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Saviez-vous que…

Montréal en Histoires est fier de vous partager des petits trésors d’archive. Découvrez chaque semaine sur le blogue de La Vitrine des événements et personnages qui ont fait l’histoire de Montréal.

JPR

Saviez-vous que le festival Juste pour rire est le premier festival de rue destiné à l’humour au monde ?

Cette affiche représente la deuxième édition du Festival Juste pour rire. Créé par Gilbert Rozon en 1983, le Festival Juste pour rire de Montréal est le premier festival de rue destiné à l’humour au monde. Le festival d’abord destiné aux francophones accueille des humoristes québécois et français reconnus et permet au public de découvrir de nouveaux talents. Rapidement, le festival prend de l’expansion : un volet anglophone est créé et le festival s’installe progressivement dans d’autres grandes villes du monde : Paris, Toronto, Chicago… accordant ainsi une renommée internationale à la ville de Montréal et à sa scène humoristique. L’affiche avec son célèbre personnage est une création de l’artiste de renommée internationale Vittorio (1932-2008).

Humour
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Une lesbienne et une noire décomplexée

La lesbienne et la noire, titre plutôt évocateur. Vulgaire ? Simpliste ? Seulement vrai. Une dénonciation des étiquettes qu’on accole trop facilement. Marie Christine Pilotte et Anna Beaupré Moulounda présente, du 14 au 23 avril, six représentations de leur pièce hybride entre le spectacle d’humour et le théâtre à l’Espace La Risée.

Le titre m’a surprise; La lesbienne et la noire. Vraiment ? Malgré tout mon désir d’ouverture d’esprit, je suis humaine, j’ai des préjugés. J’imaginais déjà les clichés sexuels et raciaux qu’un spectacle avec un tel titre pourrait comporter. Et finalement ? Bien sûr qu’il y a des blagues de lesbienne et de noire, mais c’est tellement plus que ça.

Anna et Marie Christine font partie du collectif humoristique Les Femmelettes qui regroupe des artistes féminines de divers horizons. À chaque premier lundi du mois, elles présentent un nouveau numéro humoristique à l’Espace La Risée. Le groupe, formé par l’initiative de Marie Christine, se voulait une réponse aux boys clubs que sont les traditionnelles soirées d’humour. Depuis trois ans, les deux comédiennes ont donc accumulé une bonne quantité de matériel duquel elles ont eu envie de retravailler certains numéros. Le titre était, au départ, une blague qui s’est concrétisée.

Les auteures se partagent la scène à tour de rôle ou en duo en exploitant des thèmes qui leur sont chers. Dès les premières minutes, la table est mise. Elles nous confrontent à nos préjugés en nous faisant part de leurs expériences et des commentaires auxquels elles ont eu droit dans leur vie. Avis aux oreilles chastes, quand on parle de moule, il ne s’agit pas de gastronomie et les ciseaux ne servent pas qu’au scrapbooking.

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Dans des numéros complètement décomplexés, elles expriment énormément d’autodérision par rapport à l’identité raciale, à l’homosexualité, au rapport au temps et à la vengeance. Anna, maman d’un tout jeune enfant, vide son sac (et une bouteille de vin) sur la maternité et la réalité d’être un nouveau parent, tandis que Marie Christine avoue détester inconditionnellement les enfants, malgré son travail d’orthopédagogue dans une école primaire…

Le stand up conventionnel est entremêlé de prestations plus théâtrales où les comédiennes jouent des rôles ou exagèrent leur personnage de scène, mais toujours dans l’humour. On rit jaune, on rit gras et on rit tout court pendant le spectacle.

Il ne faudrait pas oublier de mentionner la participation de l’invitée de la soirée. À chaque représentation, une membre des Femmelettes se joindra au duo le temps d’un numéro. Ce jeudi, nous avons eu droit à une prestation de Francine Lareau qui a livré un numéro explosif. Énergique et verbomotrice, elle a su faire rire le public par d’habiles jeux de mots tout en racontant des histoires de pain et de Nasdaq. Une belle découverte.

Sur une note musicale, les comédiennes terminent le spectacle par un hip-hop délirant qui finit par clouer le bec aux derniers préjugés.

Si on ne se fie pas à l’étiquette pour acheter une bonne bouteille de vin, il faut faire de même avec La lesbienne et la noire.

Humour
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Sèxe Illégal : L’humour est mort, vive l’humour!

Sèxe Illégal est-il un groupe de musique ou d’humour? On s’en fout un peu dans le fond, puisque l’iconoclaste duo nous fait autant rire que taper du pied. Alors qu’ils présentent la dernière médiatique de leur spectacle VIVRE! au Théâtre St-Denis le 7 avril prochain, La Vitrine s’est entretenu avec Paul Sèxe, l’un des deux membres fondateur du groupe.

Sèxe Illégal est un duo… Comment as-tu rencontré Tony Légal la première fois, et qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler ensemble?

Paul Sèxe : Ben écoute, c’est simple. Moi pis Tony, on s’est rencontrés à Woodstock ‘76. La toilette était barrée, et j’attendais en ligne pour aller faire ce qu’on appelle « une pisse ». Une fois la pisse terminée, je me suis embarré dans la cabine, et monsieur Tony est venu me secourir de là. On a réalisé qu’on aimait le si bémol, donc, depuis ce temps-là, on ne fait nos harpèges buccales qu’ensemble…

Donc, vous êtes passés d’une simple pisse au multipiste?

Paul Sèxe : Exactement! J’aime ton wrap-up là-dessus! Tu peux même te citer toi-même si tu veux…

Merci bien. Les gens se demandent, en tout cas, il y en a qui se le demandent, êtes-vous un duo d’humoristes qui fait de la musique, ou un duo de musiciens qui a le sens de l’humour? Plus simplement, rêvez-vous de gagner un prix à l’ADISQ ou aux Olivier?

Paul Sèxe : Ben regarde, je vais être ben honnête avec toi. Tsé, la musique, c’est pu ce que c’était. Surtout au Québec, où y’a pu un seul type qui veut payer pour de la musique. Nous, on peut pas faire comme Bon Jovi, pis faire juste de la musique. Ça serait ben cool, mais on peut pas icitte. Fait que, on l’avoue : pour arrondir les fins de mois, on fait un p’tit peu d’humour. Mais hey, faut pas paniquer non plus, là! Nous autres, on fait peut-être deux-trois jokes par show. Si on se compare aux gros humoristes là, mettons, j’sais pas, les Morissette, eux-autres ils font peut-être six-sept jokes. Fait que, tu vois, entre six-sept jokes pis deux-trois, on est pas très loin de ça, mais je veux pas que tu me cites comme quoi on se compare aux Morissette. Parce que ça, ça ne serait pas respectueux. Chacun son art de prédilection. Nous, c’est la musique, pis Véro j’imagine, c’est les sous-vêtement à rabais…

On a quand même une longue tradition d’humour dans la chanson au Québec, que ce soit Fernand Gignac, le petit Jérémy, ou plus récemment Yoan…

Paul Sèxe : Ah oui, de grands humoristes de la chanson en effet!

Pourquoi est-ce que la musique se prête si bien à l’humour?

Paul Sèxe : C’est une question de rythmique aussi, hein. Je veux dire, en musique, la plupart des affaires qui se produisent en ce moment sont assez risibles, donc, j’imagine que ça rejoint l’humour à ce niveau-là. C’est assez difficile, avec des émissions comme La Voix, de savoir qui fait de l’humour, et qui fait de la musique. Comme moi, je sais que le set humoristique de Yoan est particulièrement drôle. Plus y descend grave, plus ça me fait rire! C’est un des mes humoristes préféré. Comme Claude Poirier d’ailleurs… C’est difficile astheure de savoir qui est humoriste. Tout le monde veut faire de l’humour, c’est juste là qu’il y a de l’argent…

Il y a beaucoup d’humour et de philosophie dans vos textes, mais en même temps, vous faites une musique solide et entraînante, sur laquelle on pourrait même danser?

Paul Sèxe : Hey, merci beaucoup! J’ai pas compris ta question, j’ai juste pris les éloges…

Je voulais dire que malgré l’humour de vos textes, votre musique est tout à fait sérieuse, et qu’on peut même danser dessus.

Paul Sèxe : Ben j’espère que tu danses dessus, là! Tu peux même prendre ta douche, manger, inviter des amis, faire un enfant, divorcer de tes parents aussi… Tu peux toutte faire sur notre musique!

Comment décrirais-tu votre style musical?

Paul Sèxe : C’est un rock psychédélique des années 1960-1970. On a sorti le dernier album des années 60-70 qui pouvait sortir, on l’a sorti en 2016. Fait que, c’est du rock pur et dur, avec des belles ballades, des riffs de malade, pis des sujets hyper-dangereux. Le rock, c’est dangereux, tsé. On a passé deux ans et plus à tourner le show VIVRE! en région, un peu partout, puis on a réalisé qu’il y avait un paquet d’obstacle à vivre, puis ça c’est le danger. On en parle tout au long de notre album. Fait que c’est rock, c’est dangereux, pis ça te stimule. T’as pas le choix d’écouter ça tous les matins, pis le soir. Moi, c’est recommandé par mon astrologue.

Rock Danger est d’ailleurs le titre de votre troisième album qui est sorti récemment. Est-ce qu’il y a des dangers particuliers associés à l’écoute de votre disque?

Paul Sèxe : Ben écoute. L’album en tant que tel là, j’imagine que, vu qu’on le donne, on s’adresse aux gens un peu plus pauvres, donc, y’a pas trop de problème d’avoir des sons trop forts pour les oreilles, parce qu’ils ont pas les systèmes de son qui viennent avec, ça coûte beaucoup trop cher. Ça aurait pu être un des dangers, mais écouter l’album en fait, c’est une source de prudence. Quand t’écoutes l’album, tu vas être mieux renseigné à propos des sources de danger possibles pour l’atteinte à ta vie à toi. Donc, c’est pas dangereux pantoute d’écouter Rock Danger. C’est gratuit, comme les vaccins, donc, c’est une prévention. Fait que c’est aucunement dangereux. Faut même l’écouter. Y devraient passer ça à l’école, dès la maternelle.

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Il y a déjà un premier extrait de votre album, Macho Pichou, qui fait tout un tabac. C’est une ballade qui parle des machos laids, et entre parenthèses dans le titre, vous avez écrit Marcel. Est-ce que la chanson vous a été inspirée par Marcel Aubut?

Paul Sèxe : Ben écoute, pour des questions légales, on ne peut pas nommer le nom de famille de la personne, mais disons que la chanson va droit au but…

Dans le fond, la morale de votre chanson c’est que c’est correct d’être macho, en autant qu’on soit beau, et que si on est laid, on devrait se garder un petite gêne, c’est ça?

Paul Sèxe : Non non, t’as très mal lu. En fait, c’est que c’est encore pire d’être macho pis laid. C’est pas mieux d’être macho et beau, c’est pas plus acceptable. C’est juste que, si en plus t’es laid, ben là, rentre chez-vous, tsé. On n’en veut pas de ça, des machos cochons, des dégueulasses, des gens qui ne respectent pas le consentement des femmes… Fait que, Marcel, tu peux me citer, « va ch*** mon gros sale ». Tu peux même mettre entre parenthèse Jian Gomeshi, et tous les autres en même temps. La chanson s’adresse à eux. C’est un petit clin d’œil, pis on les attend à notre spectacle!

On dirait qu’aucun sujet n’est tabou pour Sèxe Illégal. Elle n’est pas sur votre dernier album, mais j’ai entendu une de vos pièces où vous chantiez « T’es zéro positif depuis que t’as le SIDA ». Est-ce qu’il y a des sujets que vous n’oseriez pas aborder?

Paul Sèxe : Je ne crois pas. Il n’y a aucun sujet qu’on n’oserait pas aborder. Je veux dire, on est des êtres humains, on touche à tout, on a de l’argent, donc, on connaît pas mal toutte, et ça nous permet de nous prononcer. On est très peu au Québec à pouvoir se prononcer sur toutte pis à parler de toutte, on est juste quelques personnes à tout connaître. Il y a nous, il y a Pénélope, et Richard Martineau. On est à peu près les trois seuls qui peuvent donner des opinions sur toutte. Donc, y’a aucun sujet qui est trop tabou ou trop chaud pour nous. On n’a pas peur de rien. De toutes façons, on a des hélicoptères et donc, on peut dire ces propos-là pis s’en aller après, y’a personne qui va nous attaquer…

Trouvez-vous que l’humour est trop rangé de nos jours? J’ai même lu une entrevue où vous disiez carrément que l’humour est mort au Québec…

Paul Sèxe : Ah oui, l’humour est mort. C’est pas parce que les gens rient que c’est encore drôle. C’est un peu comme… l’humour est mort en soi, mais on entend encore les rires, c’est comme une étoile qui est morte, pis on voit encore la lumière. Nous-autres, on œuvre dans un milieu où la majeure partie des gens ont à peu près un secondaire trois à la gang, donc, c’est pour ça que ça meurt, l’humour, en général. Fait que oui, nous-autres, on s’en vient mettre un petit peu de vent de fraîcheur là-dedans pis leur voler un peu d’argent, parce que, ça tourne en rond leur affaire, là…

Donc, l’humour est un peu comme Elvis : il continue de sortir des disques et des gens prétendent l’avoir vu au centre d’achat, mais il serait bel et bien mort?

Paul Sèxe : Ben ça ressemble exactement à ça. L’humour, c’est Elvis. Il fait encore des affaires même s’il est mort. Fait que, vive Elvis, plus que l’humour, quoi que les deux sont morts, mais ça serait le fun que l’humour soit sur une île pis qu’y nous ramène Elvis à la place. On a plus besoin d’Elvis que d’humour. L’humour est mort, mais nous autres, on ira probablement pas aux funérailles, ça c’est les Olivier, je pense, les funérailles de l’humour, parce que nos suits sont pas assez foncés pour aller pleurer la mort de quelqu’un dont on s’en fout…

Vous vendez votre album en échange d’une contribution volontaire… Réussissez-vous à faire de l’argent quand même?

Paul Sèxe : Non, en fait, regarde bien… On donne l’album à tout le monde. On a fait ça surtout pour les enfants. À cause des lois ici, ils ne peuvent pas aller travailler, ils ne peuvent pas avoir un revenu garanti, pis, après le spectacle, les enfants venaient nous voir souvent, et nous disaient qu’ils n’avaient pas d’argent pour acheter nos disques. Donc, on donne cet album-là aux gens. S’il y en a qui se sentent généreux, ou qui se sentiraient cheap de voler l’argent des enfants, on leur permet une option de nous donner le montant qu’ils veulent. Faut juste savoir que si on donne dix dollars et plus, on vous envoie un deuxième album qui comprend tous nos meilleurs soundchecks de 1996 à aujourd’hui. En fait, le don coûte dix dollars, mais les albums sont gratuits, là. C’est ça la différence à faire.

La plupart des gens font des premières médiatiques, mais le 7 avril au Théâtre St-Denis, vous allez faire une « dernière médiatique ». Est-ce que l’entrée est aussi en contribution volontaire?

Paul Sèxe : Ben non, définitivement pas! Il y a quand même des billets, sinon, tout le monde va se pitcher à la porte, pis la place va pogner en feu! Nous-autres, on fait une dernière médiatique parce qu’on ne fait pas les affaires comme tout le monde, bien entendu. Parce que, ce show-là, on ne le fait pas pour les médias, là! On est allés le donner à tout le monde, pis il restait des billets à la fin, fait qu’on en donne aux médias, mais le but, c’est surtout de s’amuser entre nous. Les médias, y’ont pas besoin de voir toutes nos affaires au complet. Si ils veulent, ils s’achèteront des billets, pis ils viendront nous voir en show.

C’est quel genre de spectacle? Est-ce que votre section de gazous vous accompagne sur scène? Y aura-t’il des effets pyrotechniques?

Paul Sèxe : Je te dirais moi, personnellement, je dispose de plusieurs gazous et autres harmonicas, donc, à ce niveau-là, c’est quand même assez nice… Sinon, écoute, là, nous-autres, on est en spectacle, on fait la dernière médiatique au St-Denis à Montréal. On va avoir un gros band de rock au complet tsé, drum, clavier, basse, guitare électrique pis tout le kit, fait que tout notre dernier album, Rock Danger, on va te casser ça dans les oreilles! Et bien sûr, on va parler de nos causes, des choses qui nous touchent, pis on va jaser aux gens entre les tounes. Ça devrait être un super-gros party rock’n’roll, baby!

Sèxe Illégal

Dernière médiatique
7 avril 2016, Théâtre St-Denis, Montréal

Pour plus d’informations et pour télécharger l’album Rock Danger http://www.sexeillegal.com/

 

Humour
LNI

La LNI, toujours en vie

Dans le coin droit, l’équipe des Rouges. Dans le coin gauche, l’équipe des Bleus. La 39e saison de la Ligue Nationale d’Improvisation (LNI) s’amorçait lundi dernier au Club Soda. Les vétérans et les nouvelles recrues ont bien réchauffé la patinoire et un public enthousiaste.

Ça faisait longtemps que j’avais entendu parler de la LNI. Étant moi-même, jadis, une improvisatrice dans la prestigieuse équipe de l’école secondaire Félix-Leclerc, j’ai eu très peu de contact avec l’impro depuis ces midis où je cabotinais dans l’agora devant une bande d’ados semi-amorphes.

La ligue a effectivement connu des difficultés dans les dernières années. Le financement de la ligue est un défi constant et, pour contrer cette impasse financière, on a fait appel à des partenaires qui sont maintenant propriétaires de chacune des équipes. Ainsi, les équipes des Bleus, des Rouges, des Verts, des Jaunes et des Oranges appartiennent désormais à des syndicats, à une entreprise de taxis électriques, à une firme d’architecture et à un grand groupe de médias. Le trophée Yvon-Leduc, quant à lui, a changé son nom pour celui d’un logiciel de correction orthographique bien connu. Des changements qui apporteront un peu d’eau au moulin de la LNI.

Une fois les joueurs sur la glace, on oublie immédiatement les ennuis financiers pour se concentrer sur la finesse de l’improvisation théâtrale. Ce sport, calqué sur les règles du hockey et imaginé par Robert Gravel dans les années 1970, n’a pas prix une ride. Aux « vieux de la vieille » tels que Réal Bossé, Sophie Caron et Salomé Corbeau s’ajoutent de nouveaux visages de la jeune génération tels que Virginie Fortin, Pierre-Luc Funk, Arnaud Soly et un certain Patrick Huard qui entame sa première saison dans la LNI.

Gagnants

L’équipe des Bleus

Ce lundi, l’équipe des Rouges de l’entraîneur Jean-Philippe Durand affrontait celle des Bleus de Christian Laurence dans une joute très serrée qui s’est conclue par une victoire de 8-7 pour les Bleus. La première période a donné lieu à des impros mixtes un peu désordonnées pour laisser place, en deuxième, à des impros comparées où chacune des équipes a pu montrer son talent dans l’installation d’histoires et de personnages mieux campés. Virginie Fortin a été éblouissante dans une impro ayant pour titre Las Vegas où elle a interprété une Céline Dion sur scène dévastée par la mort de son mari. Nous avons également assisté à des improvisations chantées jouissives. Alors qu’Ève Landry des Rouges a livré le poignant blues d’un commis de dépanneur, personne n’aurait pu se douter que le joueur Arnaud Soly, dont c’était le premier match au sein de la LNI, lui volerait le point avec la pop effrénée d’un joggeur qui fait le tour du monde.

Assister à des matchs de la LNI, c’est avoir l’impression de prendre part à des petits moments privilégiés, uniques. Cette (ré)incursion dans le monde de l’impro m’aura certainement convaincue de revenir à mes anciens amours.

Humour
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Improvisation mixte, qui a pour titre : LA REVANCHE. Nombre de joueurs, huit !

Le 19 novembre dernier, à la TOHU, la LNI tenait sa deuxième édition de la Coupe TOHU. Cette soirée-bénéfice annuelle de la LNI est une compétition féroce en improvisation qui oppose les comédiens aux humoristes, le temps d’un match visant à déterminer qui sont les meilleurs en improvisation.

Cette année, c’était la revanche des humoristes, puisque l’année dernière, l’équipe des comédiens avait gagné la Coupe TOHU, en prolongation. L’équipe des humoristes, entraînée par Benoit Chartier et qui réunissait Laurent Paquin, Virginie Fortin, Patrick Huard et Tammy Verge, avait beaucoup de pression lors de la soirée afin de mettre la main sur cette célèbre Coupe. Malheureusement pour eux, l’équipe des comédiens de l’entraîneur Christian Laurence et composée par Réal Bossé, Ève Landry, Salomé Corbo et Frédéric Barbusci a remporté pour une deuxième année consécutive, le match avec un pointage final très serré de 7 à 6.

Le public a eu droit à une compétition très relevée avec des moments hauts en couleurs ! Humour, moment touchant, chant, créativité, improvisation avec une personne du public suspendue dans les airs, tout était au rendez-vous pour une soirée divertissante! Au point de vue des performances, la comédienne Salomé Corbo a obtenu l’étoile du match grâce à ses personnages étoffés, quant à Tammy Verge et Patrick Huard de l’équipe des humoristes ont tous deux obtenu la deuxième et troisième étoile. L’équipe des arbitres du comédien Simon Rousseau a également créé une belle ambiance juste assez baveuse, envers les improvisateurs, pour donner un bon spectacle.

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La saison 2015-2016

La LNI arrive avec un nouveau spectacle, La LNI s’attaque aux classiques, présenté en codiffusion avec Espace Libre du 10 au 19 décembre.  Les artistes tenteront, le temps de huit représentations, d’utiliser les outils de l’improvisation pour visiter les classiques de la dramaturgie : tragédie grecque, Shakespeare, Molière, Tchekhov, Brecht, Michel Tremblay, théâtre de l’absurde et théâtre romantique. Un défi de taille qui saura vous faire rattraper vos cours d’histoire du théâtre!

La saison régulière de la LNI débutera le 8 février au Club Soda.

Un beau cadeau à offrir à ceux qu’on aime pour Noël !

 

Pour plus d’informations : www.lni.ca

 

Humour
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Corrompu de Guy Nantel : le parti d’en rire

S’il ne fera rien pour améliorer le cynisme de la population envers la classe politique, le spectacle Corrompu de Guy Nantel risque cependant de dérider les électeurs, tous partis confondus.

Il est étonnant qu’il n’y ait pas davantage d’humour politique au Québec. Après tout, les politiciens d’ici sont, au minimum, aussi risibles que ceux des autres pays! Voilà pourquoi Corrompu de Guy Nantel fait du bien dans le paysage du rire. Alors qu’un grand nombre de ses collègues humoristes évoquent leurs rénovations, leurs problèmes de couple ou leur jeunesse dans les années 1980, le nouveau spectacle de Nantel tire plutôt à boulets rouges sur nos élus et les « gnochons qui votent pour eux », dénonçant de façon hilarante les travers de notre Belle Province, « le seul endroit au monde où une lieutenante-gouverneure en chaise roulante peut se faire rembourser un demi-million de dollars en frais de ski ».

C’est dans le but de répondre à « tous les fatigants » qui lui demandent pourquoi il ne se lance pas en politique que Guy Nantel a écrit Corrompu, un one-man show dans lequel il se propose comme « premier dictateur démocratiquement élu de l’histoire de l’humanité ». Rien de moins. En une heure trente, l’humoriste expose son programme électoral, où il promet notamment d’instaurer des cartes d’assurance-maladie Or et Platine, d’enlever le droit de vote aux épais, et de changer les prisonniers et les personnes âgées de place pour que nos vieux fassent la belle vie en prison tandis que les détenus n’ont droit qu’à un seul bain par semaine en CHSLD.

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Politiquement incorrect et mal embouché (il donne d’ailleurs un cours de sémantique sur le sacre dans un numéro pissant où il explique la différence entre un « petit crisse » et un « tabarnak »), Guy Nantel parvient à faire rire tout en prononçant les pires énormités, sourire en coin, dans une ironie au deuxième et troisième degré qui n’est pas sans rappeler les belles années d’Yvon Deschamps. À ceux qui disent que la violence n’est jamais une solution, par exemple, il réplique : « c’est parce que tu fesses pas assez fort, hostie! ». Muni de ses seuls textes et d’un sens de la livraison impeccable, l’humoriste s’amuse à baver le public à tout bout de champ durant son spectacle, tissant ainsi une belle complicité avec la salle.

S’il y a une chose qu’on peut encore se payer en cette période d’austérité, c’est bien la tête de nos élus, et c’est précisément ce que fait Guy Nantel avec Corrompu, un spectacle décapant qui provoque autant les rires que la réflexion.

 

 

 

 

Humour
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Bête de scène : Entrevue avec Jérémy Du Temple-Quirion

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2013, Jérémy Du Temple-Quirion se fait de plus en plus remarquer, et pour cause. Même s’il mène présentement un véritable marathon de spectacles dans le cadre du Zoofest, l’humoriste de la relève a pris quelques minutes dans son horaire chargé pour discuter avec La Vitrine.

Comment t’es-tu rendu compte que tu étais comique?

Jérémy Du Temple-Quirion : J’ai grandi dans une famille qui rit beaucoup. On a le rire facile à la maison. J’ai grandi avec deux filles, et je ne pouvais pas me battre avec mes petites sœurs. Donc, pour faire réagir le monde, fallait que je les fasse rire. C’est peut-être là que ça a commencé… Tout le monde était pas mal comique à la maison : ma mère, mon grand-père, mon père, mes sœurs… Je ne dis pas qu’ils sont tout le temps drôles, mais on a le rire facile chez nous. Après ça, à l’école, je voyais que je me faisais accepter aussi quand j’étais comique. C’est quelque chose que j’ai remarqué.

Il y a des gens comiques qui décident d’être dentistes ou politiciens… Qu’est-ce qui t’a donné le goût de faire carrière en humour? L’argent, la gloire, les femmes, ou toutes ces réponses?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Rires). Pour vrai, je pense que c’est aucune de ces réponses. Mes parents m’ont emmené à Juste pour rire quand j’étais jeune, et je ne comprenais pas que c’était une job. Je ne comprenais pas comment ça fonctionnait, mais je trouvais ça tellement nice! Je trouvais ça vraiment tripant, et à un moment donné, je me suis dit : « Crime, j’ai juste à essayer! ». Et j’ai essayé, en secondaire V, au gala de fin d’année. Mon premier spectacle à vie était à l’Étoile du quartier Dix30, devant toute mon école, tous les profs, toute la direction, et tous les parents. Ça a été l’un des moments les plus stressants de ma vie. J’avais peur de me planter, j’avais peur de me faire ridiculiser, puis finalement, dès que j’ai eu un rire, ma vie a changée. C’était le plus beau moment de ma vie, et je me suis dit que j’allais essayer de le reproduire le plus souvent possible. J’ai fait trois ans de Cégep, j’ai fait Cégeps en spectacle, je suis rentré à l’École de l’humour. Moi, je veux faire des shows à tous les soirs, parce que j’aime faire rire les gens, j’aime raconter des blagues. Je fais ça aussi pour mon plaisir personnel et, habituellement, ça passe par le rire des autres.

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Est-ce qu’il y a des humoristes qui t’ont influencé, ou des humoristes dont tu es jaloux?

Jérémy Du Temple-Quirion : Non, je ne suis pas un gars jaloux dans la vie, mais j’admire. J’admire la manière de travailler de certains humoristes, comme Gad Elmaleh, que j’ai découvert relativement jeune. Il fait rire les gens d’une manière tellement simple et pure, il est tellement intéressant à écouter. Beaucoup d’Américains aussi. Des Louis CK, Dave Chapelle, Chris Rock, Seinfeld, Jimmy Fallon… C’est des ultra-travaillants, des ultra-perfectionnistes. C’est beaucoup la manière de travailler des gens qui m’inspire. J’écoute beaucoup de documentaires sur eux, beaucoup d’entrevues, en plus de leurs stand-ups, pour vraiment voir les dessous du travail. C’est comme n’importe quoi. Tu veux être bon en nage, ben plonge dans l’eau, et nage. L’humour, c’est un peu la même chose. C’est vraiment ce que j’apprends en regardant ces gens-là, qui jouent à tous les soirs, tout le temps.

Il y a déjà quand même quelques humoristes au Québec… Est-il difficile de faire sa marque quand on débute en humour?

Jérémy Du Temple-Quirion : Je pense qu’il y a une certaine sélection naturelle qui se fait, dans le sens que la relève, on a un beau milieu, celui des bars. Le calibre est assez fort, ce qui fait que si tu ne travailles pas fort, que tu ne perfectionnes pas tes blagues et que tu n’arrives pas avec du nouveau matériel, ben, à un moment donné, tu ne te feras plus booker. Inévitablement, le milieu fait en sorte que t’as pas le choix de t’améliorer, t’as pas le choix de travailler. C’est sûr qu’au départ, tu ressembles aux gens qui t’influencent, sans trop le vouloir. C’est juste que c’est les gens que tu as le plus écouté, donc, inconsciemment, tu vas trouver une musicalité, ou une manière de puncher qui va leur ressembler, mais le but d’un humoriste évidemment, c’est de devenir le plus unique possible. Je pense que la seule façon de vraiment devenir unique, c’est de développer sa propre manière de jouer. C’est dur, mais en même temps, ça se fait un peu tout seul. Tu sais, je ne me suis pas dit : « Bon, moi, ça va être ça ». Je travaille sur mon matériel, je travaille sur la manière de lancer mes gags, puis à ce moment-là, je vais finir par trouver vraiment 100%, Jérémy Du Temple-Quirion, et 0% des autres.

Y’a t-il des sujets ou choses en particulier qui t’inspirent? De quoi aimes-tu rire?

Jérémy Du Temple-Quirion : J’ai le rire vraiment facile. Je suis un gars ben de bonne humeur, mais souvent, j’aime parler de ce qui se passe dans ma vie. Je suis un gars très honnête, donc, j’ai de la misère à mentir. C’est rare que je raconte des trucs qui sont faux sur scène. C’est beaucoup mes réflexions, ce que je vois, ce que je vis. Ça fait un an que j’ai déménagé, que j’habite tout seul, fait que, dans mon spectacle, je parle un peu de solitude, quelque chose qui est nouveau pour moi, comme je viens d’une famille de cinq. J’ai un numéro sur l’infidélité, qui est un thème que je trouvais très riche, qui n’est pas nécessairement comique, mais j’ai trouvé le comique là-dedans. J’étais content, parce que c’est nouveau pour moi, d’attaquer des sujets comme ça. Pour l’instant, je suis un gars assez léger. Je veux juste prouver aux gens que je suis le plus drôle possible, donc, je parle de mon chat, je parle de mon père, ma mère, mes sœurs… Je parle vraiment de mon entourage.

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Tu dis que tu fais de l’humour léger, mais j’ai lu quelque part que tu as déjà fait vomir de rire un spectateur. Est-ce que tu peux nous raconter la blague, ou c’est trop dangereux pour ceux qui viennent de manger?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Rires). Hey, pour vrai, mon Dieu! Je faisais une demi-heure sur la rive-sud de Québec, et puis, à un moment donné, j’ai fait vomir de rire quelqu’un… Pour moi, il avait probablement pris une couple de bières de trop aussi… Je pense que c’est un mélange bouffe, bière, et rigolade… J’étais comme flatté, mais dégoûté en même temps (rires). C’était particulier.

Tu animes le Gala des refusés au Zoofest. Si je comprends bien, c’est un spectacle avec six autres humoristes qui ont été refusé à Juste pour rire?

Jérémy Du Temple-Quirion : Exactement. J’ai eu le flash de ce spectacle-là quand j’ai été refusé aux auditions… En fait l’année passée, j’ai eu une audition pour un gala. Je m’attendais à la même chose cette année, je ne m’attendais pas à faire le gala, mais je voulais au moins faire l’audition pour que l’équipe de Juste pour rire voit mon évolution et voit où je suis rendu. Quand j’ai été refusé, j’ai vécu un peu de frustration, puis j’ai vu qu’il y avait de mes amis et collègues qui vivaient aussi cette frustration-là, et je me suis dit « Pourquoi je monterais pas un show pour le fun, pour nous-autres, et pour rire un peu de cette situation-là? ». J’ai décidé de monter ce spectacle-là avec six humoristes vraiment fabuleux, Mehdi Bousaidan, Sam Breton, David Beaucage, François Boulianne, Didier Lambert, Alexandre Bisaillon et Guillaume Pineault. On a décidé de juste présenter le meilleur matériel, le meilleur des humoristes, pour notre plaisir personnel, et finalement, les gens ont vraiment répondu à la proposition : on est un des meilleurs vendeurs du festival, et on est ben ben ben contents de ça!

Ça aide à se sentir moins rejet…

Jérémy Du Temple-Quirion : Oui, pas mal (rires). Je suis content, parce que je pense que tout le monde a vraiment aimé l’idée, mais, en fait, c’était juste une excuse pour faire un spectacle en habit. C’est juste pour ça (rires).

Tu participes à un paquet de shows durant le Zoofest, parfois tu fais plus d’une prestation par jour. Certaines personnes pourraient penser que tu es le Geneviève Jeanson de l’humour. Alors ma question : est-ce que tu prends de l’EPO pour réussir à faire autant de spectacles?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Éclate de rire). Non. Malheureusement non, je suis pur, et euh… Ma mère est venue me porter vraiment beaucoup de nourriture, donc, moi, mes seuls stéroïdes, c’est la nourriture à Nicole. C’est vraiment tout ce que je prends (rires).
 

Humour
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Étienne Dano : confessions d’un excessif

S’il n’est pas toujours évident de se démarquer lorsqu’on fait partie de la relève en humour, Étienne Dano n’a pas ce problème avec son premier spectacle solo intitulé Excessif.

Avant de monter sur scène, Étienne Dano fait immanquablement le tour de la salle pour serrer la main de chaque spectateur. Il n’y avait peut-être que 200 personnes lors de la représentation à laquelle j’ai assisté, mais quitte à s’y prendre quatre jours à l’avance, l’humoriste s’engage à faire la même chose si jamais il se produit au Centre Bell. En cette période de transmission de la grippe et de l’Ébola, le geste n’est pas que courageux : en accueillant les gens à la bonne franquette, comme s’il recevait de la visite dans son propre salon, Dano tisse ainsi un lien de complicité immédiat, installant du même coup le ton très personnel de son premier spectacle, intitulé Excessif.

À part le vidéoclip de sa chanson parodique sur les « douchebags », je dois avouer que je ne connaissais pas vraiment le travail d’Étienne Dano. Bien que l’humoriste pratique la forme la plus classique du stand-up comique, sans décors, personnages ou costumes, sa façon de jouer avec le vocabulaire m’a agréablement surpris. Ses jeux de mots sont parfois douteux (« Comment t’appelles-ça une salade qui se fait huer? Une salade de chouuuu! »), mais à d’autres moments, il se lance dans des envolées oratoires dignes des Loco Locass et de la slam-poésie, comme lorsqu’il décrit son expérience dans un casse-croûte (« Quand y fait chaud et que c’est le rush, ça roule et c’est hot dans une roulotte à hot-dogs »).

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Étienne Dano passe du coq à l’âne durant l’heure et demie de son spectacle, puisant principalement dans ses souvenirs et ses anecdotes personnelles pour livrer des gags légers, mais la plupart du temps efficaces. Entre les histoires sur sa première brosse à la crème de menthe, sa jeunesse dans les années ’80 à Beauharnois, ou son hommage hilarant à Cyril Chauquet, l’animateur d’une émission de pêche au Canal Vie, ses talents de conteur font crouler la salle à maintes reprises. Son monologue sur le jeu compulsif, un problème avec lequel l’humoriste est aux prises depuis l’âge de 24 ans, constitue sans aucun doute le moment le plus fort de sa performance, provoquant autant les rires que la réflexion.

Sans révolutionner la formule du stand-up, le premier spectacle solo d’Étienne Dano contient assez d’humour et de personnalité pour que le public passe un bon moment en compagnie de cet humoriste de la relève, qui gagne certainement à être connu.

Humour
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Une soirée cauchemardesque

Mardi dernier, j’étais à la place de la Paix, posé tranquille à assister au concert John Williams de l’Orchestre de la Francophonie présenté par la SAT. Perdu dans mes souvenirs de la Guerre des Étoiles quand, soudain, un Bat-Signal dans la nuit m’appelle : ce soir, dans 15 minutes, le Zoofest présente un one-man-show : Charles Beauchesne présente : Bienvenue dans mon cauchemar. Non, en fait, c’est juste un rappel sur mon téléphone qui sonne… Abandonnant Schindler, E.T. et Luke Skywalker, je cours vers le théâtre Ste-Catherine (un peu déçu, mais quand le devoir appelle…). Et franchement, j’ai bien fait!

Le Zoofest a beau exister depuis 5 ans, je suis étranger au festival. Pas que l’idée d’encourager des humoristes émergents me déplait, au contraire! Comme l’a déjà dit Rozon à TLMEP « Qui peut être contre le rire? »… En fait, c’est juste que seulement, des fois, la vie, vous voyez, d’autres activités, voilà… Non, je sais, ce n’est pas très convaincant, je n’ai pas vraiment d’excuses. Mais bon, c’est maintenant chose du passé, car mardi dernier, je me suis rattrapé.

Pour moi, non-initié, le Zoofest, c’est 3 semaines de spectacles d’humour décalé, dans des salles minuscules avec un public friand de nouveauté. Je ne m’avancerai pas sur le reste du festival, mais le cauchemar de Charles Beauchesne était exactement ce à quoi je m’attendais… Et même plus.

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Donc, arrivé vers 21h50, une petite file, principalement peuplée de gens dans la trentaine, entre tranquillement dans le Théâtre. Malgré l’étroitesse du lieu, je me trouve une place au balcon. Quelques minutes d’attente, puis arrive sur scène un chauve aux sourcils épais, portant un chandail rayé blanc-noir et manipulant une marionnette. Celle-ci introduit le spectacle à venir en insultant allègrement Charles Beauchesne. Un peu confus devant cette mise en bouche, je me questionne un peu sur ce qui va suivre.

Soutenu par des textes très bien ficelés, Charles Beauchesne nous enmène dans un voyage sur ses peurs et angoisses. On navigue dans des eaux fort curieuses où s’enchainent son emploi comme lutin du père Noël dans un centre d’achats, ses aventures avec une ogresse sur un site de rencontres, sa phobie de Lady Gaga, ses discussions avec son frère nonchalamment raciste. Mélangeant crises de nerfs, dénonciations et moments pathétiques, il nous fait rire… beaucoup! Une seule déception : une heure de spectacle c’est trop court, on en demanderait plus!

Donc, si comme moi, vous n’êtes jamais allés au Zoofest, vous avez jusqu’à ce dimanche. Dépêchez-vous, parce que sinon vous devrez attendre un an avant de pouvoir en profiter, et un an, c’est long! Malheureusement, il n’y a plus de représentations de Charles Beauchesne, mais un bref coup d’œil à la programmation de la fin de semaine vous permettra sûrement de trouver de quoi vous déchainer les zygomatiques.

 

 

Humour
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François Bellefeuille : La rage de rire

Avec son premier spectacle solo, François Bellefeuille s’impose dans le paysage de l’humour québécois grâce à son personnage aussi philosophe que timbré et à son humour de choc.

Colère et hilarité ne vont pas nécessairement de pair. Il faut un talent comique hors du commun pour parvenir à dilater la rate de son public en faisant des montées de lait. Même s’il est encore considéré comme faisant partie de la relève, et qu’il présente actuellement son tout premier one-man show en carrière,  François Bellefeuille, un humoriste dont le niveau d’indignation est proportionnel aux rires qu’il provoque, y parvient sans difficultés. En bref, plus son personnage pète sa coche, plus on se bidonne. Dès son arrivée sur scène, il confie que « le spectacle n’est pas à la hauteur de ses attentes, surtout le numéro de danse », et électrise la salle avec son style de comédie très particulier.

François Bellefeuille passe habilement du coq-à-l’âne dans ce premier spectacle parfois déroutant, mais diablement drôle. Les raisons de sa colère vont des Bixis aux légumes (« le goût, c’est crissement pas leur force! »), en passant par les sudokus, la calvitie, ou les vendeuses de la Senza qui refusent de l’aider à trouver la taille de sa poitrine. Teintée d’un brin de maladie mentale, la logique tortueuse de son personnage crée des gags imprévisibles dont la chute est la plupart du temps vociférée. N’allez pas penser que la formule finit par s’épuiser durant l’heure et quart que dure sa prestation : Bellefeuille maîtrise à merveille ce curieux mélange de colère et d’absurde.

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On pourrait qualifier François Bellefeuille de stand-up hystérique. Imaginez un Lewis Black québécois souffrant de troubles psychologiques, ou un improbable croisement entre Pierre Légaré et Amédée Brisebois. Muni d’un simple micro, il livre une performance complètement survoltée, appuyée par la mise en scène de Martin Petit. Un écran vidéo est mis à contribution à deux moments particulièrement forts du spectacle. Lors d’un numéro empreint de surréalisme, l’humoriste hirsute découpe différents endroits sur la carte du monde pour les relocaliser ailleurs. Dans un autre, il effectue la narration de deux livres pour enfants (dont l’infâme Caca Boudin), en hurlant ses commentaires vitrioliques à chaque illustration.

Ce premier one-man show est un véritable feu roulant de gags bizarroïdes, et constitue une bouffée de fraîcheur dans un monde où les humoristes sont parfois un peu trop sages. N’ayons pas peur des mots : François Bellefeuille livre l’un des meilleurs spectacles d’humour de l’année. À voir absolument, à moins que vous n’aimiez pas rire aux éclats.

 

Humour
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Une autre planète de Réal Béland : Objet hilarant non identifié

Qu’il porte le chapeau de comédien, de réalisateur, de musicien, d’animateur ou d’humoriste, Réal Béland ne fait jamais rien comme les autres, comme le prouve son plus récent spectacle, intitulé Une autre planète.

Réal Béland est une drôle de bibitte. Pratique-t’il l’humour absurde, ou est-il simplement étrange de nature? Non mais, sérieux? Une chose est sure : l’humoriste ébouriffé aux gags parfois tirés par les cheveux n’hésite jamais à sortir des sentiers battus pour faire rire. C’est précisément son côté bizarroïde qui sert de fil conducteur à la douzaine de sketchs composant son nouveau spectacle, intitulé Une autre planète. Si Béland y est présenté en introduction comme « un homme vivant dans six dimensions spatiotemporelles en même temps, dont les blagues sont parfois destinées aux gens d’une autre planète », ça ne devrait pas empêcher les Terriens d’apprécier la performance disjonctée du comique, au contraire.

Une vaste majorité d’humoristes québécois pratiquent leur art dans le plus simple appareil. Pas tous nus évidemment, mais c’est armé d’un seul micro qu’ils livrent leurs monologues, sans beaucoup d’éléments de mise en scène. Ce dépouillement facilite sans doute la logistique quand vient le temps de partir en tournée, mais c’est aussi ce qui différencie Une autre planète des autres shows de stand-up comique. Écran géant, participation du public, costumes, présentations vidéo et montages sonores contribuent à donner vie à l’univers singulier de Réal Béland et à sa galerie de personnages tous plus éclatés les uns que les autres, parmi lesquels on retrouve l’incontournable King des ados, la madame du sexe est dans l’enveloppe, ou encore Messkurtz, un nouveau venu peu impressionnant dans le monde des fascinateurs.

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En plus d’offrir une performance rodée au quart de tour, Réal Béland réserve certains moments à l’improvisation, un défi pas toujours évident à relever, surtout en humour. Son talent d’improvisateur se révèle entre autres dans le numéro mettant en vedette son fameux personnage de Monsieur Latreille. Avec le même esprit qu’un jeune faisant des mauvais coups au téléphone, il appelle des parents ou des amis de personnes présentes dans la salle, et tente de glisser une série de mots choisis par le public dans sa conversation. Lors du spectacle auquel j’ai assisté, il est parvenu à placer les mots « balai », « pogo », « bonbon patate » et « bobettes parachute » du tac au tac en badinant avec sa victime. Grâce à ces quelques sketchs improvisés, chaque représentation est unique.

En regardant Une autre planète, on se demande souvent comment le cerveau de Réal Béland peut bien fonctionner pour accoucher de tels gags. Si vous appréciez l’humour sur un registre différent, vous ne serez certainement pas déçus par ce spectacle, qui nous fait voyager dans l’univers parfois étrange, mais toujours drôle, d’un humoriste qui évoque, à certains égards, une version québécoise d’Andy Kaufman.

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Crédit photo : Julie Caron

Simon Delisle, en 60 minutes

Pour son premier spectacle solo, qui s’inscrit d’abord à la programmation du festival Zoofest 2013, puis à celle des productions de la série 60 minutes avecprésentée au Monument-National, Simon Delisle a délibérément choisi d’aborder un sujet qu’il maîtrise parfaitement, et qu’il souhaite faire davantage connaître au public, c’est-à-dire, lui !

Question d’identité

Car sous ces apparences tranquilles (et cette bouille franchement sympathique) se cache un cerveau hyperactif, stimulé par un environnement et une société en constant changement, qui le poussent à se questionner et à réagir. Et nul besoin de préciser que l’humoriste a beaucoup à dire et à raconter!

Pour l’artiste de 28 ans qui n’en est guère à ses premiers balbutiements dans le domaine (lui qui multiplie les performances scéniques depuis sa sortie de l’École nationale de l’humour, en 2010 et qui consacre la plupart de son temps à l’écriture humoristique), ce spectacle se veut à la fois une occasion unique de conquérir un auditoire encore timide et de séduire bon nombre d’adeptes déjà ravis. « 60 minutes avec Simon Delisle, c’est un peu comme ma carte de visite… », me dit-il en entrevue. « C’est un aperçu général de mon travail, de mon humour, et de qui je suis », poursuit-il. Ce dernier partagera ainsi ses réflexions et ses impressions sur une multitude de thèmes qui le tiennent en alerte, l’inspirent, l’amusent, et façonnent sa personnalité.

Et puisqu’il n’a que très peu de temps devant lui (après tout, il ne dispose que d’une heure), il procède rapidement aux présentations avant d’interagir directement avec son public.

En guise d’introduction, un bref et sympathique montage photographique, regroupant de précieux souvenirs de jeunesse (et ceux d’une époque pas si lointaine), est projeté sur un écran géant, à l’arrivée des spectateurs. S’ensuit une courte vidéo mettant en vedette l’humoriste à 60 jours de son 60 minutes, que l’on prend soin de diffuser quelques secondes avant que les projecteurs ne s’allument. Ces initiatives, des plus efficaces et des plus ingénieuses, suscitent instantanément l’intérêt des quelque cent personnes réunies pour l’occasion, et donnent le ton à la soirée.

Accueilli en véritable héros lors de son entrée sur scène (on comprendra rapidement pourquoi !), Simon Delisle paraîtra visiblement heureux de retrouver un public si enthousiaste et chaleureux.

Crédit photo : Julie Caron

Crédit photo : Julie Caron

À son image

Grâce à un discours ponctué d’anecdotes divertissantes et d’histoires cocasses dont lui seul est le protagoniste, Simon Delisle enchaîne les blagues et provoque à coup sûr de nombreux rires sincères. Ses observations des mille et une petites choses du quotidien qui le tourmentent et le tracassent, le fâchent, l’insultent ou l’irritent (dont la météo, les publicités trompeuses, le gaspacho, ce potage que l’on mange froid et qui ressemble étrangement au populaire jus de tomate, et certains commentaires anodins qu’on peut lui adresser) agissent à titre de fils conducteurs et lui permettent d’explorer tout autant de pistes intéressantes.

Il en viendra ainsi à parler de sa maladie, et plus particulièrement du diabète, et de ses visites régulières chez le médecin, de la télévision et des émissions qui contribuent à sa paresse, de ses nombreuses connaissances sur une panoplie de sujets qu’il juge complètement inutiles et irrationnels (à quoi ça sert de tout savoir sur le céleri?), de la corrélation entre la musique et le déroulement de sa journée, de son plus récent voyage à Cuba et enfin, des projets qu’il souhaite réaliser avant de mourir.

Avec ce premier spectacle, l’artiste, qui se produira au Monument-National jusqu’au 21 juillet prochain, livre une performance irréprochable grâce à des textes brillants, des idées parfaitement ficelées, une vivacité d’esprit et un réel plaisir d’être sur scène, qui nous prouve avec conviction que sa place y est. Et si le nom de Simon Delisle se faisait un peu plus discret jusqu’à aujourd’hui, il y a fort à parier qu’il sera bientôt sur toutes les lèvres.

60 minutes avec Simon Delisle, au Monument-National, les 19 et 20 juillet, 22 h, ainsi que le 21 juillet, à 20 h 30.

Simon Delisle participera également à Ça suffit la comédie ! ainsi qu’au Geek Show, deux spectacles présentés dans le cadre du festival Zoofest 2013.

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Martin Perizzolo credit David Richard

Martin Perizzolo : parlez-moi d’amour (mais surtout de sexe)

Que les oreilles chastes s’abstiennent : jusqu’au 27 juillet 2013, dans le cadre du festival Zoofest, l’humoriste Martin Perizzolo occupe la scène du Cabaret du 4e du Monument-National afin de nous présenter son premier spectacle solo, Q, et de nous parler…de sexe.

De sexe, vraiment?

Si le thème semble avoir été exploré sous tous ses angles et revisité plus d’une fois, le sexe demeure un sujet de conversation intarissable. Le mot parvient à se nicher sur toutes les lèvres, à infiltrer des discussions, et tantôt à piquer la curiosité, tantôt à créer un certain malaise.

Pendant de nombreuses années, Martin Perizzolo a préféré se censurer et a choisi de ne pas s’aventurer sur ces sentiers (ô combien de fois) battus. Mais pour ce premier spectacle à ses commandes, il a volontairement décidé de sortir de sa zone de confort et de s’amuser avec cette matière riche et modelable. Lui qui a commencé à travailler sur le concept en janvier 2012 avoue avoir aujourd’hui suffisamment gagné en maturité pour s’assumer, et assumer ses textes, tout comme son choix de sujet.

« Il ne faut pas oublier que le sexe, ce n’est pas juste le sexe. Ça va au-delà du terme, au premier sens qu’on lui donne », me confie-t-il lors de notre entretien. « Le sexe, c’est aussi ce qui peut renforcer la communion entre deux personnes, ce qui parvient à briser des couples ou à donner la vie. C’est à la fois une passion, quelque chose d’unique, de différent et de complexe. Il y a beaucoup à dire et à raconter », poursuit-il.

C’est donc de cette complexité, articulée autour de diverses sphères de la sexualité, qu’il appuiera ses propos au cours des 60 minutes partagées avec un auditoire averti (18 ans et plus). Celui-ci prend par ailleurs un réel plaisir à le voir se livrer à ce nouvel exercice, alors que  l’humoriste troque ses discours habituellement cérébraux pour des réflexions un peu plus libertines.

crédit photo : Mathieu Doyon

crédit photo : Mathieu Doyon

Le sexe, de A à Z

Ou plutôt de A à Q, se plairait-il à dire. Car un thème aussi large que substantiel ne peut être analysé dans son entièreté en un si court laps de temps.

Mais qu’importe. Perizzolo, avec son humour à la fois niais et intelligent, nous propose une heure des plus divertissantes et des plus drôles. Ses textes brillants, ponctués d’anecdotes, de faits divers, d’expériences personnelles, de questionnements et de beaucoup, beaucoup, de vérités, interpellent rapidement chacun des spectateurs, notamment lorsque le célibat, les relations de couple, les ruptures amoureuses ou la peur de l’engagement y sont traités. Ses idées sont franches, rafraîchissantes, et exploitent des mots justes, qui parviennent à se détacher de la vulgarité, du mauvais goût et des clichés, même lorsqu’il décide de s’attarder sur des aspects plus pointus, tels que les problèmes érectiles, ou encore, les jouets pour adultes. Sa manière d’aborder la question est unique, et réussit à sortir des chemins maintes fois empruntés par d’autres.

Avec Q, on a peine à croire que Perizzolo explore un terrain qui lui est encore un peu inconnu, tant il semble être confiant devant son public.

Et c’est ce qui est admirable chez lui; qu’il soit sur scène ou au petit écran (c’est lui le célèbre Poudy de la série télévisée L’Gros Show et l’attachant Benoit de la populaire campagne publicitaire des Fromages d’ici), sous ou derrière les projecteurs (il a notamment été auteur pour Un gars, une fille), ce dernier demeure en pleine possession de ses moyens. Chacun des projets auquel il prend part rayonne, nous prouvant ainsi qu’il est un véritable artisan à l’efficacité redoutable. Et assurément, Q figurera sur la liste de ses meilleures réalisations.

Q est présenté au Cabaret du 4e du Monument-National jusqu’au 27 juillet 2013. Tous les jours, relâche les dimanches et lundis. 18 ans et plus.

Photo principale : David Richard

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photo : Geneviève Moreau

On prend toujours un cabaret pour rire.

Toujours à la recherche du spectacle le plus étonnant de la programmation de La Vitrine, j’ai découvert cette fois-ci un spectacle à l’image des cabarets qui ont marqué la vie nocturne de Montréal. C’est donc au Cabaret du Lion d’Or (ouvert depuis les années 30!) que je me suis dirigé jeudi dernier, pour assister au spectacle On prend toujours un cabaret pour la vie 3. 3, parce que bien que ce soit mon premier, c’est en effet le 3e cabaret du groupe L’Usine qui est derrière la production de ce spectacle annuel.

Le soir-dit, j’arrive une dizaine de minutes avant le début du spectacle, une jeune femme en paillette m’accueille et me désigne une section VIP, comme dans Vraiment Intimiste et Proche de la scène. En effet, je me trouve installé à quelques mètres de la scène. Je profite des quelques minutes qui restent avant le lancement du spectacle pour jeter un oeil au public derrière moi et constate rapidement qu’on doit être au moins 200, si ce n’est pas plus ! Ce bref survol m’apprend aussi que je suis clairement en minorité générationnelle… En effet, la salle est peuplée de têtes blanches, la moyenne d’âge doit sûrement tourner aux alentours de 50 ans et plus. Disons que ça change de mes chroniques précédentes !

À peine cette rapide inspection terminée, le spectacle se lance avec une courte vidéo d’introduction caractérisée par un esprit faussement sérieux du même ton que les vidéos publicitaires de l’évènement. La vidéo est à peine terminée que la soirée démarre en force avec un numéro de danse du dynamique animateur de la soirée, David Michaël. Après une courte discussion au « tu » avec le public où j’apprends qu’environ la moitié de la salle en est à son premier Cabaret pour la vie (ouf! je ne suis pas le seul), l’animateur nous annonce que tous les numéros sont des originaux et qu’ils ont été présenté nulle part ailleurs (en veux-tu de l’exclu, en v’là!). Puis, il invite les jumelles Simard à présenter le premier numéro de la soirée qui pourrait se résumer à de la nage synchronisée sur du Carmina Burana électro qui donne un bon numéro de mime à deux.

Après cette première prestation, s’ensuit une série de présentations tantôt drôles, tantôt étranges mais toujours surprenantes. Un ex-couple gay nous propose une semaine de thérapie baptisée Gay-Rire et qui, semble-t-il, permet de se libérer de son homosexualité; un bien joli et bien drôle pied-de-nez à tous ceux qui considèrent l’amour du même sexe comme une maladie. S’ensuit un poème sur les racines amérindiennes. Puis, un numéro de danse par des marionnettes qui retrace l’histoire de la danse de 1920 à aujourd’hui. S’enchaînent au grand plaisir des spectateurs des pas de charleston, swing, rock’n’roll, disco, hip hop, etc. Le tableau suivant touche à l’absurde avec une petite danse ridicule du producteur du spectacle, qui joue de la flûte à bec en habit médiéval cheap sur une musique de pipeau : digne d’un numéro des Chick’n’Swell ! Toute une façon de passer à l’entracte !

La deuxième partie du spectacle repart en force avec un numéro de peinture en direct avec la reproduction du célèbre tableau L’origine du monde de Gustave Courbet. Reproduction tout en humour et en émotions. Clairement, mon coup de coeur de la soirée ! S’ensuit Derrekarenn, une numéro de danse ridicule et chant approximatif par un couple des plus quétaines qui se veut un hommage à Michael Jackson. Je vous invite à découvrir la robe léopard de Karenn en cliquant ici. Puis, l’animateur nous annonce que le numéro suivant est un de ses petits fantasmes : une entrevue de Céline Dion par Guy A. Lepage. Pour réaliser ce rêve, il a réalisé un petit montage audio de différentes entrevues des deux célébrités et le tout est joué par deux mimes. Rigolo ! Le numéro suivant, titré Le Bal des Actrices, est l’un des meilleurs de la soirée. Sur l’air de Cell Block Tango du film Chicago où les trois actrices parlent des difficultés de leurs carrières dans le monde du spectacle : le public, leur image, les préjugés, etc.

Le dernier numéro, beaucoup plus grave,  met en scène une violoniste (très talentueuse!) du nom de Roxanne Del, qui joue la célèbre musique thème de Requiem for a Dream sur fond de carrés rouges. Je vous laisse imaginer la puissance du numéro… Heureusement, la finale vient radoucir l’atmosphère : tous les artistes du spectacle montent sur scène pour chanter  Tous les cris les S.O.S. de Daniel Balavoine. Étonnant, à l’image du spectacle en entier. Bref, cette troisième édition m’a agréablement surpris et j’attends avec impatience celle de l’année prochaine !

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Cinglant de Guillaume Wagner : faire sortir le méchant

Une maxime populaire affirme qu’on peut rire de n’importe quoi, mais pas avec n’importe qui. L’un des meilleurs exemples de ce proverbe est probablement Cinglant, le premier spectacle solo de Guillaume Wagner.

Il y a parfois quelque chose de très racoleur en humour, dans ce désir de chercher à plaire au plus grand nombre de personnes possible. Ce n’est certainement pas le cas du premier spectacle solo de Guillaume Wagner, intitulé Cinglant. D’entrée de jeu, l’humoriste énumère les catégories de personnes qu’il ne veut pas voir parmi son public, parce qu’elles risquent de gâcher le show. Ne sont pas bienvenus les coincés qui redoutent les sacres, les gens sans jugement qui ne comprennent pas le concept de l’humour et écrivent des lettres pour se plaindre, les matantes qui n’acceptent pas les jokes chiennes sur les chanteuses populaires, ou les intellos frais chiés qui se masturbent en lisant Le Devoir. Ce n’est peut-être pas une technique de marketing très efficace, mais ça a au moins le mérite d’être clair.

Guillaume Wagner s’est fait connaître pour sa participation à l’émission Un gars le soir, et par une certaine blague controversée sur la chanteuse Marie-Élaine Thibert. Il a fait appel aux services du gros cave lui-même comme script-éditeur de son one-man show. Je sais que l’humoriste n’est pas friand des jeux de mots, mais il aurait été plus approprié de nommer son spectacle Sein-Gland, puisqu’en plus d’utiliser un langage cru, cette enfilade de monologues anecdotiques tourne surtout autour des histoires de cul. L’humoriste livre d’ailleurs un vibrant hommage au vagin. Son humour salace possède des affinités avec celui de Cathie Gauthier, même si ce style trash est plus convenu dans la bouche d’un homme. Le rire est gras, mais il est bien présent.

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La performance de Guillaume Wagner s’inscrit dans la tradition du stand-up comique, avec pour seule fantaisie un écran lumineux affichant des icônes dont un signe de piastres, un crucifix ou une paire de seins. Comme la plupart des humoristes, une partie de son répertoire mise sur l’observation des comportements hommes/femmes, mais il est surtout cinglant lorsqu’il sort de la grivoiserie pour viser la société en général. Qui d’autre oserait dire sur scène : « Au Québec, on se choque pas pour les bonnes affaires. On se choque pour André Boisclair qui prend une graine dans le cul, mais on se choque pas pour Martin Matte, qui en a une dans ‘yeule à chaque annonce d’Honda ». C’est méchant, mais dans un monde où l’humour se fait parfois trop consensuel, on apprécie d’entendre des textes qui n’ont pas peur de grafigner un peu.

Cinglant ne s’adresse pas au grand public, et c’est tant mieux. Les adultes avertis devraient apprécier l’humour « 18 ans et plus » de Guillaume Wagner, en autant qu’ils ne soient ni coincés, ni matantes, ni intellos…

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