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En tête-à-tête avec La Tresse

Il suffit d’entrelacer trois mèches pour faire une tresse.

En tête-à-tête avec Geneviève Boulet, Erin O’Loughlin et Laura Toma, j’ai eu la chance de découvrir le nœud que forme La Tresse, un collectif de danse contemporaine basé à Montréal, qui présentera au Festival Quartiers Danses sa toute dernière création Beauté Brute : Volume II.

Donnant le ton à la rencontre, c’est sur l’air de la chanson I’m every women de Whitney Houston que les trois danseuses m’ont d’abord présenté l’un des tableaux de leur chorégraphie. Quelques minutes ont suffi à me faire vivre la qualité expressive de leur travail, car c’est à travers des mouvements vifs que La Tresse explore le corps jusqu’au plus infimes détails. Mains, doigts, pieds, visages, tout y passe, révélant une approche plus esthétique que ce qui se fait actuellement à Montréal.

Geneviève Boulet. crédit photo : Valérie Boulet

Geneviève Boulet. crédit photo : Valérie Boulet

Ce n’est pas étonnant, car c’est à Tel-Aviv en 2012 que le groupe s’est d’abord rencontré. Inspirées par la danse israélienne, plutôt gracieuse et axée sur les détails, Geneviève Boulet et Erin O’Loughlin participent à un stage de danse Gaga avec la compagnie Batsheva. Laura Toma y gradue la même année comme professeure. Le Gaga est un style unique qui favorise le langage corporel par l’exploration de schémas inhabituels de mouvements. Il en résulte des gestes délicats, détaillés, affranchis des conventions et en relation avec l’espace.

Erin O’Loughlin. crédit photo : Valérie Boulet

Erin O’Loughlin. crédit photo : Valérie Boulet

L’année d’après, La Tresse se noue définitivement à Montréal. L’urgence de réfléchir et d’explorer des thèmes qu’elles affectionnent les amène à travailler ensemble. « C’est comme trouver son partenaire de vie, c’est ça qu’on vit. On s’est trouvé et c’était clair qu’il fallait qu’il se passe quelque chose », me confie Geneviève Boulet. Cette affinité commune basée sur une recherche esthétique du corps, entraîne les danseuses à créer des chorégraphies léchées aux gestes libres et émancipés.

Laura Toma. crédit photo : Valérie Boulet

Laura Toma. crédit photo : Valérie Boulet

La féminité à travers sa complexité, le fantasme, le pouvoir et la fragilité, les rituels, les archétypes féminins traditionnels et actuels, sont au cœur de leur travail. De Shiva à Whitney Houston, la féminité est explorée dans sa fluidité. La Tresse dépasse les cadres rigides en allant au-delà des frontières, qu’elles soient disciplinaires, culturelles ou même genrées.

De belles brutes
Le spectacle Beauté Brute : Volume II, qu’elles présenteront le 15 septembre prochain lors de la soirée Relève d’ici II, est une nouvelle proposition inspirée de leur dernière résidence à L’Arsenal. C’est au sein des grands espaces de la fondation privée d’art contemporain qu’a germé cette dernière création. Alors que le volume I s’encrait davantage dans la terre et dans les sombres abîmes du désir, Beauté Brute : Volume II s’ouvre à la spatialité, révélant une atmosphère plus légère et dénudée d’artifices.

Explorant le corps dans sa globalité, elles oscillent aux frontières des catégories : entre l’ordre et le chaos, l’humanité et l’animalité, la vie et la mort, la beauté et la laideur, le cru et le délicat. Sans relâche, elles engagent l’entièreté de leurs corps dans une gestuelle très détaillée. Ce sont trois mèches qui s’entrelacent, tressant un tout indéfinissable.

La 14e édition du Festival Quartiers Danses se poursuit jusqu’au 17 septembre. Plusieurs évènements qui confirment la richesse de la scène contemporaine de Montréal sont à découvrir !

Les billets de la soirée Relève d’ici II sont en vente, juste ici.

D’ici là, faites donc plaisir à vos yeux en visionnant le vidéo de La Tresse et de leur création Beauté Brute : Volume II !

Volume II from LA TRESSE on Vimeo.

Danse
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Créateurs en liberté !

Du 6 au 17 septembre 2016, des artisans de réflexions, de rires, d’émotions et d’émerveillement investissent Montréal. Provocation, sensibilité et humour se côtoient pour la 14e édition du Festival Quartiers Danses (FQD) !  Un danseur changé à jamais à la suite d’un accident, un quatuor qui s’enduit de vase des pieds à la tête, un baiser langoureux qui s’étire de minute en minute et des interprètes qui se jouent des stéréotypes masculins et féminins : voilà qui promet d’offrir une large gamme d’émotions ! Cette fougueuse édition du FQD compte entre autres dans sa programmation :

Des artistes internationaux

Alex Neoral | Rio de Janeiro, Brésil

Crédit photo : Cintia Pimentel

Crédit photo : Cintia Pimentel

En performance aux États-Unis, en France, en Italie, en Allemagne et maintenant au Québec, ce jeune chorégraphe, danseur et entrepreneur remporte un franc succès auprès de divers publics par la pluralité de ses œuvres. Son spectacle culte As Cancoes que voce Dançou Pra Mim, qui clôture le FQD, a tourné et joué plus de 245 fois au Brésil, en France, en Italie, au Portugal et aux États-Unis.

Maya Orchin | New York, États-Unis

Crédit photo : Marie Letkowski

Crédit photo : Marie Letkowski

Un brin acrobate, Maya Orchin combine la danse et le théâtre dans un alliage puissant de prouesses physiques qui garderont votre regard bien ancré sur scène. Maya Orchin nous révèle Transport Fade, une œuvre hautement physique avec une combinaison de mouvements à couper le souffle!

Julie Dossavi | Poitiers, France

crédit photo : Gregory Brandel

crédit photo : Gregory Brandel

Super héroïne africaine, papillon curieux ou un corps sous l’emprise d’une cithare, Julie Dossavi parcours le monde physique et psychique à grandes enjambées !  Elle nous offre trois brillantes représentations. Deux en extérieur, gratuites : Adjalin et À chaque vent le papillon se déplace sur le saule. En salle, La JuJu, spectacle familial (dès 5 ans) déjanté dans lequel une super-héroïne voyage à travers l’espace-temps.

Des artistes locaux et nationaux

Jane Mappin | Montréal, Canada

crédit photo : Michael Slobodian

crédit photo : Michael Slobodian

Dans une trilogie poétique, Je marche à côté de moi, la chorégraphe montréalaise nous rappelle la dignité des personnes vivant avec une maladie mentale lors d’une soirée-bénéfice en collaboration avec  la Fondation de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Les fonds recueillis seront divisés entre les deux organismes et permettront entre autres de bonifier les activités de médiation culturelle du FQD.

Jeffrey Hall | Montréal, Canada

crédit photo : Michael Slobodian

crédit photo : Michael Slobodian

Chorégraphe pour le Cirque du Soleil, Jeff Hall a su cultiver le talent d’acteurs, d’acrobates, de danseurs ou encore d’athlètes. Ses œuvres sont teintées de son parcours prolifique! Il propose en soirée d’ouverture cette année, Falling, qui rend honneur au défi et à l’histoire du chorégraphe, changé à jamais suite à un accident.

Fleuve | Espace Danse | Saint-Jean-Port-Joli

Crédit photo : Jean-Sébastien Veilleux

Crédit photo : Jean-Sébastien Veilleux

Chantal Caron sait exprimer sa sensibilité à son environnement en donnant vie à ce qui nous est familièrement immobile, à ce qui, avec lenteur, se métamorphose au fil des neiges, des eaux, des marées, des séismes, des vents…  En collaboration avec 20 figurants, Chantal Caron met en scène un quatuor d’Hommes de vase, inspiré d’éléments qui façonnent la nature tels que la neige, les marées, le soleil et les tremblements de terre.

Et plus encore !

Le FQD offre des spectacles en salle et en extérieurs gratuits, pour tous et pour tous les goûts, ainsi que des activités gratuites : projections de courts-métrages, tables-rondes, exposition photo.

Venez encourager des artistes établis, de la relève d’ici et d’ailleurs dans une atmosphère de partage et d’échange.

Suivez la programmation complète en visitant quartiersdanses.com et profitez d’un tarif réduit pour les étudiants, les aînés, les membres du RQD et les 30 ans et moins.

Vivez Montréal au rythme de la danse!

Texte rédigé par l’équipe du Festival Quartiers Danses

Danse
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Galerie photo : Rêve

Hier avait lieu la première représentation du tout nouveau spectacle des Grands Ballets Canadiens, Rêve de Stephan Thoss. Un ballet démontrant une vie s’articulant autour des nuits et non des jours. Un couple qui vit une vie tourmentée avec elle hantée par des rêves et lui qui n’est pas affecté par ses troubles. À voir à la Place des Arts jusqu’au 4 juin!

 

 

Danse
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Galerie Photo : Préludes

Jusqu »au 19 mars, les Grands Ballets canadiens présentent Préludes au Théâtre Maisonneuve. Le programme double comprend La lueur de l’aube, un hommage au génie de Sergei Rachmaninoff par Ken Ossola, et RE (II) une invitation au voyage de Shen Wei.

Crédit photo : Renaud Vinet-Houle

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5 choses que l’on retrouve dans Swan Lake de Dada Masilo

Avez-vous déjà vu le Lac des Cygnes? Oui? Eh bien, je suis à peu près certaine que vous n’avez rien vu comme cette version signée par la jeune Sud-Africaine Dada Masilo.

Forte de plusieurs créations en danse, cette danseuse a monté avec brio une version, disons, pimentée de ce classique de Tchaïkovski.

Voici 5 éléments que l’on retrouve dans Swan Lake de Dada Masilo, présenté à la Place des Arts du 14 au 16 janvier.

 

1 – De la danse africaine

Ce qui frappe avant tout dans cette version, c’est l’infusion d’énergie africaine dans ce ballet habituellement présenté de manière très formelle.

Dada Masilo a su insérer avec brio dans cette pièce classique des mouvements et un esthétisme propre à la danse africaine. Le résultat est un mélange intrigant, fort d’un nouveau souffle qui garde en haleine le spectateur. 

2 – Des tutus pour tous

Traitez-moi de matérialiste, mais ce choix vestimentaire est l’un de mes éléments préférés de ce Swan Lake à la Dada Masilo. Presque tous les danseurs, hommes comme femmes, portent un tutu blanc et une coiffe en plume. Exit le flafla, bonjour l’androgynie.

J’étais purement fascinée par ces touffus tutus souples, qui ondulaient de manière presque burlesque au rythme des mouvements saccadés du bassin des danseurs.

La semi-nudité faisait partie intégrante du spectacle, permettant d’apprécier d’une autre manière tout le travail physique que demande une danse aussi exigeante que le ballet.

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3 – Un melting pot des genres

Dada Masilo nous mène avec humour et poésie dans sa vision de l’histoire du Lac des cygnes maintes et maintes fois mis en scène, avec une fusion des genres qui nous garde sur le bout de notre siège.

Tantôt ballet, tantôt danse africaine, la pièce est entrecoupée de théâtre, de tapements de pieds et de cris… Une chose est sûre : Swan Lake ébouriffe.

4 – Un ton léger

Le deuxième tableau ouvre avec un maître de cérémonie qui énumère théâtralement le déroulement d’une pièce de ballet classique : « Tous les ballets que nous avons pu voir pourraient se résumer dans un unique ballet dont le titre générique serait : « Filles en tutus au clair de lune »… »

Les danseurs miment  gaiement le monologue, donnant le ton à un Lac des Cygnes beaucoup plus léger que ce à quoi nous sommes habitués.

Même les chorégraphies exhibent beaucoup d’humour et de légèreté, suscitant de fréquents rires dans l’audience.

5 – Un prince gai

Eh oui! Dans la version originale du Lac des cygnes, le prince Siegfried, promis à Odette le cygne blanc, tombe amoureux du cygne noir, sosie de la première.

Sous la relecture de Masilo, le cygne noir est interprété par un danseur mâle, explorant le thème de l’homosexualité sous-jacente dans l’œuvre de Tchaïkovski. Ce faisant, elle confronte deux des grands tabous de son pays d’origine : l’homophobie et le sida.

 

Swan Lake de Dada Masilo et Dance Factory Johannesburg, une présentation de Danse Danse était présenté du 14 au 16 janvier 2016 à la Place des Arts.

Danse
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Le classique des classiques

Avec ses deux millions de spectateurs depuis 1964, ses 300 costumes, ses 1500 paires de pointes et ses 165 personnages, Casse-Noisette est une production monumentale. Le célèbre ballet revient encore cette année à la Place des Arts pour une vingtaine de représentations. Place à la féerie, à la magie et aux tutus !

La première fois que j’ai assisté à une représentation de Casse-Noisette, j’avais cinq ans et une brillante carrière de ballerine devant moi. Je rêvais de porter de jolis chaussons et de danser gracieusement comme ces déesses de l’arabesque. J’ai pris une retraite précoce à six ans et, vingt ans plus tard, je suis de retour à mes amours pour le ballet.

À la veille de Noël, l’échevin von Stahlbaum donne une grande fête dans sa demeure. Les invités dansent et les enfants sont ensevelis de cadeaux. La jeune Clara reçoit un casse-noisette de son parrain, que l’on dit doté de pouvoirs magiques. Lorsqu’elle s’endort, Clara plonge dans un rêve mystérieux et magnifique où les casse-noisettes se transforment en soldats combattant une armée de rats et elle est menée au pays des friandises où des danseurs des quatre coins du monde s’exécutent devant elle.

Le spectateur qui va voir Casse-Noisette doit se mettre dans un état d’esprit nostalgique. Il part à la recherche des Noëls d’antan et des souvenirs d’enfance. Ici, on se trouve devant un ballet classique que ni le temps ni les époques n’ont fait bouger. On danse encore la chorégraphie de Fernand Nault, élaborée en 1964, sur cette musique qui nous est si familière.

La pièce teintée d’humour est un voyage enchanteur dans le rêve. Les costumes colorés et  froufroutants côtoient les collants moulants des danseurs pour nous replonger dans notre imaginaire d’enfant. D’ailleurs, paraît-il que le prix moyen d’un costume se détaille à environ 2000 $ et que le costume du Roi des Bonbons avoisinerait les 10 000 $ !

Un impressionnant nombre de danseurs se partage la scène, du plus grand au plus petit. Les jeunes danseurs font fondre le cœur de l’assistance pendant que les danseurs professionnels l’éblouissent grâce à leurs mouvements précis et grandioses.

Casse-Noisette est présenté à la Place des Arts jusqu’au 30 décembre 2015.

Crédit photo : Renaud Vinet-Houle

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Hommes en cage

Une flamme vacille dans le noir. Dans une cage, deux hommes emprisonnés subissent les passions de la haine et de l’amour, de la tendresse et de la violence. Deux corps qui s’attirent et se repoussent, qui cherchent à être aimés et détestés. L’autre est-il notre prison ou la clé de la liberté?

Pour célébrer le 25e anniversaire de sa fondation, PPS Danse recrée Bagne; une œuvre-phare de son répertoire et de la danse au Québec. Les chorégraphes Jeff Hall et Pierre-Paul Savoie, également interprètes lors de la création de la pièce en 1993, agissent cette fois à titre de metteurs en scène et laissent leur place à Lael Stellick et Milan Panet-Gigon pour exprimer ce duel sensuel.

Cette promiscuité virile était plutôt avant-gardiste dans les années 1990 où l’on mettait peu en scène des rapprochements aussi intimes entre deux hommes. Bagne possède pourtant une portée universelle qui dépasse les frontières de l’homosexualité pour rappeler les démons intérieurs de chacun et notre soif de liberté dans un monde oppressant.

L’œuvre est chargée d’une rage où les personnages n’acceptent pas leur confinement et leur désir. Ceux-ci s’expriment dans des confrontations violentes où les deux prisonniers se battent et se lancent contre les murs. Un féroce corps à corps par lequel s’exprime une hargne envers soi-même. Mais à la nuit tombée, les barrières baissent pour laisser place à une valse onirique et charnelle où les corps sont enfin liés par l’épanchement… pour mieux se déchirer au matin.

La cage représente ici tant de prisons intérieures, mais c’est également un gymnase pour les danseurs : les acrobaties, les suspensions avec les bras et l’escalade des structures métalliques relèvent de l’exploit physique rappelant le cirque.

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Le déploiement de la force des interprètes et leurs techniques acrobatiques impressionnent. Par contre, on retrouve une certaine redondance dans les tableaux où s’enchaînent les moments tendres et les instants de lutte; une répétition qui ajoute une longueur à l’œuvre.

Bagne est présenté à la Cinquième salle de la Place des arts jusqu’au 31 octobre 2015 et sera en tournée à Québec en décembre 2015, à Longueuil et Saguenay en janvier 2016 et à Montmagny en avril 2016.

 

 

 

Danse
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La Jeune Fille et la Mort : Renaissance

Les Grands Ballets Canadiens clôt leur saison avec La Jeune fille et la Mort de Stephan Thoss, une pièce basée sur une dualité primaire de notre existence : l’indissociabilité de la vie et de la mort.

Résolument contemporain, ce ballet mise sur l’abstraction pour dévoiler l’acceptation d’une évidence : « Vivre c’est mourir ». La réflexion de Stephan Thoss l’a amené à redéfinir cette notion funeste qu’est la fin d’une vie. Funeste seulement dans certaines croyances, car pour d’autres, la mort n’est pas une fin en soi. C’est ainsi que le chorégraphe a choisi de mettre en scène un équilibre et un ensemble. S’inspirant de notions contraires  (le ying et le yang, le blanc et le noir, inspirer et expirer), il propose une exploration à base de symboles et de complémentarités.

crédit photo : Damian Siqueiros

crédit photo : Damian Siqueiros

Ces symboles, nous les retrouvons aussi à travers les quatre éléments : l’eau, le feu, la terre et l’air. Ces éléments, qui ponctuent le parcours cyclique du monde et celui de la chorégraphie, sont personnifiés par quatre danseuses. Leurs costumes sont les seuls à être confectionnés d’étoffes de couleurs, contrastant avec le noir et la simplicité des autres. Ces éléments inspirent le langage corporel et le mouvement dont l’influence expressionniste transmet bien une agitation intérieure et un combat contre le monde extérieur et ses absolus. Nous assistons alors à une déconstruction des certitudes figées, à une sorte de lâcher-prise.

crédit photo : Damian Siqueiros

crédit photo : Damian Siqueiros

La Jeune Fille et la Mort est fait de tableaux, tantôt lumineux, tantôt remplis de noirceur. Dans un décor sobre et encadré  (fenêtres, portes et tables), « la jeune fille » évolue et côtoie la Mort, ce personnage vêtu de noir. Entre fascination, peur et, finalement, acceptation, les danseurs nous font vivre des émotions contradictoires qui se dégagent de leurs enchainements énergiques sur une trame musicale qui épouse à merveille l’intensité du ballet. En effet, des créations de Phillip Glass, de Franz Schubert et de plusieurs autres talentueux musiciens amènent une touche onirique à ce spectacle déjà chimérique.

La Jeune Fille et la Mort sera présenté jusqu’au 23 mai 2015 au Théâtre Maisonneuve de La Place des Arts.

 

Danse
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Somewhere between maybe : ovni créatif

Étrange spectacle qu’est Somewhere between maybe, présenté hier à l’Agora de la danse. Dana Gingras signe une création insaisissable qui échappe aux normes. La chorégraphe montre que la danse peut être complètement éclatée.

Dana Gingras est une artiste d’envergure internationale et audacieuse. Après avoir cofondé la compagnie The holy body tatoo, elle s’est tournée vers une aventure solitaire avec Animals of distinction qui diffusent ses œuvres indépendantes. C’est une artiste qui défend la prise de risque dans la création.

Somewhere between maybe est une prise de risque qui se situe dans un espace autre que celui de notre compréhension immédiate. Dans un univers en apparence ludique, le spectacle est un ensemble de tableaux, d’arrêts sur des états, sur fond de musique de bal. Le spectateur a une vue en contre-plongée sur une scène me rappelant un trou noir où les deux danseuses évoluent en retenues et en pas faussement hésitants. Elles longent les bords de la scène, disparaîssent dans la noirceur, hors du cadre de l’espace scénique. On les devine, on sent leurs mouvements, mais elles sont hors champ. L’influence cinématographique a toujours pris une grande part dans le travail de la chorégraphe.

Sonya Stefan et Jamie Wright ne dansent pas, elles explorent l’espace dans un équilibre précaire, dans une sorte d’étrangeté, dans des actions interrompues. Affublées de masques, elles portent le « fantôme d’une chorégraphie » pour reprendre les mots de Dana Gingras qui a voulu se distancer du langage de la danse.

Très peu d’accessoires ont été utilisés, mais ils avaient leur justesse. D’abord, il y la corde qui sert au jeu des interprètes et qui « tranche » la scène. Puis, le sceau qui empêche les artistes de se toucher, les masques qui isolent les interprètes dans leur propre monde et la trame sonore venue d’un autre temps. Tout semble propice pour un voyage d’une sensation à l’autre.

Dépouillée d’une continuité et d’une histoire, la chorégraphie est basée sur le ressenti. Il faut laisser le pragmatisme à la maison. Quand on s’assoit devant une scène, on accepte implicitement de se plonger dans l’imaginaire de quelqu’un d’autre et toute la beauté est là. On n’est même pas obligé d’aimer. L’essentiel est de saisir au vol cette volonté de créer.

 

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Jusqu’au 13 février à l’Agora de la danse

Danse
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Cendrillon, réinventée version ballet

Quand on mentionne Cendrillon, vous pensez tout de suite à la version de notre cher Walt Disney? Alors direction Salaberry-de-Valleyfield pour assister à la version du Ballet Jorgën, qui revoit avec brio les aspects classiques de ce conte de notre enfance en y superposant des éléments inédits.

Le ballet Jorgën du Canada rend cette forme d’art plus accessible que jamais depuis maintenant presque 27 ans. La totalité de leur répertoire est composé de pièces originales, qui allient beauté, grâce et humour.

Pas facile d’inclure une touche de dérision dans une forme de danse aussi codifiée! C’est pourtant ce que Cendrillon, l’une de leurs pièces les plus populaires, réussit haut la main.

Élégant amalgame entre moderne et classique, cette pièce s’adresse tout autant aux adultes adeptes de ballet qu’aux enfants habillés en robes de princesse, qui pratiquaient avec ardeur leurs pirouettes et pas de deux pendant l’entracte.

Loin de verser dans le Walt Disney, l’histoire de Cendrillon mise en scène par Bengt Jorgën puise plutôt dans les versions antérieures de ce récit remontant au temps des pharaons. La fée marraine, la citrouille et les petits moineaux bleus laissent leur place à une mendiante, une forêt enchantée et des fées des bois.

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L’histoire s’ouvre sur une Cendrillon qui fait la rencontre d’une vieille dame mendiante, dame qui la remerciera de sa bonté par une graine magique. En la plantant, la jeune fille ne se doute pas qu’elle se réveillera au beau milieu d’une forêt enchantée, et qu’elle fera la connaissance de fées vertes qui la transformeront en jeune dame digne des grands bals.

Une seule condition est imposée par la reine des fées, toutefois; aucun baiser au bal du Prince ou le charme sera rompu. On vous laisse deviner le reste…

Une touche d’humour est apportée par le jeu cabotin des deux demi-soeurs prétentieuses et jalouses, qui offrent une performance solide du début à la fin. Et gardez l’oeil ouvert, le personnage de la belle-mère est joué par Bengt Jörgen, qui signe la chorégraphie!

La fantaisie était palpable jusque dans les décors où la forêt peuplée de fées des bois évoque les contes anciens. Parlant de décor, les éléments de scène imaginés par Glenn Davidson méritent amplement d’être soulignés. Le décor conjure un esprit de grandeur et rêve remarquable.

Bref, un excellent spectacle à prix vraiment abordable. À voir!

Cendrillon, présentée par le Ballet Jorgën du Canada à la Salle Albert-Dumouchel à Salaberry-de-Valleyfield, donnera une dernière représentation ce vendredi 28 novembre à 20 h. Soyez-y!

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Le délire domestique

La dernière création de la chorégraphe Deborah Dunn, Le délire domestique, c’est sept solos un peu barges explorant le thème de l’univers féminin dans ce qu’il a de plus banal et de terre à terre ; de plus stéréotypé, aussi.  C’est sept incarnations d’une intimité grandiloquente.

La chorégraphe interdisciplinaire qu’est Deborah Dunn, fondatrice de la compagnie de danse Trial et Eros, a un univers créatif bien à elle. Univers que j’avais tenté de dépeindre dans mon billet sur Orlando ici. Ses inspirations prennent racine dans la littérature et l’histoire, auxquelles elle insuffle sa vitalité et sa vision décalée du monde. Le délire domestique puise dans la simplicité du quotidien, le foyer et l’ordinaire. Pourtant ce qui est offert sur scène n’est pas simplement de l’ordre du commun, mais incarne plutôt un éclatement des clichés. Les sept interprètes offrent chacune à leur tour des performances disparates, personnelles, absurdes ; une fenêtre ouverte sur leur conception de la solitude dans des morceaux de vie au quotidien : scène de ménage ou de cuisine.

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Sur une scène pourtant épurée – seulement un réfrigérateur et quelques accessoires propres à chaque séquence – la théâtralité est très présente, portée par chaque danseur et créant une ambiance unique pour chaque tableau. Certains étaient empreints d’une douceur diffuse, mélancolique, alors que d’autres étaient plus viscérales. L’ensemble était bien un délire. Vivant.

Trois solos sont venus me chercher. Ceux de Dean Makarenko (le seul homme de la distribution), de Louise Lecavalier et d’Audrée Juteau. Les deux premiers laissaient transparaître cette force tranquille avec des passages que je qualifierais d’électriques.

Le solo d’Audrée Juteau (présenté dans la bande annonce ci-dessous), avait quelque chose d’immatériel et de fluide qui contrastait avec sa forte présence.

Le délire domestique, si on devait se risquer à le définir, est un spectacle en point de fuite et d’une belle fraîcheur, qui pose un regard sur le féminin tout en le glorifiant. Cela se poursuit jusqu’à demain à l’Agora de la danse.

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Une 12e édition qui invite à oser!

Du 12 au 20 septembre, le festival Quartiers Danses célèbre sa douzième édition. Au Parc olympique, à la station Berri-UQAM, à la Place des Festivals, au marché Atwater, au sommet du Mont-Royal et encore bien d’autres lieux, le festival s’invitera dans divers quartiers de Montréal.

Audacieuse, la danse contemporaine descend dans la rue pour mieux se faire connaître. Le festival Quartiers Danses invite en septembre tous les curieux à s’approcher des danseurs, à prendre part à la fête et à  assister à des spectacles en salles, ainsi qu’en plein air. Quartiers Danses propose une programmation éclatée, gratuite et à bas prix pour le bonheur des petits budgets.

Suite au dévoilement de la programmation gratuite, le 20 août dernier, nous avons questionné trois chorégraphes :

Qu’est-ce que Quartiers Danses pour vous?

Geneviève Lauzon :

Quartiers Danses, c’est une opportunité de rencontres entre les artistes et le public dans une grande variété de lieux. J’ai été attirée par les représentations en extérieur, car il s’agit de beaux moments; des coïncidences où les citoyens se laissent surprendre dans leur quotidien.

Catherine Lafleur :

C’est un diffuseur ouvert et audacieux qui compte parmi les premiers à m’avoir donné une chance de m’exprimer en tant que chorégraphe. C’est un festival qui fait de grands pas vers le public et qui leur offre une large diversité d’artistes de qualité. Je suis heureuse et privilégiée de faire partie d’un tel événement culturel.

Pourquoi avez-vous décidé de présenter vos œuvres au festival Quartiers Danses?

David Albert Toth, PARTS+LABOUR_DANSE:

La Chute combine des influences à la fois contemporaines, théâtrales et urbaines. En interprétant ce solo à la station Berri-UQÀM, au marché Atwater, au sommet du Mont-Royal ou à la verrière du Musée des beaux-arts de Montréal, l’œuvre, plutôt sombre, se révèle à la lumière du jour.

Catherine Lafleur :

Ayant gagné un prix coup de coeur de l’équipe Quartiers Danses en 2013, j’ai eu la chance d’être réinvitée cette année encore. Ma pièce Struggle II dehors, par son dynamisme et sa charge émotive, se prête parfaitement au concept de spectacle extérieur.

Cinq événements à absolument mettre à votre agenda :

  1. Coup d’envoi de la 12e édition, soirée de pré-ouverture au Parc olympique : Se joignant au rendez-vous des camions de rue, Quartier Danses a le cœur à la fête et présente trois heures de danse.
  1. Randy Glynn, Dancing in the Third ActSix couples, 800 ans d’expériences. Une œuvre humoristique et touchante.
  1. Ballet Preljocaj, Empty moves (Parts I, II & III) : Compagnie européenne prestigieuse, le Ballet Preljocaj a été présenté en ouverture du festival de danse de Montpellier et clôturera le festival Quartiers Danses. Présenté deux fois plutôt qu’une!
  1. Nir de Volff, Dancing to the EndVenue de Berlin expressément pour le festival, Nir de Volff use d’humour noir et d’absurdité.
  1. Hybridité et émergence : Vous aimez être les premiers à découvrir de nouveaux artistes? Ces deux soirées sous la bannière d’Hybridité et émergence vous offrent cette chance!

Retrouvez la programmation complète ici

C’est signé Alexandrine Désourdy
Chargée des communications au festival Quartiers Danses

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Festival BAM : Danse urbaine made in Montréal

Le festival Bust A Move, création des Productions Unkut, est un événement consacré à la danse de rue qui représente une culture, et même une religion pour certain. Le temps d’un weekend, la TOHU a été envahie par une vague d’énergie provoquée par une jeunesse prometteuse.

Bust A Move est également une compétition, une Battle comme de celles qui sont nées dans les rues du New York des années 70. C’est aussi une attitude, des idées novatrices et audacieuses. C’est l’imagination et l’affirmation d’une culture. 11ème édition pour eux, première pour moi, j’ai été bien emballée de découvrir ce monde brut qui mériterait une visibilité nettement plus grande.

Crédit photo : Kyle Ruggles

Crédit photo : Kyle Ruggles

 

Le premier jour était consacré aux éliminatoires et aux quarts de finale. Des danseurs d’ici et d’ailleurs s’affrontaient pour se tailler une place qui leur permettrait de revenir le lendemain. Cette année marquait aussi une nouveauté : le Kids Battle. Des duos d’enfants de 7 à 13 ans, talentueux et passionnés livraient leur hardiesse devant un public chaleureux. D’ailleurs, le crew Double Trouble, composé de deux jeunes filles impressionnantes, a remporté une première place bien méritée.

Du Popping au Bboying en passant par le Locking, le House, le Hip-hop et le Waacking, ces genres qui ont suivi une évolution en accord ou en opposition avec une époque et un mode de pensée, furent investis, réinventés, rendus avec classe par les danseurs. L’ambiance était à son meilleur, entre autres grâce aux talents d’animateur de Clauter « Dr. Step » Alexandre et au son de nos DJs. La soirée des finales était tout aussi excitante.  La qualité des chorégraphies et le talent de ces mordus faisaient plaisir à voir et honneur aux juges présents qui revenaient souvent avec cette maxime de laisser son âme sur le danceflloor. Des âmes, on en a vu un grand nombre, et de belles! Et comme Princess Shayla – juge de la catégorie Waacking –  l’a si bien dit : « Comment juger une âme? » certains choix semblaient déchirants.

crédit photo : Kyle Ruggles

crédit photo : Kyle Ruggles

 

Un évènement comme celui-ci concorde parfaitement avec la vivacité de notre métropole. Comme toute discipline artistique, l’amour qu’on porte à son art est à l’avant-plan. Ce sont aussi des rêves de gamins jetés à la face du monde. Un moyen d’expression, une façon d’élever sa voix, de laisser sa trace. Tout peut être dit à travers la danse, peu importe le genre.

Danse
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Parle moi de ton désespoir

J’ai mal. Parfois, ces mots sont lancés au hasard sans destinataire en particulier. Sans même qu’on sache définir véritablement le sens caché de tels propos. Qu’est-ce donc avoir mal ? De nos jours surtout, où les maux sont plus beaux lorsqu’ils sont silencieux. Ta douleur, ma douleur. Nous sommes des objets cassés attendant machinalement que quelqu’un vienne recoller les morceaux.

La chorégraphe Brigitte Haentjens explore ce thème lourd et immuable dans Ta douleur, réalisation effervescente qui ne relève pas tout à fait de la danse, ni du théâtre. Cela relève à coup sûr d’une certaine poésie brute, d’un langage du corps dont le cri ne pouvait qu’être entendu dans cette création où le texte est très rare (mais bien choisi).

Cette pièce est une longue suite de tableaux/histoires, où nos interprètes Anne Le Beau et Francis Ducharme mettent en scène plusieurs états douloureux, plusieurs sphères de la souffrance du corps et de l’âme, solitaire ou collective. La pièce est oppressante, il faut l’admettre. Elle attire le spectateur dans un cercle intime et clos, sans échappatoire possible, ni désiré. Dans la vie, on fuit lâchement devant le désarroi d’autrui. Ici, tu devais encaisser et c’était une bonne chose. On regardait la souffrance dans les yeux et pour une fois, on ne baissait pas les yeux.

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« Douleur du silence, de l’attente, de la rupture, du rejet, de la solitude, de la maladie, de la perte. De l’incompréhension à la souffrance partagée, en passant par l’amour furieux, la jubilation déraisonnée et la violence conjugale […] ».

J’éprouve une grande admiration pour Brigitte Haentjens depuis ma première année d’université, lorsque j’ai découvert sa mise en scène de La nuit juste avant les forêts, qui m’est resté gravé comme une cicatrice. J’aime l’intensité dans ces réalisations. Cette exploration continuelle de ce moi, paradoxal et complexe. Anne Le Beau est une grande dame de la danse contemporaine et Francis Ducharme, un polyvalent assuré et fougueux. Leur performance allait au-delà de la vulnérabilité. Leur complicité ne pouvait échapper au regard, rendant le spectacle encore plus poignant. Dans cet espace sobre qu’était la scène – investi de long en large, comme le thème lui-même – l’émotion était palpable et radicale pour une œuvre forte. La douleur peut être une œuvre.

Ta douleur
11 au 14 décembre – Théâtre de Quat’Sous

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Danse
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Alcôve : Le recours aux forêts

Les Escales Improbables se terminent cette semaine. Depuis le 9 septembre, nous avons eu droit à une programmation digne de l’évènement. Ayant traversé ces derniers jours avec leur entrain habituel, ils nous offrent en conclusion un petit bijou de danse en collaboration avec l’Usine C : Le recours aux forêts.

Les Escales, c’est un arrêt sur l’art. Depuis dix ans s’appropriant la ville, cette aventure ne se limite à aucun genre. Des artistes de toute discipline trouvent un espace où jouer et dialoguer avec le public à travers des œuvres originales et étonnantes. De jour comme de nuit, dans les rues ou dans une salle de restaurant, l’art prend sa place (littéralement) pariant sur la réceptivité des gens. Cette édition n’a pas eu à rougir des précédentes. Mes journées plus longues que nature ne me le permettant pas, j’ai manqué tout ce qui me faisait envie : La nuit des murmures, les soupers-danse, les souffleurs commando poétiques. Mais, j’ai trouvé mon réconfort dans la mise en scène de cet ailleurs que l’on recherche désespérément quand l’ « ici » n’est plus ce qu’il devrait être. Quand le mépris pour « nous » devient chose quotidienne.

Nous revenant pour une deuxième année, Michel Onfray et Jean Lambert-Wild collaborent à nouveau, avec à leurs côtés Carolyn Carlson (chorégraphe), François Royet (metteur en scène) et Jean-Luc Therminarias (compositeur). Les deux premiers noms vous seront familiers, car ils nous avaient proposé La sagesse des abeilles durant les Escales de 2012, un autre spectacle philosophique dont Le recours aux forêts s’inscrit dans une certaine continuité. C’est un parti pris hautement poétique mettant en vedette le danseur Juha Marsalo qui campe ce jeune rebelle, dégoûté du monde. Cet esprit torturé et confus – à l’image de la folie humaine – qui trouve son chemin vers la sérénité salvatrice. C’est une fuite nécessaire, à visage découvert, dans le profond du soi. A l’abri de la laideur, des mains noires de sang, de la misère, de la bêtise, il s’isole dans la nature, retrouvant le goût des choses, l’essentiel. Une réflexion sur notre rapport à la nature, qui nous sauve de nous-même.

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Des deux parties, la première est la plus sombre et accompagnée d’un texte plus lourd, chargé de prises de conscience et de révolte. Elle brosse un portrait noir d’une humanité en perdition. Un accessoire dont je tairai le nom pour la surprise, sera nécessaire. La seconde (visuellement ma préférée), m’a fait penser à l’éclosion d’une chrysalide. Ce moment suspendu où la liberté, à portée de main, se fait ressentir dans un ultime sursaut. Notre danseur arrive dans sa forêt, son refuge. Le texte récité/joué par Fargass Assandé, Elsa Hourcade, Stéphane Pelliccia et Laure Wolf, devient une ode à la beauté, à l’abandon, à la rédemption. Sur une scène immergée, je voyais un flâneur. Les adeptes du modernisme me jetteront sûrement des pierres, mais cette phrase de Baudelaire m’est revenue : « voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde ».  Je vous invite à aller vous rendre compte de la justesse de ce spectacle. Quelque part, vous serez ému, entre la terrible vérité et le moment d’agir.

Le recours aux forêts
Usine C – jusqu’au 14 septembre 2013

Danse