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Rendez-vous amoureux

Il est 18 h. Je prends une douche rapide et me maquille légèrement. Je choisis avec soin ma tenue;  j’y vais pour une jolie robe bleue.  Un dernier regard dans le miroir et hop, j’enfile mon manteau. C’est que ce soir, j’ai un rendez-vous… avec Podz, Dolan, Émond, Nguyen, Ouellet… pour une soirée cinéma inoubliable. Et je ne suis pas la seule; c’est pratiquement un speed dating pour tous les amoureux du cinéma d’ici, qui sont attendus aux Rendez-vous du cinéma québécois. La St-Valentin a bien beau être terminée, il y a de l’amour dans l’air…

Du 21 février au 3 mars 2013, les Rendez-vous du cinéma québécois offrent aux amoureux du cinéma d’ici une programmation avec quoi se remplir le cœur, à rebord. Adaptés à toutes sortes d’obsessions, les Rendez-vous proposent une offre généreuse et diversifiée; courts et longs métrages, documentaires, films d’animation, activités complémentaires, et j’en passe.

Malgré de nombreuses compressions budgétaires imposées par Harper dans le milieu des arts et des festivals – pensons notamment à la fermeture du Cinéma ONF – les Rendez-vous sont de retour pour une 31e année plus forts que jamais, avec une programmation riche et alléchante. Faut dire que l’année 2012 fut une année de bons crus pour le cinéma québécois, et ce, même si certains Guzzo de ce monde ont pu dire le contraire…

Scène du film Camion de Rafaël Ouellet

Scène du film Camion de Rafaël Ouellet

Une fête, une célébration de notre cinéma, voilà ce que sont les Rendez-vous du cinéma québécois. En plus de proposer le plus grand nombre d’œuvres québécoises, il s’agit d’une vitrine exceptionnelle pour les jeunes cinéastes d’ici. Pour le grand public, c’est l’occasion en or de rencontrer des professionnels du milieu, de faire de belles découvertes cinématographiques, et bien entendu, de se divertir!

Cette année, des centaines de projections sont présentées, dont le long métrage Rebelle de Kim Nguyen, nominé aux Oscars. Un bel exemple de film québécois qui aura fait le tour de la planète en 2012. D’autres excellents films seront présentés dans le cadre des Rendez-vous, dont L’affaire Dumont de Podz, Camion de Rafaël Ouellet, Inch’Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette, un film magnifique sous toile de conflit palestino-israélien, Ésimésac de Luc Picard, Laurence Anyways de Xavier Dolan, film pour lequel il aura d’ailleurs foulé le tapis rouge à Cannes, etc. Et le meilleur dans tout cela, c’est que ces films ne sont que la pointe de l’iceberg.

Inch' Allah d'Anaïs Barbeau-Lavalette

Inch’ Allah d’Anaïs Barbeau-Lavalette

Au delà des projections, il y a les nouveautés. Cette année, les Rendez-vous du cinéma québécois présentent la série Rendez-vous avec les Jutra ainsi que la toute première édition des Rendez-vous Pro; des rencontres entre professionnels québécois et étrangers visant à échanger sur les enjeux du cinéma québécois.

C’est connu, l’amour donne des ailes! C’est pourquoi les Rendez-vous voyagent ainsi à travers la province, et ce, dans le cadre de La Tournée du cinéma québécois. Cette initiative de Québec Cinéma a comme objectif l’appréciation de son cinéma et la rencontre entre créateurs et jeune public. Voilà maintenant 9 ans que la Tournée existe et parcourt les 4 coins du Québec. À force de se promener, la Tournée a réussi à attirer une foule de 27 % supérieure à l’an passé. Les 6000 km parcourus auront permis aux jeunes québécois de partout de découvrir le cinéma d’ici grâce aux nombreuses projections et activités diverses.

Rebelle de Kim Nguyen

Rebelle de Kim Nguyen

Retour attendu cette année = les Tête-à-tête du Cinéma québécois. Depuis octobre, et jusqu’en avril, les Tête-à-tête proposent quatre (4) longs métrages qui feront la tournée de 11 maisons de la culture et centres communautaires de la région du Grand Montréal. Ces projections gratuites permettent la diffusion de notre cinéma à travers la ville, mais aussi elles offrent la chance de rencontrer les artisans grâce à des discussions privilégiées. Cette année, les films présentés sont particulièrement intéressants : Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, Une vie qui commence de Michel Monty, Le vendeur de Sébastien Pilote ainsi que Pour l’amour de Dieu de Micheline Lanctôt.

Avec ses 300 projections de qualité, sa multitude d’activités et ses évènements, les Rendez-vous ont tout pour séduire. Les talents d’ici proposent un cinéma diversifié, créatif et riche. Le cinéma n’est pas qu’effets spéciaux éblouissants ou rires faciles, et heureusement! Plusieurs l’auront compris, c’est pourquoi cinéphiles et médias du monde entier s’intéressent aux oeuvres realisées ici.

Alors c’est une date ?!

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Cinéma
Emmanuelle Riva (Anne). Photo de Darius Khondji, (c) Films du Losange, Courtoisie de Sony Pictures Classics.

Au cœur de Amour

Aimer, c’est nous rendre vulnérable, à la merci de cette personne ou de cette chose que l’on aime. Et si elle partait ?  Et si elle ne m’aimait plus ? Et si la vie nous séparait?

Et qu’en est-il de la mort qui isole les destins ?  Car rien n’est plus universel; peu importe notre statut social ou nos croyances, la mort viendra tous nous chercher un jour. Tout ce qu’il est possible de souhaiter, cest au mieux, de mourir dans la dignité et auprès des gens que nous aimons.

Ces deux thèmes forts, intrinsèques à l’humain, sont au cœur de Amour, le tout dernier film de Michael Haneke, qui nous rappelle que nous sommes avant tout des êtres fragiles. Devant l’amour comme devant la mort.

C’est l’histoire d’Anne et de Georges, qui coulent des jours tranquilles. Amoureux depuis leur jeune âge, ils ont vieilli côte-à-côte, la douceur des jours qui passent ayant forgé leur relation et leur complicité.  Jusqu’à ce qu’un incident survienne et fasse perdre toute autonomie à Anne, celle-ci devenant peu à peu étrangère de sa propre vie.

Emmanuelle Riva (Anne) et Jean-Louis Trintignant (Georges). Photo de (c) Films du Losange, Courtoisie de Sony Pictures Classics

D’un rythme lent et sans intrigue véritable, Amour est un film qui se ressent. Hyper réaliste, on assiste à une chute,celle de Anne, mais aussi àcelle de leur amour tel qu’ils le connaissaient.

Huis clos parfois claustrophobique mais avant tout intimiste, Amour n’aurait pu porter un nom plus juste. Car bien avant la dégradation et la souffrance, il s’agit de l’histoire d’un grand amour qui se termine, d’une vie qui s’envole. Amour et une œuvre enrobée de tendresse.

29e oeuvre du réalisateur autrichien Michael Haneke, Amour pourrait bien être un des films les plus récompensés du cinéaste, avec notamment cinq nominations aux Oscars.

La carrière de Haneke comporte cependant déjà plusieurs films forts appréciés du public et des galas.

Le Septième continent fût le premier long métrage de celui-ci, en 1989. D’autres films suivront rapidement, mais c’est Funny Games (1997) qui sera son premier film présenté à Cannes, un film qui d’ailleurs, causera beaucoup de remous en raison de sa violence. C’est Haneke lui-même qui réalisera des années plus tard, soit en 2008, le remake américain de ce même film, mettant en vedette Naomi Watts et Tim Roth.

Suivra le magnifique La Pianiste, interprété par l’une de ses muses, Isabelle Huppert, que l’on retrouve d’ailleurs aussi dans Amour. Le film remporta en 2001 le Grand Prix à Cannes.  Haneke deviendra alors l’un des auteurs les plus cotés du cinéma européen.

Il obtiendra sa première Palme d’Or à Cannes en 2009, grâce au troublant Le Ruban Blanc, un film relatant les racines du nazisme.  Amour sera sa 2e Palme d’Or.  Un exploit, sachant que très peu de réalisateurs auront reçu 2 fois cette distinction majeure au cours de leur carrière.

Amour ne serait pas ce chef d’œuvre sans le talent et la justesse d’interprétation de Jean-Louis Trintignant et d’Emmanuelle Riva. Ce couple, on y croit, on le ressent.

Mais Trintignant a failli ne pas y jouer, lui qui avait définitivement abandonné le cinéma des années plus tôt, et ce, pour les planches du théâtre.  Mais l’admiration qu’il a pour Haneke a eu raison de lui, et heureusement!  Un tournage qui fut très émotif, mais hautement révélateur pour l’acteur. Avec plus de 130 films au cours de sa carrière, Trintignant mentionne que Amour est le plus beau de sa carrière, et le dernier.

Michael Haneke et Jean-Louis Trintignant. Photo de © Denis Manin, Courtoisie de Sony Pictures Classics.

Quant à Emmanuelle Riva, c’est avec étonnement qu’elle apprend qu’elle sera en nomination aux Oscars pour « meilleure actrice », pour son interprétation d’Anne dans Amour. À 86 ans, elle sera l’actrice la plus âgée à être en nomination dans cette catégorie, sans compter qu’elle y sera avec la plus jeune jamais nominée : Quvenzhané Wallis, 9 ans, pour son jeu dans Les Bêtes du sud sauvage.

C’est en 1959, dans Hiroshima mon amour,  qu’Emmanuelle Riva se fera connaître mondialement.  Quelques années plus tard, elle sera couronnée à la Mostra de Venise pour son interprétation dans le film Thérèse Desqueyroux de Georges Franju.

Tout ces talents au service du réalisateur ont fait de Amour un film à voir. Bien qu’il soit par moment exigeant pour le spectateur, ce film vit en nous bien longtemps après son visionnement puisqu’il est pratiquement impossible d’en ressortir sans toutes ces questions, sans cette boule dans le ventre qui nous amène à nous demander ce que la vie nous réserve, si quelqu’un sera à nos cotés une fois malade, ou alors, si nous serions capable d’une telle dévotion et d’un tel amour.

Amour, un mot magnifique, pour un tout aussi magnifique film.

L’Excentris présente Amour plusieurs fois par jour.  

Sources :

http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18618019.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Haneke
http://www.leparisien.fr/cinema/actualite-cinema/amour-trintignant-j-avais-peur-que-cette-histoire-fasse-trop-souffrir-24-10-2012-2261045.php

Cinéma
Centre Phi

1,61803399 ou Le Centre Phi

Quand j’ai vu le mot Phi dans le nom Centre Phi, j’ai eu une sueur froide. Oh non, des maths. Sauve qui peut. Je déteste les maths. En secondaire 5, je pleurais encore dans mes cours tellement ma répulsion était grande. Pas très winner, j’en conviens. Mais à 33 ans, j’ai réussi à me raisonner, quand même. Après tout « Phi » signifie le plus grand de tous les chiffres; le nombre d’or. Et c’est surement de là que provient le lien lorsque l’on constate la mine d’or culturelle et artistique qu’est le Centre Phi.

Situé dans le Vieux Montréal au coin des rues St-Paul et St-Pierre, le Centre Phi ressemble de l’extérieur à n’importe quel autre édifice du coin, mais en ses murs, se trouvent des locaux adaptés, que dis-je, carrément faits sur mesure pour favoriser la création mais aussi l’appréciation de celle-ci. Technologie de pointe, acoustique sans faille, composition architecturale favorisant l’interconnectivité, construction sous le modèle LEED®, soit écoresponsable. Espace vivant, ses salles se transforment selon les événements, selon les humeurs artistiques.

Ouvert il y a quelques mois uniquement, le Centre Phi s’impose déjà dans le milieu des arts comme une entité innovatrice et différente. Si jeune et si mature à la fois. Faut aller voir pour en saisir tout le sens. Le Center Phi ne s’explique pas mais se ressent, se vit, se découvre. Une visite et vous saurez.

Aussi fascinant et intriguant que le fameux 1,61803399, n’est-ce pas ?!

Environnement en mouvance, le Centre Phi se décrit comme « Un espace à l’intelligence créative ». Phoebe Greenberg, fondatrice et directrice du Centre Phi, a tout mis en oeuvre pour faire vivre la mission du Centre dans toutes les étapes de la création = production, distribution et diffusion. L’objectif est de créer, peu importe sa forme, son message. On s’y rend pour vivre une expérience artistique qui nous fera rêver, pleurer, sourire. Chaque visite est unique.

Salle cinéma Centre Phi

Unique, oui, mais aussi adaptée à chacun d’entre nous. Et pour vous, chers lecteurs cinéphiles, le Centre Phi a beaucoup à vous offrir; une programmation exclusive, variée et rafraîchissante.

En effet, le Centre Phi présente des films et reportages qu’autrement nous n’aurions pas l’occasion de voir. C’est le cas notamment de plusieurs des films qui ont été présentés dans le cadre de la programmation spéciale Skate or Die, qui a débuté cet été et qui est toujours en vigueur, soit jusqu’au 30 novembre prochain. Un événement couru par les amateurs et professionnels de skateboard, auquel a d’ailleurs participé le pro Tony Hawk. Quand je dis qu’il y en a pour tous les goûts, ben voilà!

Petit secret entre vous et moi : plusieurs films sont présentés au Centre Phi en avant-première avant de se retrouver dans les grandes salles de cinéma de Montréal. Ce fut le cas de The Master, Le Torrent, et à venir le 24 novembre prochain, Killing Them Softly de Andrew Dominik avec le beau Brad Pitt. Une chance unique pour les impatientes comme moi!

Fan de Sigur Rós ? (oui!) Le Centre Phi diffusera en exclusivité la projection originale Valtari Sigur Rós, une oeuvre magnifique dans laquelle sont présentées les créations de différents artistes sous l’écoute de l’album Valtari du groupe. J’imagine déjà la beauté des images, aussi planantes que les airs de Sigur Rós. Un pur ravissement pour les yeux et les oreilles.

Et ce n’est qu’une infime partie de ce que le Centre Phi nous réserve prochainement. Pour en savoir plus.

De plus, fidèle à sa mission, le Centre Phi ne fait pas que simplement projeter des films, il participe aussi à la production dans certains cas. Comme le court métrage Next Floor de Denis Villeneuve, un film hautement récompensé et avec lequel tout a commencé pour le Centre Phi.

Pourquoi ne pas profiter de votre prochain week-end pour aller vous réchauffer le coeur avec un bon café dans le Vieux Montréal et terminer votre après-midi avec un film présenté en exclusivité au Centre Phi, ou alors, tout simplement profiter des lieux.

Et il paraît que nous n’avons encore rien vu! Décidément, le Centre Phi prévoit pour nous plusieurs autres belles surprises…

Cinéma
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Entretien avec Nicolas Renaud: La Nouvelle Rupert

La Vitrine est fière partenaire de la 15e édition des Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Pour l’occasion, le Lèche-Vitrine vous présente un entretien avec Nicolas Renaud, réalisateur de La nouvelle Rupert. Ce dernier viendra présenter son film, qui porte sur les enjeux humains d’un barrage de la Baie James, aux deux séances qui lui sont consacrées aux RIDM. 

Qu’est-ce qui vous a amené à faire un film autour de ce barrage de la Baie James? Vous connaissiez déjà l’endroit?

Je n’y étais pas encore allé, c’était même une sorte de prétexte pour visiter ce territoire. Être dans le bois, arpenter les rives d’une grande rivière, respirer la vapeur des rapides… C’est simplement quelque chose qui m’attire viscéralement, j’espérais que ça crée des conditions inspirantes pour tourner. Quant au sujet, ça suivait l’annonce officielle du projet hydroélectrique. Comme pour bien des films, on veut voir ce qui se passe quand les choses changent dans la vie des gens et dans une culture. J’envisageais aussi l’idée de la rivière à travers le temps, j’aimais les résonances historiques de la rivière Rupert : principale voie des premiers peuplements de la région dans la préhistoire du Québec, route importante de la traite des fourrures pendant quelques centaines d’années, puis nouveau chapitre de cette histoire dela Baie Jamesqui a lié le destin des Cris au développement du Québec depuis les années 1970. Donc j’espérais saisir quelques situations concrètes et individuelles au sein de cette histoire.

En amont du tournage, je devrais dire que les discussions préliminaires avec un ami, Steve Rioux, qui est le compositeur de la musique du film, ont été importantes. Son père a travaillé sur plusieurs chantiers du Nord, dont récemment la construction de nouvelles routes pour le projet Rupert. Ce contact fut très utile pour aller faire un peu de repérage avec Steve et celui-ci me poussait à y voir un film. Quelques discussions ensuite avec Carlos Ferrand, le directeur photo, ont aidé à esquisser quelques idées autour du sujet et des lieux. Ça peut être difficile de faire décoller un projet si on le laisse tourner seul dans notre tête, sans ces échanges avec d’autres personnes qui s’y intéressent aussi réellement.

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Est-ce que vous aviez une idée précise du film que vous vouliez faire au départ? Est-ce que cela a évolué en cours de tournage, sur place?

J’avais beaucoup d’idées… Des images… Mais pas une idée précise du film. J’ai imaginé d’abord passer une longue période de temps en un lieu, précisément où le barrage allait être construit et une partie de la rivière allait s’engouffrer dans un tunnel creusé sous la forêt. J’aimais l’envergure de ce geste, puis j’aurais souhaité me concentrer sur la dynamique du travail sur le terrain, la cohabitation des Cris et des Blancs sur le chantier, puis voir progressivement une grande rivière puissante qu’on transforme, qu’on plie aux calculs, qu’on conforme aux dessins sur des plans… Mais il n’était pas possible d’obtenir un tel accès prolongé sur les chantiers. Le film a donc glissé vers une suite d’impressions plus fragmentées sur le territoire, sur les chantiers, les campements de travailleurs et chez les trappeurs affectés par le projet après-coup.

Chez les Cris de Nemaska et de Waskaganish, la plupart des gens dans le film ont été rencontrés seulement en cours de tournage. Et par exemple la pêche traditionnelle au cisco, ce poisson argenté que je connaissais peu, et son avenir incertain suite à la baisse des eaux, est un sujet occupant une place importante dans le film et dont je n’avais aucune idée au départ. C’est l’un des personnages qui nous a emmenés au site de pêche, juste au moment où ce poisson remonte la rivière depuisla Baie Jamesvers la fin août.

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Avez-vous eu des difficultés pour tourner, notamment sur les lieux d’Hydro-Québec, fallait-il des autorisations particulières?

Les chantiers et campements de travailleurs sont des lieux à l’accès très contrôlé, voire physiquement, avec des barrières et des cartes électroniques. Il va de soi aussi qu’Hydro-Québec se préoccupe de son image, nous sommes dans une époque où tant les motifs de sécurité que l’entreprise de relations publiques recouvrent tout grand projet de développement. Il a fallu environ un an et demi pour obtenir des autorisations, mais les gens dela SEBJ/ Hydro-Québec sur le terrain ont alors été très coopératifs et m’ont accueilli à deux reprises, pour quelques jours, dans certains des lieux des travaux. Le temps était compté et nous devions être accompagnés et surveillés pour tourner chaque plan. Mais c’est mieux que rien, ils auraient pu juste dire non aussi. Et la chargée des communications qui s’occupait de nous au campement Eastmain était très passionnée et instruite dans son travail pour les projets hydroélectriques, et habile pour le “casting” des gens qu’on pouvait filmer.

Même si on rencontre vite les limites de telles conditions, par rapport à tout ce qu’on imaginait filmer dans une situation idéale, j’ai trouvé l’expérience intéressante, de devoir réagir sans repérage, d’entrer dans un horaire prédéfini, de chercher quelques observations personnelles au milieu d’une représentation orientée d’avance par les discours officiels et l’encadrement du tournage. Et dans un certain sens les limites sont toujours les nôtres, si ça me déconcentre d’avoir quelqu’un derrière mon épaule même pour filmer un arbre, c’est mon problème de garder ma concentration si telle est la condition pour filmer cet arbre, ou si je ne suis pas autorisé à poser telle question, c’est mon problème si je ne suis pas assez vite pour la poser autrement.

En-dehors de ces sites, des Cris ont été généreux pour nous montrer le territoire et partager leurs sentiments envers la dérivation de la rivière. On tourne avec ceux qui veulent bien. Une difficulté pratique était l’organisation et les moyens de communication, avec souvent une bonne distance entre différents lieux et sans signal de téléphone cellulaire, on établit alors le premier contact quand on va voir la personne directement.

Le film ne choisit pas un angle militant ou tranché, les séquences se complètent entre elles, au fur et à mesure. Quelle a été votre démarche de cinéaste pour obtenir cela?

C’est simplement un portrait davantage qu’un discoursJ’ai juste essayé d’offrir une matière de réflexion, quelques questions, quelques visions. Un documentaire qui serait ouvertement dans le créneau “militant” pourrait être plein de vérité, mais il me semble que ça limite la forme quand il faut mener la rhétorique qui doit persuader d’une idée. Si l’objectif était strictement de construire un discours pour persuader d’une opinion, quelle qu’elle soit, sur l’hydroélectricité dans la politique énergétique du Québec et en regard des questions environnementale, alors pourquoi s’attarderait-on, par exemple, à la lumière d’automne sur une peau d’orignal ou à une serveuse de la cafétéria du chantier ?

Mais dans un portrait, ces détails ont leur place s’ils paraissent exprimer quelque chose en eux-mêmes et si en principe rien n’est étranger à l’ensemble. Il y a aussi des raisons pratiques, avec les demandes d’autorisation à Hydro-Québec et l’implication d’un télédiffuseur, il était entendu que je ne me lance pas dans un procès du projet hydroélectrique, puis je ne serais pas capable de gérer des mensonges pour faufiler un film pamphlétaire. Mais ce n’était pas un enjeu de toute façon, puisqu’il me semble que des questions sur le développement, le rapport à la nature, la relation entre deux peuples, sont en elles-mêmes pleines de nuances et de contradictions et devraient se présenter comme tel. C’aurait pu être en fait plus facile de se retrouver devant une situation tranchée, avec une rivière complètement détruite et des Amérindiens faisant front commun pour s’opposer au projet, mais tout est plus ambigu. Est-ce une aberration toujours destructrice de continuer à faire des barrages ou ce projet démontre-t-il que le débit conservé à la rivière peut garder une certaine intégrité écologique? Est-ce que les Cris se sont faits achetés ou ont su négocier à leur avantage ? Je ne sais pas, ou bien c’est oui et non dans les deux cas, mais l’idée était d’exposer les éléments paradoxaux de la situation.

Le problème est qu’avec un sujet nécessairement politisé, on pourrait escompter une “position” politique, et dans son sens étroit : pour ou contre. J’essayais de me placer ailleurs. Par exemple le trappeur Kenny évoque les épreuves d’autrefois quand la nourriture se faisait rare, il se dit heureux du projet et des compensations reçues, mais regrette que des tombes de ses ancêtres soient maintenant sous l’eau. Je n’ai pas alors à pencher moi-même vers l’un ou l’autre de ces sentiments contraires, ça demeure un compromis, une dualité indécidable, puis si on ne rappelait pas que les siens traversaient encore des périodes de famine jusqu’au milieu du 20e siècle, il manquerait quelque chose pour saisir ce que ça signifie aujourd’hui d’avoir autant d’argent dans les poches. Pour ma part, mon sentiment personnel est primaire, au-delà des enjeux précis d’un débat politique, je ressens de la tristesse dès que la nature est manipulée, qu’une rivière de plus est transformée, que la nature intouchée recule encore. Enfin, le fameux “point de vue” est toujours une notion mal définie, mais j’espère qu’il est visible un peu partout, dans des images, des raccords… que les choses qu’on observe sans que rien ne soit dit donnent quelque chose à lire ou ressentir.

Le rapport à la rivière ne se limite justement pas à un enjeu politique, j’ai tenté de cerner différents rapports : affectif, alimentaire, scientifique, spirituel… Quant à l’idée que les séquences se complètent entre elles, c’est un peu un collage de morceaux fragmentés, des genres de chroniques, c’était la nature du matériel obtenu, alors une narration en voix-off aurait pu servir de trait d’union, de fil conducteur. Je n’ai rien contre le procédé, au contraire, ça peut vraiment faire voir des choses, mais ça m’apparaît être une forme difficile, délicate : la bonne voix, le texte juste… J’ai donc choisi d’exclure la narration pour ne pas unifier explicitement tous les petits tableaux, ne pas restreindre les échos qu’ils peuvent se renvoyer entre eux.

Comment les Cris envisagent-ils leur situation à venir, quels sont leurs perspectives?

Cette question peut cacher un piège dans lequel j’ai été pris pendant un moment, qui est d’imaginer que parce que les Cris se regroupent dans quelques petites communautés ils ont une vision unifiée, qu’ils vivent et pensent en majorité la même chose. La question du développement, de ce qu’on gagne, de ce qu’on perd, demeure complexe et s’articule dans des points de vue multiples, des expériences variées, des divisions internes. Prenons le cas des “tallymen” (les trappeurs qui héritent d’un secteur désigné par transmission familiale), qui passent le plus de temps à l’intérieur du territoire, dans la forêt, et qui, étant souvent des aînés, ont une certaine autorité morale – je croyais un peu naïvement qu’ils représentaient la perspective de leur communauté, comme des représentants admis par tous dans les négociations avec Hydro-Québec. Mais c’est plus complexe.

Après nous avoir vu tourner, un jeune à Nemaska est venu me dire : « Alors est-ce que vous tournez seulement avec les tallymen? Vous n’aurez donc qu’un côté de la médaille. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient pour eux-mêmes, mais le territoire est à tout le monde ». Il ne voulait pas pour autant parler lui-même à la caméra, car ça resterait problématique d’exprimer bien fort un désaccord avec les aînés. Ça montre que ce n’est pas simple. J’ai alors tenté au moins d’arracher, par bribes, cette séquence de dialogues alternés où la division et la confusion s’installe quant au processus démocratique interne chez les Cris. Tout devient mélangé entre la légitimité accordée aux tallymen et les reproches, entre eux et le reste de la population d’un côté, puis en relations aux chefs de l’autre côté, la possible divergence des chefs autant avec les tallymen qu’avec une partie du reste de la communauté. Rien ne s’éclaircit vraiment, c’est seulement un reflet de cette complexité, puis de ma propre confusion pour démêler ces rapports de force.

Rappelons une information extérieure au film : avant le lancement du projet, un référendum a été tenu dans toutes les communautés cries, avec un fort taux de participation et, comme résultat, une majorité étant opposée au projet, ce qui n’a rien changé à son inéluctabilité. Mais en général, disons que grâce à la Paix des Braves et aux ententes connexes avec le gouvernement et Hydro-Québec, les Cris de la Baie James sont sans doute la nation autochtone la plus riche en Amérique. La distribution de cette richesse, c’est toujours une autre histoire, le film n’a pu aborder toutes ces questions. Mais il y a des opportunités, des compagnies cries, des emplois… Est-ce une autre forme de conquête et de dépossession du territoire? Du moins le dialogue qui a lieu constitue une différence radicale avec l’esprit de conquête unilatérale de la première phase de développement dans les années 1970, alors qu’on avait commencé à faire des routes et dynamiter le roc comme si personne n’habitait la région. Mais la vision d’avenir dépend de multiples idées et  expériences personnelles.

Pour un jeune qui a fini par exemple une formation dans un métier de construction, il espère que les projets se succèdent pour rester dans le Nord et avoir du travail. Pour Roger, qui dans une perspective plus philosophique et spirituelle considère que c’est mal en soi de changer une rivière, il souhaiterait que la nation ne dépendent plus de ces projets, mais accueillerait un développement d’énergie éolienne dirigé par les Cris… D’une part on pourrait dire que cette position de Roger demeure une vision d’intégration économique, d’acteur du développement, mais en même temps tout le monde ne peut plus vivre non plus de la chasse et de la pêche. Pour Gordon, un pêcheur de cisco de Waskaganish, c’est simple et concret, l’avenir dépend du poisson : si les captures continuent de diminuer, ce qui constituait depuis toujours des provisions pour l’hiver sera remplacé, comme il dit, par « la bouffe de l’épicerie », et ceci est alors une perte irrécupérable.

Cinéma
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Genesis Breyer P-Orridge : Amour brut

Elle était magnifique, toute en douceur et en force à la fois, samedi au Cabaret du Mile-End. Elle est montée sur scène incognito pendant que les gens s’installaient, pour jouer un peu au piano, comme ça, pour l’ambiance. Puis, entourée de ses comparses Bryin Dall et Edley O’Dowd, elle s’est livrée à nous pendant une heure trente, un des plus longs spectacles qu’elle ait donné aux dires de D.Kimm, et même qu’après avoir refusé un rappel, alors que la maître de cérémonie faisait son discours de fin de soirée, elle a décidé de revenir faire une dernière pièce au piano. À entendre parler ceux qui l’ont côtoyée, Genesis Breyer P-Orridge s’ouvre et se ferme comme une huître, teste ceux qui l’approchent et tourne le dos facilement. Mais ce qu’on a vu samedi, c’était une Genesis complètement disponible, de laquelle émanait un amour infini, un honneur à cueillir les bras ouverts.

Genesis Breyer P-Orridge s’est présentée devant nous en sa qualité d’être humain, sensible, celui dont les réflexions et les expériences ont créé le personnage dérangeant et sexuellement explicite qu’on a tendance à voir par dessus tout. Pendant une heure trente, elle a évoqué les douleurs, les vertiges et les désaveux qui sous-tendent son expression artistique. Elle a confessé comment sa pandrogynie au quotidien n’est pas qu’un jeu. «I’m a monkey! I’m a ritual monkey», grimaçait-elle en rappelant le regard qu’on pose trop souvent sur elle, «but I’m so filled with love!» Tournés encore et encore dans sa voix franche et triste, comme une liturgie, ses mots devenaient lancinants, remplissaient la boîte crânienne, et même si une phrase pouvait durer quinze minutes, on ne voulait pas que ça arrête. On a retenu notre souffle lorsqu’elle a dessiné de ses mots la grâce de son amoureuse, Lady Jaye. On a grincé des dents lorsqu’elle a parlé de son enfance. «Easing The Pain Of Living», répétait-elle en citant ses mentors, Jack Kerouac, William Bourroughs, Bryon Gysin. Parfaitement en symbiose avec elle, ses musiciens la suivaient, dans les moments plus rudes avec des éclats de guitare, dans ses états altérés par des électroniques obsédants et des tambours japonais.

Et malgré tout, par dessus tout, ce qui est resté dans les esprits, c’est cette joie de vivre, ces regards avec ses musiciens, cette faculté de s’amuser avec n’importe quoi. On a embarqué avec elle pendant tout ce temps, submergés de l’honneur de recevoir cette artiste entière. Car comme elle le dit aussi, «Flowering Pain Give Space».

La balade amoureuse

Le lendemain, le Festival du nouveau cinéma et le festival Phénomena présentaient en première montréalaise le film de la cinéaste française Marie Losier sur l’histoire d’amour entre Genesis P-Orridge et Lady Jaye Breyer. Consummées de passion, elles ont entrepris, plutôt que de faire un enfant, de créer cette nouvelle personne avec leurs propres corps.  À force de coupes chirurgicales, elles ont réalisé qu’elles étaient en train d’intégrer des idées de Williams Burroughs dans leur œuvre d’art grandeur nature. «La pandrogynie est un art de survie», dira Genesis, tout en arborant fièrement les implants mammaires qu’elle s’est fait poser pour la St-Valentin en même temps que son amoureuse.

Impossible de ne pas être ébahi par l’incroyable harmonie dont on est témoin et par la fortune de leur rencontre. Avant de se connaître, les deux artistes poursuivaient une même croisade contre le dictat de la société envers ce que l’homme ou la femme est censé représenter. On apprendra à connaître Lady Jaye, squatteuse depuis ses 14 ans, dominatrice, infirmière et artiste, dont les performances très dures et très violentes s’insurgent contre les stéréotypes féminins. Dans un touchant tableau du film, Genesis nous présente une photo d’elle / de lui à sept ans : «Voici Neil Edward Megson. C’est un garçon». Puis, elle baisse le cadre pour se montrer tel qu’elle est aujourd’hui. «Et voici Genesis, et elle n’a aucune idée de ce qu’elle est»!

L’art de Marie Losier est, oserais-je dire, parfait. Présente pendant huit ans dans le quotidien de Genesis et Lady Jaye, elle a filmé des tonnes et des tonnes de bobines de trois minutes sans son, recollé images et sons, mot par mot, et créé un document d’une poésie sans pareille. Comme un flash de diapositives qui déroulent, les images des deux amoureux(ses) sautillent, jouent aux auto-tamponeuses, et sont entrecoupées d’images de Genesis Breyer P-Orridge au naturel, celle qui s’amuse comme une folle à faire le poisson ou à jouer avec son reflet.

Peu intéressée par les clichés du rock and roll, Marie Losier évite de s’étendre sur le passé de Genesis et sur les années Throbbing Gristle. Elle aura tout de même la chance de plonger dans ses archives juste avant que le Tate Modern Museum les rachète toutes (ironie du sort, c’est l’exposition «Pornography» que Genesis y avait présenté, qui lui a valu d’être expatriée de son pays). Marie Losier demeure aussi admirablement discrète sur les circonstances entourant le décès de Lady Jaye, nous laissant avec l’idée que l’histoire est presque trop clichée pour être réelle. Aujourd’hui, Genesis parle d’elle au «nous» plus souvent qu’au «je», et on n’a aucune misère à croire que Lady Jaye fait réellement partie d’elle.

The Ballad of Genesis and Lady Jaye est présenté au cinéma Excentris jusqu’au 1er novembre.

En complément, la galerie La Centrale propose jusqu’au 28 octobre une exposition de collages de Genesis Breyer P-Orridge .

Bande-annonce du film :

Cinéma
affiche-spasm2012

Le Cabaret Trash du Festival Spasm

Pour inaugurer ma participation au Lèche-Vitrine, je me suis aventuré, vendredi dernier, au théâtre Plaza où avait lieu le Cabaret Trash du Festival Spasm. Attention, âmes sensibles, s’abstenir.

Avant de me lancer dans cette soirée projection, je ne connaissais que très peu le Festival Spasm, si ce n’est qu’il a lieu depuis plusieurs années aux alentours de l’Halloween et qu’il propose plusieurs soirées de projection. Il faut quand même, cher lecteur, que je t’informe que bien que ce festival me soit plutôt inconnu, je suis un habitué du festival Fantasia. En bref, mes expériences passées dans les salles obscures du réputé festival de genre montréalais m’ont permis de ne pas trop me sentir étranger  à ce qui a pu se passer au Cabaret Trash. Et question de me faire une idée de la thématique de la soirée, je vais jeter un coup d’oeil au site web qui me dit : « Votre rendez-vous annuel de courts métrages remplis de stupidités immatures, offensantes, sexistes, dérangeantes et carrément de mauvais goût! »… Ça promet !

Bref, j’arrive vers 20 h 30, une petite file d’attente est formée, notons que les portes ouvraient à 20 heures et que la projection était prévue pour 21 heures. Ainsi, en attendant dans la file, j’entends, au loin, de la musique plutôt festive, dont le fameux « Woo hoo » des 5.6.7.8′s (b.o. de Kill Bill!) ainsi que du Cindy Lauper! Étonnament, ça me plaît déjà… Quand arrive mon tour de m’enregistrer au comptoir, on m’appelle M. Trottier -wow! C’est pas rien d’être chroniqueur pourLa Vitrine, je crois que je vais aimer ça- et j’en profite pour récupérer une programmation des courts-métrages de la soirée.

Une fois le manteau posé, j’entre dans la salle du Plaza et jette un bref coup d’oeil aux alentours, question de voir à quoi ressemblent les étranges créatures qui peuplent le Cabaret. Disons que globalement, le noir est à l’honneur sur ces 25-35 (en gros, je suis pile dedans, donc je passe bien inaperçu). Profitant du temps dont je dispose avant, je vais jeter un coup d’oeil à la table de vente, où une charmante fan finie du festival me présente les compilations DVD Spasm Horreur ainsi qu’un long-métrage français titré Burn in Paris qui me semble plutôt délirant (au passage je reconnais un DVD de Phylactère Cola). Elle m’apprend que plus de 90% de la programmation du festival est québécoise.

Vers 20 h 55, je pars en quête d’une chaise sans savoir que je me lance pour près de 3 heures de phallus, d’hémoglobine et de bizarroïde à me faire tordre les zygomatiques dans tous les sens. La première portion démarre en force avec Strobosketch, des séries de saynètes, de 5-10 sec. plus délirantes les unes que les autres; ce fût probablement le coup de coeur du public de la soirée, à entendre leurs cris de jouissance, auxquels j’ai quelque peu participé. Puis, on nous balance une série de courts-métrages les plus hétéroclites qui soient : des relations extraconjugales légales, un producteur violant un réalisateur, un meurtrier et sa pelle sur lesquels le sort s’acharne, un hommage absurde aux émissions pour enfant, un monsieur cheval qui lit dans les pensées et un massacre pour une chanson rock des années 80.

Un petit entracte de 15 minutes me permet de discuter avec quelques réalisateurs, dont François Simard et Anouk Whissell (aussi connus pour Turbo Man dans lequel a joué Yves Corbeil), qui m’expliquent l’avancement de leur long-métrage éponyme. Je prends quelques minutes avec le réalisateur Simon Lacroix, aussi membre de l’équipe de programmation du festival, qui me recommande de venir au Total Crap, un ramassis de tout ce qui s’est fait de pire à la télévision dans les années 80.

Le second bloc démarre, au grand plaisir des festivaliers, avec d’autres Strobosketch puis s’enchaînent : ce que ça goûte un homme, une histoire de trip à 4 sur la 132, des questions existentielles sur le bol de toilette, un court-métrage très très court, Gaston Lepage qui commente des projections d’organes reproducteurs masculins -oui, oui- et à quoi pense un gars au lit. Pour finir la soirée en beauté -ou en laideur, c’est selon-, on nous offre en petit bonus un courts-métrage présenté l’année dernière, où un homme déguisé en vieille femme trop maquillée fait des bricolages avec un ourson en peluche, de la viande à fondue, un raisin sec et de la colle chaude… Un seul mot : MIAM!

Une fois les projections achevées, j’en profite pour accrocher Jarrett Mann, président co-fondateur qui déclare que la soirée du Cabaret Trash est une tradition de l’immature. Il me souligne au passage que le festival, ce n’est pas juste du gore et de l’horreur. En fait, ça se veut juste une grosse soirée de « fun » entre amis où on boit une bière en regardant toutes sortes de films. Et franchement, je ne peux que l’avouer, j’en ai eu ben du « fun ». Il vous reste donc 2 fins de semaine pour en avoir aussi et on s’y croisera peut-être parce que j’y retourne, c’est certain!

Cinéma
Affiche-du-film-Laffaire-Dumont_Podz

La cloche a sonné, vite à vos écrans!

J’aime l’automne orangé. Avec sa douce lumière qui tapisse les feuilles des arbres, il n’y a pas plus romantique comme saison. Mais sous ses airs de tranquillité, l’automne déborde d’activités à faire, de sorties culturelles, et de soirées cinéma parfaites!

Pour vous chers lecteurs, j’ai donc pris comme mission de vous faire l’inventaire des festivals et programmations spéciales ayant attrait au cinéma, afin que vous puissiez vous en mettre plein la panse! Sortez votre iPhone, ouvrez votre iCalendar et faites-vous un horaire automnal digne de ce nom!

On a commencé en beauté le mois de septembre avec le Festival des films du monde, une programmation qui s’est étalée inclusivement jusqu’au 4 septembre. Des films de partout, offrant une belle diversité via un cinéma de qualité et innovateur. Le FFM nous a permis de nous rapprocher (au sens physique!) des artisans du cinéma international.

Как и русское кино?!* Si oui, et bien croyez-le ou non, vous serez servis grâce au Cinéma du Parc qui présentera du 31 août au 27 septembre les œuvres des plus marquants cinéastes russes : Tarkovski (Stalker), Sokourov (Faust) et Zviaguintsev (Elena – sortie prévue 31 août). Chacun d’eux ayant un style cinématographique bien distinct. Certainement une chance unique pour les connaisseurs, mais aussi pour les non-initiés, de découvrir un cinéma riche et poétique. Plus d’info

Ivan’s Chilhood au Cinéma du Parc

On poursuit avec une programmation toute spéciale projetant les œuvres de réalisatrices britanniques telles que Sally Potter (Orlando, The Tango Lesson), Andrea Arnold (Fish Tank) et Lynne Ramsay (Ratcatcher) à la Cinémathèque québécoise. Vous aurez du 5 au 30 septembre pour visionner des films d’un hyperréaliste troublant, tels que Red Road, Fish Tank, We need to talk about Kevin, Wuthering Heights, Ratcatcher, et j’en passe. Plus d’info

Plus tard en octobre (du 10 au 21 octobre), aura lieu le 41e Festival du nouveau cinéma. Pour les passionnés de cinéma que vous êtes, c’est THE festival à ne pas manquer! À chaque année, c’est une véritable fête, un party jubilatoire de découvertes cinématographiques et de rencontres mémorables entre public captivé et créateurs captivants. Le FNC, ce sont aussi des films de tous horizons, repoussant les limites du conventionnel grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. On l’aime pour son audace, son unicité, son caractère innovateur et tout le plaisir qu’il nous offre. Pour cette 41e édition, une rétrospective de l’oeuvre du  photographe et réalisateur américain William Klein sera présentée  au FNC en collaboration avec la Cinémathèque québécoise. Plus d’info

Rétrospective William Klein au FNC

Novembre… pour certains, il s’agit du mois des morts, mais entre vous et moi, il n’a absolument rien d’éteint grâce aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal, du 7 au 18 novembre. Pour sa 15ième année, le RIDM propose une sélection impressionnante des meilleures œuvres documentaires provenant d’ici et d’ailleurs. Ouvrez vos yeux et votre esprit aux préoccupations contemporaines via des documentaires frappants, voire dérangeants. Des films proposant une formule artistique, jonglant parfois entre la fiction et la réalité. Et pour les plus intéressés d’entre-vous, il est aussi possible de participer à des tables rondes ainsi qu’à des discussions thématiques offertes à tous. Plus d’info

Mais ce n’est pas tout! Je ne pourrais faire une rentrée culturelle cinématographique sans faire un petit survol des films à venir en septembre dans un cinéma près de chez-vous. Alors en vrac, voici quelques recommandations :

  • L’affaire Dumont, un film québécois réalisé par Podz et basé sur un fait vécu.  (14 septembre) (image à la une)
  • Rapailler l’homme, un documentaire qui redécouvre Gaston Miron à travers les douze artistes ayant participé à l’album Douze hommes rapaillés. (14 septembre)
  • Après la neige de Paul Barbeau, producteur et réalisateur québécois. Une histoire de famille jouée par d’excellents acteurs. (21 septembre)

Voilà déjà votre agenda bien rempli! Chose certaine, la rentrée culturelle 2012 a tout pour charmer, des plus timides aux plus ardents cinéastes.

Allez hop, à vos écrans!

* Merci, Google Traduction!

Cinéma
Alter-Egos-1

La folie Fantasia

Ça y est, c’est parti pour la folie contagieuse du Festival Fantasia qui fête cette année son 16e anniversaire. À 16 ans, on en fait des conneries, mais surtout, on repousse nos limites (et surtout celles de nos parents). C’est pas mal la même chose pour Fantasia qui nous présente jusqu’au 9 août, une programmation éclatée, excentrique et qui s’enligne pour plusieurs soirées de fête et d’abus cinématographique. Vivement le « sweet sixteen » de Fantasia!

Je dis folie Fantasia car il s’agit bel et bien d’un engouement bien présent, autant du public que des artisans de l’industrie du cinéma. Instauré en 1996 par Martin Sauvageau, André Dubois et Pierre Corbeil, Fantasia est aujourd’hui un des plus importants festivals de sa catégorie au monde! Et pour ses festivaliers, Fantasia représente la seule chance qu’ils ont de visionner des films qui autrement, resteraient méconnus du public montréalais.

À en voir les étoiles qu’un d’entres-eux a dans les yeux lorsque je lui demande pourquoi il aime Fantasia, je n’ai plus de doutes sur le caractère unique du festival : « C’est « THE » occasion de visionner des films étrangers et canadiens différents de ce que le marché régulier nous offre ».

Pour bien d’autres, c’est le côté « gore » du festival qui les attirent ainsi. Il faut y être pour comprendre; zombies et sushis meurtriers ont leur lot de fans et l’ambiance qui règne dans une des deux principales salles de visionnement (Théâtre Concordia Hall et la Salle J.A de Sève (Université Concordia)) est digne d’un show rock. Beaucoup plus de rires que de peurs dans bien des cas, bien que la programmation offre aussi de véritables films d’horreur avec des revenants pis d’autres créatures ben épeurantes, pour vrai. Le genre d’images qui te restent dans la tête juste au moment d’éteindre les lumières. Classique.

Mais Fantasia, c’est bien plus que du fantastique et de l’horreur, car même s’il s’agit d’une portion importante de sa programmation, des films d’animation, des drames, des comédies romantiques et de nombreux films d’humour sont aussi présentés. Malgré les nombreuses années d’existence du festival et les 75 000 spectateurs de l’an passé, les préjugés sont encore très présents face au genre de films présentés. Combien de « ce n’est pas mon style de films » ai-je entendu de la bouche des personnes à qui j’ai demandé ce qu’ils pensaient de Fantasia.

À ceci, un fan répond qu’il est carrément impossible de ne pas trouver au minimum un film intéressant, peu importe le « style » cinématographique préféré de la personne. Suffit de prendre connaissance de la programmation, par genre de film par exemple, et hop, la liste des films correspondants défilera. Allez, jetez-y un œil pour voir!

Exercice que j’ai d’ailleurs fait et qui m’a mise dans le plus grand des dilemmes : trop de films intéressants à voir pour l’horaire dont je dispose! Je me suis limitée, c’est le cas de le dire, à une vingtaine de films. Avec ça, je fais office de « consommatrice modérée » si on en juge par la quantité impressionnante de personnes qui peuvent aller voir jusqu’à 40, voire 50 films en 22 jours de festival!

J’ai donc choisi pour l’occasion un heureux mélange de comédies (Wrong, Alter Egos, Lloyd of the Conqueror, New Kids Turbo, etc.) de drames (Sons of Norway, Starry Starry Nights, etc.), de films d’animation (Wrinkles, ParaNorman, The King of Pigs, etc.), d’horreur et de zombies (Isn’t Anyone Alive, Excision, Sleep Tight, A little bit zombie, Zombie Chic, etc.) de fantastique (Dans le ventre du dragon, The Fourth Dimension, Robo-G, The Sorcerer and the White Snake, etc) et bien sûr, la fi-fille que je suis ne pouvais passer à coté de quelques films d’amourrr avec For Love’s Sake, Love Fiction, et Nakedness Which Wants to Die Too Much.

Outre la variété de films, la provenance de ceux-ci est particulièrement intéressante et éclectique. Même s’il est vrai que lors des tous débuts de Fantasia, les films présentés provenaient exclusivement de Hong Kong et du Japon, celle-ci s’est beaucoup diversifiée au cours des années. Cette année, sur un total de 160 films, on compte plus d’une trentaine de pays participants. Le Japon reste toujours un des pays les mieux représentés au festival avec plus de 35 films mais plusieurs autres proviennent du Canada, des États-Unis, de la Corée du Sud, du Royaume-Uni, de Cuba, et j’en passe.

Autre point fort imputable à Fantasia; le festival offre une chance unique à son public de rencontrer des gens de l’industrie du cinéma : réalisateurs, producteurs, acteurs et autres, qui souvent, font honneur de leur présence et de leur temps. Conférences et rencontres spéciales sont donc aussi au rendez-vous. À mettre à votre agenda, s’il vous reste du temps!

Bon, c’est bien beau tout ça, mais j’ai justement un film qui m’attend. J’ai déjà hâte d’aller m’imprégner de l’univers de Jordan Gallan pour son film Alter Egos, présenté en première mondiale ce soir. Il s’agit d’un genre de Woody Allen à la sauce super-héros, comme le décrit Tony Timpone via le site du festival. Et si je suis chanceuse, je pourrai peut-être y rencontrer certains des acteurs du film ainsi que le réalisateur… une occasion unique et possible grâce à Fantasia.

Convaincu(e) ?!

Cinéma
LaVitrine

Fantasia – Ton titre de film!

Depuis sa fondation en 1996, le Festival international de films Fantasia est maintenant reconnu comme le plus grand et plus influent festival de sa catégorie en Amérique du Nord, une référence majeure sur la scène internationale du cinéma de genre et l’un des événements cinématographique les plus courus au pays.

Nous avons 4 lisières de 10 billets à offrir pour l’édition 2012 du festival Fantasia!

Tente ta chance, INVENTE UN TITRE DE FILM DE CINÉMA DE GENRE! 

Date limite : vendredi, 11 h am

Cinéma
McCord

Mary Pickford sous les feux de la rampe

Le dernier (et seul!) film muet que j’ai vu, c’est The Artist.  Il faut dire que la tendance dans le domaine du cinéma, c’est plus les effets spéciaux que le noir et blanc d’avant guerre, mais il y a visiblement un intérêt pour les styles cinématographiques différents, et The Artist en est le parfait exemple.  Nominé et récompensé maintes fois, ce film nous rappelle les débuts du 7ième art.  Et pour des cinéphiles comme moi, c’est toujours bon de connaître la base. Mary Pickford fait justement partie de ces pionniers du cinéma muet et pour qui le Musée McCord consacre une exposition complète réunissant plus de 200 objets. Suivez le guide! 

C’était la première fois que j’allais au Musée McCord.  J’ai tout vu ce que ces lieux avaient à m’offrir, dont une splendide exposition sur Montréal, Montréal – Points de vue, avec des images géantes de notre belle ville, tapissées sur les murs.  C’est cependant dans une salle au décor rappelant les salles de cinéma des années 20 que j’ai débuté mon apprentissage sur les premières années de l’histoire du cinéma hollywoodien, mais aussi et surtout, sur l’une des toutes premières stars de cette époque : Mary Pickford.

Il est possible que comme moi, vous ne saviez pas avant aujourd’hui qui était cette Mary Pickford.  La plupart d’entre nous connaissons probablement mieux Charlie Chaplin, avec qui d’ailleurs, elle cofonda la United Artists en 1919.  Surnommée la « la fille aux boucles d’or », Mary Pickford conquit rapidement le cœur de ses spectateurs et devint une véritable icône du cinéma muet américain. Née Gladys Louise Smith en 1892 à Toronto, elle fît ses premières armes au théâtre, notamment à Broadway, pour finalement faire carrière au cinéma.  55 films et 141 courts-métrages en 27 ans de carrière. Dur à battre… je dis bonne chance aux Taylor, Kristen et Miley de ce monde!

Mary Pickford, film Coquette, tirage d’époque, photographe inconnu, 1929

Autant d’années de métier, ça commence à faire beaucoup d’archives!  Réalisée par Sylvia Frank, directrice du Film Reference Library and Special Collections du TIFF,  et scénographiée par Denis Carrier de Carrier Communication,  l’exposition Mary Pickford et la création du star-système du Musée McCord présente d’une façon intéressante et magnifiquement imagée la carrière et la vie personnelle de la star chérie du cinéma muet.  L’exhibition souligne aussi l’influence qu’eut le cinéma muet dans l’évolution cinématographique que nous connaissons aujourd’hui. Nous pourrions être tentés de croire que notre génération a tout inventé, mais plusieurs des mêmes techniques aujourd’hui utilisées l’étaient déjà à cette époque : montage ultra-rapide, superposition d’images, plan rapproché… le cinéma muet ce n’est pas seulement de la claquette.  Parlez-en à Gabriel Thibaudeau, porte-parole de l’exposition, compositeur et spécialiste de l’accompagnement du cinéma muet.  Lui, il s’y connaît plutôt bien dans le domaine! Et lorsqu’il parle de Mary Pickford, il en parle avec beaucoup de passion : « Malgré les apparences et la fragilité de ses personnages, Mary était une femme forte, une femme d’affaires. Elle fût d’ailleurs la 1ère et seule femme à avoir possédé un studio à Hollywood ».

Des centaines d’objets-souvenirs exhibés provenant de la Collection Rob Brooks Mary Pickford de la Film Reference Library du TIFF, on peut y admirer de magnifiques affiches originales faites à la main, parfaitement « vintage », des photographies, des couvertures de magazine dont l’édition Maclean’s de septembre 1918, des produits de cosmétique Mary Pickford (les produits dérivés étaient nés!), des robes, dont une splendide Jeanne Lanvin.  Et de tous ces objets, c’est une toute petite chose qui m’a le plus fascinée : sa carte de membre de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences.  Elle était le membre numéro 3.  Imaginez, l’académie compte aujourd’hui plus de 6000 membres provenant de 36 pays différents!¹

Il est aussi possible de visionner des extraits de films muets mettant en vedette la belle Mary.  Confortablement assise sur de véritables bancs de cinéma, j’ai pu me délecter de quelques extraits qui tantôt m’ont fait rire, tantôt effrayée!  Vous riez, mais dans Sparrows (1926) la scène du marécage plein de crocodiles avec Mary tentant désespérément de sauver sa trâlée d’enfants perchés sur une branche au-dessus de la marre… angoissant!

C’est donc via le parcours de l’enfant-chérie de l’Amérique que je suis plongée dans ces années où tout était à faire, tout était possible. L’avenir appartenait à ces vedettes et rien ne semblait vouloir ébranler leur rayonnement.  Mais, les choses étant ce qu’elles sont,  l’arrivée du cinéma parlant fît passer Mary Pickford de « première icône à première has been ». La précarité du star-système faisait ses premières victimes…

L’exposition Mary Pickford et la création du star-système est au Musée McCord jusqu’au 8 octobre 2012. 

Crédits photos : Musée McCord

¹Source

Cinéma
Cosmopolis

La déroute d’un parcours

J’avoue devant vous, chers lecteurs, que je ne suis pas une connaisseuse de David Cronenberg.  En fait, je n’avais jamais vu aucun de ses films. Quand j’ai vu que Cosmopolis était en compétition pour la Sélection Officielle de Cannes, je me suis dit : « Tiens, pourquoi pas?! ». Compte-rendu de ma fascinante découverte cinématographique.

J’y ai découvert un univers particulier, ça, c’est certain. Bien connu pour ses films aux ambiances sombres et aux sujets étranges, Cronenberg propose dans Cosmopolis violence, sexualité et apocalypse intérieure. Tantôt philosophiques, tantôt explicites, je me suis laissée entraîner dans les discussions entre les personnages, jusqu’à en ressortir la tête pleine de réflexions de toutes sortes. Effet étrange que ce Cosmopolis de Cronenberg eût sur moi…

Provenant de l’adaptation du roman de Don Delillo portant le même nom, le film relate le trajet d’Eric Packer, un multimilliardaire de Manhattan, en route vers son coiffeur. Un trajet simple à la base, vous me direz (et tout à fait valable – vous ajouterez – si vous êtes une fille!) mais qui deviendra complexe, voire interminable. Dans sa limousine, Packer recevra en chemin employés, amis et amantes. Lors de ses arrêts, il retrouvera sa femme pour le lunch et le souper, et terminera son parcours, non pas chez le dit coiffeur, mais dans l’appartement miteux d’un homme ayant croisé son chemin à un certain moment de sa vie.

Dès le début, un climat d’étrangeté et de chaos se fait sentir. On se croirait dans une époque sans âge mais  que l’on peut deviner futuriste. La froideur et la superficialité des contacts entre Packer et ses interlocuteurs accentuent le sentiment de solitude que les personnages semblent ressentir.  Fort de dialogues contradictoires et sans continuité, on a l’étrange impression d’assister à un cirque verbal tournant en rond.  Beaucoup de mots, beaucoup de réflexions mais peu de conclusions.  Ne reste que les vapeurs d’angoisses et d’oppressions des protagonistes.

Maintenant, réglons le sujet épineux du choix de Robert Pattison en tant que personnage principal. Comme possiblement certains d’entres-vous, j’étais plutôt sceptique, pour n’avoir connu de lui que son personnage de vampire au maquillage cheap et tombeur de ces dames (désolée pour les fans de Twilight!). Mais, mea culpa, Pattison, avec sa gueule carrée et ses airs d’inatteignable, réussit parfaitement à nous faire capter l’essence de son personnage, l’énigmatique et complexe Eric Packer.

Quant aux autres acteurs de Cosmopolis, notons la performance de Sarah Gadon dans le rôle de l’épouse froide et blasée, Juliette Binoche dans celui de l’amante « cougar » du richissime Packer et Paul Giamatti, qui se réserve pour la toute fin du film, et qui est excellent comme toujours.

À la musique, qui se révèle par ailleurs très discrète, on y retrouve la signature de Howard Shore, un habitué des films de Cronenberg. Quant à la photographie, Peter Suschitzky réussit à nous faire ressentir l’atmosphère lourde et apocalyptique du Manhattan de Cosmopolis.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les amateurs de Cronenberg ne seront pas déçus. Réalisateur canadien de renom, il débuta sa carrière en 1966 avec Transfer, un court métrage de type expérimental. C’est cependant avec son film La Mouche en 1986 qu’il deviendra mieux connu sur la scène internationale. Par la suite, pratiquement tous ses projets cinématographiques seront le résultat d’expérimentations et afficheront des visions étranges et controversées de notre civilisation.  Par exemple, Crash (1996), un film exposant l’attrait sexuel qu’entrainent les accidents de la route. Pas besoin de vous dire la controverse que ce film souleva, mais qui obtenu néanmoins le Prix spécial du jury au Festival de Canne. Et, fait intéressant, Cronenberg a été nommé en 2009 Chevalier de l’Ordre national de la Légion d’Honneur pour avoir « fortement contribué au développement de la coopération culturelle franco-canadienne »¹.

Bref, me voilà désormais initiée à l’art de Cronenberg! Si ce n’est pas déjà fait pour vous, c’est l’occasion de le faire en allant visionner Cosmopolis, projeté en version originale sous-titrée au Cinéma Excentris jusqu’au 21 juin.

¹http://cinema.lapresse.ca/nouvelles-et-critiques/nouvelles/nouvelle-cinema/8001-David-Cronenberg-recoit-la-Legion-dHonneur-a-Toronto.html

Cinéma
Crédis photo : Cathie Bourassa

Love Anyways

Le mot « révolution » est en ce moment sur toutes les lèvres.  Ce qui se passe auprès de la population ces jours-ci le démontre bien.  Mais à plus petite échelle, une révolution peut aussi se passer en chacun de nous. Agitation et chambardements, voici Laurence Anyways de Xavier Dolan.

C’est sur fond de manifestation que j’ai eu la chance d’assister au tapis rouge de la première mondiale de Laurence Anyways au Cinéma Impérial de Montréal.  Sur le tapis, Xavier Dolan, Suzanne Clément, Melvil Poupaud et compagnie nous ont parlé de leur film, de leur vision de l’amour et de la différence.  J’étais franchement impressionnée, surtout que l’émotion était palpable chez les comédiens, et surtout chez Dolan, fier de nous présenter (enfin!) son film.  Ils ont parlé, je les ai écoutés et j’ai eu hâte de m’imprégner de cet univers qui les a fait vibrer pendant plusieurs jours, et encore davantage ce jour là…

Pour son 3e long métrage, Dolan nous parle d’amour. Rien de bien nouveau, vous me direz, mais pourtant si ; c’est une histoire d’amour « transexualisée », c’est-à-dire qui se transforme lentement mais sûrement, après que Laurence (Melvil Poupaud) annonce à Fred (Suzanne Clément), l’amour de sa vie, qu’il veut devenir une femme. Une décision qui n’est pas la sienne, mais avec laquelle Fred devra tout de même apprendre à vivre, par amour. Un amour qui devra composer durement avec les jugements de la société, mais aussi des gens gravitant autour d’eux.

Suzanne Clément, magnifique comme toujours, décrit Laurence Anyways, comme « l’histoire d’un amour impossible, une histoire qui fait mal ». C’est aussi un récit portant sur la différence à l’intérieur d’un monde normalisé.

Parlons-en du regard des autres sur ce qui n’est pas « conforme ». Le choix d’étaler cette épopée amoureuse dans les années 90 n’est pas étranger à la notion de jugement provenant de la société.  Outre le fait que cette époque représente pour Xavier le « territoire nostalgique » de son enfance,  il a d’abord voulu susciter un questionnement auprès des spectateurs, principalement concernant le transsexualisme et la différence à plus large échelle : « Est-ce que les choses ont vraiment changées, dix ans plus tard ? »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Laurence Anyways fait jaser et attire.  Un film où l’on ressent bien l’univers unique de son réalisateur et qui se garde bien d’avoir été influencé par d’autres œuvres cinématographiques.  Il s’agit plutôt « d’hommages délibérés, d’allusions et de clins d’œil à des photos, des magazines de mode, de la littérature et des poèmes ». Dolan, réalisateur tentaculaire de 23 ans, nous livre donc un film généreux, mixant embardées fantasmagoriques et réalisme brutal.

Tentaculaire parce que Xavier Dolan veille sur tout, ou presque : scénarisation, réalisation, montage, éclairage, en passant par les costumes.  Cependant, à la différence de ses deux autres films (J’ai tué ma mère et Les amours imaginaires), il  ne joue pas dans Laurence Anyways. Mais lorsqu’on lui demande pourquoi, il répond : « Ce n’est pas parce que mon nom n’est pas au générique que je n’ai pas joué dedans. J’ai beaucoup joué avec les acteurs sur le plateau, derrière la caméra ».  Xavier qualifie d’ailleurs l’expérience du tournage comme étant très « participative ».

Une présence que ses acteurs semblent tous avoir beaucoup appréciée. Melvil Poupaud, pour qui il s’agissait d’une première expérience de tournage avec Dolan, a d’ailleurs trouvé très excitant de le suivre dans sa direction : « J’admire Xavier pour son autorité. Il se fait confiance à lui-même. Il arrive à imposer sa vision au reste de l’équipe. »

Par ailleurs, pour cet acteur français d’expérience (il a commencé sa carrière à 10 ans), le vrai défi n’a pas été de se déguiser en femme, mais bien de s’intégrer à l’équipe, entièrement québécoise, et d’entrer dans l’univers particulier de Xavier Dolan.

Rien n’est donc trop gros pour Xavier, qui a su s’entourer d’une brochette d’acteurs très impressionnante. Des acteurs qui l’ont tantôt impressionné avec leur jeu, à lui en faire perdre la carte!  Autre Melvil Poupaud et Suzanne Clément, soulignons aussi la remarquable présence de Nathalie Baye dans le rôle de la mère de Laurence, ainsi que de Monia Chokri interprétant la soeur récalcitrante de Fred.

Quant à la trame sonore signée Noia,  elle demeure essentielle dans cette œuvre épique ou les scènes chargées d’émotions ne manquent pas.  On navigue dans des époques et des genres différents avec par exemple The Cure, Marie-Denise Pelletier, Tchaïkovsky et Moderat avec la pièce A New Error que l’on a pu entendre dans la bande annonce originale du film.

Bien sûr, on ne pourrait parler de Laurence Anyways et de son jeune réalisateur sans mentionner sa présence à Cannes dans la catégorie Un certain regard, une déception aux yeux de celui-ci qui aurait souhaité concourir en compétition officielle. Gageons que ce n’est que partie remise, d’autant plus que cette expérience lui a inspiré son prochain long métrage.  À suivre donc.

En terminant, lorsqu’on demande à Xavier à qui s’adresse Laurence Anyways, il répond : « à n’importe qui ayant déjà vécu une histoire d’amour ».  Alors là, je sais pas vous, mais moi, je me sens concernée!

Cinéma
Intouchables

Ces touchants intouchables

Il y a de ces histoires qui nous touchent parce qu’elles sont tout simplement belles. Elles nous réconcilient avec la race humaine grâce à la force et à la bonté qu’elles transportent.  Le film Intouchables, c’est précisément cela : émouvant, drôle, authentique.

Intouchables s’inspire de l’histoire vraie de Philippe Pozzo di Borgo, riche homme d’affaires français devenu tétraplégique à la suite d’un accident de parapente,  et d’Abdel Yasmin Sellou, son aidant, un malfrat aux origines algériennes venant tout juste de sortir de prison et n’ayant aucune formation d’auxiliaire.  C’est via les personnages de Philippe (Philippe Pozzo di Borgo) et de Driss (Abdel Yasmin), que l’on assistera à la formation d’une amitié salvatrice entre ces deux êtres aux antipodes.

Réalisé et scénarisé par le duo Olivier Nakade et Eric Toledan, Intouchables commence d’abord par un livre : Le Second souffle, écrit par Philippe Pozzo di Borgo lui-même.  Nakade et Toledano y voient là un merveilleux récit devant être raconté.  Ce n’est que quelques années plus tard que le projet démarre enfin.  Naît alors ce film à l’humour brillant, et ce, malgré une prémisse plutôt lourde. Philippe Pozzo di Borgo pose d’ailleurs cette condition avant d’accepter l’adaptation de son histoire au cinéma : elle doit être traitée avec humour.

Battant récemment un nouveau record en devenant le film tourné en langue non anglaise le plus rémunérateur de tous les temps¹, Intouchables remporta en plus le Grand Prix du 24e Festival international du film de Tokyo (2011) ainsi que le prix du meilleur film aux Globes de Cristal (2012).  Ajoutons à cela plus de 9 nominations aux César 2012 dans plusieurs catégories dont : le meilleur film, le meilleur réalisateur, le meilleur scénario original, la meilleure photographie, le meilleur son ainsi que le meilleur acteur, prix d’ailleurs obtenu par Omar Sy, le comédien derrière la personnification d’Abdel Yasmin Sellou.

Un prix bien mérité pour Omar Sy, qui crève littéralement l’écran dans le rôle de Driss. Il représente le roc sur lequel le personnage de Philippe, interprété par François Cluzet, s’appuiera dans les moments les plus difficiles.

Au sujet de son aidant, Philippe Pozzo di Borgo écrit d’ailleurs dans son livre: « Il est insupportable, vaniteux, orgueilleux, brutal, inconscient, humain. Sans lui, je serais mort de décomposition. Abdel m’a soigné sans discontinuité comme si j’étais un nourrisson. Attentif au moindre signe, présent pendant mes absences, il m’a délivré quand j’étais prisonnier, protégé quand j’étais faible. Il m’a fait rire quand je craquais. Il est mon diable gardien »².

Acteur et humoriste français, Omar Sy est décidément un talent à surveiller. Ayant participé aux 2 derniers projets du même duo de réalisateurs Olivier Nakade et Eric Toledano (Tellement proches 2009) et Nos jours heureux (2006), il se révèle aujourd’hui grâce à Intouchables en remportant plusieurs prix (autre que le César du meilleur acteur). Du lot : prix du meilleur acteur (ex aequo avec François Cluzet) au 24e Festival international du film de Tokyo 2011, Prix Lumières meilleur acteur 2012, Globe de Cristal 2012, toujours pour le prix du meilleur acteur, et finalement,  l’Étoile d’or de la révélation masculine aux Étoiles d’or du cinéma français.

Selon le comédien François Cluzet, la complicité existant entre Omar Sy, Olivier Nakade et Eric Toledano était palpable lors du tournage³.  Un tournage d’ailleurs pas toujours évident pour celui-ci, qui se sentit exclu de la part des membres de l’équipe en raison de ses nombreuses apparitions en fauteuil roulant. Pour l’acteur, cela était nécessaire afin de mieux entrer dans la peau de son personnage : « À la fin, il s’est passé quelque chose d’étonnant : l’équipe me fuyait. Ils avaient la réaction que l’on peut avoir à l’égard d’un handicapé, qui fait un peu peur … j’avais besoin de rester dans le fauteuil à longueur de journée.  Je voulais ressentir cette solitude »⁴.  Une préparation qui s’en ressent dans le jeu juste et bien dosé de Cluzet.

Intouchables, c’est donc tout cela : un scénario véritable, de bons acteurs et une bonne dose d’humour et d’attachement.  Et le choix du titre, Philippe Pozzo di Borgo en dit: « Vous avez deux intouchables, paria chacun dans son genre, qui, pris séparément, sont infréquentables et, une fois ensemble, sont indestructibles »⁵.

Intouchables est projeté au Cinéma Beaubien jusqu’au 3 mai. Pour plus d’information, cliquez ici.

¹ Un nouveau record pour Les Intouchables, www.ladepeche.fr,  22 mars 2012
² Philippe Pozzo di Borgo, Le Second souffle, réédition de 2011, Bayard, pages 131-132
³ Bonne humeur sur le tournage d’Intouchables, www.lexpress.fr, 4 avril 2011
⁴  François Cluzet- mis à l’écart par l’équipe de production,  www.pipole.net, 3 novembre 2011
⁵  Pozzo et Abdel : à la vie, à l’humour, Le Parisien, 2 novembre 2011

Cinéma
Crédits photo : Fun film

Derrière les grillages

Bestiaire, le nouveau film du réalisateur québécois Denis Coté, nous invite dans l’univers des animaux captifs des zoos. Grâce à un style cinématographique atypique, le film nous transporte au-delà des limites du grillage, dans un environnement ou calme et chaos se heurtent.

La fifille que je suis A.DO.RE les animaux. C’est tellement mignon, des animaux. Et parce qu’on n’a pas tous la chance d’aller faire un safari en Afrique, il y a les zoos. Beaucoup plus accessibles, les zoos nous permettent d’être proches de nos animaux favoris. Mais, en les observant à travers le grillage, on peut se demander s’ils sont heureux… Certes, ils sont nourris et en sécurité, mais ils sont aussi, et surtout, en cage.

C’est donc avec cette réflexion en tête et une certaine curiosité que je me suis rendue ce week-end à l’Excentris pour y visionner le nouveau long métrage de Denis Coté, Bestiaire, un film que j’avais entendu être plutôt singulier.

Et en effet, pour son 6e film, Denis Coté nous offre de l’hors norme. Ni fiction, ni documentaire, ni essai, il expérimente en oscillant entre ce qu’il définit comme étant un mélange de contemplation et de poésie.

Sans dialogue, Bestiaire présente l’arrière-scène du quotidien d’animaux vivant en captivité. Un genre de téléréalité animalesque filmée sur 1 an avec quelques extensions sur le sujet, telle que la taxidermie. Le mot bestiaire réfère d’ailleurs à des œuvres consacrées aux bêtes.

D’un rythme lent, on y observe des animaux via des plans de caméra fixes, comme si nous y étions, immobiles devant ces bêtes. Parfois, le sujet est complètement hors du cadre, ce qui crée un effet loufoque. D’autres fois, le sujet nous regarde, insistant, dérangeant. Les sons ambiants, comme unique trame sonore, amplifient le sentiment de voyeurisme.

Bestiaire laisse au spectateur une grande place à la réflexion. Aucune position ne semble clairement établie par le réalisateur, ce qui n’empêche pas d’y ressentir une certaine désolation devant le sort de ces animaux sauvages captifs. L’environnement physique et l’excellent travail de Vincent Biron à la photographie nourrissent le ton mi-obscur du film.

Certainement un des projets les plus excentriques de Denis Coté, Bestiaire a néanmoins certaines ressemblances avec quelques-unes de ses œuvres antérieures, tel que Curling : peu de dialogues, des images contemplatives, un environnement austère.

Film d’ouverture de la 30e édition des Rendez-vous du cinéma québécois, sélection de la 62e édition Berlinale en Allemagne et présenté en première mondiale au Sundance Film Festival cette année, Bestiaire est sans contredit un film différent destiné aux cinéphiles curieux. Si vous osez traverser de l’autre coté du grillage, sachez qu’il est présenté à l’Excentris jusqu’au 19 avril seulement. Pour en savoir plus cliquez ici.

Cinéma
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Travelling : voyage éclair au coeur du court métrage

Si vous aimez ce qui est bref et bon, je vous recommande chaudement la programmation spéciale de courts métrages projetée au Cinéma Excentris et présentée par Travelling. Ce week-end seulement, et pour un petit 11$, vous pourrez y visionner huit créations provenant des cinéastes les plus prometteurs de la relève.

Bientôt grand de 5 ans, l’organisme à but non lucratif Travelling, présente pour la toute première fois une programmation spéciale de huit courts métrages portant sur le thème de la famille. Présentés les 30, 31 mars et 1er avril à 20h30 à l’Excentris, ces films ont été judicieusement choisis afin de vous faire découvrir la crème de la crème, ayant tous remportés récompenses et/ou nominations dans des festivals et des concours dans le monde entier.

Parmi les films projetés, deux retiennent particulièrement l’attention : Ce n’est rien de Nicolas Roy (photo), sélectionné pour la compétition officielle du Festival de Cannes en 2011, ainsi que M’ouvrir d’Albéric Aurtenèche, gagnant en 2010 du Prix Jutra pour le meilleur court métrage.

Si ces cinéastes ont réussi à se faire connaître, c’est principalement dû à leur talent, mais c’est aussi en partie grâce à Travelling, fondé en 2007 par Catherine Thériault. La mission de l’organisme est claire : promouvoir les courts métrages de la relève québécoise en les distribuant et les diffusant, mais aussi offrir de l’aide et de la formation aux créateurs. En les faisant voyager d’un festival à l’autre, Travelling met tout en œuvre pour faire rayonner ces petits bijoux artistiques ici et ailleurs.

Je dis « bijoux » car Travelling sélectionne minutieusement les films qu’il représentera pendant l’année. Pour faire un bon court métrage, il ne s’agit pas seulement de prendre de belles images avec sa caméra. « Avec l’arrivée des nouvelles technologies, il est devenu de plus en plus facile de faire des films », souligne Catherine. Mais attention, « un bon court métrage, c’est avant tout un bon scénario exprimé de façon concise », ajoute-t-elle. Et c’est principalement en respectant ce critère que Travelling sélectionne les films.

Il faut savoir que le court métrage est en quelque sorte un passage vers plus grand, soit le long métrage. La plupart des grands réalisateurs ont d’ailleurs commencé de cette façon.

À tort, le court métrage est souvent marginalisé, vu parfois même comme étant « underground ». Normal croit Catherine, car ils sont souvent présentés dans des événements spéciaux comme des festivals ou des compétitions, mais rarement dans des salles de cinéma grand public. Pour Travelling, cette programmation spéciale à l’Excentris est donc un premier pas vers la démocratisation du court métrage. « Il faut encourager la relève d’ici » dit-elle, car les créateurs bénéficient de peu de revenus pour produire leur film. Profiter de cette programmation spéciale semble donc être une activité doublement intéressante; soutenir la relève tout en se payant une saprée belle soirée cinéma. C’est « short and sweet »!

Pour plus d’information, cliquez ici.

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