Sylvain Trottier

Chaque mois, tel un Indiana Jones urbain, je pars à la découverte des curiosités culturelles montréalaises. Mes chroniques des activités plus insolites me font donc sortir des sentiers battus à la recherche de l'évènement culturel le plus étonnant de la programmation mensuelle de La Vitrine. Curiosité, ouverture d'esprit et humour sont mes armes pour tenter de vous relater -le plus fidèlement possible- mes aventures artistiques et scéniques dans la métropole. Aucun préjugé, aucune arrière-pensée, que le désir d'apprendre et de découvrir en toute naïveté. Suivez-moi et n'ayez crainte car quoiqu'il arrive, vous serez agréablement surpris ! Animateur des Rendez-vous Jeux à La Récréation, rédacteur pour le guide Jouets d'Option consommateur/Protégez-vous, organisateur d'évènements, ancien chroniqueur jeux de société à Radio Centre-Ville, le domaine culturel de prédilection de Sylvain A. Trottier est clairement ludique. C'est simple, il joue tous les jours !
cosmic mandrill

Cosmic Mandrill ou un univers d’encens, de Moomins et d’animaux mécaniques

À la recherche de l’évènement le plus curieux du mois de décembre dans le calendrier de La Vitrine, je suis tombé sur Cosmic Mandrill au Monument-National. Comme c’est un spectacle musical et que je n’ai pas encore couvert ce genre d’évènement, je me dis : « pourquoi pas? »… D’autant plus que le descriptif nous promet un « projet de musique Post-Rock/Ambiant Solo » qui offre un « voyage élevant et mélodieux au coeur des sentiments et idéaux de l’âme humaine. ». Ça a l’air trop mystique, faut que j’y aille!

J’arrive donc au Monument-National vers 19 h 50 où l’on m’indique que le spectacle a lieu au 4e étage : allons-y pour les escaliers! Plus je m’approche de la salle, plus mes narines sont assaillies par une odeur d’encens, quand je parlais de mystique. Arrivé au lieu-dit, je constate que nous serons dans ce qui doit être la salle la plus intime du Monument. Quand je dis intime, c’est très intime, disons que j’ai plus de doigts et d’orteils que la quantité de personnes qui se trouvent déjà sur place; sans compter qu’ils semblent pas mal tous se connaître (amis? famille?). Là, c’est clair, je sais que je suis à la bonne place : si ce gars-là devient populaire, je pourrai dire que MOI, je l’ai vu à son premier concert public. Comme le dit souvent ma relectrice préférée : « il n’y a pas d’avant-gardistes, il n’y a que des retardataires » et pour une fois, je ne traînerai pas de la patte!

Revenons au concert en soi. Avant que le tout commence, je m’approche de la petite scène sur laquelle sont posés un clavier, une guitare, un micro et un étrange cheval blanc en métal d’où émane l’encens. Ma petite inspection terminée, je retourne m’asseoir et c’est à ce moment que les lumières se tamisent et qu’entre, sur scène, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Un sourire, à demi-gêné, il se lance dans sa première pièce au clavier. Puis, s’enchaînent avec lenteur et rêve des pièces classiques au piano, soft-rock à la guitare. Après 3-4 morceaux arrive le moment de gloire du fameux cheval qui trône sur la scène : Samuel Paré, le nom du singe cosmique, l’active et le cheval fait aller sa tête et sa queue dans tous les sens… Au plus grand plaisir des spectateurs qui rient dans la salle. Drôle de cassure avec le côté onirique installé précédemment, mais qui n’est pas pour me déplaire. Malgré la prestation du cheval, ma préférence va sans contredit à une reprise électro au clavier d’une musique dans le dessin animé des Moomins, dessin animé de mon enfance plutôt mélancolique, mais que j’appréciais beaucoup. En fait, je trouve que les Moomins n’est pas anodin : ça cadre bien avec son univers musical, qui porte sur l’amour, l’état de la société, l’humanité avec une pointe de romantisme et de vaporosité (dans le sens de vaporeux). Après une courte heure de musique, le tout se termine sur une pièce dédiée à l’espoir.

Je profite de la fin du spectacle pour aller poser quelques questions au maître de cérémonie. J’apprends que le nom Cosmic Mandrill est tiré d’une « discussion nowhere » sur les singes et l’espace, mais qu’après coup le nom a pris un tout autre sens. En effet, en décomposant Man/drill, on se retrouve avec l’homme-perceuse. En fait, il espère, avec sa musique, percer la couche d’indifférence des humains. De son côté, le fameux cheval a été trouvé dans le fond du placard de son coloc’ (notons qu’à la taille du cheval, il doit avoir un méchant grand garde-robe). À terme, Samuel aimerait avoir toutes sortes d’animaux mécaniques qui décoreraient la scène et s’animeraient pendant ses prestations. Il m’a dit aussi posséder une libellule géante, qui malheureusement était hors-service ce soir-là, bien dommage…

Il a de la motivation et c’est très chouette à voir. Je lui souhaite beaucoup de succès avec Cosmic Mandrill. Si vous voulez vous aussi partir et flotter un peu en attendant son prochain concert, je vous invite à jeter un œil – et une oreille – à son seul vidéoclip fait maison pour l’instant.

Musique
Babel Orkestra Photo: Sébastien Roy

Babel Orkestra – Voix humaines, mains divines

Toujours à la recherche de l’évènement culturel le plus surprenant dans la programmation mensuelle de La Vitrine, je suis allé me faire stimuler l’ouïe et la vue, voire même l’odorat, dans la Satosphère vendredi dernier. En effet, présentement a lieu, à la Société des Arts Technologiques, la présentation du Babel Orkestra, sorte de mélange entre des compositions sonores créées à partir de mots et phrases tirées de toutes sortes de langues et une présentation visuelle 270º en direct par une équipe de marionnettistes.

J’arrive vers 19 h pour récupérer mon entrée et monte me placer en file au 3e étage de la SAT. Le temps d’attente me permet d’humer le parfum des plats du Labo Culinaire dont une trentaine de personnes se délectent. J’en profite pour jeter un oeil sur le public autour de me moi et me rend compte que je détonne quelque peu : majoritairement des 40+ qui ont un petit air d’Étienne et Sandrine Maxou. Dans le petit corridor qui mène à la sphère j’entends déjà des premiers enchâssements sonores en boucle de voix qui annoncent une présentation aux accents internationaux. Lorsque j’entre, je suis surpris par la taille de la Satosphère qui semble plus petite de l’extérieur et adore l’idée de se coucher sur des tapis et oreillers pour pouvoir profiter d’un maximum d’amplitude de vue. Une fois confortablement installé -i.e. chaussures retirées et oreillé bien tapé… je regrette de ne pas avoir apporté ma couverture-, je feuillette la programmation et apprend que le trame sonore a été composée à partir de plus de 1 800 enregistrements de voix parlées compilées pendant 15 ans par Jean-Jacques Lemêtre, musicien-compositeur. Le tout formant un répertoire de plus de 45 heures de matériel. La portion visuelle quant à elle repose entre les mains -c’est le cas de le dire- des marionnettistes Marcelle Hudon, Louis Hudon et Denys Lefevre, qui manipulent toute une série d’objets et de marionnettes.

Jean-Jacques Lemêtre et Marcelle Hudon. Photo : Sébastien Roy

Pendant l’heure et demie qui suit, se succèdent neuf tableaux correspondants aux sentiments des ragas indiens -une petite recherche sur Wikipédia au moment de la rédaction m’apprend que les ragas sont un cadre mélodiques qui mélangent sons/musiques et sentiments, heures du jour et bien plus-. Allant du comique au dégoût en passant par la colère et la fierté, j’ai pu observer, dans le mouvement et le désordre : du tissu froissé, un oiseau qui s’attaque à un drôle de personnage, une position de Kâmasûtra, une orange pelée, des taureaux croisant les cornes, une corde de pendu sur fond de discours de Marine Le Pen et Hitler -ça me fait penser à un concert de Madonna-, un squelette devant des cartes du ciel et un mobile géant représentant les continents -je remarque qu’il manque l’Océanie et l’Antarctique-. De tout cet amalgame visuel, je ne peux m’empêcher de donner une mention particulière au magnifique tableau portant sur l’écriture, où dans un effet de spirale, les marionnettistes tracent des symboles à la plume et encre noire qui ressemblent à des caractères asiatiques. Seul point négatif, parce qu’il en faut bien un, le volume était un rien trop élévé et, par moments, le « grichement » des hauts-parleurs lors des sons aigüs -comme les rires d’enfants ou les hurlements de terreur- devenaient quelque peu agaçants.

Les marionnettiste : Denys Lefevre, Marcelle Hudon et Louis Hudon. Photo : Sébastien Hudon

Une fois la présentation terminée, je profite que la majorité des participants soit dans un état semi-comateux pour m’approcher de Jean-Jacques Lemêtre -qui semble-t-il est présent à chacune des représentations- et apprend que ce possesseur de plus de 28 000 instruments s’est intéressé aux langues comme étant une autre forme d’instrument et a voyagé dans la plupart des pays. À partir de son matériel et de différentes thématiques tels les ragas -voir plus haut pour une définition- et la dérive des continents, Mme Hudon (que j’ai pu rencontrer par la suite) m’explique que ce qui l’a beaucoup plu dans ce travail c’est l’idée des mains créatrices d’univers et donnant vie à des personnages sur fond de voix du monde. -haaaa, c’est donc ça l’idée de Babel… les mains de dieux, les voix des humains-

Les Marionnettistes. Photo : Sébastien Roy

Bref, un drôle de voyage au coeur des sons de la voix qui, si vous désirez l’expérimenter, est encore à l’affiche pour quatre représentations. Pour ceux qui aimeraient vivre l’expérience totale, un menu sur mesure pour la projection a été conçu par l’équipe du Labo Culinaire. Et juste pour vous faire saliver un petit peu : truite, agneau et érable en composent les trois services.

Arts Médiatiques
affiche-spasm2012

Le Cabaret Trash du Festival Spasm

Pour inaugurer ma participation au Lèche-Vitrine, je me suis aventuré, vendredi dernier, au théâtre Plaza où avait lieu le Cabaret Trash du Festival Spasm. Attention, âmes sensibles, s’abstenir.

Avant de me lancer dans cette soirée projection, je ne connaissais que très peu le Festival Spasm, si ce n’est qu’il a lieu depuis plusieurs années aux alentours de l’Halloween et qu’il propose plusieurs soirées de projection. Il faut quand même, cher lecteur, que je t’informe que bien que ce festival me soit plutôt inconnu, je suis un habitué du festival Fantasia. En bref, mes expériences passées dans les salles obscures du réputé festival de genre montréalais m’ont permis de ne pas trop me sentir étranger  à ce qui a pu se passer au Cabaret Trash. Et question de me faire une idée de la thématique de la soirée, je vais jeter un coup d’oeil au site web qui me dit : « Votre rendez-vous annuel de courts métrages remplis de stupidités immatures, offensantes, sexistes, dérangeantes et carrément de mauvais goût! »… Ça promet !

Bref, j’arrive vers 20 h 30, une petite file d’attente est formée, notons que les portes ouvraient à 20 heures et que la projection était prévue pour 21 heures. Ainsi, en attendant dans la file, j’entends, au loin, de la musique plutôt festive, dont le fameux « Woo hoo » des 5.6.7.8′s (b.o. de Kill Bill!) ainsi que du Cindy Lauper! Étonnament, ça me plaît déjà… Quand arrive mon tour de m’enregistrer au comptoir, on m’appelle M. Trottier -wow! C’est pas rien d’être chroniqueur pourLa Vitrine, je crois que je vais aimer ça- et j’en profite pour récupérer une programmation des courts-métrages de la soirée.

Une fois le manteau posé, j’entre dans la salle du Plaza et jette un bref coup d’oeil aux alentours, question de voir à quoi ressemblent les étranges créatures qui peuplent le Cabaret. Disons que globalement, le noir est à l’honneur sur ces 25-35 (en gros, je suis pile dedans, donc je passe bien inaperçu). Profitant du temps dont je dispose avant, je vais jeter un coup d’oeil à la table de vente, où une charmante fan finie du festival me présente les compilations DVD Spasm Horreur ainsi qu’un long-métrage français titré Burn in Paris qui me semble plutôt délirant (au passage je reconnais un DVD de Phylactère Cola). Elle m’apprend que plus de 90% de la programmation du festival est québécoise.

Vers 20 h 55, je pars en quête d’une chaise sans savoir que je me lance pour près de 3 heures de phallus, d’hémoglobine et de bizarroïde à me faire tordre les zygomatiques dans tous les sens. La première portion démarre en force avec Strobosketch, des séries de saynètes, de 5-10 sec. plus délirantes les unes que les autres; ce fût probablement le coup de coeur du public de la soirée, à entendre leurs cris de jouissance, auxquels j’ai quelque peu participé. Puis, on nous balance une série de courts-métrages les plus hétéroclites qui soient : des relations extraconjugales légales, un producteur violant un réalisateur, un meurtrier et sa pelle sur lesquels le sort s’acharne, un hommage absurde aux émissions pour enfant, un monsieur cheval qui lit dans les pensées et un massacre pour une chanson rock des années 80.

Un petit entracte de 15 minutes me permet de discuter avec quelques réalisateurs, dont François Simard et Anouk Whissell (aussi connus pour Turbo Man dans lequel a joué Yves Corbeil), qui m’expliquent l’avancement de leur long-métrage éponyme. Je prends quelques minutes avec le réalisateur Simon Lacroix, aussi membre de l’équipe de programmation du festival, qui me recommande de venir au Total Crap, un ramassis de tout ce qui s’est fait de pire à la télévision dans les années 80.

Le second bloc démarre, au grand plaisir des festivaliers, avec d’autres Strobosketch puis s’enchaînent : ce que ça goûte un homme, une histoire de trip à 4 sur la 132, des questions existentielles sur le bol de toilette, un court-métrage très très court, Gaston Lepage qui commente des projections d’organes reproducteurs masculins -oui, oui- et à quoi pense un gars au lit. Pour finir la soirée en beauté -ou en laideur, c’est selon-, on nous offre en petit bonus un courts-métrage présenté l’année dernière, où un homme déguisé en vieille femme trop maquillée fait des bricolages avec un ourson en peluche, de la viande à fondue, un raisin sec et de la colle chaude… Un seul mot : MIAM!

Une fois les projections achevées, j’en profite pour accrocher Jarrett Mann, président co-fondateur qui déclare que la soirée du Cabaret Trash est une tradition de l’immature. Il me souligne au passage que le festival, ce n’est pas juste du gore et de l’horreur. En fait, ça se veut juste une grosse soirée de « fun » entre amis où on boit une bière en regardant toutes sortes de films. Et franchement, je ne peux que l’avouer, j’en ai eu ben du « fun ». Il vous reste donc 2 fins de semaine pour en avoir aussi et on s’y croisera peut-être parce que j’y retourne, c’est certain!

Cinéma