hotel@Julie Gauthier

Ti-Rock; images arrêtées sur des vies en suspens

Nous sommes en 2006. L’hôtel Ti-Rock, qui n’accueillait plus personne depuis un moment incertain, vient d’être vendu. Émue par ce lieu qui semble avoir été mis sur pause, la photographe Julie Gauthier immortalise sa visite, et donne sans le savoir le coup d’envoi d’un projet qui se soldera par un magnifique livre, où photos et textes réécrivent ensemble l’histoire des passants de l’hôtel Ti-Rock.

Sur le chemin du Roy, entre Montréal et Québec, un bâtiment tente de résister au poids du monde. Le coin gauche de la porte d’entrée, au-dessus de laquelle ne s’illuminent désormais plus les mots «Hôtel» et «Bar Salon», semble s’enfoncer dans le bitume. La mousse s’est tranquillement fait une place entre les fissures du stationnement.

Photo: Julie Gauthier

Photo: Julie Gauthier

«C’est rare qu’on ait des analyses photographiques de lieux», explique la photographe Julie Gauthier lorsqu’on lui demande ce qui l’a instinctivement poussée à sortir son appareil photo. «Les images de bâtiments qui nous sont présentées sont souvent des coquilles vides, par exemple les photos d’architectes. C’est comme si on avait juste des portraits de type Maybelline pour montrer ce qu’étaient les gens à une époque.» Chez Ti-Rock, c’était comme si la vie était restée en suspens. Les 14 clés uniques pendouillaient encore sur leur clou. Dans les chambres, les savons posés dans la crasse des lavabos n’avaient pas été déballés.  Les verres reposaient tête en bas sur des napperons en dentelle. Les crucifix, les photos délavées, les fissures dans les fenêtres rafistolées avec du gros ruban adhésif beige, tous attendaient encore qu’on s’y attarde.

«C’est une bulle dans le temps qui a été figée et qui n’existera plus jamais. On peut s’imaginer dans ces chambres et se raconter leur histoire. Car on ne l’a pas, la vraie histoire», sourit la photographe qui a souvent travaillé avec des artistes pour illustrer leurs pochettes d’album. C’est donc tout naturellement, qu’elle a demandé à des musiciens de se prêter au jeu. Parce que le bar-hôtel est un arrêt obligatoire dans toute tournée, mais aussi parce qu’elle voyait là un amusant retour du balancier. «Quand on est appelé à faire une pochette d’album, on écoute le disque en boucle afin de se créer une ambiance et d’ensuite illustrer visuellement ce que ça nous inspire, comme si on faisait la bande-son d’un film en photo arrêtée. Là c’était l’inverse : à partir des images, écrivez-moi ce que ça vous inspire.»

Photo: Julie Gauthier

Photo: Julie Gauthier

Livrée à la plume du chanteur folk-blues Bernard Adamus, la chambre numéro cinq est ainsi devenue le théâtre d’un abandon résigné. «Pis y’a la fatigue qui brûle et plus rien ne se berce. Y’a juste la chaise qui craque et même les fleurs sentent le sang.» Si ça vous dit quelque chose, c’est que c’est là un extrait de la première mouture d’une chanson de son dernier album. Frank Martel aussi avait déjà vu tituber sur le terrain de l’hôtel le lapin de son disque «À l’école du Ara». Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque), Joël Martel (Les patates impossibles), Éric Goulet (Les Chiens), Sunny Duval et autres, offrent ici des textes inédits, un pour chaque chambre, en prose comme en vers, en quatre lignes ou en trois pages. Même Richard Desjardins y est avec «les deux pétards», seul texte qui n’ait pas été spécifiquement écrit pour ce projet, mais qui colle parfaitement aux images du bar de l’hôtel. On y trouvera finalement un texte de la photographe elle-même, qui se risque pour la première fois à publier ce qui s’avère être l’un des plus forts essais du recueil.

Les photos de Julie Gauthier sont extrêmement riches en textures et en histoire. Chaque chambre est marquée d’une empreinte singulière. L’œil de Julie Gauthier est parlant et délicat. Elle s’attarde à observer par la fenêtre les arbres nus, plantés bien droit comme des soldats dans la neige. Elle se tourne vers des meubles qui attendent patiemment leurs prochains visiteurs, comme si les derniers avaient quitté la veille. Un cendrier porte encore la marque de l’ultime cigarette. On trouve même dans l’une des pièces un 8-track du groupe Conventum, dans lequel jouait un des auteurs invités, André Duchesne. «Ce disque a été gravé en 1000 exemplaires 8-track. Le seul que j’ai vu de ma vie, c’est sur cette photo de Julie Gauthier», s’est-il émerveillé à l’occasion du lancement en décembre.

Photo: Julie Gauthier

Photo: Julie Gauthier

Sûr, le projet a mis du temps à aboutir. Après de multiples essais avec des maisons d’édition, Julie Gauthier a décidé de le mener à terme toute seule, pour finalement le lancer juste avant Noël. Et  Ti-Rock, dans toute sa fragilité, dans la splendeur de ses images et dans la bestialité de ses textes, est un superbe document d’anthologie à tenir entre ses mains. Parce que cet hôtel, semblable à des centaines d’autres, qui ont un jour parsemé les routes du Québec et qui peu à peu changent de vocation, cet hôtel qui «servait à la fois de gîte et de taverne, de bordel et de salle de jeu», parle de bien plus que de lui seul. «Comme», illustre Maxime Catellier dans le preface, «si ce petit établissement situé Chemin du Roy, entre Québec et Montréal, condensait en lui toute l’émeute déchue de notre époque.»

Arts Médiatiques
Photo : Sébastien Roy

Chaos & Order: pari réussi

Chaos & Order est une création de Rocco Helmchen et de Johannes Kraas, tous deux originaires d’Allemagne, qui ont habilement réussi à s’inspirer de théories mathématiques pour en faire une oeuvre visuelle fort intéressante. N’ayez pas peur, ce film n’a pas une portée pédagogique. Toutefois, il pourrait vous donner envie d’aller approfondir vos connaissances par la suite afin de comprendre ce que vous venez de voir.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Un objectif de la présentation est de chercher à faire découvrir les liens fondamentaux entre la réalité et l’abstraction mathématique. Le duo crée une fusion des univers des sciences et des arts, en apportant une touche d’esthétisme à des concepts mathématiques. Le duo a été découvert par l’équipe du Labodôme lors d’une visite au Fulldome UK de Leicester et ils présentent maintenant leur film en format de projection à 230°, à l’intérieur de la Satosphère.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le film est structuré en quatre « mouvements », qui mobilisent de grands thèmes, tels que la forme géométrique, la simulation, la théorie du chaos ainsi que les figures fractales. Pour chacun des mouvements, le duo utilise des séquences vidéo tirées du « vrai monde » et du quotidien afin d’introduire ces abstractions mathématiques et de les ancrer dans le concret, ce qu’ils font de manière parfois spectaculaire pour lancer les mouvements. Tout au long de la présentation, il est possible de voir cette tension entre l’ordre et le chaos, qui s’avère un moteur puissant pour donner un fil conducteur aux créations. D’ailleurs, il est intéressant de voir cette image du cube qui revient souvent dans diverses formes, souvent utilisé pour illustrer cette tension.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le premier mouvement commence en douceur en offrant une simple visualisation d’éléments 3D qui gagne graduellement en vigueur et en grandeur. D’ailleurs, un des moments les plus immersifs et impressionnants de la présentation a lieu lorsqu’on voyage au milieu d’un ensemble de cubes gigantesques, qui semblent se prolonger jusqu’à l’infini.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le deuxième mouvement offre plusieurs séquences qui figurent parmi mes favorites. Les simulations mises de l’avant sont parfois spectaculaires. Je pense notamment aux dominos qui tombent et aux diverses représentations de dynamiques des fluides. De plus, certains segments, tels que les boids flight tracks (simulation de vols de nuées d’oiseaux) et la simulation de processus thermodynamique, avaient une touche esthétique particulière qui m’a beaucoup plu.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le troisième mouvement a offert des visualisations impressionnantes qui avaient une certaine grandeur, mais aussi une belle simplicité. Ce mouvement m’est apparu tout d’abord le plus ordonné, jusqu’à ce que les animations viennent justement ajouter cette dimension de chaos que l’on retrouve d’un bout à l’autre de la présentation. Je pense notamment à une séquence de dubstep particulièrement efficace, tant sur le plan musical que visuel.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Pour conclure, le quatrième mouvement démarre en douceur avec plusieurs séquences moins animées, qui donnent l’effet d’une succession de peintures abstraites. On quitte clairement les formes traditionnelles et les représentations communes afin de nous emmener dans des « univers » visuels plutôt dépaysants que j’ai trouvé très intéressants. Ce mouvement bénéficie aussi d’une musique plus efficace qui permet de bien conduire ce crescendo vers une finale mouvementée, intense et très bien réussie.

Chaos & Order est à l’affiche du mardi au vendredi, jusqu’au 8 février.

Arts Médiatiques
PISS CONTROL 2_Isa Pardi

À la galerie Rats9, les femmes pissent debout.

«Elles emmerdent l’ordre et la morale. Elles font de leur vie, de leur art, de leur travail une aventure pirate. Elles ne mènent pas de lutte, elles sont la lutte.» Ce manifeste, qu’Isa Pardi offre en amorce aux visiteurs de son exposition, pourrait tout aussi bien avoir été écrit pour l’atelier-galerie Rats9, son nouveau chez-soi, espace queer, intrinsèquement politique, ouvert et curieux.

Debout au milieu d’une galerie du dernier étage du Belgo, entourée de toiles éparpillées en vue de l’accrochage, Isa Pardi met cartes sur table. Cette exposition est politique et existe grâce au mouvement punk féminin. «On est nombreuses, et on n’est pas représentées. En faisant des recherches je me suis rendue compte à quel point le mouvement était immense, à quel point beaucoup de femmes ont travaillé dans le punk et conduit des luttes politiques. Les femmes punk ont une force, une énergie, que j’avais envie de mettre dans mon travail.» Pour appuyer sa démarche, Isa Pardi propose aussi un fanzine dans lequel on peut notamment lire un texte de Virginie Despentes et un extrait d’un mémoire de maîtrise intitulé Riot Grrrls américaines et réseaux féministes underground français.

Isa Pardi a choisi de présenter son exposition à la nouvelle galerie Rats9, à qui on doit la banderole «Tous avec les Pussy Riot» qui a flotté aux fenêtres du dernier étage du Belgo pendant presque deux mois. «J’ai cherché longtemps une place comme Rats9 où on peut travailler en toute tranquillité et où il n’y a pas de pression, de risque de censure. Je suis arrivée en septembre pour une résidence, et ça s’est tellement bien passé que je fais maintenant partie du collectif.» Menée par des femmes qui se définissent en tant que queer, Rats9 s’affiche comme un safe-space, c’est-à-dire un espace libre de tout préjugé. «C’est une attitude qu’on essaye d’incuber, explique Carly Higgins, l’une des fondatrices. Évidemment on a tous nos préjugés sur certaines choses, mais on essaye de travailler avec. On a besoin d’un safe space et on veut en créer un pour les gens qui nous entourent.»

Peaches, encre de sérigraphie sur toile par Isa Pardi

Autour d’Isa Pardi, donc, des tableaux en attente. Dont plusieurs femmes qui font pipi. Debout, couchées sur le dos, la tête en bas, dans toutes les positions. «Elles le font avec beaucoup d’humour, de joie. C’est vraiment une façon de s’approprier le corps, l’espace, et c’est encore une fois l’aventure pirate. Ça paraît dérisoire comme action, mais pisser debout peut nous rendre la vie vachement plus facile dans bien des situations», affirme celle qui s’y entraîne depuis des années pour survivre aux festivals, aux manifs, aux toilettes sales, aux trains cahoteux… Mais cette envie de peindre des femmes qui font pipi est d’abord partie d’une constatation sur l’art. «Je me suis rendue compte que les grands peintres de notre monde, c’est-à-dire des gars, avaient tous représenté des femmes qui pissaient. Je me suis dit moi aussi je veux en faire une. Puis je me suis aperçue qu’en fait elle pissait debout. Et les gars, Picasso et consorts, les représentaient pissant accroupies.»

Punk jusqu’au bout des doigts, Isa Pardi a joué dans quelques groupes et sillonné la France des festivals, mais aujourd’hui elle se sert plutôt de la musique comme bois d’allumage.

Ça donne beaucoup de traits vifs, de peinture en grumeaux, de mouvement. «Je ne me considère pas trop comme une peintre. Je suis plutôt dans le dessin, la gravure, l’impression. Depuis quelques années j’ai élaboré une espèce de technique de grattage qui a à voir avec une forme de cicatrice. Ou avec l’idée de griffer la toile, de la mordre avec les dents. Il y a définitivement un truc animal en tout cas.» La diplômée des Beaux-arts se détend aussi avec son «art chiotte», des collages de rouleaux de papier de toilette vides auxquels on peut bien donner le sens qu’on veut. Coup de pied au cul de l’art chic.

L’O, encre de sérigraphie acrylique sur toile par Isa Pardi

Pour le vernissage, les rates ont invité Gashrat et Dead Wife deux groupes de punk féminin, à jouer. «On voit surtout Rats9 comme un espace pour l’art en lequel on croit. On a plein d’amis qui font des trucs vraiment intéressants et qu’on veut voir», s’enthousiasme Carly Higgins, qui parle aussi de recevoir des discussions politiques à la galerie. «Sans avoir d’agenda politique, on est activistes par défaut, même je n’aime pas trop le mot politique… Je le trouve aliénant, il est souvent perçu comme étant dans une enclave intellectuelle particulière. Simplement, je ne peux pas nier que tout ce qu’on fait en étant qui on est, est une sorte de déclaration politique.»

Depuis la fondation de la Centrale Galerie Powerhouse en 1973, Rats9 est le premier centre d’artiste permanent et dédié à l’art visuel qui soit ouvertement étiqueté queer, alors que les concepts de féminisme sont continuellement en mouvement. «Ce mot est à mon avis souvent employé de façon inappropriée, estime Carly Higgins. C’est un mot négatif que les gens ont récupéré, mais en gros c’est tout ce qui ne cadre pas dans cette binarité normale et reconnaissable de l’homme et de la femme hétérosexuels… ç’a beaucoup à voir avec la sexualité, le genre, la performance, mais pour moi c’est surtout une espèce de fluidité de la nature, et c’est comme ça qu’on fonctionne naturellement avec la galerie. On est fluides avec notre présentation, notre travail et nos médiums.»

L’exposition Peaches and Others d’Isa Pardi se poursuit jusqu’au 22 décembre.
La Galerie Rats9 programme une exposition par mois.

Arts Médiatiques
Babel Orkestra Photo: Sébastien Roy

Babel Orkestra – Voix humaines, mains divines

Toujours à la recherche de l’évènement culturel le plus surprenant dans la programmation mensuelle de La Vitrine, je suis allé me faire stimuler l’ouïe et la vue, voire même l’odorat, dans la Satosphère vendredi dernier. En effet, présentement a lieu, à la Société des Arts Technologiques, la présentation du Babel Orkestra, sorte de mélange entre des compositions sonores créées à partir de mots et phrases tirées de toutes sortes de langues et une présentation visuelle 270º en direct par une équipe de marionnettistes.

J’arrive vers 19 h pour récupérer mon entrée et monte me placer en file au 3e étage de la SAT. Le temps d’attente me permet d’humer le parfum des plats du Labo Culinaire dont une trentaine de personnes se délectent. J’en profite pour jeter un oeil sur le public autour de me moi et me rend compte que je détonne quelque peu : majoritairement des 40+ qui ont un petit air d’Étienne et Sandrine Maxou. Dans le petit corridor qui mène à la sphère j’entends déjà des premiers enchâssements sonores en boucle de voix qui annoncent une présentation aux accents internationaux. Lorsque j’entre, je suis surpris par la taille de la Satosphère qui semble plus petite de l’extérieur et adore l’idée de se coucher sur des tapis et oreillers pour pouvoir profiter d’un maximum d’amplitude de vue. Une fois confortablement installé -i.e. chaussures retirées et oreillé bien tapé… je regrette de ne pas avoir apporté ma couverture-, je feuillette la programmation et apprend que le trame sonore a été composée à partir de plus de 1 800 enregistrements de voix parlées compilées pendant 15 ans par Jean-Jacques Lemêtre, musicien-compositeur. Le tout formant un répertoire de plus de 45 heures de matériel. La portion visuelle quant à elle repose entre les mains -c’est le cas de le dire- des marionnettistes Marcelle Hudon, Louis Hudon et Denys Lefevre, qui manipulent toute une série d’objets et de marionnettes.

Jean-Jacques Lemêtre et Marcelle Hudon. Photo : Sébastien Roy

Pendant l’heure et demie qui suit, se succèdent neuf tableaux correspondants aux sentiments des ragas indiens -une petite recherche sur Wikipédia au moment de la rédaction m’apprend que les ragas sont un cadre mélodiques qui mélangent sons/musiques et sentiments, heures du jour et bien plus-. Allant du comique au dégoût en passant par la colère et la fierté, j’ai pu observer, dans le mouvement et le désordre : du tissu froissé, un oiseau qui s’attaque à un drôle de personnage, une position de Kâmasûtra, une orange pelée, des taureaux croisant les cornes, une corde de pendu sur fond de discours de Marine Le Pen et Hitler -ça me fait penser à un concert de Madonna-, un squelette devant des cartes du ciel et un mobile géant représentant les continents -je remarque qu’il manque l’Océanie et l’Antarctique-. De tout cet amalgame visuel, je ne peux m’empêcher de donner une mention particulière au magnifique tableau portant sur l’écriture, où dans un effet de spirale, les marionnettistes tracent des symboles à la plume et encre noire qui ressemblent à des caractères asiatiques. Seul point négatif, parce qu’il en faut bien un, le volume était un rien trop élévé et, par moments, le « grichement » des hauts-parleurs lors des sons aigüs -comme les rires d’enfants ou les hurlements de terreur- devenaient quelque peu agaçants.

Les marionnettiste : Denys Lefevre, Marcelle Hudon et Louis Hudon. Photo : Sébastien Hudon

Une fois la présentation terminée, je profite que la majorité des participants soit dans un état semi-comateux pour m’approcher de Jean-Jacques Lemêtre -qui semble-t-il est présent à chacune des représentations- et apprend que ce possesseur de plus de 28 000 instruments s’est intéressé aux langues comme étant une autre forme d’instrument et a voyagé dans la plupart des pays. À partir de son matériel et de différentes thématiques tels les ragas -voir plus haut pour une définition- et la dérive des continents, Mme Hudon (que j’ai pu rencontrer par la suite) m’explique que ce qui l’a beaucoup plu dans ce travail c’est l’idée des mains créatrices d’univers et donnant vie à des personnages sur fond de voix du monde. -haaaa, c’est donc ça l’idée de Babel… les mains de dieux, les voix des humains-

Les Marionnettistes. Photo : Sébastien Roy

Bref, un drôle de voyage au coeur des sons de la voix qui, si vous désirez l’expérimenter, est encore à l’affiche pour quatre représentations. Pour ceux qui aimeraient vivre l’expérience totale, un menu sur mesure pour la projection a été conçu par l’équipe du Labo Culinaire. Et juste pour vous faire saliver un petit peu : truite, agneau et érable en composent les trois services.

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phenomena_Genesis Breyer P-Orridge

Festival Phénomena : Un laboratoire du merveilleux

D.Kimm est allergique au statut quo. Ça brûle la peau quand on la rencontre. Femme de parole et de mots, femme de verbes et de gestes, elle est incapable de regarder le temps passer sans le chatouiller du bout du doigt et le tremper dans une pellicule de plumes et de dentelles. On peut affirmer sans trop se risquer qu’avec sa compagnie Les Filles électriques, organisatrice du Festival Voix d’Amériques depuis 2002, la créatrice montréalaise est un maillon principal de la scène spoken word montréalaise.

Mais après 10 ans, D. Kimm avait besoin de faire fondre les frontières, de laisser les mondes des possibles s’étirer un peu. C’est ainsi que Voix d’Amériques devient Phénomena, galvaniseur d’«événements intrigants et poétiques», laboratoire du merveilleux : «Nous adorons les inventeurs, les patenteux, les artisans, ceux qui ont les mains dedans, marionnettistes, travestis, inventeurs, acteurs-auteurs, danseurs-performeurs, outsiders, intervenants», explique le programme. «Il y a la poésie des poètes, que nous avons présentée durant 10 ans avec le Festival Voix d’Amériques et nous continuerons de le faire. Il y a aussi la poésie des lieux, des situations, du corps en mouvement, des images, des projections, des installations extérieures, de la musique ou du silence.»

Et on n’a pas de misère à déjà s’y plonger. Le festival n’est même pas commencé qu’il porte en lui une ambiance de film muet et de cabaret détraqué, par un travail de mise en scène qui transpire de partout : le programme, le site, les vidéos promo, l’installation dans la vitrine des bureaux et les extraits de spectacle qu’on a eu la chance de visionner pendant la rencontre, et qui nous permettent d’avancer, que la soirée «Les phénomènes inexpliqués» s’annonce être d’une qualité artisanale et poétique époustouflante.

Bref, cessons les louanges et posons un regard sur la programmation. D’abord, venue incroyable et rare s’il en est, Phénomena et le Festival du nouveau cinéma invitent Genesis Breyer P-Orridge, véritable légende dérangeante de l’avant-garde, premier citoyen britannique condamné à l’exil depuis un siècle, fondateur de Psychic TV et de COUM Transmissions devenu Throbbing Gristle, artiste décidément «dédié à l’exigence de son art» (dixit D.Kimm), au point de modifier son propre corps pour fusionner son existence avec celle de son amoureuse Lady Jane Breyer, créant un personnage pandrogyne à force de chirurgie esthétique, de thérapie hormonale et de travestisme. «J’aime les gens qui sont «trop», reconnaît D.Kimm. Trop extravagants, trop enthousiastes, trop expressifs. On vit dans une époque extrêmement «stiff» et leur présence me fait vraiment du bien.» Genesis Breyer P-Orridge sera à Montréal pour la première fois depuis 26 ans, le 20 octobre avec son groupe de spoken word Thee Majesty et le lendemain pour présenter le magnifique film de Marie Losier «The Ballad of Genesis and Lady Jane». Une exposition lui est également dédiée à la galerie La Centrale.

Les phénomènes inexpliqués

Autre spectacle intrigant, le Flying Words Project, un spectacle de poésie en anglais et en langue des signes américaine. «Il y a une forme de poésie particulière qui émerge des langues des signes, et ce langage nous apporte une ouverture sur une communauté qu’on connaît très mal, explique D. Kimm. Pour moi c’est aussi très intéressant de travailler avec eux. C’est un défi de trouver les bons termes à employer pour s’exprimer correctement…»

Fidèle aux événements classiques du FVA, Phénomena perpétue le fameux combat contre la langue de bois, tribune à la prise de parole audacieuse, ainsi que les micros ouverts gratuits à la Casa Del Popolo, animés musicalement par Guido Del Fabbro et Michel F. Côté.

Deux autres séries de performances sont présentées totalement gratuitement. À 17 h, le Divan Orange accueillera entre autres Jef Barbara, Teen Sleuth, l’Opéra FOE et Déverbération. À 22 h, la Casa Del Popolo met la table pour les shifts de nuit avec des performances de Jacques Poulin-Denis, Jonathan Parant, Jacqueline Van De Geer et Chad Dembski.

Hors des murs, plusieurs autres instants de poésie. La danseuse Carol Prieur réagira à la construction sociale de la femme à travers une histoire de transformation psychologique et physique qui s’annonce d’une grande intensité. Les Ville-Laines – qui sont connues pour tricoter des couvertures aux poussettes et aux poteaux de Montréal – habilleront le mobilier urbain de dentelle et de velours et le collectif Pourquoi jamais envahira quotidiennement de stationnement de la Sala Rossa à 19 h 30 avec un questionnement sur la disparition inexpliquée de la première illusionniste féminine.

Bref, du 19 au 26 octobre 2012, ouvrez l’œil et risquez la poésie. «Nous laissons le méga à ceux qui en ont besoin et choisissons le petit, l’humain, le délicat, le secret, l’intrigant, le dérangeant», nous promet Phénomema.

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satprincipa

The Search Engine : Une expérience de spatialité

Après avoir présenté la première nord-américaine de The Search Engine de DJ Food l’été dernier, la Société des arts technologiques (SAT), en collaboration avec OSHEAGA Arts et Converse, a décidé d’offrir une nouvelle série de représentations qui auront lieu jusqu’au 26 octobre. Développée originellement pour le Planétarium de Londres en 2011, l’œuvre pige ses éléments visuels à même les archives des astronomes britanniques, en plus de miser sur des créations originales de DJ Food. Cette présentation a été adaptée pour la technologie de la Satosphère, et le résultat est saisissant, par sa qualité immersive et par la beauté visuelle de la projection.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

La plus grande force de The Search Engine est sans l’ombre d’un doute le sentiment d’immersion qu’elle procure. La salle joue un rôle essentiel dans cette expérience. Il s’agissait de ma première visite à la Satosphère, et ce ne sera assurément pas ma dernière. Conçue en forme de dôme, la salle permet de diffuser des images sur un écran de projection sphérique de 360 degrés. Pas de sièges ou de bancs dans cette salle, mais des coussins sur lesquels les spectateurs sont conviés à s’asseoir ou à s’allonger confortablement. Ainsi installé au cœur de l’action, vous serez complètement enveloppé par l’écran.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

De cette position, la projection de The Search Engine devient franchement impressionnante et donne l’illusion de participer à un voyage spatial, car tout l’environnement du spectateur fait partie du spectacle. Cela a totalement gâché la technologie 3D pour moi. Je crois que le 3D, au cinéma surtout, est particulièrement intrusif, voire agressant. Au sein de la Satosphère, cette technologie de projection m’a paru plus inclusive et accueillante, et m’a davantage donné l’impression de vivre l’œuvre et d’y être aspiré, d’en faire partie jusqu’à un certain point. Il faut dire que les visuels et les différentes animations jouent sur les perceptions et donnent l’impression que la salle est en mouvement et que le spectateur voyage au sein de cet univers tantôt calme – dans les séquences utilisant les images de l’espace –, tantôt très animé, aux limites du psychédélisme, et qui n’a rien à envier à un concert des Flaming Lips. Par ailleurs, c’est dans ces séquences d’animations plus « cartoonesques » ou rappelant un kaléidoscope que les effets sur la perception spatiale seront les plus surprenants.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

Je m’en voudrais de ne pas évoquer la beauté des séquences dans l’espace. Les images projetées sont d’une excellente qualité et s’avèrent nécessaires pour compléter avec succès l’expérience immersive rendue possible par la technologie employée. L’esthétique de ces séquences n’est pas sans rappeler des films comme The Fountain et 2001: A Space Odyssey, dans lesquels les voyages en orbite sont l’occasion d’offrir une expérience sensorielle inusitée et suggérant une certaine grandeur. Néanmoins, cette performance visuelle ne serait pas la même sans la musique de DJ Food, qui mise sur les pièces de l’album The Search Engine pour accompagner l’aspect visuel de l’œuvre. Sa musique dynamise la projection et donne vie à cette succession de tableaux.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

En quelques mots, The Search Engine est une expérience immersive de qualité qui vous fera voyager dans l’espace et stimulera vos perceptions spatiales tout en vous balançant de la musique de qualité pendant un peu plus de 50 minutes. Je vous l’assure, il s’agit d’une promenade saisissante qui vaut un détour. D’autant plus que vous n’aurez pas à faire d’effort, confortablement allongés…

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SMA

Six Mil Antennas : Quand la réalité bascule

« The future is already here, it’s just not evenly distributed »

C’est sur ces mots de l’écrivain William Gibson que s’ouvre Six Mil Antennas, un des premiers films de fiction au monde qui soit réalisé pour un écran immersif 360°, et qui est projeté dans la Satosphère de la SAT jusqu’à vendredi.

Dans ce monde vaporeux que nous proposent le cinéaste Johnny Ranger et le compositeur Manuel Chantre, tout est constamment en mutation. Étrange univers où des corps sont parasités par de curieuses turgescences alors que d’autres laissent couler des larmes d’huile sous le regard de scientifiques consciencieux. Plus proche du film d’art ou du vj-ing que du cinéma traditionnel, Six Mil Antennas bouscule nos repères et nous force à nous inquiéter de leur pertinence. C’est un monde de collage où tout germe dans un ballet un peu désordonné, très proche de l’inspiration brute. « On ne s’inquiète pas d’avoir une trame claire lorsqu’on va à un spectacle de danse contemporaine ou qu’on écoute un disque parce que la musique habite le reste, alors qu’au cinéma on est davantage habitué à avoir une narrativité linéaire », explique Johnny Ranger. C’est aussi à l’aide de dessins, de mots-clés et d’émotions que le réalisateur a pu partager son univers avec le compositeur, qui a créé une musique complètement transcendante à laquelle se sont par la suite greffées les images.

« C’est un film qui est fait pour nous emmener dans un espace de réflexion qui s’adresse plus à notre inconscient qu’à notre conscient, réfléchit Johnny Ranger. Je le vois un peu comme un mandala tibétain, où on est partie prenante d’un engrenage qui peut se déphaser pour un rien. » Intéressé depuis longtemps par une culture de la pensée et par des champs de perception qui sont étrangers à la culture occidentale, le cinéaste a voyagé et filmé dans plusieurs  tribus pour en revenir avec un témoignage très personnel. « Beaucoup s’inquiétaient que j’aie bien saisi leur réalité, et je me suis rendu compte que ce que je voulais garder c’était simplement mon voyage à moi, le point de rencontre avec ma réalité et la leur, et pas faire un documentaire à la National Geographic. »

Mais s’il est attiré par ces visions un peu plus chamaniques de la vie, Johnny Ranger reste très ancré dans les recherches scientifiques sur le sujet. Dans son cahier de travail, nombreuses sont les références à des gens comme Rick Strassman. « Les recherches qu’il a faites sur le DMT dans les années 90 m’ont beaucoup inspiré pour le film. Ce puissant psychédélique peut littéralement nous propulser dans une autre dimension, et c’est toute cette idée-là que je voyais. On vit dans une réalité qui est trois-dimensionnelle, et si on augmentait la fréquence des ondes qui nous entourent d’une certaine façon, on pourrait quitter cette fréquence matérielle-là pour aller dans une autre réalité qui est par-dessus la nôtre. Autrement dit, tu n’as pas besoin d’aller dans une autre galaxie pour rencontrer un autre type d’être, ça se joue peut-être dans une sorte de verticalité. »

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

Le même processus a été observé pour la trame sonore. « Ce que je trouve intéressant dans une vibration comme on en retrouve dans les notes, explique Manuel Chantre, c’est que c’est un cycle, quelque chose qui se répète. Ça m’a permis de créer des environnements de transe, des espaces physiques, parce que certains sons compressent l’espace alors que d’autres donnent l’effet inverse. » D’autant plus que travailler à la Satosphère n’est pas de tout repos pour un compositeur : 157 haut-parleurs et quelques haut-parleurs de basse-fréquence sont mis à disposition des artistes, qui doivent ainsi composer avec des effets d’acoustique inhabituel,  mais aux possibilités étonnantes. C’est aussi beaucoup grâce à cette profondeur physique que la trame sonore de Six Mil Antennas est prenante comme aucune autre.

Six Mil Antennas est projeté à 20 h tous les soirs jusqu’au 14 septembre 2012  à la SAT.


SIX MIL ANTENNAS / short trailer / Press quotes from johnny Ranger on Vimeo.

La trame sonore en téléchargement libre

Site Web de Manuel Chantre

Site Web de Johnny Ranger

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Trois expositions pour réfléchir aux forces abstraites de l’univers

Non contente d’avoir mis sur pied la fondation pour l’art contemporain DHC/ART, qui a ses pénates dans deux superbes bâtisses du Vieux-Montréal, Phoebe Greenberg vient tout juste d’inaugurer un autre centre de création artistique à la fine pointe de la technologie à cinq petites minutes de marche de là. C’est l’occasion pour tout curieux de se payer une petite visite de trois expositions offertes gratuitement au public, sans compter que DHC accueille présentement l’un des plus grands noms de l’art visuel ET de la composition musicale, le Japonais Ryoji Ikeda.

La première partie de l’exposition de Ryoji Ikeda, présentée dans le cadre dela Biennale d’art contemporain et distribuée sur les quatre étages de DHC/ART, établit le vocabulaire pur, délicat et précis de l’artiste qui travaille maintenant à Paris. À travers des rouleaux de piano mécanique, des schémas du ciel, des représentations d’ADN ou des constantes mathématiques comme pi ou phi, Ikeda révèle l’absurde d’un monde entièrement fondé sur des visions abstraites et binaires. Ses présentations minimalistes et extrêmement ordonnées, qui demandent une attention soutenue et presque scientifique, dégagent finalement une beauté renversante, presque religieuse.

Mais c’est lorsqu’on traverse au deuxième bâtiment de DHC que l’œuvre d’Ikeda prend tout son sens en une hypnotisante déflagration de lumière et de sons, sorte de grand big-bang en deux couleurs. Les constellations dont on avait étudié l’orchestration parfaite apparaissent là dans toute leur magnitude, et créent devant nos yeux un univers transcendantal.

Trois coins de rue plus loin, le temps de faire aérer nos neurones encore choquées par les images d’Ikeda pour se rendre au Centre Phi, l’installation du Montréalais Alexandre Burton s’assure de maintenir dans nos cerveaux un état d’anarchie. Ici, ce n’est plus à une représentation binaire du monde qu’on a droit, mais bien à la mise en avant de l’énergie qui sommeille en toute chose. Placées en veille dans une seule pièce, six immenses bobines tesla n’attendent qu’une petite présence humaine pour exploser sur les vitres qui leur font face et ricocher dans un large spectre de teintes et de sonorités. La puissance et l’imprévisibilité de l’électricité nous sont ainsi violemment rappelées dans un contexte qui invite à jouer avec le danger pour créer des œuvres uniques et extrêmement vivantes.

Photo Richard-Max Tremblay | Permission du DHC/ART

Pour ceux dont les jambes sont encore en état après les deux présentations précédentes, le Centre Phi propose d’expérimenter l’impact de la folie d’autrui sur notre propre système nerveux. Dans une toute petite salle baignée de blanc, le participant est confronté à un homme qui présente en cascade les symptômes de différents troubles mentaux. À mesure que son état s’intensifie et se laisse influencer par les gestes du spectateur, des capteurs de mouvements et un ordinateur dessinent la réponse physique du participant pour illustrer son « moment de folie », qui sera ensuite répertorié aux côtés de tous les autres fous temporaires sur le site amentia.com.

Un moment de folie suite à Amentia

Avec ces deux premières expositions au Centre Phi (Amentia de Jean-François Mayrand et Impacts d’Alexandre Burton, présentées respectivement jusqu’aux 14 et 21 octobre), la fondatrice Phoebe Greenberg émet un signal fort pour son nouveau centre multidisciplinaire et hyper technologique. On a bien hâte de voir ce que nous réserve le Centre Phi après sa période d’incubation, soit dès le 1er septembre. En attendant, DHC/ART propose de participer à l’exposition de Ryoji Ikeda en créant sur place notre propre message codé, ceci afin de prendre activement part à la réflexion de l’artiste sur l’échange constant d’informations qui est inhérent à l’ère numérique.

Musée Exposition
Search-Engine_DJ-FOOD_

DJ FOOD à la Satosphère

Ce concours est terminé. Merci d’avoir participé! 

Dans le cadre de l’évènement FESTIVAL OSHEAGA MUSIQUE ET ARTS

DJ Food (alias Strictly Kev) sera de passage à Montréal les 19 et 20 juillet prochain pour vous présenter en première nord-américaine The Search Engine, une expérience immersive à la Satosphère!

Vous désirez vivre cette expérience unique? Décrivez une constellation que vous aimeriez reconnaître dans le ciel de la SAT! Vous pouvez aussi en inventer une… Exprimez-vous plus bas! 

Bonne chance à tous!


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Une

Le klaxon des arbres

Cette semaine, il se pourrait que les arbres se mettent à klaxonner, ou les bancs à suer les rythmes d’une samba. Tendez l’oreille un peu, et vous embarquerez dans un train pour New-York, Portland ou Seattle, sans même bouger le gros orteil. Dans le cadre du festival Suoni Per Il Popolo, le musicien Jean-Sébastien Truchy propose une série de fenêtres ouvertes sur l’« autre », en dissimulant dans divers endroits à Montréal des sons captés dans une ville étrangère.

Pour Jean-Sébastien Truchy, les installations sont des propositions sociales et politiques dans lesquelles le spectateur doit prendre conscience de la présence de l’autre. « Je veux faire entrer deux univers en contact par une légère distorsion spatio-temporelle, et espérer que les passants prennent deux secondes pour y penser et idéalement réaliser que d’autres gens vivent une expérience différente en même temps dans une autre ville. Ce sont des prises de conscience d’altérité et de vacuité qui m’intéressent beaucoup, surtout avec ce qu’on vit en ce moment à Montréal et au Québec. Je pense que c’est quelque chose qu’il ne faut pas oublier. L’importance d’être ensemble et la réalisation qu’on ne peut pas vivre indépendamment l’un de l’autre. »

Jean-Sébastien Truchy | Photo par Ariane Gruet-Pelchat

Les installations que propose Jean-Sébastien Truchy sont anonymes, simples et discrètes, autant sur le plan visuel que sur le plan sonore. « Ça va peut-être passer complètement inaperçu, parce qu’on ne prend plus le temps de regarder autour de nous. Et je trouverais ça tout aussi intéressant que si quelqu’un s’en aperçoit. » Situationniste dans l’âme, le musicien souhaite effacer la préciosité de l’art pour en badigeonner le quotidien : « écouter les sons autour de soi et se rendre compte que c’est la plus belle réussite audio qui existe. Les sons arrivent de partout avec des volumes différents. Même les nuages qui se promènent sont de l’art, mais on n’y porte plus attention parce qu’on va regarder un film au cinéma ou une animation de l’ONF en pensant que ça, c’est l’art. »

Une pensée politique qui était déjà présente à l’époque de son groupe de pop expérimentale Fly Pan Am, avec lequel il explorait déjà le spectrum sonore et la complexité du mixage. « Il y a plein de façon de traiter ces questions, autant dans la forme que dans le contenu. Pour moi, il faut toujours laisser place à la surprise ou à la défectuosité d’un produit, ce qui nous ramène toujours à la question de la marchandise et à celle de l’art. »

Des installations in situ de plusieurs artistes dont Jean-Sébastien Truchy, réunies par l’étiquette de disque Oral sous la bannière « Les fantômes des espaces publics », sont dispersées à travers Montréal jusqu’à jeudi soir. Il ne reste qu’à tendre l’oreille, et quelque chose nous dit que l’artiste pourra être vu jeudi à 14 h au coin des rues Metcalfe et Sherbrooke. Pour d’autres indications sur les installations audio et les performances qui décorent Montréal cette semaine, rendez-vous au www.oral.qc.ca/actions/index.html

www.suoniperilpopolo.org

Perfo. de Jen Reimer et Max Stein sous un viaduc | Photo par Ariane Gruet-Pelchat

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FestivalSightAndSound

L’art numérique décortiqué

Pris en sandwich entre les festivals Élektra et Mutek, le festival Sight And Sound fait le pari de présenter l’art numérique en mettant de l’avant ses mécanismes, plutôt que l’oeuvre finale. Jusqu’au dimanche 27 mai, quinze artistes émergents présenteront des installations et des performances audio-visuelles à l’Eastern Bloc, loft de création et d’exposition situé au coin de Clark et Jean-Talon. « Notre approche de l’art numérique est axée sur le glitch, c’est-à-dire l’erreur de la technologie qui est réappropriée pour prendre part au projet artistique », explique la chargée de communication Aurélie Besson.

En performance lors de la soirée d’ouverture, le Montréalais Thomas Bégin présentait une de ses nouvelles inventions, la guitare fractale, qui laisse à voir la physicalité du son à l’aide d’un laser. « Je viens d’une tradition de la sculpture et de l’installation et le son a toujours été assez abstrait pour moi, explique-t-il. Je crée des  dispositifs où je peux voir le signal sonore sous d’autres formes que celle d’une onde sur un ordinateur, ce qui me permet de me réapproprier la technologie pour mieux la comprendre. »

Pour sa performance, Thomas Bégin utilise un laser qui est réflété sur plusieurs objets dont la membrane d’un speaker, et qui se transforme en son lorsque capté par le micro optique du créateur. « Le feedback forme des dessins lumineux qui se mettent à osciller par eux-mêmes, parce que c’est un système mou dont on ne peut jamais prévoir les réactions. Il y a trois sources oscillantes, et quand tu les faisceaux se mélangent c’est comme de la météo : s’il y a une tempête au Texas et un front froid qui descend du Québec, il risque d’y avoir quelque chose de complètement imprévu au centre des États-Unis. »

La question de l’interférence revient dans beaucoup d’oeuvres présentées au festival. « On se demande comment on peut créer des systèmes qui fonctionnent par eux-mêmes et finissent par nous échapper, indique Aurélie Besson. C’est cette relation homme – machine dans laquelle la machine finit souvent par avoir le dessus. »

Cette année, les oeuvres tournent autour du thème Systèmes symétriques. Dans le cas de l’installation de l’Américain Zach Gage, par exemple, le spectateur est mis en miroir devant une caméra liée à un compteur, qui affiche le nombre de passants en tant qu’oeuvre. Pour Robyn Moody, la symétrie se retrouve dans l’ambiance intrigante crée par une sculpture cinétique faite de tubes fluorescents et d’un orgue activé mécaniquement, sensés renvoyer à la paranoïa liée aux effets des ondes sur le corps.

Les installations sont gratuites et ouvertes à tous jusqu’à dimanche de 12 h à 17 h. Les soirées de vendredi et samedi sont dédiées à des performances, notamment See you in the next loop de Thomas Bégin samedi, qui sera suivi d’un concert du groupe de rap autochtone A Tribe Called Red. Pour ceux qui souhaitent tester eux-mêmes la question de l’interférence, des ateliers sont prévus samedi et dimanche à 13 h : un jam électromagnétique samedi et un atelier de génération d’images 8bit à partir de microcontrôleurs par le concepteur de TVDESTROY dimanche.

Festival Sight And Sound 

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Espace

L’expérience d’un processus de création sous le dôme

J’ai découvert un univers que j’ignorais possible. Dérouté et agréablement surpris, comme si je redevenais un enfant qui expérimente quelque chose pour la première fois. C’est ce genre de sentiment que je recherche dans ma quête d’activités artistiques et j’ai été servi lors du tout premier atelier du projet Espace Temps à la Société des arts technologiques.

Il y a quelques semaines, j’ai vécu un moment unique. Il m’aura fallu tout ce temps pour intégrer ce que j’avais vécu, pour pouvoir vous révéler cette expérience avec force et éloquence. En fait, c’est un film vu récemment qui m’en a fait comprendre l’essence : au lieu d’être un spectateur statique, on m’avait habillé du spectacle. Comme si, soudainement, j’avais compris que le premier atelier créatif Dimension X : Espace visuel du projet Espace Temps m’avait permis d’être dans l’image et le son.

Espace Temps c’est quoi?

C’est d’abord un projet qui se décline en quatre étapes et débute par une série de trois ateliers symbolisant les variables de l’espace-temps vu par Dj Mini, soit : l’espace visuel (x), l’espace chorégraphique (y) et l’espace sonore (z) qui s’achèvera par la production d’un album à l’été 2012. Je me trouvais très privilégié de pouvoir ainsi assister au processus de création de ce projet novateur et unique au Québec, peut-être même au Canada.

Dimension X : l’Espace visuel du 6 mars 2012

Le premier atelier est à mon sens le test ultime du cheminement de l’équipe composée d’une vingtaine de personnes (technicien, styliste, artistes, etc.) et de DJ Mini, dont la musique constitue le centre du projet. Ça passe où ça casse. Dans un contexte présentant de multiples défis techniques, tout est à faire, à tenter pour une première fois. Je sentais la fébrilité qui régnait dans cette salle singulière, où presque 250 personnes assistaient, couchées sur d’immenses coussins gonflables et les yeux rivés au dôme qui la chapeaute, à l’expérience qui allait se produire. Les lumières se sont éteintes, ça commençait.

Il aura suffit de quelques secondes pour que la magie opère et que je me sente emporté dans un autre monde, une autre dimension. Je n’avais jamais été au centre de l’image de cette façon. Mon regard balayait le plafond, le dôme, car je ne voulais rien manquer. Puis, nous étions invités à manipuler l’intensité et la provenance du son à l’aide de contrôles sur des iPads et téléphones intelligents. Des membres de l’équipe se promenaient avec leurs outils pour inciter le public à interagir avec le son pour que chacun, à sa façon, puisse entrer en symbiose avec l’image. J’étais personnellement figé, je n’ai pas osé essayer. Ce que je voyais et entendais était plus grand que moi, je ne concevais faire mieux. J’ai regardé mon voisin de coussin se lancer … fascinant! En plus d’être immergé dans l’image et le son qui se baladait dans les 157 hauts-parleurs que compte la Satosphère et ce, au gré des manipulations des spectateurs. Wow! Cette musique, cette voix. Fin. Retour au processus de création.

DJ Mini : « Ce sont des tests sur lesquels nous travaillons, ce ne sont pas des versions finales ». Vraiment? Alors, je me dis : c’est certain que je vais suivre ce projet, je suis déjà vendu au concept, à la musique et à la démarche. Elle me tire soudain de cette furtive pensée et ajoute : « Vous allez maintenant être immergés dans un environnement visuel proposé par le VJ Aurélien Lafargue, qui a été inspiré par une de mes musiques ». Parfait! Je suis prêt à découvrir un autre tableau, une autre musique!

DJ Mini

Défis techniques obligent, DJ Mini en profite pour nous décrire davantage le projet : « À l’automne, il y aura au final une heure de spectacle avec une chorégraphie de danse contemporaine (altelier Y), une collaboration en live de Jorane et de l’harpiste Marie-Michèle (atelier Z) et, bien sûr, l’environnement visuel et ma musique pendant tout le spectacle.  Ce sera un spectacle multi-sensoriel à grand déploiement ».

La musique recommence juste au bon moment, comme si les complexes opérations techniques faisaient partie de l’atelier. Que dis-je? Elles en font partie, puisqu’on nous a conviés à participer au processus de création! Les lumières se referment et me voilà à nouveau immergé dans l’image et le son. Après chacun des tableaux, DJ Mini prenant grand soin de venir tâter le pouls du public, de répondre à nos questions, de nous expliquer ce que nous venions de voir et de nous dévoiler les prochaines étapes.

S’il vous prend l’envie d’avoir le privilège de découvrir cet univers avant tout le monde, il reste encore deux ateliers pour, vous aussi, participer à ce processus de création du projet Espace Temps. Le prochain aura lieu le mardi 10 avril à la Satosphère de la Société des arts technologiques.

Dimension Y : Atelier Chorégraphique où le son, l’image et la danse s’entremêlent en 360 degrés. On s’y retrouve?!

Projet Espace Temps à la Société des arts technologiques

 

 

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