan animera les tables rondes alors que Pep Coll (Catalogne), Carolin Emcke (Allemagne), Antonio Lozano (Espagne) et Marco Malvaldi (Italie) donneront des pistes de réflexion.

CHAMBRES LITTÉRAIRES DU FIL

La Quartier des spectacles, berceau d’événements montréalais, sera transformé en village littéraire à l’angle Clark et Maisonneuve. « Il était une fois un village au cœur du Quartier des spectacles. Dans ce village, les maisons sont des allégories et derrière chaque porte se dessinent des histoires, à ouvrir et à fermer, comme des livres. Chacune des cinq maisons est en fait une chambre littéraire, lieu à la fois intime et public, qui présente une thématique de la littérature ou de notre rapport à elle. » Il ne vous restera qu’à habiter les lieux du village.

PAUSE LECTURE

L’Espace culturel Georges-Émilie-Lapalme de la Place des Arts est l’hôte d’une installation éphémère qui se veut un « terrain de jeu pour lecteur en herbe ou averti ». L’événement se donne pour mission de réfléchir au rapport physique à la lecture en proposant un espace propice à celle-ci; pour prendre le temps de lire. Vous pourrez donc faire une pause lecture spontanée et vous « retrouver dans un monde momentanément connu que de l’auteur et de soi ».

Bon festival!

P.S. Attendez-vous aussi à ce qu’on vous invite à passer devant la maison d’Émile Nelligan et à imaginer le givre sur sa vitre. C’est un classique.

Charles Dionne – @dionnecharles

Littérature

On the Road : une adaptation

En dressant le portrait de la génération d’après-guerre qu’on appellera la Beat, On the Road de Jack Kerouac a par la suite marqué toutes celles qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui. C’est même à l’auteur qu’on doit le terme Beat parmi lequel les spectres d’Allen Ginsberg, de Neal Cassady et de William Burroughs planent toujours. La dernière adaptation cinématographique est le plus récent indice de cette fascination pour une jeunesse désinvolte, mais humaine; pour la route symbole de mouvement et d’américanité; et pour les expériences qu’offrent le jazz, la poésie et la drogue. C’est animés de tout cela que le narrateur dénommé Sal, Dean et Marylou, parcourent les soubresauts de leur vie : « It was three children on the earth trying to decide something in the night and having all the weight of past centuries ballooning in the dark before them. » (p. 118). Et contre le poids du monde, les personnages partent en quête de sens et d’affiliation profonde avec le monde et ceux qui l’habitent. À la question existentielle de l’existence, ils opposent leur vie et tout ce qui les emporte.

Tout au long du roman, l’évasion comme réflexe devant la répétition de l’histoire reste constamment en filigrane. La définition elle-même de Beat tend vers la dénudation totale, physique et mentale, la crudité et la spontanéité des relations avec les instances du monde, celles qui suivent une surutilisation du corps et de l’esprit. Leur corps est jeune, mais leur esprit est déjà usé. La génération rappelle, mais ne recrée pas vraiment celle du Dada, qui prenait le chemin de l’absurde et du surréalisme, ou même la génération perdue des années 1920. Contre l’adversité que l’histoire s’évertue à revivre en cycle, une partie de sa jeunesse, « abattue », lui répond par le mouvement et l’expérimentation propre à une constante exploration et une recherche de réponses : « We were all delighted, we all realized we were leaving confusion and nonsense behind and performing our one and noble function of the time, move » (p. 119). Et plus généralement, l’exercice auquel se prêtent les protagonistes s’interroge sur la vie comme marche à suivre périmée et système de règles qui tournent à vide. C’est une critique de la société américaine.

Isn’t it true that you start life a sweet child believing in everything under your father’s roof? Then comes the day of the Laodiceans, when you know you are wretched and miserable and poor and blind and naked, and with the visage of a gruesome grieving ghost you go shuddering throught nightmare life. (p. 95)

Dans un tel contexte de liberté des mœurs et d’épreuve de la vie,  la folie occupe une place bien particulière. Un renversement sémantique s’opère : être fou devient mélioratif, bon, et reconnaître cette « qualité » chez quelqu’un ne peut qu’enclencher un rapprochement instantané.

Because the only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn like fabulous yellow roman candles (p. 7)

La citation semble même reprise intégralement dans l’adaptation. Elle est narrée dans la bande-annonce. Durant tout le roman, Sal cherche donc des fous et en trouve un en la personne de Dean. « Nonetheless we understood each other on other levels of madness » (p. 5). Et c’est ensemble qu’ils traverseront une partie de l’Amérique, poursuivant la quête qu’ils partagent. Cette folie dénote une profonde sensibilité humaine où l’on se raconte nos histoires, où l’on ne travaille que lorsque l’argent est nécessaire, où l’amour libre est bon malgré tous les problèmes qu’il occasionne et où l’authenticité ne se force pas. « She bought my meals […] In exchange I told her stories » (p. 93) raconte Sal à propos d’une jeune femme qu’il a rencontrée. L’authenticité qui se dégage des personnages passe par la confusion qui les habite, celle qu’ils tentent de défaire avec l’aide de leur mobilité. Ils sont, somme toute, partis chercher des valeurs sûres pour se réconforter et faire taire leur confusion latente. « This is the night, what it does to you. I had nothing to offer anybody except my own confusion » (p. 112). Ils se proposent la route, leur moyen de toucher un peu à quelque chose de pur, à quelque chose qui représente l’unicité, les liens et les connexions entre les Hommes. « The purity of the road. The white line in the middle of the highway unrolled and hugged our left front tire as if glued to our groove » (p. 120).

Bien ancré dans son époque – l’histoire du Jazz par exemple –,  le roman est investi d’une universalité  des thèmes qui a rapidement créé un mythe : l’image d’un auteur solitaire, écrivant son roman en trois semaines, sur un rouleau de cent vingt pieds, d’un seul souffle, s’inspirant du Jazz et de son propre voyage sur la route 6 en 1947. Le résultat reste contemporain. Rappelant une certaine forme de roman d’apprentissage, toutes les jeunesses, tour à tour, s’y sont identifiées.

Vous trouverez le livre dans toutes les bonnes librairies.

Et la bande-annonce du film homonyme qui sortira à la fin de l’automne ici :

* Ce film était dans la course à la Palme d’Or au Festival International du Film de Cannes, le 23 mai 2012.

Littérature

Carnavals divers – Jean-Philippe Tremblay

Jean-Philippe Tremblay écrit avec une force d’énonciation à couper le souffle. L’Écrou l’a trouvé, et nous l’offre. Et jamais n’a-t-il été possible d’apprécier autant un coup de poing sur l’oreille. « nous sommes plastique / fruits abîmés de peu de rêves / chair d’une amérique / de chlore et de téléromans ».

Dans Poésie immédiate, Pierre Nepveu parle de la « fragilité de toute lecture, [de] la faiblesse même du lecteur »[1] lorsqu’il est face à un texte nouveau, à un auteur inconnu. Cette vulnérabilité littéraire que l’on vit dès les premières pages d’une lecture contemporaine, je l’ai ressentie avec force chez Jean-Philippe Tremblay. Dire que j’ai vécu de la « faiblesse » ne me semble pas du tout suffisant. Une réelle attaque aux tripes – un coup de pelle au visage – voilà ce qu’est la poésie de Carnavals divers, premier recueil du jeune poète. C’est un verbe qui nous attrape par les cheveux et qui nous tire vers lui, nous plongeant dans une lecture ininterrompue, de la première à la dernière page, avec le goût amer d’être un véritable imbécile pâteux immobile.

« Elle n’est pas très poétique l’époque », adresse le narrateur à un jeune poète dans le préambule au recueil. Il l’écrit pourtant, sa poésie. N’est-ce pas comme ça qu’on la ramènera? Parce qu’aujourd’hui, elle n’est plus que spectacle ou les auteurs nous font « la fois du vide du silence du blanc mystère mêlé de ton ludisme qu’on lui danse dans la face en calant nos bières et qu’on se sente juste un peu étourdis un peu comme toi ». La poésie a vécu l’oppression du divertissement : on n’espère d’elle que l’outil d’un étourdissement qui sent la bière. C’est aller terriblement plus loin que le truisme du « plus personne ne lit de poésie aujourd’hui, c’est triste».

Pierre Nepveu raconte qu’en lisant pour la première fois Herménégilde Chiasson en 1974, il y a vu « une figure particulièrement éloquente de l’immédiateté poétique, là où le langage veut être la vie elle-même, dans sa crudité originelle, dans son déferlement insensé, déraisonnable ». Quarante ans après, je découvre le narrateur de Carnavals divers, celui qui ne peut plus espérer un « déferlement insensé » parce qu’il se trouve au centre d’une grande dévastation sémantique. Aucune chance pour le « déraisonnable » : tout est passé du côté de l’assèchement et des langues arides, des bouches fermées. Ne reste que ce « Tu » qui l’accompagne en fin de recueil. Carnaval divers, c’est un hurlement contre quelque chose de mort en espérant qu’il se réveille ; mais c’est aussi un difficile « à quoi bon? »

Ce que dénonce le recueil a des allures de banlieusard, de petit bourgeois et de grosse patate de salon devant la télévision. C’est la figure générique, reproductible, de celui qui s’est endormi dans le confort, pour qui tout ce qui bouge autrement est suspect. Parfois ce sont ceux aux « dents tellement blanches la grosse veine sous leur cravate », mais surtout, c’est celui qui « essaie de ne pas se tuer au cas où il se passerait quelque chose ». Parce qu’il ne se passe rien et que l’immobilité est reine. Et c’est son règne que tente de briser la figure errante du narrateur, pour ramener un peu de vie.

« Est-ce qu’on a oublié ou jamais vraiment su le calme la douceur ». Cette question sans point d’interrogation est la base de tout le geste poétique. Tout est à (re)faire. « Il faudrait tout réinventer le vocable et les gestes évoquer les formes les rituels de l’affection ». Cette attaque frontale, c’est le coup de grâce avant que « les mots de chaleur » reviennent. Derrière toute cette haine, Carnavals divers hurle, s’adresse à la vie et surtout, contre toute cette « construction d’apathie ». Son titre dit tout : le carnaval est ce qui, par essence, dénote la réjouissance et s’il est devenu divers, il ne reste plus que l’universel ordinaire des choses, partout, et toujours.

Et faute de tout le reste, il s’est installé « une bonne dizaine de variétés d’eaux aux bouteilles design ».

Il y a de ces livres qui nous prennent par surprise, Jean-Philippe Tremblay en a écrit un. Une rare authenticité s’en dégage et rappelle ce qu’on appelle parfois bêtement un « cri du cœur ». Si son narrateur conteste, ce n’est jamais gratuit ou acharné. Tout est juste parce que parcimonieux. Courez-y et demandez à vos libraires de le tenir en stock. Et si vous en voulez plus, Les éditions de l’Écrou en ont plein pour vous.

L’Écrou fait des bandes-annonces. Voici celle de Carnavals divers :


[1] Nepveu, Pierre, La poésie immédiate, Nota Bene, col. Nouveaux essais Spirale, 2008.

Littérature

La Nuit de la poésie

Le 15 juin 2012, si vous étiez dans le quartier Saint-Henri et écoutiez attentivement, vous avez probablement entendu quelques cris. Organisé par Véronique Bachand, Anik de Repentigny et Alexandre Faustino, en collaboration avec Poème Sale et les Ateliers Jean-Brillant, La Nuit de la poésie avait lieu, rassemblant une trentaine de poètes de tous les horizons.

Si les amateurs de poésie ressentent habituellement une légère amertume en sortant d’une nuit de poésie, faute d’assez de poètes ou faute d’assez d’énergie, le 15 juin dernier, ils ont retrouvé la vigueur, l’authenticité et le verbe qui, à une autre époque, avaient fait de 1970, un moment d’anthologie – le plus grand de la poésie du Québec, peut-être.

Dans le cadre de la troisième édition du festival Chantier libre, événement multidisciplinaire, la Nuit de la poésie réunissait une trentaine de poètes autour du seul désir de dire et de performer une poésie contemporaine. Et au risque de faire mon étudiant en communication qui rédige la narration d’une publicité de grand magasin, « il y en avait vraiment pour tous les goûts ». C’est en partie ce regroupement de voix éclectiques, autant sur le plan des générations que des styles, qui a fait de cette nuit de la poésie, selon moi, la plus réussie de l’année (et l’année est encore jeune. C’est dire à quel point j’y crois). Quand Claude Beausoleil et Jean-Paul Daoust partagent la scène avec Mathieu Arsenault et Danny Plourde, c’est qu’il se passe quelque chose de rare.

Au cœur des Ateliers Jean-Brillant à Saint-Henri, hôtes du festival et lieux historiques datant du tout début du XXe siècle, la petite scène de bois a tenu le coup pendant plus de sept heures sous les pieds de : Mathieu Arsenault, Martine Audet, Véronique Bachand, Claude Beausoleil, Carl Bessette, Sébastien Blais, France Boisvert, Sébastien Boulanger-Gagnon, Sylvain Campeau, Marc-André Casavant, Catherine Cormier-Larose, Jean-Paul Daoust, Jean-Simon Desrochers, Joël Des Rosiers, Rose Eliceiry, Alexandre Faustino, Christine Germain, Marie-Paule Grimaldi, François Guerette, Benoit Jutras, Fabrice Koffy, Corinne Larochelle, Julien Lavoie, Daniel Leblanc-Poirier, Thélyson Orélien, Danny Plourde, Amélie Prévost, Omar Alexis Ramos, Mathieu Renaud, Eliz Robert, Éric Roger, Hector Ruiz, Jocelyn Thouin, Tony Tremblay, Claudine Vachon, Yollande Villemaire et Ouanessa Younsi.

D’une lecture à l’autre, l’actualité faisait évidemment surface : la grève, le gouvernement libéral, les casseroles, le rouge et le noir (pas le roman, les carrés) et les matraques ont déclenché cris et applaudissements. Danny Plourde, Mathieu Arsenault, Jocelyn Thouin et Carl Bessette s’y sont mêlés alors que Jean-Paul Daoust a, à cet effet, marqué le discours de la crise du Québec de la soirée en nous parlant de sa BMW qu’il avait fait rouler à 130 km/h jusqu’à l’événement. Mais le fond social actuel n’a jamais laissé de côté toute la force du verbe déconstruit, du langage poussé vers ses limites et d’une profonde subjectivité. Des élans venus de tous les côtés ont plongé les spectateurs aux confins de leurs performances, des plus uniques et personnelles. Claude Beausoleil a lu un Kérouac français au rythme des mains des spectateurs ; Mathieu Renaud et Marc-André Casavant ont livré, chacun, une performance extrasensorielle. La carte blanche laissée aux auteurs a véritablement régné sur la soirée. Invité mystère, gardé secret jusqu’à la fin, Yann Perreault a interprété une chanson a cappella, accompagné par les pieds frappés au sol des spectateurs.

Mais la poésie des mots n’était pas la seule à tenir tête à une salle comble. Une poésie de l’image s’était aussi installée. Éric Poirier et Charles-André Coderre avaient recueilli plusieurs heures de film Super 8 de l’ONF (à voir la quantité, je dirais qu’on en avait pour une semaine de visionnage). Après avoir modifié la pellicule à l’aide de peinture, de produits chimiques et d’altérations physiques, ils ont projeté le tout sur différents vitraux et fenêtres des Ateliers. Au-delà de la beauté de leur travail, les divers extraits portaient aussi en eux toute l’histoire d’un jeune Office National du film. En observant les scènes, la mission actuelle de l’ONF, axée en partie sur l’animation et les expériences interactives, était drastiquement remise dans son contexte historique et représentait soudain un pas de géant.

La soirée s’intitulait La Nuit de la poésie. Néanmoins, la présence des deux jeunes cinéastes, du DJ Pranapapa, de deux documentaristes intéressés par l’événement et des installations, photos et vidéos qu’avaient léguées à la salle les cinq derniers jours de festival ont permis aux spectateurs de s’immerger dans une définition bien large de la poésie, guidés, bien entendu, par la voix de trente poètes.

Et si vous avez envie de parcourir le territoire poétique de Montréal, vous pouvez assister physiquement aux régulières soirées Solovox à l’Escalier et aux Cabarets de la pègre, ou vous rendre sur Voix d’ici pour visionner les différentes vidéos qui s’y trouvent.

Les Cabarets de la pègre sont parfois difficiles à trouver. Ils sont habituellement annoncés sur le blogue de la maison d’édition Poètes de brousse.

Littérature