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La Lanterne Rouge, ou votre prochaine sortie aux Grands Ballets

Nous avons reçu la visite du Ballet National de Chine, les 21, 22, 23 et 24 février dernier. Ils ont interprété, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, La Lanterne Rouge, une poignante tragédie amoureuse, présentée pour la première fois au Canada. Mélangeant ballet classique, danse folklorique et représentations de l’Opéra de Pékin, La Lanterne Rouge est remarquablement mise en scène, saisissante de couleurs et de sonorités. Interprétée par une soixantaine de danseurs, elle ne passe pas inaperçue.

La Lanterne Rouge est une adaptation d’un film du cinéaste Zhang Yimou, Épouses et Concubines, lui-même adapté d’un roman de Su Tong, qui porte le même titre en traduction française. C’est ce cinéaste qui a produit le livret de ce ballet. Il est également le metteur en scène. Nous sommes dans la Chine des années 20. Une jeune femme, Lotus, se trouve forcée de devenir la deuxième concubine d’un haut fonctionnaire, riche et puissant. Elle intègre une maisonnée où sont déjà présentes l’épouse du fonctionnaire ainsi que la première concubine. L’atmosphère est chargée de rivalités qui mèneront inexorablement à la finale tragique. Lotus s’amourachera, réciproquement, d’un acteur de l’Opéra de Pékin. Cette liaison sera connue de la première concubine. Jalouse, elle la dénoncera au maître, qui lui reprochera, entraînant la chute des trois protagonistes dans une atmosphère contrastant fortement avec l’ensemble du spectacle.

La Lanterne Rouge

La Lanterne Rouge

C’est fatalement une simplification, tant du film que du roman. Cela est nécessaire dans un contexte narratif aussi particulier que la danse où rien n’est dit, tout est dansé, tout est imagé. Cela m’a beaucoup surprise, positivement. Comment rendre intelligible l’action narrative dans un ballet? Ce sont les mouvements des danseurs et la scénographie qui le permettent. À cet effet, les décors et costumes sont somptueusement intégrés à la chorégraphie. Les décors de Zeng Li, minimalistes et répétitifs, et étrangement chargés de connotations de lourdeur et d’enfermement, permettent l’encadrement de la scène et les jeux scénographiques, qui font avancer la narration. Les immenses bandes qui descendent du haut de la scène, entre transparence et absorbance des couleurs, se répètent des coulisses gauches à droites. Elles sont magnifiques. Les rangées de lanternes rouges, allumées devant les appartements d’une des concubines, elles illustrent le choix du maître, créent une atmosphère oppressante et stylistiquement captivante… Et pourtant, esthétiquement attirantes et sensuelles, elles symbolisent la discorde.

Lors du deuxième acte, le maître et sa cour assistent à une représentation de l’Opéra de Pékin. Cette scène est une de mes préférées. Le choix d’une immense porte circulaire dont les motifs du pourtour sont la réminiscence traditionnelle des arts décoratifs chinois, comme lieu de la représentation du spectacle de l’Opéra de Pékin, permet gracieusement l’enchaînement suivant. Dès lors que les deux protagonistes se reconnaissent comme amoureux, ils ferment les portes diaphanes et les pourtours de la scène s’assombrissent. Débute un magnifique duo incarnant les débuts de cette passion amoureuse. Ce moment nous extrait de la temporalité et nous introduit dans leur univers passionnel. Plusieurs autres scènes sont magnifiques dont celle où tous les danseurs sont réunis autour des tables de mah-jong, ainsi que l’avant-dernière scène où la lacération, tant des protagonistes que de leurs actions, est suggérée par les énormes bâtons rouges frappant la toile blanche.

La Lanterne Rouge

La Lanterne Rouge

Je pourrais longuement continuer sur ce spectacle tant il était riche en expressions. Les représentations sont déjà terminées; néanmoins, les Grands Ballets nous réservent d’autres spectacles, tout aussi intéressants, quoi que très différents dans leurs factures et dans leurs thématiques. Le prochain spectacle des Grands Ballets prendra la scène du 14 au 23 mars, Danz & Toot, un programme double d’Ohad Naharin et Didy Veldman qui s’annonce original et captivant.

Danse
OtraOrila_Photo © LUMANESSENCE PHOTOGRAPHY

HomoBLABLAtus ou la crainte du silence

Lorsque le questionnement tourne autour du vide, de l’excessif ou du pas assez, de la valeur tributaire de la parole dans un monde obnubilé et décalé, nous avons une réflexion intelligemment performée par une jeune compagnie, dont le nom signifie L’autre rive, qui s’élève contre la blablaterie.

La Otra Orilla est une compagnie de danse flamenco créée à Montréal en 2006 par Myriam Allard, danseuse/chorégraphe et par le chanteur Hedi Graja. Le dessein de cette troupe est de montrer le flamenco sous un jour nouveau et sans aucun doute, inédit dans « un langage actuel ». Un flamenco résolument contemporain. Les cadres traditionnels sont bouleversés et on obtient quelque chose de beau et de poétique. La dernière création de La Otra Orilla, HomoBLABLATUS est en représentation à la Cinquième Salle. C’est avec une surprise de petite fille que j’ai plongé pour la première fois dans ce monde andalou. Je reprends les mots d’un ami, qui m’accompagnait : « J’ai jamais assisté à un truc pareil de toute ma vie. » Je ne saurais mieux dire.

Débutant dans une atmosphère étrange et enfantine, HomoBLABLAtus joue énormément sur le trompe-l’œil, sur l’attention du spectateur à dénouer les fils reliant un fragment à l’autre.

Interprètes Myriam Allard, Hedi Graja. Photo : Mukul Ranjan

Sur scène, Myriam a l’allure d’une poupée de chiffon – sûrement à cause du tableau d’ouverture qui rappelle le jeu du marionnettiste – et on ne peut s’empêcher de suivre le moindre de ses gestes, magnifiquement interprétés et maîtrisés. Quant à Hedi Graja, sa prestation chantée plus grande que nature s’allie en équilibre avec les mouvements de la danseuse. Parfaite harmonie.

Ce spectacle démontre encore une fois que la danse est une discipline poreuse : le chant, le théâtre et l’art visuel y sont convoqués. D’ailleurs, un de mes moments coup de cœur est sans nul doute le duo visuel entre Myriam Allard et le danseur Antonio Arrebola. Cette partie est selon moi la plus expressive car elle met en scène d’une manière particulière un des enjeux de la pièce : la parole. Cette effusion oppressante de mots dont on n’en saisit même plus le sens. Je l’appelle Le coup de téléphone à variations car c’est la même scène qui se répète, mais jamais de la même façon. Plus douce. Plus violente. Un creux au milieu.

C’est un spectacle qui a un parti pris, étant très proche des préoccupations actuelles. C’est un spectacle avec un cœur bien placé.

HomoBLABLAtus est à la Cinquième Salle de la Place des Art du 16 au 26 janvier 2013.

Danse
Snakeskins_crédits photo : Christine Rose Divito

Intérieur brut.

Les jours viennent avec leur lot de belles surprises. La mienne consiste en la découverte du chorégraphe Benoît Lachambre et de sa dernière création, Snakeskins, présenté à l’Usine C.

En résidence pour les trois prochaines saisons, Benoît Lachambre revient à Montréal avec ce solo particulier qui semble en avoir convaincu plusieurs, moi y compris. Loin d’être une professionnelle de la danse, je peux toutefois dire que ce à quoi j’ai assisté, a été empreint d’une force brute qu’on ne peut tout à fait saisir. Qu’on ne veut pas saisir non plus. En tant que spectateur, on est interpellé de toute part. Tout est dans le ressenti. Snakeskins, c’est une histoire fragmentée. Une transformation. Une renaissance. C’est être à l’écoute du corps. Se dérouler, s’enrouler. Recréer aussi. Revivre autrement.  C’est à en faire un poème, je vous le dis.

Accompagné sur scène du compositeur Hahn Rowe, et de manière fugace et ponctuelle, du performeur Daniele Albanese, Benoît Lachambre offre une vision du mouvement, à la limite du supportable. Notre regard est brillant, notre corps frémit et le son envahit notre imaginaire. On se sent privilégié d’assister à cette recherche qui aboutit à cette pleine conscience du corps. La scène, ce laboratoire, dit-il. Et nous, observateurs consentants, nous recevons tellement.

Lachambre s’est approprié ce monde fascinant qu’est la danse depuis les années 70 et cela se voit. Se sent. Peut-être dans la liberté de son geste. Dans son rapport sans peur avec l’espace qu’il moule à sa guise. Il donne tout, incroyablement généreux. Assise là, troisième rangée, j’ai senti grandir cette envie de savoir «  jouer » de mon corps de cette manière. De le connaître si profondément.

L’expérience multimédia est assez surprenante et réussie. La finale, magnifique. Il ne faut pas avoir peur des mots. C’était le cas, un point c’est tout.

Il ne reste qu’une représentation, ce soir. Celle de la dernière chance, blague à part. Il ne faut pas manquer l’occasion de vivre cet instant. N’hésitez pas à venir plus tôt, un petit interlude surprise vous y attendra.

Par ailleurs, un concours est organisé. Appelez ou présentez-vous à la billetterie de l’USINE C entre 17 h et 20 h, dites « la mue » et profitez d’un 2 pour 1 pour la représentation de Snakeskins ce soir.

Chose intéressante à noter également : Benoît Lachambre animera un atelier axé sur les perceptions sensorielles du 15 au 19 octobre.

Quant à moi, je vais sans doute continuer à découvrir cet artiste, créateur de la compagnie B.L.eux et dont la liste de créations est si riche. Et je lui dis aussi merci pour cette pièce incroyable.

Danse
tangente_ne_meurs_pas_La-Vitrine

Danse à quatre temps en septembre

Après avoir soigneusement épluché les programmations en danse pour la saison d’automne, il m’a été très dur de faire une petite sélection toute personnelle. Tout semblait si alléchant, si tentant. Le mois de septembre à lui seul, ploie sous le poids des nouvelles créations. Malgré tout, des titres ont saisi mon attention au vol. En quatre temps, voici les pièces accrochées à mon tableau de la rentrée!

Duels

Les chorégraphes Hélène Blackburn et Pierre Lecours s’allient de nouveau pour nous présenter cet automne Duels sur les planches de l’Agora de la danse. Des tandems où l’affrontement doucement cruel est au centre des chorégraphies. Portés par une panoplie d’artistes de disciplines diverses, ces duels sont à l’image des scènes de vie, découpées et offertes à vif et sans retenue. J’aime bien la manière que madame Blackburn décrit ce spectacle que je suis impatiente d’aller voir : « C’est une ambiance de fin de party bien arrosé. Au moment où les cravates commencent à se dénouer. Où on se dit les vraies choses. Il n’y aura pas de nudité, mais à mesure que le spectacle progresse, il y a un certain relâchement. Ce sont des moments de vérité, avec des scènes de tough love. » Pour ma part, les créations que j’affectionne le plus sont celles qui n’ont aucune volonté de se parjurer. Celles qui dévoilent l’autre côté de l’intimité.

Ne meurs pas tout de suite, on nous regarde

Un titre mystérieux aux accents provocateurs, j’ai tout de suite accroché. En lisant un peu sur ce chorégraphe polyvalent qu’est Manuel Roque, son monde est aussi diversifié que fleuri : danse, cirque, théâtre, musique, photographie. Il a travaillé aux côtés de grands noms de la danse comme Marie Chouinard et Sylvain Émard. Aujourd’hui, il est chorégraphe en résidence à Tangente. Il sera l’un des deux interprètes de cette pièce loufoque et délicieuce, aux côtés de Lucie Vigneault. Je dois avouer que l’extrait vidéo m’a laissée dans une certaine perplexité. Mais la curiosité a été la plus forte. Si vous ne l’aviez pas compris, j’ai horreur de l’ordinaire et du banal. J’aspire qu’à des choses surprenantes et je suis certaine que ce show en fera partie. Vous avez peut-être déjà été confronté à son monde étrange dans Raw-me, l’année dernière au OFFTA. S’il est un étranger pour vous, il ne vous reste qu’à découvrir.

Ta douleur

J’ai découvert Brigitte Haentjens lors de ma première année à l’université. Elle mettait en scène la pièce La nuit juste avant les forêts qui était à l’étude pour un cours. Ma première pensée quand je l’ai vue la première fois à la librairie Port de tête fut qu’elle était une grande dame. Lorsque j’ai lu son nom à la direction artistique de cette nouvelle création présentée au Théâtre La Chapelle, je me suis dis qu’il fallait absolument que je sois dans cette salle. La vidéo en aperçu n’a fait qu’attiser encore plus cette impression. Ta douleur, c’est la somme de toutes les douleurs. De deux êtres. De deux corps. Des douleurs passagères ou celles qui restent accrochées à l’âme. Va savoir pourquoi, je suis déjà touchée.

Solitudes solo

Laissons de côté un instant, les duos multiples et les duos simples. Daniel Léveillé, quant à lui, nous renoue avec le genre du solo. Cinq interprètes dans la nudité de leur solitude, la maîtrise du geste en équilibre. Assister à un spectacle solo équivaut pour moi à un face à face parfois rude, entre le danseur et moi. Il n’y a aucune distraction. Plus rien d’autre sur lequel poser les yeux que ce corps sèchement livré. Rien que de l’honnêteté et de la transparence. Habitués aux masques, on ne sait plus comment recevoir l’authenticité. D’ailleurs, une table ronde se tiendra le 19 septembre, sur cette forme d’art qui se retrouve beaucoup exploitée cette saison.

Petit calendrier à garder sous la main

  • Ta douleur – Théâtre La Chapelle
    Du 18 au 22 septembre/ 25 au 29 septembre
Danse
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Tout débute quelque part…

Un premier pas. Un deuxième pas. Levée de rideau. Sauter le pas. La jeunesse en danse vibre, vivante et généreuse. Vibrons avec elle.

Relève, relève. Parlons-en encore et toujours. Je l’ai déjà fait, il y a quelques semaines. Il s’agissait alors d’un festival levant le rideau sur de jeunes professionnels, toutes disciplines confondues. Aujourd’hui, il ne s’agit que de danse. Et d’étudiants. Première scène, pour certains. On les regarde, on les examine, on les juge. Eux, ils dansent, comme ils savent si bien le faire. Sans artifices.

L’École de danse contemporaine de Montréal, qui fête son 30e anniversaire, également, il faut dire, une sorte de renaissance, nous gâte énormément avec des spectacles soutenus par leurs étudiants. Du 16 au 19 mai, au Studio Hydro-Québec du Monument-National, les étudiants de première et deuxième année y présentaient le fruit de leur travail. Les premiers ont interprèté quelques extraits de la pièce Anatomies du chorégraphe José Navas, qui nous avait proposé en janvier dernier, Personae. Quant aux étudiants de deuxième année, on a eu droit à deux créations originales : D’abord un fleuve, puis, autrement tranquille d’Emmanuel Jouthe et You blink, breathing little de Darryl Tracy.  Le tout accompagné par les musiciens de la Faculté de Musique de l’Université de Montréal.

Je dois dire que cette soirée (la première) a été empreinte d’une franche vitalité. On pouvait déceler dans leurs regards, leurs expressions, cette lueur qui affirmait : « Moi, je suis heureux d’être là! » Et c’était beau à voir. Ces artistes, déjà. Harmonie entre les corps. Aucune fausse note. De la fluidité et de la confiance en soi.

Mais bien entendu, ce n’est pas tout. Il y a les finissants, qui au terme de nombreuses années de labeur, vont nous dévoiler les Danses de mai. Le passage délicat entre l’école et leur vie professionnelle (enrichissante, on la leur souhaite). Le communiqué nous met l’eau à la bouche quant à ce qui nous attend du 24 au 26 mai à la Maison de la culture Frontenac. D’abord, l’interprétation de Joe et Rodolphe de Jean-Pierre Perreault et Les 24 préludes de Chopin de Marie Chouinard, adaptés par Ginelle Gagnon et Isabelle Poirier. Du côté des œuvres originales, ils auront le plaisir de danser Vie et mort de l’élégance de Marie Béland et Mes meilleurs amis de Dominique Porte.

Que de belles choses en perspective.

Danse
Le-Petit-Prince

Un drôle de voyage

Un conte faussement enfantin. Une chorégraphe avec un grand cœur. Voilà tout ce que ça prend pour que l’un des plus grands bijoux de la littérature trouve son écho sur scène. Les Grands Ballets Canadiens présente Le Petit Prince. Une œuvre intemporelle pour une création contemporaine.

Didy Veldman, chorégraphe néerlandaise s’est penchée sur cette œuvre si célèbre qu’est Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry, comme tant d’autres avant elle. Mais elle est la première à en créer un spectacle complet. Rien de moins qu’un ballet. Son désir « de retranscrire en mouvement la poésie et la pureté de ce récit unique » a pris son envol à Montréal sur les planches du Théâtre Maisonneuve, jeudi dernier. Le public était impatient et légèrement angoissé à l’idée d’assister à cette redécouverte d’un grand classique.

Il est important de laisser à la porte toute attente préconçue pour le premier soliste André Silva que vous verrez, certains soirs, sous les traits du Serpent. Il faut se laisser surprendre, se laisser offrir ce spectacle ce que je rajoute pour ma part, en toute humilité. J’ai donc apprécié l’imaginaire littéraire de ce conte philosophique, mais également et plus sûrement, l’imaginaire scénique élaboré. La chorégraphe avoue elle-même s’être accordée une certaine latitude face à l’œuvre originale. L’essentiel, c’est d’assister au mariage, de plus en plus fréquent, de la littérature et de la danse.

Le Petit Prince est l’une de ces histoires qui trouvent leur pertinence à toute époque, alors la touche moderne et créative dont se pare le spectacle n’est nullement superflue. Une histoire sur l’enfance, sur cette part de soi qui prend le large sans raison, sur les affronts d’un monde qui ne prend pas de gants. Une histoire universelle, dont les grands thèmes, toujours d’actualité, trouvent parfaitement leur place dans l’expression chorégraphique.

Votre soirée peut devenir magique si vous vous laissez tenter par le nouveau visage de ce conte mythique. Une trentaine de danseurs seront là pour vous « dessiner un mouton » dans un décor aérien conçue par Kimie Nakano, sur des airs savamment arrangés par Philip Feeney. Un de mes moments préférés fut celui où les notes de Do you love me  de The Contours, arrivèrent à mes oreilles.

Il n’est pas trop tard pour vous procurer des billets, les représentations continuent jusqu’au 12 mai. Retrouvez l’enfant en vous, il ne fait qu’attendre…

Danse
Simon Vermeulen

Des grands humains

Prenant naissance entre l’expression d’une gestuelle particulière du danseur Simon Vermeulen et la narrativité historique du réalisateur tunisien, Kays Mejri, le projet de vidéo-danse Der Untermensch est l’un de ces projets qui touchent et chamboulent.  Il me fait extrêmement plaisir de partager, ce qui on l’espère, sera une nouvelle vague dans le monde de la danse contemporaine.


Mélangeant le réel du documentaire au côté artistique et esthétique, Der Untermensch, qui signifie « sous-homme » en allemand, aborde par le biais de la danse, la persécution des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale. Un sujet prenant. Autant physiquement, qu’émotionnellement. Ce jeune danseur, diplômé de l’École de Danse Contemporaine de Montréal en 2011 (anciennement LADMMI) et possédant déjà un beau parcours,  a un souci extraordinaire des détails. Ce qui justifie entre autres, le choix du mode de diffusion. Une vidéo-danse et non un spectacle sur scène. Le rapport à la proximité n’est plus du tout le même. Le destinataire sera amené à être proche du sujet humain, ce personnage arien homosexuel qui veut assumer cette part de son être. À être conscient du moindre mouvement. Une intensité condensée en moins d’une dizaine de minutes. Sans être totalement une histoire racontée et linéaire, cette vidéo se veut un miroir des gestuelles du corps parlant. Chaque partie de ce corps exprime un message, une plainte, un espoir, un engagement. Car en effet, le propos est profondément engagé. Un pan dédaigné de l’histoire est dévoilé à travers cette construction visuelle. D’un désir de libération à l’épanouissement totale de l’être. Le reste est à découvrir.

Comment parler d’un projet qui n’est pas encore né? Comment vous convaincre que le dessein espéré en vaut la peine? Tout simplement, parce que j’y crois. J’y croyais déjà en  visionnant l’ébauche du travail et j’y ai cru plus fort en  partageant cette discussion  d’un enthousiasme communicatif avec Simon. J’ai été convaincue. Emballée. Enrôlée. La danse contemporaine qui grandit de toutes ces idées innovatrices de jeunes danseurs, cela me rend fébrile.

Pour le moment, ce projet indépendant dont le lancement est prévu aux alentours de septembre 2012, est dans sa campagne de financement. Je vous invite tout d’abord, à jeter un coup d’œil, en guise d’avant-goût, à la vidéo promotionnelle, se trouvant ci-bas. Puis, de partager et d’en parler. Et bien sûr, de contribuer à l’aboutissement de ce travail formidable en cliquant ici. Ce ne sera pas mon unique billet le concernant. Il reste quelques mois de production et de réalisation. Mais je serai aux premières loges pour le grand jour et je me chargerai de vous le rappeler.

Danse
VuesurlaRel

Les petits deviennent des grands

C’est le printemps. Bientôt l’été. Bientôt les Francofolies, le Festival international de Jazz ou le Festival Nuits d’Afrique. Bientôt les spectacles en plein air, les jupes flottantes et la légèreté des nuits plus longues. En attendant c’est le printemps et Montréal se dévoile.

À chaque saison, ses festivals. Ce mois d’avril voit battre son plein le Festival Vue sur la Relève qui en est à sa 17e édition. Relève. La fierté du lendemain. Le cœur des futurs incontournables. Vous savez, les artistes consacrés, avant de l’être, incarnaient eux aussi la relève. Devant vous, public à l’affût et exigeant.  Ils furent jeunes et maladroits, mettant leur confiance en vous, public, néanmoins, amoureux. Voilà ce que propose ce festival. Un regard sur les premiers battements d’ailes de jeunes créateurs francophones – du Québec et d’ailleurs – qui ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse s’envoler. Pendant près d’un mois, on leur offre une tribune d’expression, une scène, une voix. Danse, théâtre ou musique, la programmation du Festival est riche et fera plus d’un heureux, cher public amené à devenir fidèle. C’est également un moyen pour ces jeunes artistes en début de carrière de se mériter une place dans le milieu culturel, de rencontrer les professionnels et d’amener leurs créations là où ils l’ont toujours souhaité, je le suppose.

Danser avec les morts

Mardi dernier, au MAI (Montréal, Arts Interculturels), je me suis laissée tenter par Apariciones, proposé par la Compania Danza y Arte Escénico qui nous vient du Mexique. Un spectacle puisant son inspiration dans la traditionnelle Fête des morts au Mexique. Suivi par la pièce Au bord de l’os conçue par Aurélie Galibourg de la compagnie Désuète.

Deux spectacles, deux manières de côtoyer la mort, de l’apprivoiser. Le premier offre une vision mélangeant l’épouvante à une ambiance joyeuse. La mort est un ami qui marche sur nos pas, pourquoi ne pas faire plus ample connaissance? Au bord de los traduit plutôt l’idée que la mort n’est pas une fin en soi et que les êtres chers sont encore présents jusqu’à l’ultime moment où on les laisse partir. Deux réflexions posées dans des décors évocateurs, colorées pour Apariciones  et plus sombres pour Au bord de l’os.

D’ailleurs, dans le cadre du projet Ganas de Vivir en collaboration avec les sœurs Schmutt, la Compana Danza y Arte Escénico fut présente ce dernier samedi 14 avril au Théâtre Outremont pour un spectacle, également, sur la thématique de la mort.

Le Festival Vue sur la Relève n’est pas terminé, loin de là. Il nous reste une grosse semaine pour découvrir de nouveaux talents. Profitez des beaux jours, invitez la jeune fille ou le jeune homme qui ne quitte plus vos pensées, voir un magnifique show de danse. Cela fait toujours son effet. Le plaisir va durer jusqu’au 21 avril. Pour prendre connaissance de la programmation si ce n’est déjà fait, cliquez ici.

Pour ma part, je compte aller me gâter.

Danse
Imprudanses

De la danse démocratique

Ils font partie d’une ligue. Libérée et sauvage. Ils créent et dansent, bouillonnant d’une énergie délurée. Ils s’adaptent au monde. Caméléons à visage découvert. Le temps de dire Dansons!

La ligue

Les Imprudanses, créée en 2003 par Marie-Ève Albert et Normand Marcy est une ligue d’impro-mouvement téméraire qui entraîne la danse contemporaine sur une pente singulière où création et improvisation se tiennent la main.  En s’attardant sur l’historique de cette ligue, il est évident qu’il y a eu du chemin parcouru, des défis relevés, toujours dans une logique novatrice et ludique. Il est surprenant que ça m’ait pris si longtemps avant d’être au courant de leur existence alors que leur mission rassemble tous les éléments qui, d’ordinaire, attirent mon attention. Une panoplie de danseurs avides –  car ils sont une trentaine composant cinq équipes – qui se sont donnés le but d’offrir corps et âme, leur passion. Des lieux de diffusion non conventionnels – oubliez les salles de représentation habituelles! – et ce, dans le but de « développer un public ». Et le public, parlons-en. Spectateur et en même temps, participant. La passive observation  n’est plus de mise. Le public donne autant qu’il reçoit. Le contact avec les danseurs est direct et vif. Petite mise en scène pour les non initiés; leurs performances se jouent sous forme de match opposant deux équipes. Leurs chorégraphies sont régies par des paramètres en lien à l’espace et au corps, et des contraintes de temps, par exemple, tout en laissant la place à de courtes improvisations. Mélange d’une structure et d’instantané.

Un pas dans l’intimité

J’ai eu l’immense privilège de passer un après-midi avec une équipe de la ligue, celle des Rouges. Assise dans un coin, je les ai regardés entrer tranquillement dans leur sphère.

Je me suis rendue compte qu’on n’écrivait pas des histoires qu’avec des mots. Je me suis fait l’effet d’une voyeuse, mais qui avait de la chance d’assister à la naissance brute d’un mouvement, d’abord pensé, ressenti, puis posé. Audrey Bergeron, la capitaine de l’équipe est une âme généreuse. Enveloppante. Marie-Ève Albert, un feu intérieur. Émily Honegger, une sauvage liberté. Simon Ampleman, le temps suspendu. Geneviève Gagné, une royale incandescence. Le lien entre ces danseurs, fort et perceptible, m’est apparu dans leurs gestes, leurs paroles, leurs rires, leurs souffles. Il a été très agréable d’observer le travail, la préparation et la franchise derrière ce qu’il nous donne si généreusement. Ce sont des danseurs et ils dansent. Avec amour. De styles différents, ils forment ce tout unique qui fait sourire. Ce sont aussi des comédiens qui se nourrissent de tout ce qui les entoure : objets, mots, couleurs, l’autre. Disons-le, ils étaient magnifiques. J’ai la certitude que les Verts, les Bleus, les Jaunes et les Oranges le sont également.

La ligue sera en tournée cet été, mais n’attendez pas jusque là. Le match des étoiles se tiendra le 5 mai au Café Campus et il faut que vous y soyez. Si vous tombez sous leurs charmes, des formations sont offertes aux amateurs de danse et d’improvisation. Quel excellent moyen d’entrer dans leur univers.

Danse
Slobodian

Des mots jetés sur la scène

Si vous ne la connaissez pas, voici venu le moment. Entrez dans le monde de cette chorégraphe dont la réputation n’est plus à faire.  Présentée à l’Agora de la danse, sa plus récente œuvre Orlando ne peut susciter que l’attachement et de larges sourires.

Deborah Dunn s’inspire pour sa nouvelle création du roman de Virginia Woolf, Orlando, dont l’histoire s’étend sur plusieurs siècles. Quatre précisément, où notre héros, dans une éternelle trentaine, quitte une vie pour une autre dans des hasards tumultueux qui se solderont avec son réveil en femme. Pas n’importe laquelle, en femme de lettres. L’androgynie d’Orlando est prétexte à un discours de fond sur une société hermétique et patriarcale et bien sûr, sur la figure de femme-écrivain. Mais, il ne sera pas question ici d’une analyse littéraire. La transposition à la scène est ma priorité. De plus, la lecture du roman n’est pas une nécessité pour aborder le spectacle. En fait, l’effet peut être de vous retrouver le lendemain matin à bouquiner à la recherche d’Orlando. Ce qui fut, agréablement, mon cas.

Deborah Dunn performe la littérature. Avec sa compagnie Trial & Eros, la chorégraphe possède à son actif une belle liste de créations, dont certaines puisent une influence dans des œuvres littéraires. Que ce soit The little Queen, inspirée en partie de la pièce de William Shakespeare, The Tempest ou de Four Quartets,  des poèmes de T.S Elliot, les mots sont un fil avec lequel se tisse chaque chorégraphie. Orlando, qui allie le jeu du théâtre et la subtilité de la danse, n’échappe pas à cette règle. Lui qui rêve de devenir poète. Les mots survolent la scène et le public. Ils guident le corps et s’approprient l’espace. Le mouvement de l’écrit est aussi perceptible que celui des six interprètes. La parole et la voix soutiennent, sans être de trop, la rythmique de la pièce.

Musique classique et son moderne. Le passage d’un siècle à l’autre s’entend, se ressent. Les époques se succèdent, joliment encadrées par une composition musicale où se mélangent légèreté et sensualité. Humour et gravité. Oui, de l’humour, il y en a. Certainement caustique. Diane Labrosse, compositrice de la trame sonore, combine merveilleusement bien les mélodies de différents siècles, plaçant interprètes et spectateurs dans différents espaces historiques. La chorégraphie suit la même chronologie alliant danse baroque et danse contemporaine. Je garde en tête la disparité de cette pièce. La mosaïque formée par Audrée Juteau, Sara Hanley, Natalie Zoey Gauld, Alexandre Parenteau, Nancy Rivest et Nicolas Patry. Leur élégance dans un  tableau fragmenté.

La pièce se poursuit jusqu’au 17 mars à l’Agora de la danse. Pour un plaisir autant littéraire que visuel.

Danse
Crédits : Olivier Brajon

Pour l’amour de la glisse…

Liberté. Créativité. Fierté. Ces mots prennent leur sens dans un endroit qui aurait pu nous rester étranger. Ces mots sont performés par une troupe qui s’est inventée son propre imaginaire et son propre créneau. Portrait d’un nouvel art, à travers les yeux d’un artiste, patineur, danseur et rêveur.

Je ne vis que pour découvrir et m’émouvoir. Je fais preuve d’imprudence bienheureuse devant la créativité qui sommeille dans les corps comme dans les esprits. Et humblement, je partage l’émerveillement quotidien. Plus tôt, ce mois-ci, je me suis laissée surprendre par le groupe Patin Libre, compagnie de patinage contemporain fondée en 2005 par Alexandre Hamel, un jeune patineur artistique qui voulait élever sa passion au-delà du traditionnel. Cette troupe s’est formée sur ce pari provocateur de chambouler les règles, offrant un monde nouveau dans un paysage familier. Faire oublier ce « divertissement populaire » si cher à tout le monde. S’inspirant de danses urbaines et contemporaines, des arts martiaux et du nouveau cirque, le patinage contemporain se veut le mélange parfait entre le mouvement et l’expression artistique.

En quoi ce nouvel art est différent du patinage artistique? Les méthodes ne sont pas les mêmes, les visions et les attentes, non plus. On ne jette pas aux orties les années d’expérience acquises, mais on les redéfinit. On invente un nouveau langage pour le même espace.

« Nous continuons à utiliser les mouvements du patinage de fantaisie : sauts, pirouettes, etc. Ces mouvements sont beaux et impressionnants. Utilisés comme matériaux de base pour de la création, ils nous servent très bien. Nous utilisons aussi diverses influences : danses urbaines, arts martiaux, danse contemporaine, nouveau cirque. Mais, nous restons concentrés sur notre magie unique : la glisse. » – Alexandre Hamel

Le processus de création peut atteindre plusieurs mois. C’est dire que ces performances sont patiemment muries et qu’elles n’attendent qu’un public indulgent et aussi enthousiaste que le sont ces patineurs. D’ailleurs, le public est prié d’oublier tous les stéréotypes liés au patinage artistique et de se laisser conquérir.

En Europe, comme le dit Alexandre Hamel, le mouvement est lancé. Leur créativité rencontre une liberté beaucoup plus conciliante. Ce qui est plus ou moins le cas au Canada, où les règles sont strictes et étouffantes quant à l’accès aux patinoires. Sans parler du conservatisme du monde du patinage. Une chance pour nous, cela n’arrête pas notre charmante petite troupe qui prend d’assaut nos étangs gelés, l’hiver. Mais n’aimeriez-vous pas les avoir à l’année longue comme les européens? Moi, si! Des extraits de leur nouvelle création, Patineurs Anonymes ont été présentés dans le cadre de la 9e édition de la Nuit Blanche à Montréal et Alexandre a exprimé le souhait de revenir plus souvent à Montréal. Ce qui nous remplirait d’une joie immense. Mais l’émergence d’un nouvel art n’est rien sans l’entrain des cœurs à prendre. Donc, je vous invite à suivre minutieusement l’évolution de la troupe Patin Libre et de leur manifester un support fougueux. Quant à moi, je les remercie d’exister.

Danse