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Les bastards, c’est nous.

Je ne suis pas une professionnelle de l’analyse d’un spectacle de danse. Je pense qu’il faut avoir une certaine base pour prétendre pouvoir analyser de fond en comble une prestation de cette discipline. Mais, je suis capable de ressentir, de percevoir une émotion qui se dégage d’une performance. Je suis capable de reconnaître la beauté quand je la vois, je suis capable d’être touchée par un corps en mouvement. Et ce fut le cas pendant la prestation incroyable des danseurs de Some Hope for the Bastards.

Le spectacle avait lieu au Monument National et était présenté en première internationale le 1er juin dernier dans le cadre du Festival Trans-Amériques. Le spectacle faisait salle comble; gens du milieu et festivaliers s’amassaient dans le hall. J’étais fébrile. Je n’avais pas assisté à un spectacle de danse depuis un moment et j’avais peur d’être rouillée et de ne rien comprendre! Une peur bien irrationnelle, il faut le dire. Beaucoup pense que la danse contemporaine a un côté élitiste, mais je pense qu’il faut simplement avoir une certaine sensibilité pour capter son pouvoir.

Et quel pouvoir avait le spectacle chorégraphié par Fred Gravel ce soir-là! D’une durée d’une heure trente, le spectateur assistait aux prouesses physiques des danseurs, haletant presque en même temps qu’eux. Alternant silence et musique tantôt rock, tantôt électro, tantôt acoustique, parfois avec paroles, mais surtout sans, le résultat final était totalement captivant. J’étais totalement absorbée par ce que les corps essayaient de communiquer. Pourtant, mon attention s’est vu faillir à quelques moments où la séquence dansée s’étirait un peu trop dans le temps. Comme quoi, tout ne peut pas être parfait.

Fred Gravel parle habituellement beaucoup dans ses spectacles, il le dira lui-même. Ce soir-là, il a peu parlé, laissant sa création le faire à sa place. Le public a toutefois eu droit au Manifeste de Fred Gravel, nous expliquant le contexte de création du spectacle et surtout, l’origine du titre. Il a également parlé de l’attente ; autant celle que les spectateurs ont envers lui que celle qu’il a envers eux. Il disait espérer faire face à un public intelligent, curieux, sensible. À voir l’ovation finale, il semble que c’était bel et bien le cas.

La prestation était divisée en plusieurs tableaux, chacun portant son propre rythme, son propre souffle. Voulant travailler la pulsion, Frédérick Gravel passe également par la répétition et l’évolution progressive de celle-ci à travers le corps des danseurs. Le public pouvait ainsi plonger dans l’œuvre et dans l’univers du danseur même. Cela allait plus loin que regarder un tableau dans un musée, nous faisions partie intégrante de cette fresque humaine.

Le mouvement était partout. Je suis certaine que je n’ai pas vécu le même spectacle que la personne assise à mes côtés. Je pouvais décider de suivre la progression d’un couple, au détriment d’un autre, ou même d’un seul danseur, puis décider de changer en plein milieu. L’histoire que j’ai captée n’est qu’une version de la représentation, c’est le regard que j’ai décidé de lui donner. Certains duos étaient plus sensuels, d’autres plus viscéraux, parfois chaotiques. Le corps était à l’honneur, le poussant au maximum de ses capacités sans tomber dans le trop spectaculaire. Entre les grands numéros de groupe, des moments plus silencieux, désirés par le spectateur, comme une oasis de répit dans le chaos.

Mention spéciale à la conception musicale de Philippe Brault qui était exceptionnelle et en parfaite harmonie avec le visuel chorégraphique. Clin d’œil à l’éclairage digne d’un show rock. Fred Gravel disait vouloir organiser la désorganisation afin qu’il se passe quelque chose, autant dans le corps du danseur que chez le spectateur. Et c’est réussi, Fred, bravo, pari tenu!

Danse
Some hope for the bastards

Énergiquement Frédérick Gravel

C’est à 9h00 un mardi matin que j’entre en contact avec Frédérick Gravel. Malgré son agenda digne d’un premier ministre, il a gentiment accepté de prendre quelques minutes pour parler du spectacle qu’il présente le 1er et 2 juin prochain au festival TransAmériques (FTA) : Some Hope for the Bastards.

  1. Ce n’est pas ta première expérience au FTA. Est-ce qu’on aborde la chose de la même manière?

Je dois me rappeler comment j’ai abordé l’expérience la première fois! Je pense que la principale différence est que Gravel works n’était pas une création, alors que c’est ce que j’ai principalement fait par la suite. Nous avions déjà fait le spectacle auparavant, dans une autre version soit, mais il avait déjà été rodé. C’est devenu ma petite condition maintenant, de pouvoir roder mon spectacle au moins une fois devant public avant de le présenter officiellement à Montréal dans un festival d’envergure. Je préfère qu’on se donne une chance de voir où on s’en va. La pression n’est pas la même, pas nécessairement celle des autres, mais celle que je me donne à moi-même.

  1. Comment décrirais-tu Some Hope for the Bastards?

C’est une production avec beaucoup de monde. J’essaie de travailler en collaboration avec les danseurs et plus ils sont nombreux, plus ça fait des conversations intéressantes. C’est un spectacle très musical, autant par la musique elle-même que dans l’écriture chorégraphique. Le tout a une assez grosse charge énergétique et n’a pas la prétention d’en mettre plein la vue. Je préfère aller dans l’énergie, la tension qui ronge de l’intérieur, plutôt que le spectaculaire.

  1. Tu dis que tu travailles beaucoup avec tes danseurs, comment abordes-tu cette collectivité dans la création?

Il n’y a rien qui existe sans les danseurs. Avec eux, la création est faite sur le coup, en répétition. Mais ils sont nombreux, alors cela me met plus de pression de directions sur les épaules que d’habitude. Il faut que mes directives soient claires afin que le public puisse bien recevoir et interpréter ce qui lui est présenté.

  1. Qu’en est-il de la création musicale?

Il y a quand même une bonne différence entre les deux. Philippe (Brault) peut travailler seul chez lui, avancer de son côté et ensuite arriver avec des propositions. Il fait des pistes de recherche, qu’il travaille ensuite avec José Major, le batteur. Nous sommes justement rendus à rassembler le tout, avec la technique et l’éclairage. Cela nous donnera l’occasion de jouer ensemble, ce que nous n’avons jamais fait. Le travail musical deviendra donc plus collectif, mais la direction principale reste celle de Philippe (Brault).

  1. La distribution est incroyable! Comment s’est faite la sélection?

Il y a des gens qui font partis de la bande depuis longtemps, je les considère comme ma famille artistique. Il y a aussi des nouveaux. C’est important pour moi qu’il y ait un échange artistique intéressant, autant de mon côté que du leur, pour que tout le monde retire quelque chose du travail. La majorité des danseurs sont également chorégraphes, ce qui donne des conversations complexes. Je choisis des gens avec qui cette conversation ne sera jamais terminée, avec qui le produit fini n’existe pas et où il y a un échange possible. Ils sont plus qu’exécutants, même s’il y a quand même des qualités inhérentes au travail. Ça prend des gens athlétiques, généreux, avec une belle polyvalence.

  1. Tes spectacles évoquent une théâtralité différente de ce qu’on voit habituellement en danse. Comment expliques-tu cela?

J’ai une compréhension particulièrement complexe de la théâtralité. Par chance, il y a Francis Ducharme, qui est avec moi depuis longtemps, qui m’aide à comprendre. Il est comédien d’abord et il a des réflexes bien entrainés d’acteur. J’essaie d’aller dans la simplicité de la théâtralité ; ne pas en ajouter, mais plutôt reconnaître sa présence pour mieux la maîtriser. Je ne cherche pas à expliquer théâtralement, mais bien comprendre le potentiel du jeu. En fait, je veux faire de l’anti-jeu ; être théâtral, mais sans jouer.

  1. En quoi Some Hope for the Bastards se démarque-t-il de ce que tu as fait dans le passé?

Ça évolue constamment et chaque pièce se trouve à être la réponse de l’autre. J’essaie de faire une suite de segments qui réussiront à se nourrir les uns les autres, de jouer avec une nouvelle manière d’écrire. J’avais envie que la musique soit ultra reliée au travail. Il s’agit de mon spectacle le plus assumé dans une rythmique musical. C’est vraiment une étude sur la pulsation. Puis, c’est le retour de la batterie sur la scène. Il n’y en avait pas eu depuis Gravel works et j’avoue que ça me manquait!

  1. Est-ce qu’il y aura d’autres instruments sur scène?

C’est encore en création, mais oui, de la guitare, c’est certain. Ça sera à saveur très électro, avec un peu de chanson. J’ai beaucoup écouté la musique de Suuns, un groupe montréalais, et de Moderat. Ça m’a aidé à démarrer. Je voulais une musique avec une pulsation et une mélodie un peu abstraite ; de la veine de l’énergie, de la texture, des nuances. Je travaille en couche, en superposition musicale, avec l’omniprésence de la trame énergétique au lieu de la trame narrative d’une chanson. Par contre, je ne veux pas seulement rester sur un « frame », partir le beatbox et faire un spectacle d’une heure et demi. Le but est de trouver les contrastes rythmiques dont on a besoin pour faire du sens.

  1. Comment vois-tu la réception du public?

C’est présenté dans une grande salle. Le Monument National doit avoir une jauge de 700 ou 800 personnes, avec le balcon. J’essaie, je ne sais pas si je vais y arriver, de lancer une invitation ; que le public voit ce qu’être un danseur représente. Le but étant de laisser le spectacle se plonger dans l’œuvre au lieu de vouloir tout contrôler en présentant un produit fini, réglé au quart de tour et qui « garoche ». Je voulais organiser la désorganisation, pour qu’il se passe quelque chose. J’essaie d’inviter le spectateur à entrer dans l’univers du danseur pour que ça se rapproche plus d’une expérience que d’un spectacle-cinéma.

  1. Qui est donc le Bastard du titre?

Ah! C’est tout le monde. C’est moi. Nous. En fait, je préfère nous à moi. C’est ma vision du nous. Je vais essayer d’expliquer ça clairement et rapidement : Je cherchais un titre sur cette pièce-là que je suis en train de sortir. Ce que je fais n’est pas sombre, mais la manière dont je vois les choses l’est. Et dans l’état présent du monde, ce n’était pas cette pièce-là qui allait vraiment changer les choses. J’avais de la difficulté à situer mon art. Je suis assez engagée dans la réflexion sociale. J’ai trouvé que ce qui m’intéressait dans l’art n’était pas nécessairement d’aller adresser des préoccupations sociales ou des messages très clairs. Je commençais à me demander à quoi servait ce que je faisais. J’ai réalisé que ça servait seulement à donner un tout petit peu d’espoir à des gens qui peuvent encore changer des choses. Ces trous de cul, nous, qui peuvent encore faire quelque chose. C’était un constat très pessimiste. J’ai baptisé ces personnes-là : des bastards. Ces gens qui auraient le pouvoir de créer des changements, mais qui ne savent pas du tout comment. En fait, ils ont perdu le moyen par plein de système d’obéissance en place, de système où l’on se sent impuissant, de système démocratique qui n’en est pas vraiment un. Les leviers dont nous avons besoin pour faire bouger les choses sont absents ou difficiles à comprendre, à connaître. On sent que c’est de notre faute, que l’on devrait être les personnes qui savent quoi faire (parce qu’on est éduqué, qu’on a du temps), mais on ne le sait pas du tout. On devrait être la personne avec les solutions, mais on fait face à un sentiment d’impuissance. Les bastards, c’est tout ça. Le titre existe pour ça, mais ça peut aussi vouloir dire beaucoup d’autres choses. Ça ouvre des questions et c’est aussi à ça que ça sert, un titre.

  1. Et qu’est-ce que l’avenir réserve à Frédérick Gravel? Quels sont tes projets futurs?

C’est plus concret déjà! (rire) Il y a pas mal d’affaires! Je suis occupé! Je fais un spectacle avec Pierre Lapointe dans le cadre des Francofolies, juste après le FTA. C’est du 14 au 17 juin à la Maison Symphonique de Montréal. C’est un spectacle d’envergure avec Étienne Lepage, Sophie Cadieux, Alexandre Péloquin, l’organisme Jean-Willy Kunz et la designer industrielle Matali Crasset. (billets encore disponibles ici ) Ça va m’occuper!

Il y a également mon duo This duet that we’ve already done (so many times) avec Brianna Lombardo qui tourne encore. Nous le présentons en Allemagne juste avant le FTA, puis nous le reprenons cet automne. Tout se pète la gueule, chérie, le spectacle que j’ai créé au FTA en 2010, est aussi joué hors Québec pendant l’automne. Les spectacles d’Étienne (Lepage) tournent encore aussi! Nous allons jouer au Fringe d’Édimbourg, qui est un peu comme le festival Avignon du théâtre anglophone. Il y a une catégorie pour les spectacles canadiens et nous présentons Ainsi parlait pendant tout le mois d’août. La logique du pire est présenté à Paris en octobre. Beaucoup de reprises de spectacles à l’international.

J’ai aussi envie de faire une mise en scène « best off » avec un groupe de musique existant. Créer à partir du matériel musical d’un ou d’une auteur(e) compositeur(trice) interprète et en faire un spectacle, au lieu de leur demander de faire de la musique sur une de mes créations. Ça serait un événement concert. Ça me tente de me plonger là-dedans dans les prochaines années!

C’est clair que je veux faire un autre projet avec Étienne (Lepage). Nous sommes déjà en train d’essayer de partir quelque chose. Nous ne savons pas trop encore ce qu’il va se passer!

Si tu veux savoir ce que j’ai envie de créer après tout ça, c’est simple, j’ai envie de créer un solo. Je ne sais pas encore si ce sera un monologue ou un solo dansé exclusivement, ou si ce sera les deux, ou même si ce sera deux spectacles séparés. Tout est ouvert. J’ai envie d’écrire un peu, mais chaque fois que je dis que je vais écrire, je ne le fais pas.  C’est beaucoup de travail. Puis après, j’arrive en studio, je me mets à bouger, c’est naturel. Plus intégré si on veut. Je pars et j’y vais et je sais comment faire. Quand je me mets à écrire, je m’enfarge partout! Mais je vais le faire quand même! Il faut! Mais je veux aussi faire un solo dansé. En ce moment, ça va, j’ai 38 ans, je suis encore capable de danser dans mes spectacles. Sauf Some Hope for the Bastards, je trouve que je dirige assez de personnes comme ça! Je sens que je suis quelque part physiquement, sans dire que je vieillis et que je veux marquer le coup. Depuis le temps que je danse dans mes créations, je commence enfin à savoir danser. Ça a pris du temps, alors on va en profiter! Je devrais y arriver!

C’est ainsi que s’est terminé notre entretien. Frédérick devait justement se rendre à une répétition de son spectacle! Il reste encore quelques billets pour les 2 représentations de Some Hope for the Bastards présenté le 1er et 2 juin prochain au FTA.

Danse
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Casse-Noisette: un classique féerique

Jeunes et moins jeunes étaient réunis samedi dernier pour la première de Casse-Noisette. Le temps d’un après-midi, les spectateurs ont été submergés par la magie de Noël.

Le spectacle présenté depuis plusieurs années par les Grands Ballets Canadiens de Montréal, ouvre avec la scène familiale, la veille de Noël, durant laquelle les convives s’échangent de jolis cadeaux. La petite Clara reçoit le fameux casse-noisette de la part de son oncle. Après la fête, les enfants et les parents épuisés vont dormir. Dans la chambre de Clara, durant son profond sommeil, nous sommes témoins d’une féroce bataille entre souris et soldats. Afin de sauver Clara, le casse-noisette se transforme en prince. Ce charmant jeune homme mènera Clara dans un monde féerique où la magie opère.

Les spectateurs ont été épatés par les nombreuses chorégraphies. Les applaudissements retentissaient à la fin de chaque numéro. La maîtrise des danseurs, la complexité et la diversité des numéros ne cessaient d’éblouir le public.

Les décors du spectacle qui avait lieu à la salle Wilfrid-Pelletier étaient tout simplement majestueux. Les faits marquants de cette composition sont l’immense sapin qui semblait sans fin ainsi que le pays des neiges. L’orchestre des Grands Ballets Canadiens de Montréal a contribué à créer une atmosphère enchanteresse tout au long des différents actes.

Ce classique du temps des Fêtes est présenté ‪jusqu’au 30 décembre 2016 à la Place des Arts.

Galerie photos par Renaud Vinet-Houle

Danse
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En tête-à-tête avec La Tresse

Il suffit d’entrelacer trois mèches pour faire une tresse.

En tête-à-tête avec Geneviève Boulet, Erin O’Loughlin et Laura Toma, j’ai eu la chance de découvrir le nœud que forme La Tresse, un collectif de danse contemporaine basé à Montréal, qui présentera au Festival Quartiers Danses sa toute dernière création Beauté Brute : Volume II.

Donnant le ton à la rencontre, c’est sur l’air de la chanson I’m every women de Whitney Houston que les trois danseuses m’ont d’abord présenté l’un des tableaux de leur chorégraphie. Quelques minutes ont suffi à me faire vivre la qualité expressive de leur travail, car c’est à travers des mouvements vifs que La Tresse explore le corps jusqu’au plus infimes détails. Mains, doigts, pieds, visages, tout y passe, révélant une approche plus esthétique que ce qui se fait actuellement à Montréal.

Geneviève Boulet. crédit photo : Valérie Boulet

Geneviève Boulet. crédit photo : Valérie Boulet

Ce n’est pas étonnant, car c’est à Tel-Aviv en 2012 que le groupe s’est d’abord rencontré. Inspirées par la danse israélienne, plutôt gracieuse et axée sur les détails, Geneviève Boulet et Erin O’Loughlin participent à un stage de danse Gaga avec la compagnie Batsheva. Laura Toma y gradue la même année comme professeure. Le Gaga est un style unique qui favorise le langage corporel par l’exploration de schémas inhabituels de mouvements. Il en résulte des gestes délicats, détaillés, affranchis des conventions et en relation avec l’espace.

Erin O’Loughlin. crédit photo : Valérie Boulet

Erin O’Loughlin. crédit photo : Valérie Boulet

L’année d’après, La Tresse se noue définitivement à Montréal. L’urgence de réfléchir et d’explorer des thèmes qu’elles affectionnent les amène à travailler ensemble. « C’est comme trouver son partenaire de vie, c’est ça qu’on vit. On s’est trouvé et c’était clair qu’il fallait qu’il se passe quelque chose », me confie Geneviève Boulet. Cette affinité commune basée sur une recherche esthétique du corps, entraîne les danseuses à créer des chorégraphies léchées aux gestes libres et émancipés.

Laura Toma. crédit photo : Valérie Boulet

Laura Toma. crédit photo : Valérie Boulet

La féminité à travers sa complexité, le fantasme, le pouvoir et la fragilité, les rituels, les archétypes féminins traditionnels et actuels, sont au cœur de leur travail. De Shiva à Whitney Houston, la féminité est explorée dans sa fluidité. La Tresse dépasse les cadres rigides en allant au-delà des frontières, qu’elles soient disciplinaires, culturelles ou même genrées.

De belles brutes
Le spectacle Beauté Brute : Volume II, qu’elles présenteront le 15 septembre prochain lors de la soirée Relève d’ici II, est une nouvelle proposition inspirée de leur dernière résidence à L’Arsenal. C’est au sein des grands espaces de la fondation privée d’art contemporain qu’a germé cette dernière création. Alors que le volume I s’encrait davantage dans la terre et dans les sombres abîmes du désir, Beauté Brute : Volume II s’ouvre à la spatialité, révélant une atmosphère plus légère et dénudée d’artifices.

Explorant le corps dans sa globalité, elles oscillent aux frontières des catégories : entre l’ordre et le chaos, l’humanité et l’animalité, la vie et la mort, la beauté et la laideur, le cru et le délicat. Sans relâche, elles engagent l’entièreté de leurs corps dans une gestuelle très détaillée. Ce sont trois mèches qui s’entrelacent, tressant un tout indéfinissable.

La 14e édition du Festival Quartiers Danses se poursuit jusqu’au 17 septembre. Plusieurs évènements qui confirment la richesse de la scène contemporaine de Montréal sont à découvrir !

Les billets de la soirée Relève d’ici II sont en vente, juste ici.

D’ici là, faites donc plaisir à vos yeux en visionnant le vidéo de La Tresse et de leur création Beauté Brute : Volume II !

Volume II from LA TRESSE on Vimeo.

Danse
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Créateurs en liberté !

Du 6 au 17 septembre 2016, des artisans de réflexions, de rires, d’émotions et d’émerveillement investissent Montréal. Provocation, sensibilité et humour se côtoient pour la 14e édition du Festival Quartiers Danses (FQD) !  Un danseur changé à jamais à la suite d’un accident, un quatuor qui s’enduit de vase des pieds à la tête, un baiser langoureux qui s’étire de minute en minute et des interprètes qui se jouent des stéréotypes masculins et féminins : voilà qui promet d’offrir une large gamme d’émotions ! Cette fougueuse édition du FQD compte entre autres dans sa programmation :

Des artistes internationaux

Alex Neoral | Rio de Janeiro, Brésil

Crédit photo : Cintia Pimentel

Crédit photo : Cintia Pimentel

En performance aux États-Unis, en France, en Italie, en Allemagne et maintenant au Québec, ce jeune chorégraphe, danseur et entrepreneur remporte un franc succès auprès de divers publics par la pluralité de ses œuvres. Son spectacle culte As Cancoes que voce Dançou Pra Mim, qui clôture le FQD, a tourné et joué plus de 245 fois au Brésil, en France, en Italie, au Portugal et aux États-Unis.

Maya Orchin | New York, États-Unis

Crédit photo : Marie Letkowski

Crédit photo : Marie Letkowski

Un brin acrobate, Maya Orchin combine la danse et le théâtre dans un alliage puissant de prouesses physiques qui garderont votre regard bien ancré sur scène. Maya Orchin nous révèle Transport Fade, une œuvre hautement physique avec une combinaison de mouvements à couper le souffle!

Julie Dossavi | Poitiers, France

crédit photo : Gregory Brandel

crédit photo : Gregory Brandel

Super héroïne africaine, papillon curieux ou un corps sous l’emprise d’une cithare, Julie Dossavi parcours le monde physique et psychique à grandes enjambées !  Elle nous offre trois brillantes représentations. Deux en extérieur, gratuites : Adjalin et À chaque vent le papillon se déplace sur le saule. En salle, La JuJu, spectacle familial (dès 5 ans) déjanté dans lequel une super-héroïne voyage à travers l’espace-temps.

Des artistes locaux et nationaux

Jane Mappin | Montréal, Canada

crédit photo : Michael Slobodian

crédit photo : Michael Slobodian

Dans une trilogie poétique, Je marche à côté de moi, la chorégraphe montréalaise nous rappelle la dignité des personnes vivant avec une maladie mentale lors d’une soirée-bénéfice en collaboration avec  la Fondation de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Les fonds recueillis seront divisés entre les deux organismes et permettront entre autres de bonifier les activités de médiation culturelle du FQD.

Jeffrey Hall | Montréal, Canada

crédit photo : Michael Slobodian

crédit photo : Michael Slobodian

Chorégraphe pour le Cirque du Soleil, Jeff Hall a su cultiver le talent d’acteurs, d’acrobates, de danseurs ou encore d’athlètes. Ses œuvres sont teintées de son parcours prolifique! Il propose en soirée d’ouverture cette année, Falling, qui rend honneur au défi et à l’histoire du chorégraphe, changé à jamais suite à un accident.

Fleuve | Espace Danse | Saint-Jean-Port-Joli

Crédit photo : Jean-Sébastien Veilleux

Crédit photo : Jean-Sébastien Veilleux

Chantal Caron sait exprimer sa sensibilité à son environnement en donnant vie à ce qui nous est familièrement immobile, à ce qui, avec lenteur, se métamorphose au fil des neiges, des eaux, des marées, des séismes, des vents…  En collaboration avec 20 figurants, Chantal Caron met en scène un quatuor d’Hommes de vase, inspiré d’éléments qui façonnent la nature tels que la neige, les marées, le soleil et les tremblements de terre.

Et plus encore !

Le FQD offre des spectacles en salle et en extérieurs gratuits, pour tous et pour tous les goûts, ainsi que des activités gratuites : projections de courts-métrages, tables-rondes, exposition photo.

Venez encourager des artistes établis, de la relève d’ici et d’ailleurs dans une atmosphère de partage et d’échange.

Suivez la programmation complète en visitant quartiersdanses.com et profitez d’un tarif réduit pour les étudiants, les aînés, les membres du RQD et les 30 ans et moins.

Vivez Montréal au rythme de la danse!

Texte rédigé par l’équipe du Festival Quartiers Danses

Danse
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Galerie photo : Rêve

Hier avait lieu la première représentation du tout nouveau spectacle des Grands Ballets Canadiens, Rêve de Stephan Thoss. Un ballet démontrant une vie s’articulant autour des nuits et non des jours. Un couple qui vit une vie tourmentée avec elle hantée par des rêves et lui qui n’est pas affecté par ses troubles. À voir à la Place des Arts jusqu’au 4 juin!

 

 

Danse
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Galerie Photo : Préludes

Jusqu »au 19 mars, les Grands Ballets canadiens présentent Préludes au Théâtre Maisonneuve. Le programme double comprend La lueur de l’aube, un hommage au génie de Sergei Rachmaninoff par Ken Ossola, et RE (II) une invitation au voyage de Shen Wei.

Crédit photo : Renaud Vinet-Houle

Danse
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5 choses que l’on retrouve dans Swan Lake de Dada Masilo

Avez-vous déjà vu le Lac des Cygnes? Oui? Eh bien, je suis à peu près certaine que vous n’avez rien vu comme cette version signée par la jeune Sud-Africaine Dada Masilo.

Forte de plusieurs créations en danse, cette danseuse a monté avec brio une version, disons, pimentée de ce classique de Tchaïkovski.

Voici 5 éléments que l’on retrouve dans Swan Lake de Dada Masilo, présenté à la Place des Arts du 14 au 16 janvier.

 

1 – De la danse africaine

Ce qui frappe avant tout dans cette version, c’est l’infusion d’énergie africaine dans ce ballet habituellement présenté de manière très formelle.

Dada Masilo a su insérer avec brio dans cette pièce classique des mouvements et un esthétisme propre à la danse africaine. Le résultat est un mélange intrigant, fort d’un nouveau souffle qui garde en haleine le spectateur. 

2 – Des tutus pour tous

Traitez-moi de matérialiste, mais ce choix vestimentaire est l’un de mes éléments préférés de ce Swan Lake à la Dada Masilo. Presque tous les danseurs, hommes comme femmes, portent un tutu blanc et une coiffe en plume. Exit le flafla, bonjour l’androgynie.

J’étais purement fascinée par ces touffus tutus souples, qui ondulaient de manière presque burlesque au rythme des mouvements saccadés du bassin des danseurs.

La semi-nudité faisait partie intégrante du spectacle, permettant d’apprécier d’une autre manière tout le travail physique que demande une danse aussi exigeante que le ballet.

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3 – Un melting pot des genres

Dada Masilo nous mène avec humour et poésie dans sa vision de l’histoire du Lac des cygnes maintes et maintes fois mis en scène, avec une fusion des genres qui nous garde sur le bout de notre siège.

Tantôt ballet, tantôt danse africaine, la pièce est entrecoupée de théâtre, de tapements de pieds et de cris… Une chose est sûre : Swan Lake ébouriffe.

4 – Un ton léger

Le deuxième tableau ouvre avec un maître de cérémonie qui énumère théâtralement le déroulement d’une pièce de ballet classique : « Tous les ballets que nous avons pu voir pourraient se résumer dans un unique ballet dont le titre générique serait : « Filles en tutus au clair de lune »… »

Les danseurs miment  gaiement le monologue, donnant le ton à un Lac des Cygnes beaucoup plus léger que ce à quoi nous sommes habitués.

Même les chorégraphies exhibent beaucoup d’humour et de légèreté, suscitant de fréquents rires dans l’audience.

5 – Un prince gai

Eh oui! Dans la version originale du Lac des cygnes, le prince Siegfried, promis à Odette le cygne blanc, tombe amoureux du cygne noir, sosie de la première.

Sous la relecture de Masilo, le cygne noir est interprété par un danseur mâle, explorant le thème de l’homosexualité sous-jacente dans l’œuvre de Tchaïkovski. Ce faisant, elle confronte deux des grands tabous de son pays d’origine : l’homophobie et le sida.

 

Swan Lake de Dada Masilo et Dance Factory Johannesburg, une présentation de Danse Danse était présenté du 14 au 16 janvier 2016 à la Place des Arts.

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Le classique des classiques

Avec ses deux millions de spectateurs depuis 1964, ses 300 costumes, ses 1500 paires de pointes et ses 165 personnages, Casse-Noisette est une production monumentale. Le célèbre ballet revient encore cette année à la Place des Arts pour une vingtaine de représentations. Place à la féerie, à la magie et aux tutus !

La première fois que j’ai assisté à une représentation de Casse-Noisette, j’avais cinq ans et une brillante carrière de ballerine devant moi. Je rêvais de porter de jolis chaussons et de danser gracieusement comme ces déesses de l’arabesque. J’ai pris une retraite précoce à six ans et, vingt ans plus tard, je suis de retour à mes amours pour le ballet.

À la veille de Noël, l’échevin von Stahlbaum donne une grande fête dans sa demeure. Les invités dansent et les enfants sont ensevelis de cadeaux. La jeune Clara reçoit un casse-noisette de son parrain, que l’on dit doté de pouvoirs magiques. Lorsqu’elle s’endort, Clara plonge dans un rêve mystérieux et magnifique où les casse-noisettes se transforment en soldats combattant une armée de rats et elle est menée au pays des friandises où des danseurs des quatre coins du monde s’exécutent devant elle.

Le spectateur qui va voir Casse-Noisette doit se mettre dans un état d’esprit nostalgique. Il part à la recherche des Noëls d’antan et des souvenirs d’enfance. Ici, on se trouve devant un ballet classique que ni le temps ni les époques n’ont fait bouger. On danse encore la chorégraphie de Fernand Nault, élaborée en 1964, sur cette musique qui nous est si familière.

La pièce teintée d’humour est un voyage enchanteur dans le rêve. Les costumes colorés et  froufroutants côtoient les collants moulants des danseurs pour nous replonger dans notre imaginaire d’enfant. D’ailleurs, paraît-il que le prix moyen d’un costume se détaille à environ 2000 $ et que le costume du Roi des Bonbons avoisinerait les 10 000 $ !

Un impressionnant nombre de danseurs se partage la scène, du plus grand au plus petit. Les jeunes danseurs font fondre le cœur de l’assistance pendant que les danseurs professionnels l’éblouissent grâce à leurs mouvements précis et grandioses.

Casse-Noisette est présenté à la Place des Arts jusqu’au 30 décembre 2015.

Crédit photo : Renaud Vinet-Houle

Danse
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Hommes en cage

Une flamme vacille dans le noir. Dans une cage, deux hommes emprisonnés subissent les passions de la haine et de l’amour, de la tendresse et de la violence. Deux corps qui s’attirent et se repoussent, qui cherchent à être aimés et détestés. L’autre est-il notre prison ou la clé de la liberté?

Pour célébrer le 25e anniversaire de sa fondation, PPS Danse recrée Bagne; une œuvre-phare de son répertoire et de la danse au Québec. Les chorégraphes Jeff Hall et Pierre-Paul Savoie, également interprètes lors de la création de la pièce en 1993, agissent cette fois à titre de metteurs en scène et laissent leur place à Lael Stellick et Milan Panet-Gigon pour exprimer ce duel sensuel.

Cette promiscuité virile était plutôt avant-gardiste dans les années 1990 où l’on mettait peu en scène des rapprochements aussi intimes entre deux hommes. Bagne possède pourtant une portée universelle qui dépasse les frontières de l’homosexualité pour rappeler les démons intérieurs de chacun et notre soif de liberté dans un monde oppressant.

L’œuvre est chargée d’une rage où les personnages n’acceptent pas leur confinement et leur désir. Ceux-ci s’expriment dans des confrontations violentes où les deux prisonniers se battent et se lancent contre les murs. Un féroce corps à corps par lequel s’exprime une hargne envers soi-même. Mais à la nuit tombée, les barrières baissent pour laisser place à une valse onirique et charnelle où les corps sont enfin liés par l’épanchement… pour mieux se déchirer au matin.

La cage représente ici tant de prisons intérieures, mais c’est également un gymnase pour les danseurs : les acrobaties, les suspensions avec les bras et l’escalade des structures métalliques relèvent de l’exploit physique rappelant le cirque.

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Le déploiement de la force des interprètes et leurs techniques acrobatiques impressionnent. Par contre, on retrouve une certaine redondance dans les tableaux où s’enchaînent les moments tendres et les instants de lutte; une répétition qui ajoute une longueur à l’œuvre.

Bagne est présenté à la Cinquième salle de la Place des arts jusqu’au 31 octobre 2015 et sera en tournée à Québec en décembre 2015, à Longueuil et Saguenay en janvier 2016 et à Montmagny en avril 2016.

 

 

 

Danse
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La Jeune Fille et la Mort : Renaissance

Les Grands Ballets Canadiens clôt leur saison avec La Jeune fille et la Mort de Stephan Thoss, une pièce basée sur une dualité primaire de notre existence : l’indissociabilité de la vie et de la mort.

Résolument contemporain, ce ballet mise sur l’abstraction pour dévoiler l’acceptation d’une évidence : « Vivre c’est mourir ». La réflexion de Stephan Thoss l’a amené à redéfinir cette notion funeste qu’est la fin d’une vie. Funeste seulement dans certaines croyances, car pour d’autres, la mort n’est pas une fin en soi. C’est ainsi que le chorégraphe a choisi de mettre en scène un équilibre et un ensemble. S’inspirant de notions contraires  (le ying et le yang, le blanc et le noir, inspirer et expirer), il propose une exploration à base de symboles et de complémentarités.

crédit photo : Damian Siqueiros

crédit photo : Damian Siqueiros

Ces symboles, nous les retrouvons aussi à travers les quatre éléments : l’eau, le feu, la terre et l’air. Ces éléments, qui ponctuent le parcours cyclique du monde et celui de la chorégraphie, sont personnifiés par quatre danseuses. Leurs costumes sont les seuls à être confectionnés d’étoffes de couleurs, contrastant avec le noir et la simplicité des autres. Ces éléments inspirent le langage corporel et le mouvement dont l’influence expressionniste transmet bien une agitation intérieure et un combat contre le monde extérieur et ses absolus. Nous assistons alors à une déconstruction des certitudes figées, à une sorte de lâcher-prise.

crédit photo : Damian Siqueiros

crédit photo : Damian Siqueiros

La Jeune Fille et la Mort est fait de tableaux, tantôt lumineux, tantôt remplis de noirceur. Dans un décor sobre et encadré  (fenêtres, portes et tables), « la jeune fille » évolue et côtoie la Mort, ce personnage vêtu de noir. Entre fascination, peur et, finalement, acceptation, les danseurs nous font vivre des émotions contradictoires qui se dégagent de leurs enchainements énergiques sur une trame musicale qui épouse à merveille l’intensité du ballet. En effet, des créations de Phillip Glass, de Franz Schubert et de plusieurs autres talentueux musiciens amènent une touche onirique à ce spectacle déjà chimérique.

La Jeune Fille et la Mort sera présenté jusqu’au 23 mai 2015 au Théâtre Maisonneuve de La Place des Arts.

 

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Somewhere between maybe : ovni créatif

Étrange spectacle qu’est Somewhere between maybe, présenté hier à l’Agora de la danse. Dana Gingras signe une création insaisissable qui échappe aux normes. La chorégraphe montre que la danse peut être complètement éclatée.

Dana Gingras est une artiste d’envergure internationale et audacieuse. Après avoir cofondé la compagnie The holy body tatoo, elle s’est tournée vers une aventure solitaire avec Animals of distinction qui diffusent ses œuvres indépendantes. C’est une artiste qui défend la prise de risque dans la création.

Somewhere between maybe est une prise de risque qui se situe dans un espace autre que celui de notre compréhension immédiate. Dans un univers en apparence ludique, le spectacle est un ensemble de tableaux, d’arrêts sur des états, sur fond de musique de bal. Le spectateur a une vue en contre-plongée sur une scène me rappelant un trou noir où les deux danseuses évoluent en retenues et en pas faussement hésitants. Elles longent les bords de la scène, disparaîssent dans la noirceur, hors du cadre de l’espace scénique. On les devine, on sent leurs mouvements, mais elles sont hors champ. L’influence cinématographique a toujours pris une grande part dans le travail de la chorégraphe.

Sonya Stefan et Jamie Wright ne dansent pas, elles explorent l’espace dans un équilibre précaire, dans une sorte d’étrangeté, dans des actions interrompues. Affublées de masques, elles portent le « fantôme d’une chorégraphie » pour reprendre les mots de Dana Gingras qui a voulu se distancer du langage de la danse.

Très peu d’accessoires ont été utilisés, mais ils avaient leur justesse. D’abord, il y la corde qui sert au jeu des interprètes et qui « tranche » la scène. Puis, le sceau qui empêche les artistes de se toucher, les masques qui isolent les interprètes dans leur propre monde et la trame sonore venue d’un autre temps. Tout semble propice pour un voyage d’une sensation à l’autre.

Dépouillée d’une continuité et d’une histoire, la chorégraphie est basée sur le ressenti. Il faut laisser le pragmatisme à la maison. Quand on s’assoit devant une scène, on accepte implicitement de se plonger dans l’imaginaire de quelqu’un d’autre et toute la beauté est là. On n’est même pas obligé d’aimer. L’essentiel est de saisir au vol cette volonté de créer.

 

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Jusqu’au 13 février à l’Agora de la danse

Danse
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Cendrillon, réinventée version ballet

Quand on mentionne Cendrillon, vous pensez tout de suite à la version de notre cher Walt Disney? Alors direction Salaberry-de-Valleyfield pour assister à la version du Ballet Jorgën, qui revoit avec brio les aspects classiques de ce conte de notre enfance en y superposant des éléments inédits.

Le ballet Jorgën du Canada rend cette forme d’art plus accessible que jamais depuis maintenant presque 27 ans. La totalité de leur répertoire est composé de pièces originales, qui allient beauté, grâce et humour.

Pas facile d’inclure une touche de dérision dans une forme de danse aussi codifiée! C’est pourtant ce que Cendrillon, l’une de leurs pièces les plus populaires, réussit haut la main.

Élégant amalgame entre moderne et classique, cette pièce s’adresse tout autant aux adultes adeptes de ballet qu’aux enfants habillés en robes de princesse, qui pratiquaient avec ardeur leurs pirouettes et pas de deux pendant l’entracte.

Loin de verser dans le Walt Disney, l’histoire de Cendrillon mise en scène par Bengt Jorgën puise plutôt dans les versions antérieures de ce récit remontant au temps des pharaons. La fée marraine, la citrouille et les petits moineaux bleus laissent leur place à une mendiante, une forêt enchantée et des fées des bois.

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L’histoire s’ouvre sur une Cendrillon qui fait la rencontre d’une vieille dame mendiante, dame qui la remerciera de sa bonté par une graine magique. En la plantant, la jeune fille ne se doute pas qu’elle se réveillera au beau milieu d’une forêt enchantée, et qu’elle fera la connaissance de fées vertes qui la transformeront en jeune dame digne des grands bals.

Une seule condition est imposée par la reine des fées, toutefois; aucun baiser au bal du Prince ou le charme sera rompu. On vous laisse deviner le reste…

Une touche d’humour est apportée par le jeu cabotin des deux demi-soeurs prétentieuses et jalouses, qui offrent une performance solide du début à la fin. Et gardez l’oeil ouvert, le personnage de la belle-mère est joué par Bengt Jörgen, qui signe la chorégraphie!

La fantaisie était palpable jusque dans les décors où la forêt peuplée de fées des bois évoque les contes anciens. Parlant de décor, les éléments de scène imaginés par Glenn Davidson méritent amplement d’être soulignés. Le décor conjure un esprit de grandeur et rêve remarquable.

Bref, un excellent spectacle à prix vraiment abordable. À voir!

Cendrillon, présentée par le Ballet Jorgën du Canada à la Salle Albert-Dumouchel à Salaberry-de-Valleyfield, donnera une dernière représentation ce vendredi 28 novembre à 20 h. Soyez-y!

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Le délire domestique

La dernière création de la chorégraphe Deborah Dunn, Le délire domestique, c’est sept solos un peu barges explorant le thème de l’univers féminin dans ce qu’il a de plus banal et de terre à terre ; de plus stéréotypé, aussi.  C’est sept incarnations d’une intimité grandiloquente.

La chorégraphe interdisciplinaire qu’est Deborah Dunn, fondatrice de la compagnie de danse Trial et Eros, a un univers créatif bien à elle. Univers que j’avais tenté de dépeindre dans mon billet sur Orlando ici. Ses inspirations prennent racine dans la littérature et l’histoire, auxquelles elle insuffle sa vitalité et sa vision décalée du monde. Le délire domestique puise dans la simplicité du quotidien, le foyer et l’ordinaire. Pourtant ce qui est offert sur scène n’est pas simplement de l’ordre du commun, mais incarne plutôt un éclatement des clichés. Les sept interprètes offrent chacune à leur tour des performances disparates, personnelles, absurdes ; une fenêtre ouverte sur leur conception de la solitude dans des morceaux de vie au quotidien : scène de ménage ou de cuisine.

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Sur une scène pourtant épurée – seulement un réfrigérateur et quelques accessoires propres à chaque séquence – la théâtralité est très présente, portée par chaque danseur et créant une ambiance unique pour chaque tableau. Certains étaient empreints d’une douceur diffuse, mélancolique, alors que d’autres étaient plus viscérales. L’ensemble était bien un délire. Vivant.

Trois solos sont venus me chercher. Ceux de Dean Makarenko (le seul homme de la distribution), de Louise Lecavalier et d’Audrée Juteau. Les deux premiers laissaient transparaître cette force tranquille avec des passages que je qualifierais d’électriques.

Le solo d’Audrée Juteau (présenté dans la bande annonce ci-dessous), avait quelque chose d’immatériel et de fluide qui contrastait avec sa forte présence.

Le délire domestique, si on devait se risquer à le définir, est un spectacle en point de fuite et d’une belle fraîcheur, qui pose un regard sur le féminin tout en le glorifiant. Cela se poursuit jusqu’à demain à l’Agora de la danse.

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Une 12e édition qui invite à oser!

Du 12 au 20 septembre, le festival Quartiers Danses célèbre sa douzième édition. Au Parc olympique, à la station Berri-UQAM, à la Place des Festivals, au marché Atwater, au sommet du Mont-Royal et encore bien d’autres lieux, le festival s’invitera dans divers quartiers de Montréal.

Audacieuse, la danse contemporaine descend dans la rue pour mieux se faire connaître. Le festival Quartiers Danses invite en septembre tous les curieux à s’approcher des danseurs, à prendre part à la fête et à  assister à des spectacles en salles, ainsi qu’en plein air. Quartiers Danses propose une programmation éclatée, gratuite et à bas prix pour le bonheur des petits budgets.

Suite au dévoilement de la programmation gratuite, le 20 août dernier, nous avons questionné trois chorégraphes :

Qu’est-ce que Quartiers Danses pour vous?

Geneviève Lauzon :

Quartiers Danses, c’est une opportunité de rencontres entre les artistes et le public dans une grande variété de lieux. J’ai été attirée par les représentations en extérieur, car il s’agit de beaux moments; des coïncidences où les citoyens se laissent surprendre dans leur quotidien.

Catherine Lafleur :

C’est un diffuseur ouvert et audacieux qui compte parmi les premiers à m’avoir donné une chance de m’exprimer en tant que chorégraphe. C’est un festival qui fait de grands pas vers le public et qui leur offre une large diversité d’artistes de qualité. Je suis heureuse et privilégiée de faire partie d’un tel événement culturel.

Pourquoi avez-vous décidé de présenter vos œuvres au festival Quartiers Danses?

David Albert Toth, PARTS+LABOUR_DANSE:

La Chute combine des influences à la fois contemporaines, théâtrales et urbaines. En interprétant ce solo à la station Berri-UQÀM, au marché Atwater, au sommet du Mont-Royal ou à la verrière du Musée des beaux-arts de Montréal, l’œuvre, plutôt sombre, se révèle à la lumière du jour.

Catherine Lafleur :

Ayant gagné un prix coup de coeur de l’équipe Quartiers Danses en 2013, j’ai eu la chance d’être réinvitée cette année encore. Ma pièce Struggle II dehors, par son dynamisme et sa charge émotive, se prête parfaitement au concept de spectacle extérieur.

Cinq événements à absolument mettre à votre agenda :

  1. Coup d’envoi de la 12e édition, soirée de pré-ouverture au Parc olympique : Se joignant au rendez-vous des camions de rue, Quartier Danses a le cœur à la fête et présente trois heures de danse.
  1. Randy Glynn, Dancing in the Third ActSix couples, 800 ans d’expériences. Une œuvre humoristique et touchante.
  1. Ballet Preljocaj, Empty moves (Parts I, II & III) : Compagnie européenne prestigieuse, le Ballet Preljocaj a été présenté en ouverture du festival de danse de Montpellier et clôturera le festival Quartiers Danses. Présenté deux fois plutôt qu’une!
  1. Nir de Volff, Dancing to the EndVenue de Berlin expressément pour le festival, Nir de Volff use d’humour noir et d’absurdité.
  1. Hybridité et émergence : Vous aimez être les premiers à découvrir de nouveaux artistes? Ces deux soirées sous la bannière d’Hybridité et émergence vous offrent cette chance!

Retrouvez la programmation complète ici

C’est signé Alexandrine Désourdy
Chargée des communications au festival Quartiers Danses

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