Sylvain Trottier

Chaque mois, tel un Indiana Jones urbain, je pars à la découverte des curiosités culturelles montréalaises. Mes chroniques des activités plus insolites me font donc sortir des sentiers battus à la recherche de l'évènement culturel le plus étonnant de la programmation mensuelle de La Vitrine. Curiosité, ouverture d'esprit et humour sont mes armes pour tenter de vous relater -le plus fidèlement possible- mes aventures artistiques et scéniques dans la métropole. Aucun préjugé, aucune arrière-pensée, que le désir d'apprendre et de découvrir en toute naïveté. Suivez-moi et n'ayez crainte car quoiqu'il arrive, vous serez agréablement surpris ! Animateur des Rendez-vous Jeux à La Récréation, rédacteur pour le guide Jouets d'Option consommateur/Protégez-vous, organisateur d'évènements, ancien chroniqueur jeux de société à Radio Centre-Ville, le domaine culturel de prédilection de Sylvain A. Trottier est clairement ludique. C'est simple, il joue tous les jours !
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Siri, Siri, dis-moi qui je suis

Aujourd’hui la technologie est omniprésente dans notre quotidien comme le démontre la populaire série Black Mirror. C’est certain qu’elle facilite notre existence en nous permettant d’accomplir des tâches qui seraient immensément plus compliquées sans elle. Cependant, on a tendance à se dire que la science-fiction reste de la fiction, mais lorsqu’on s’arrête un instant, on constate que ce qui n’était qu’un fantasme il y a 30 ou 40 ans est aujourd’hui bien réel!

L’idée d’inviter une intelligence artificielle sur scène pour interagir avec une comédienne m’a intriguée et je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir la pièce Siri au Théâtre d’Aujourd’hui! J’aimerais spécifier que je ne suis pas un expert en théâtre, mais c’est le fait d’être témoin d’une interaction humaine avec une machine « intelligente » dans un cadre atypique qui m’a motivé.

C’est ainsi que vendredi soir dernier, je me suis retrouvé au Théâtre d’Aujourd’hui pour aller voir la pièce Siri mise en scène par Maxime Carbonneau et interprétée par Laurence Dauphinais. Le duo signe le texte, même si on pourrait parler d’un trio car Siri improvise ses lignes. En effet, malgré son statut « d’intelligence », Siri ne peut pas apprendre les dialogues et donne des réponses qui tantôt fonctionnent, tantôt jettent le public (et la comédienne) dans l’incompréhension et surprennent. C’est souvent lorsque Siri donne une réponse qui cadre très (trop?) bien avec la situation que la magie opère. On en vient à se demander comment elle peut donner une telle réponse. Par moments, elle fait preuve d’humour ou de philosophie. C’est à se poser les questions : est-ce c’est l’œuvre d’un conditionnement à répétition de la part des auteurs qui a permis à Siri d’apprendre? Est-ce la comédienne qui a découvert que certaines questions lui donnent des réponses particulièrement intéressantes? En somme, qui contrôle qui dans cette pièce?

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Même si Siri est au centre de la pièce, l’œuvre se concentre principalement sur l’histoire et la vie de la comédienne. On ne sait pas où se situe la limite entre la fiction et la réalité. En effet, à un moment de la pièce Siri est en mesure de sortir une quantité surprenante d’informations personnelles sur l’auteur, mais est-ce que ce sont ses vraies informations ou elles ont été créées pour la pièce?

La trame narrative est principalement celle d’une femme qui cherche à comprendre qui elle est. Pour cela, elle lie sa vie à la technologie, que ce soit avec sa création in vitro ou de son analyse d’ADN qui lui en apprennent plus sur son ascendance. On fait face à une œuvre très introspective sur la comédienne. Elle nous parle d’elle, nous fait part de ses angoisses, de ses joies et de ses grands questionnements.

La scénographie est simple et efficace. La scène se résume à une structure qui s’apparente à un grand cube vide qui permet de projeter le contenu qui s’affiche sur son écran. Ainsi, on peut suivre et lire les réponses de Siri, qui divergent parfois de ce qu’elle énonce, ce qui apporte quelque fois un éclairage différent sur ce qu’elle cherche à exprimer. L’utilisation de la structure permet aussi de faire de jolis plans filmés par la caméra du téléphone ou à montrer des images et des sites Web qui participent à la narration.

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La pièce, relativement courte, comprend quand même quelques petits accrocs. En effet, en pleine montée de tension, le technicien a dû interrompre la comédienne à cause d’un petit problème technique. De plus, il arrive que la comédienne répète plusieurs fois la même question à Siri. Cela donne l’impression qu’elle tente de forcer Siri à donner une réponse précise qui fera avancer la narration générale. L’équipe en est pleinement consciente puisque la comédienne prévient que Siri est imprévisible et qu’il est possible qu’ils doivent effectuer un ajustement.

J’ai tout de même passé un agréable moment qui m’a fait regretter de ne pas avoir un iPhone pour m’amuser moi-même avec Siri et voir comment elle réagit à mes questions existentielles. Si vous désirez voir la pièce Siri, dépêchez-vous puisqu’elle est présentée au Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 4 février. Pour les horaires, vous n’avez qu’à demander à Siri, elle saura sûrement vous répondre!

Théatre
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Total Crap Spécial Noël

Haaa… Le temps des Fêtes, ce moment empli de féérie où les gens se rassemblent, mangent, festoient, boivent… et font des choses qu’ils aimeraient vraiment mieux oublier. Et si c’est généralement le cas, certains font la gaffe d’enregistrer leurs pires moments. Heureusement pour eux, ces vidéos d’une qualité douteuse disparaissent avec le temps. Heureusement pour nous, Simon Lacroix et Pascal Pilote sont là pour déterrer ces trésors de nullité. Le 5 décembre dernier, au Théâtre Plaza, j’ai pu goûter à leur cocktail des Fêtes. Compte-rendu d’une soirée délicieusement mauvaise…

C’est donc une projection divisée en 5 blocs que nous ont proposé les deux archéologues de la pellicule. Toute la soirée se sont entremêlées des diffusions désastreuses en direct, des documentaires douteux, des émissions de mauvais goût, des films au budget inexistant, des publicités amateures et beaucoup beaucoup de n’importe quoi. Principalement composées de vidéos québécois, ils ont aussi déniché des créations qui proviennent d’un peu partout sur le globe, dont, évidemment nos voisins du Sud. Le tout entrecoupé de blagues douteuses de la part des deux maîtres du navrant.

Ainsi, toute la soirée, on se promène entre rire jaunes, malaises, soupirs et dégoût. Mais si vous laissez de côté votre gêne, vous aurez tout autant de plaisir que j’en ai eu. Et il faut quand même saluer l’énorme travail d’archives que les deux compères réalisent. En effet, l’entièreté de leurs vidéos sont issues de VHS et pas de youtube ou autre site de partage de vidéos.

Parmi mes coups de cœur, je pense notamment à une diffusion en direct d’une émission spéciale de dons pour Noël qui tourne au vinaigre lorsque des auditeurs saouls appellent les animateurs pour les insulter. Il y a aussi ce malaisant enregistrement de l’émission « Coup de coeur » avec des enfants où l’animateur, déguisé en Père Noël affirme que, comme l’une des petites filles, il aime beaucoup Samantha Fox, mais pas pour les mêmes raisons. Mais probablement un des moments les plus marquants de la soirée est le documentaire sur la castration des rennes. Et mention spéciale au spectacle du nouvel an 1984 de Bruno Pelletier et de son groupe de métal de l’époque, Amanite.

Je n’en dirai pas plus, car si vous n’avez pu être là, soyez sans crainte! Comme la projection s’est faite à guichet fermé, une supplémentaire est prévue le 19 décembre au Théâtre Plaza. Dépêchez-vous, les billets s’envolent vite. Et comme l’ont dit les deux animateurs : « Un excellent cadeau à offrir à quelqu’un que vous n’aimez pas. »

Pour plus d’informations, visitez le site web de Spasm

Cinéma
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Quoi voir à Fantasia

Le festival Fantasia atteint cette année sa majorité avec cette 18ème édition. Le festival s’est taillé une place incontournable dans l’univers du cinéma de genre en permettant au public montréalais de découvrir des films originaux et percutants venus du monde entier. Le très large éventail de styles cinématographiques et de thématiques abordés comporte bien sûr beaucoup d’avantages, mais il peut être difficile pour les spectateurs de faire des choix -souvent déchirants- entre plusieurs projections. Pour nous aider dans ces choix, nous avons rencontré Simon Laperrière, programmateur pour Fantasia depuis 2010, qui a lui-même été festivalier avant de rejoindre l’équipe Fantasia. Voici ce qu’il avait à nous suggérer.

Première canadienne à ne pas manquer
« 
Les cinéphiles ne voudront pas manquer la première canadienne de Cop Car de Jon Watts, le réalisateur du prochain épisode de Spider-Man. Dans ce thriller haletant remarqué à Sundance, deux adolescents mettent la main sur une voiture de police et décident de prendre la route. Leur partie de plaisir sera de courte durée puisqu’ils sont rapidement poursuivis par le propriétaire du véhicule, un agent de la loi corrompu interprété par Kevin Bacon, la tête d’affiche du classique Footloose et de la série à succès The Following et qui sera d’ailleurs présent à cette projection explosive. »

Film québécois à voir absolument
« 
Avec la première mondiale de Scratch, le nouveau venu Sébastien Gordon signe un drame musical hurlant de vérité qui nous entraîne dans le milieu glauque des gangs de rue. Mettant en vedette plusieurs artistes de la scène hip hop locale, ce film audacieux et nécessaire dépeint une réalité montréalaise peu souvent portée à l’écran. »

Film fantastique incontournable
« Les amateurs de Game Of Thrones seront au rendez-vous pour la première internationale de The Shamer’s Daughter du Danois Kenneth Kainz. Dans un monde médiéval peuplé de dragons et de sorciers, une jeune fille hérite de l’étrange pouvoir de sa mère. Ce film d’aventures aux images enchanteresses a été écrit par Anders Thomas Jensen, le brillant scénariste derrière The Salvation et Brothers. »

Film asiatique
« 
Habitué du Festival, Sion Sono fait un retour remarqué avec trois longs métrages. Parmi ceux-ci, l’éclaté Love & Peace le voit, contre toute attente, à la barre d’une fable familiale colorée. Fusion imaginative de film de monstre et de comédie, cette fantaisie sur une star montante du rock ainsi qu’une bande de jouets abandonnés s’impose également comme une critique mordante de la culture japonaise. »

Film rétro restauré
« Cette année, The Reflecting Skin de Philip Ridley célèbre son vingt-cinquième anniversaire. Pour l’occasion, Fantasia sera le premier festival à présenter la nouvelle restauration numérique de ce chef-d’œuvre oublié du cinéma canadien. Mettant en vedette Viggo Mortensen dans l’un de ses premiers rôles à l’écran, ce drame rural évoque Léolo en suivant les méandres d’un jeune garçon persuadé que sa voisine est un vampire. À voir ou revoir sur grand écran. »

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The Reflecting Skin

Film Espagnol
« En remportant 10 Goyas, Marshland d’Alberto Rodriguez est l’un des films les plus récompensés de l’histoire de l’Espagne. Sorte de True Detective hispanique, ce film noir contemporain met en scène deux détectives poursuivant un prolifique tueur en série dans un pays rongé par la corruption. »

Sélection de court-métrages
« Tous les amateurs de cinéma bref assisteront à la neuvième édition du Fantastique week-end du cinéma québécois. Avec ses nombreux blocs de courts métrages en tout genre, cette incontournable célébration des productions d’ici est l’introduction idéale aux talents de demain. Comme toujours, l’événement permettra au public d’aller à la rencontre des réalisateurs invités par l’entremise de diverses activités. »

Film d’animation
« Assurément Miss Hokusai de Keiichi Hara, le film d’ouverture de la 19e édition de Fantasia. Dans ce somptueux drame biographique, l’auteur de Colorful dépeint avec sensibilité la relation entre  Katsushika Hokusai, l’un des artistes japonais les plus influents au monde, et sa fille éprise de liberté. Un immense succès critique au dernier Festival international du film d’animation d’Annecy qui promet d’en mettre plein la vue. »

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Miss Hokusai

Documentaire
« Le réalisateur Michael Madsen (Into Eternity) signe avec The Visit une captivante réflexion sur notre place dans l’univers. En invitant des scientifiques, des philosophes et des militaires à simuler la venue d’un extraterrestre sur notre planète. Profondément émouvant, ce film puissant aborde avec originalité divers enjeux propres à la condition humaine. Un très grand moment de cinéma. »

Le plus insolite
« Le film le plus atypique cette année est définitivement Orion d’Asiel Norton. Avec ses épatants costumes et décors, ce conte métaphysique se déroule dans un monde dévasté par la folie des hommes dans lequel un voyageur (David Arquette dans un déstabilisant contre-emploi) croise sur sa route un magicien malicieux. Il s’agit d’un conte épique intimiste qui s’appuie sur sa propre mythologie et duquel s’émanent des émotions nouvelles. Du jamais vu, tout simplement. Le Festival est très heureux d’être l’hôte de sa première mondiale. »

Les billets seront en vente au comptoir de vente à l’Université Concordia et aussi sur le réseau Admission. Il est possible d’acheter une liasse de 10 billets à prix réduit.

Cinéma
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Une soirée chaude au festival SPASM

Le festival SPASM a été créé en 2002 avec l’objectif initial de promouvoir les courts-métrages d’horreur québécois. Au cours des années, le festival évolue : il s’étend à plusieurs genres dont la science-fiction, le fantastique, et en vient finalement à inclure tout genre de cinéma dit « insolite ». Aujourd’hui, le festival rassemble plus d’une trentaine de projections éclectiques, dont certains longs-métrages. Il accueille désormais des réalisateurs de partout dans le monde. L’édition 2014 a lieu du 23 octobre au 1er novembre.

Fidèle à mon habitude, je me retrouve encore une fois dans un des évènements les plus curieux de Montréal. Question de faire différent, ce ne sera pas ma première fois pour cet évènement-ci; je retourne sur les lieux de ma première chronique. En effet, jeudi dernier, j’étais à la soirée d’ouverture de la 13e édition du festival SPASM au théâtre Plaza. Et, pour leur ouverture, ils ont décidé de sauter les préliminaires et d’ouvrir directement avec une soirée « Sexe ».

Donc, à quoi ressemblent les plaisirs de la chair pour les programmateurs de SPASM? À toutes sortes de choses. En effet, les huit courts-métrages projetés n’ont vraiment qu’un seul point commun, le sexe. Le traitement est très différent d’un court-métrage à l’autre. On passe de l’humour à l’horreur, en passant par le morbide et le contemplatif avec un petit détour par le surnaturel et la science-fiction. Certains montrant de l’érotisme graphique, d’autres, même pas un torse nu. Parmi la sélection, se retrouvaient trois courts québécois, trois français et un portuguais. Ce dernier, titré Miss Mishima, est probablement le plus dérangeant du lot avec son mélange de masturbation et de seppuku

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Toutefois, difficile de marquer ma préférence parmi les courts présentés. En effet, plusieurs des courts m’ont bien fait rigoler : On vit une belle époque, The Day the earth stopped masturbating et Mecs Meufs. J’aimerais cependant donner une petite mention spéciale à Cochemare qui pour moi est clairement un hommage à l’époque Métal Hurlant où s’entremêlent fantasy, science-fiction et érotisme.

Après un petit mousseux, la soirée s’est terminée avec une rétrospective, sous forme de zapping, d’une vingtaine de minutes de scènes à caractère sexuel au cinéma québécois. Réalisé et monté par Izabel Grondin et DJ XL5, très connu pour ses Zappin’ Party au Festival Fantasia, le film couvre 60 ans de cinéma québécois. Deux mots, nostalgique et surprenant! J’ai souri devant certaines scènes incontournables (Valérie, Deux femmes en or, Le Déclin de l’empire américain, …) tout comme je suis resté bouche bée devant d’autres qui m’étaient totalement inconnues et très explicites. Somme toute, un très agréable moment.

Et alors? Qu’est-ce que ça donne plus de 2 heures de sexe au SPASM? Étonnamment, on en ressort pas si fatigué et on en redemande encore ! Si ça vous intéresse d’aller voir du cinéma alternatif et de tenter l’expérience SPASM, il reste encore deux soirées de projections : jeudi 30 (double-projection : Les Détraqués & Cabaret Trash) et vendredi 31 (Grande Soirée Horreur). Sans compter l’incontournable Party Old School d’Halloween où chaque heure est une décennie musicale différente!

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Une soirée cauchemardesque

Mardi dernier, j’étais à la place de la Paix, posé tranquille à assister au concert John Williams de l’Orchestre de la Francophonie présenté par la SAT. Perdu dans mes souvenirs de la Guerre des Étoiles quand, soudain, un Bat-Signal dans la nuit m’appelle : ce soir, dans 15 minutes, le Zoofest présente un one-man-show : Charles Beauchesne présente : Bienvenue dans mon cauchemar. Non, en fait, c’est juste un rappel sur mon téléphone qui sonne… Abandonnant Schindler, E.T. et Luke Skywalker, je cours vers le théâtre Ste-Catherine (un peu déçu, mais quand le devoir appelle…). Et franchement, j’ai bien fait!

Le Zoofest a beau exister depuis 5 ans, je suis étranger au festival. Pas que l’idée d’encourager des humoristes émergents me déplait, au contraire! Comme l’a déjà dit Rozon à TLMEP « Qui peut être contre le rire? »… En fait, c’est juste que seulement, des fois, la vie, vous voyez, d’autres activités, voilà… Non, je sais, ce n’est pas très convaincant, je n’ai pas vraiment d’excuses. Mais bon, c’est maintenant chose du passé, car mardi dernier, je me suis rattrapé.

Pour moi, non-initié, le Zoofest, c’est 3 semaines de spectacles d’humour décalé, dans des salles minuscules avec un public friand de nouveauté. Je ne m’avancerai pas sur le reste du festival, mais le cauchemar de Charles Beauchesne était exactement ce à quoi je m’attendais… Et même plus.

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Donc, arrivé vers 21h50, une petite file, principalement peuplée de gens dans la trentaine, entre tranquillement dans le Théâtre. Malgré l’étroitesse du lieu, je me trouve une place au balcon. Quelques minutes d’attente, puis arrive sur scène un chauve aux sourcils épais, portant un chandail rayé blanc-noir et manipulant une marionnette. Celle-ci introduit le spectacle à venir en insultant allègrement Charles Beauchesne. Un peu confus devant cette mise en bouche, je me questionne un peu sur ce qui va suivre.

Soutenu par des textes très bien ficelés, Charles Beauchesne nous enmène dans un voyage sur ses peurs et angoisses. On navigue dans des eaux fort curieuses où s’enchainent son emploi comme lutin du père Noël dans un centre d’achats, ses aventures avec une ogresse sur un site de rencontres, sa phobie de Lady Gaga, ses discussions avec son frère nonchalamment raciste. Mélangeant crises de nerfs, dénonciations et moments pathétiques, il nous fait rire… beaucoup! Une seule déception : une heure de spectacle c’est trop court, on en demanderait plus!

Donc, si comme moi, vous n’êtes jamais allés au Zoofest, vous avez jusqu’à ce dimanche. Dépêchez-vous, parce que sinon vous devrez attendre un an avant de pouvoir en profiter, et un an, c’est long! Malheureusement, il n’y a plus de représentations de Charles Beauchesne, mais un bref coup d’œil à la programmation de la fin de semaine vous permettra sûrement de trouver de quoi vous déchainer les zygomatiques.

 

 

Humour
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The Rocky Horror Picture Show – Un joyeux bordel

À l’Occasion de la fête des morts, je suis allé voir une tradition cinématographique qui revient à la vie tous les ans à Montréal, le Rocky Horror Picture Show : une soirée de bas collants, de tranches de pain, de papier toilette et de sexualité ambiguë…

Avant de commencer cette chronique, je dois vous avertir, chers lecteurs, que je suis déjà un amateur du film Rocky Horror Picture Show. Ainsi, à la différence de mes autres chroniques, je ne suis pas totalement étranger à l’univers auquel je me suis exposé. Cependant, j’étais, avant ma découverte de vendredi dernier, un « vierge » du spectacle sur scène.

Arrivé vers 19 h 20 au Cinéma Impérial, il n’est pas difficile de savoir que je suis au bon endroit. Une petite foule costumée attend avec impatience l’ouverture des portes. Une fois à l’intérieur, je m’installe dans mon siège ; sur scène, une femme se promène tenant en laisse une personne peu vêtue portant un masque de gorille. Quelques instants plus tard, des membres de la troupe se promènent entre les allées pour vendre du papier toilette. Le tout sur Girls just wanna have fun… Bref, ça s’annonce surprenant!

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L’animateur de la soirée Plastik Patrik

Vers 20 h, sur scène, des comédiens transportent un cercueil duquel sort Plastik Patrik, l’animateur de la soirée. Après quelques mots de bienvenues, il fait monter sur scène les plus beaux costumes pour un petit concours. Un prêtre et son évêque, un loup en mère-grand, et autres se font compétition. Mention spéciale au gagnant avec son costume de Gene Simmons du groupe Kiss, hallucinant ! Après ce petit concours, Plastik Patrik fait monter sur scène les différents comédiens en annonçant leur rôle puis demande à tous les vierges de ce spectacle de se lever pour une petite initiation. Nous avons eu droit à un doigt d’honneur général de toute la troupe.

À 21h, le spectacle commence et c’est parti pour plus d’une heure et demie de musique, danse et surprises sur scène comme dans le public. En effet, tellement d’actions se déroulent en même temps qu’il est difficile, surtout pour une première fois, de tout voir et tout comprendre. Entre la projection du film, le lipsync des acteurs qui jouent le film en direct, les commentaires d’un narrateur sur les dialogues du film, les gens du public qui lancent toutes sortes d’objets (de l’eau, des cartes à jouer, le fameux papier toilette, etc.), les cris et rires de la foule… on ne sait plus trop où donner de la tête dans ce joyeux bordel! Mais c’est ce qui fait la beauté de la prestation et j’ai été bien déçu lorsqu’est arrivé le générique.

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À la sortie, j’ai le temps d’accrocher Philippe, le producteur du spectacle depuis 10 ans. Il me raconte qu’en fait, la troupe existe depuis bien avant lui, mais qu’ils l’ont approchée lorsque leur ancienne salle de spectacle a fermé. Il a donc contacté la Warner pour avoir les droits d’exploitation qui lui sont exclusifs! De plus, j’apprends que la troupe est entièrement bénévole et qu’ils font le spectacle pour leur plaisir et celui des spectateurs. Plaisir partagé!

Honnêtement, ne manquez pas ce spectacle l’année prochaine et d’ici là, mettez-vous dans l’esprit en visionnant le film. Et pour ceux qui veulent être vraiment prêts, visitez leur site Web pour savoir quand lancer quoi pendant la présentation.

Cinéma
photo : Geneviève Moreau

On prend toujours un cabaret pour rire.

Toujours à la recherche du spectacle le plus étonnant de la programmation de La Vitrine, j’ai découvert cette fois-ci un spectacle à l’image des cabarets qui ont marqué la vie nocturne de Montréal. C’est donc au Cabaret du Lion d’Or (ouvert depuis les années 30!) que je me suis dirigé jeudi dernier, pour assister au spectacle On prend toujours un cabaret pour la vie 3. 3, parce que bien que ce soit mon premier, c’est en effet le 3e cabaret du groupe L’Usine qui est derrière la production de ce spectacle annuel.

Le soir-dit, j’arrive une dizaine de minutes avant le début du spectacle, une jeune femme en paillette m’accueille et me désigne une section VIP, comme dans Vraiment Intimiste et Proche de la scène. En effet, je me trouve installé à quelques mètres de la scène. Je profite des quelques minutes qui restent avant le lancement du spectacle pour jeter un oeil au public derrière moi et constate rapidement qu’on doit être au moins 200, si ce n’est pas plus ! Ce bref survol m’apprend aussi que je suis clairement en minorité générationnelle… En effet, la salle est peuplée de têtes blanches, la moyenne d’âge doit sûrement tourner aux alentours de 50 ans et plus. Disons que ça change de mes chroniques précédentes !

À peine cette rapide inspection terminée, le spectacle se lance avec une courte vidéo d’introduction caractérisée par un esprit faussement sérieux du même ton que les vidéos publicitaires de l’évènement. La vidéo est à peine terminée que la soirée démarre en force avec un numéro de danse du dynamique animateur de la soirée, David Michaël. Après une courte discussion au « tu » avec le public où j’apprends qu’environ la moitié de la salle en est à son premier Cabaret pour la vie (ouf! je ne suis pas le seul), l’animateur nous annonce que tous les numéros sont des originaux et qu’ils ont été présenté nulle part ailleurs (en veux-tu de l’exclu, en v’là!). Puis, il invite les jumelles Simard à présenter le premier numéro de la soirée qui pourrait se résumer à de la nage synchronisée sur du Carmina Burana électro qui donne un bon numéro de mime à deux.

Après cette première prestation, s’ensuit une série de présentations tantôt drôles, tantôt étranges mais toujours surprenantes. Un ex-couple gay nous propose une semaine de thérapie baptisée Gay-Rire et qui, semble-t-il, permet de se libérer de son homosexualité; un bien joli et bien drôle pied-de-nez à tous ceux qui considèrent l’amour du même sexe comme une maladie. S’ensuit un poème sur les racines amérindiennes. Puis, un numéro de danse par des marionnettes qui retrace l’histoire de la danse de 1920 à aujourd’hui. S’enchaînent au grand plaisir des spectateurs des pas de charleston, swing, rock’n’roll, disco, hip hop, etc. Le tableau suivant touche à l’absurde avec une petite danse ridicule du producteur du spectacle, qui joue de la flûte à bec en habit médiéval cheap sur une musique de pipeau : digne d’un numéro des Chick’n’Swell ! Toute une façon de passer à l’entracte !

La deuxième partie du spectacle repart en force avec un numéro de peinture en direct avec la reproduction du célèbre tableau L’origine du monde de Gustave Courbet. Reproduction tout en humour et en émotions. Clairement, mon coup de coeur de la soirée ! S’ensuit Derrekarenn, une numéro de danse ridicule et chant approximatif par un couple des plus quétaines qui se veut un hommage à Michael Jackson. Je vous invite à découvrir la robe léopard de Karenn en cliquant ici. Puis, l’animateur nous annonce que le numéro suivant est un de ses petits fantasmes : une entrevue de Céline Dion par Guy A. Lepage. Pour réaliser ce rêve, il a réalisé un petit montage audio de différentes entrevues des deux célébrités et le tout est joué par deux mimes. Rigolo ! Le numéro suivant, titré Le Bal des Actrices, est l’un des meilleurs de la soirée. Sur l’air de Cell Block Tango du film Chicago où les trois actrices parlent des difficultés de leurs carrières dans le monde du spectacle : le public, leur image, les préjugés, etc.

Le dernier numéro, beaucoup plus grave,  met en scène une violoniste (très talentueuse!) du nom de Roxanne Del, qui joue la célèbre musique thème de Requiem for a Dream sur fond de carrés rouges. Je vous laisse imaginer la puissance du numéro… Heureusement, la finale vient radoucir l’atmosphère : tous les artistes du spectacle montent sur scène pour chanter  Tous les cris les S.O.S. de Daniel Balavoine. Étonnant, à l’image du spectacle en entier. Bref, cette troisième édition m’a agréablement surpris et j’attends avec impatience celle de l’année prochaine !

Humour
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Cosmic Mandrill ou un univers d’encens, de Moomins et d’animaux mécaniques

À la recherche de l’évènement le plus curieux du mois de décembre dans le calendrier de La Vitrine, je suis tombé sur Cosmic Mandrill au Monument-National. Comme c’est un spectacle musical et que je n’ai pas encore couvert ce genre d’évènement, je me dis : « pourquoi pas? »… D’autant plus que le descriptif nous promet un « projet de musique Post-Rock/Ambiant Solo » qui offre un « voyage élevant et mélodieux au coeur des sentiments et idéaux de l’âme humaine. ». Ça a l’air trop mystique, faut que j’y aille!

J’arrive donc au Monument-National vers 19 h 50 où l’on m’indique que le spectacle a lieu au 4e étage : allons-y pour les escaliers! Plus je m’approche de la salle, plus mes narines sont assaillies par une odeur d’encens, quand je parlais de mystique. Arrivé au lieu-dit, je constate que nous serons dans ce qui doit être la salle la plus intime du Monument. Quand je dis intime, c’est très intime, disons que j’ai plus de doigts et d’orteils que la quantité de personnes qui se trouvent déjà sur place; sans compter qu’ils semblent pas mal tous se connaître (amis? famille?). Là, c’est clair, je sais que je suis à la bonne place : si ce gars-là devient populaire, je pourrai dire que MOI, je l’ai vu à son premier concert public. Comme le dit souvent ma relectrice préférée : « il n’y a pas d’avant-gardistes, il n’y a que des retardataires » et pour une fois, je ne traînerai pas de la patte!

Revenons au concert en soi. Avant que le tout commence, je m’approche de la petite scène sur laquelle sont posés un clavier, une guitare, un micro et un étrange cheval blanc en métal d’où émane l’encens. Ma petite inspection terminée, je retourne m’asseoir et c’est à ce moment que les lumières se tamisent et qu’entre, sur scène, un jeune homme d’une vingtaine d’années. Un sourire, à demi-gêné, il se lance dans sa première pièce au clavier. Puis, s’enchaînent avec lenteur et rêve des pièces classiques au piano, soft-rock à la guitare. Après 3-4 morceaux arrive le moment de gloire du fameux cheval qui trône sur la scène : Samuel Paré, le nom du singe cosmique, l’active et le cheval fait aller sa tête et sa queue dans tous les sens… Au plus grand plaisir des spectateurs qui rient dans la salle. Drôle de cassure avec le côté onirique installé précédemment, mais qui n’est pas pour me déplaire. Malgré la prestation du cheval, ma préférence va sans contredit à une reprise électro au clavier d’une musique dans le dessin animé des Moomins, dessin animé de mon enfance plutôt mélancolique, mais que j’appréciais beaucoup. En fait, je trouve que les Moomins n’est pas anodin : ça cadre bien avec son univers musical, qui porte sur l’amour, l’état de la société, l’humanité avec une pointe de romantisme et de vaporosité (dans le sens de vaporeux). Après une courte heure de musique, le tout se termine sur une pièce dédiée à l’espoir.

Je profite de la fin du spectacle pour aller poser quelques questions au maître de cérémonie. J’apprends que le nom Cosmic Mandrill est tiré d’une « discussion nowhere » sur les singes et l’espace, mais qu’après coup le nom a pris un tout autre sens. En effet, en décomposant Man/drill, on se retrouve avec l’homme-perceuse. En fait, il espère, avec sa musique, percer la couche d’indifférence des humains. De son côté, le fameux cheval a été trouvé dans le fond du placard de son coloc’ (notons qu’à la taille du cheval, il doit avoir un méchant grand garde-robe). À terme, Samuel aimerait avoir toutes sortes d’animaux mécaniques qui décoreraient la scène et s’animeraient pendant ses prestations. Il m’a dit aussi posséder une libellule géante, qui malheureusement était hors-service ce soir-là, bien dommage…

Il a de la motivation et c’est très chouette à voir. Je lui souhaite beaucoup de succès avec Cosmic Mandrill. Si vous voulez vous aussi partir et flotter un peu en attendant son prochain concert, je vous invite à jeter un œil – et une oreille – à son seul vidéoclip fait maison pour l’instant.

Musique
Babel Orkestra Photo: Sébastien Roy

Babel Orkestra – Voix humaines, mains divines

Toujours à la recherche de l’évènement culturel le plus surprenant dans la programmation mensuelle de La Vitrine, je suis allé me faire stimuler l’ouïe et la vue, voire même l’odorat, dans la Satosphère vendredi dernier. En effet, présentement a lieu, à la Société des Arts Technologiques, la présentation du Babel Orkestra, sorte de mélange entre des compositions sonores créées à partir de mots et phrases tirées de toutes sortes de langues et une présentation visuelle 270º en direct par une équipe de marionnettistes.

J’arrive vers 19 h pour récupérer mon entrée et monte me placer en file au 3e étage de la SAT. Le temps d’attente me permet d’humer le parfum des plats du Labo Culinaire dont une trentaine de personnes se délectent. J’en profite pour jeter un oeil sur le public autour de me moi et me rend compte que je détonne quelque peu : majoritairement des 40+ qui ont un petit air d’Étienne et Sandrine Maxou. Dans le petit corridor qui mène à la sphère j’entends déjà des premiers enchâssements sonores en boucle de voix qui annoncent une présentation aux accents internationaux. Lorsque j’entre, je suis surpris par la taille de la Satosphère qui semble plus petite de l’extérieur et adore l’idée de se coucher sur des tapis et oreillers pour pouvoir profiter d’un maximum d’amplitude de vue. Une fois confortablement installé -i.e. chaussures retirées et oreillé bien tapé… je regrette de ne pas avoir apporté ma couverture-, je feuillette la programmation et apprend que le trame sonore a été composée à partir de plus de 1 800 enregistrements de voix parlées compilées pendant 15 ans par Jean-Jacques Lemêtre, musicien-compositeur. Le tout formant un répertoire de plus de 45 heures de matériel. La portion visuelle quant à elle repose entre les mains -c’est le cas de le dire- des marionnettistes Marcelle Hudon, Louis Hudon et Denys Lefevre, qui manipulent toute une série d’objets et de marionnettes.

Jean-Jacques Lemêtre et Marcelle Hudon. Photo : Sébastien Roy

Pendant l’heure et demie qui suit, se succèdent neuf tableaux correspondants aux sentiments des ragas indiens -une petite recherche sur Wikipédia au moment de la rédaction m’apprend que les ragas sont un cadre mélodiques qui mélangent sons/musiques et sentiments, heures du jour et bien plus-. Allant du comique au dégoût en passant par la colère et la fierté, j’ai pu observer, dans le mouvement et le désordre : du tissu froissé, un oiseau qui s’attaque à un drôle de personnage, une position de Kâmasûtra, une orange pelée, des taureaux croisant les cornes, une corde de pendu sur fond de discours de Marine Le Pen et Hitler -ça me fait penser à un concert de Madonna-, un squelette devant des cartes du ciel et un mobile géant représentant les continents -je remarque qu’il manque l’Océanie et l’Antarctique-. De tout cet amalgame visuel, je ne peux m’empêcher de donner une mention particulière au magnifique tableau portant sur l’écriture, où dans un effet de spirale, les marionnettistes tracent des symboles à la plume et encre noire qui ressemblent à des caractères asiatiques. Seul point négatif, parce qu’il en faut bien un, le volume était un rien trop élévé et, par moments, le « grichement » des hauts-parleurs lors des sons aigüs -comme les rires d’enfants ou les hurlements de terreur- devenaient quelque peu agaçants.

Les marionnettiste : Denys Lefevre, Marcelle Hudon et Louis Hudon. Photo : Sébastien Hudon

Une fois la présentation terminée, je profite que la majorité des participants soit dans un état semi-comateux pour m’approcher de Jean-Jacques Lemêtre -qui semble-t-il est présent à chacune des représentations- et apprend que ce possesseur de plus de 28 000 instruments s’est intéressé aux langues comme étant une autre forme d’instrument et a voyagé dans la plupart des pays. À partir de son matériel et de différentes thématiques tels les ragas -voir plus haut pour une définition- et la dérive des continents, Mme Hudon (que j’ai pu rencontrer par la suite) m’explique que ce qui l’a beaucoup plu dans ce travail c’est l’idée des mains créatrices d’univers et donnant vie à des personnages sur fond de voix du monde. -haaaa, c’est donc ça l’idée de Babel… les mains de dieux, les voix des humains-

Les Marionnettistes. Photo : Sébastien Roy

Bref, un drôle de voyage au coeur des sons de la voix qui, si vous désirez l’expérimenter, est encore à l’affiche pour quatre représentations. Pour ceux qui aimeraient vivre l’expérience totale, un menu sur mesure pour la projection a été conçu par l’équipe du Labo Culinaire. Et juste pour vous faire saliver un petit peu : truite, agneau et érable en composent les trois services.

Arts Médiatiques
affiche-spasm2012

Le Cabaret Trash du Festival Spasm

Pour inaugurer ma participation au Lèche-Vitrine, je me suis aventuré, vendredi dernier, au théâtre Plaza où avait lieu le Cabaret Trash du Festival Spasm. Attention, âmes sensibles, s’abstenir.

Avant de me lancer dans cette soirée projection, je ne connaissais que très peu le Festival Spasm, si ce n’est qu’il a lieu depuis plusieurs années aux alentours de l’Halloween et qu’il propose plusieurs soirées de projection. Il faut quand même, cher lecteur, que je t’informe que bien que ce festival me soit plutôt inconnu, je suis un habitué du festival Fantasia. En bref, mes expériences passées dans les salles obscures du réputé festival de genre montréalais m’ont permis de ne pas trop me sentir étranger  à ce qui a pu se passer au Cabaret Trash. Et question de me faire une idée de la thématique de la soirée, je vais jeter un coup d’oeil au site web qui me dit : « Votre rendez-vous annuel de courts métrages remplis de stupidités immatures, offensantes, sexistes, dérangeantes et carrément de mauvais goût! »… Ça promet !

Bref, j’arrive vers 20 h 30, une petite file d’attente est formée, notons que les portes ouvraient à 20 heures et que la projection était prévue pour 21 heures. Ainsi, en attendant dans la file, j’entends, au loin, de la musique plutôt festive, dont le fameux « Woo hoo » des 5.6.7.8’s (b.o. de Kill Bill!) ainsi que du Cindy Lauper! Étonnament, ça me plaît déjà… Quand arrive mon tour de m’enregistrer au comptoir, on m’appelle M. Trottier -wow! C’est pas rien d’être chroniqueur pourLa Vitrine, je crois que je vais aimer ça- et j’en profite pour récupérer une programmation des courts-métrages de la soirée.

Une fois le manteau posé, j’entre dans la salle du Plaza et jette un bref coup d’oeil aux alentours, question de voir à quoi ressemblent les étranges créatures qui peuplent le Cabaret. Disons que globalement, le noir est à l’honneur sur ces 25-35 (en gros, je suis pile dedans, donc je passe bien inaperçu). Profitant du temps dont je dispose avant, je vais jeter un coup d’oeil à la table de vente, où une charmante fan finie du festival me présente les compilations DVD Spasm Horreur ainsi qu’un long-métrage français titré Burn in Paris qui me semble plutôt délirant (au passage je reconnais un DVD de Phylactère Cola). Elle m’apprend que plus de 90% de la programmation du festival est québécoise.

Vers 20 h 55, je pars en quête d’une chaise sans savoir que je me lance pour près de 3 heures de phallus, d’hémoglobine et de bizarroïde à me faire tordre les zygomatiques dans tous les sens. La première portion démarre en force avec Strobosketch, des séries de saynètes, de 5-10 sec. plus délirantes les unes que les autres; ce fût probablement le coup de coeur du public de la soirée, à entendre leurs cris de jouissance, auxquels j’ai quelque peu participé. Puis, on nous balance une série de courts-métrages les plus hétéroclites qui soient : des relations extraconjugales légales, un producteur violant un réalisateur, un meurtrier et sa pelle sur lesquels le sort s’acharne, un hommage absurde aux émissions pour enfant, un monsieur cheval qui lit dans les pensées et un massacre pour une chanson rock des années 80.

Un petit entracte de 15 minutes me permet de discuter avec quelques réalisateurs, dont François Simard et Anouk Whissell (aussi connus pour Turbo Man dans lequel a joué Yves Corbeil), qui m’expliquent l’avancement de leur long-métrage éponyme. Je prends quelques minutes avec le réalisateur Simon Lacroix, aussi membre de l’équipe de programmation du festival, qui me recommande de venir au Total Crap, un ramassis de tout ce qui s’est fait de pire à la télévision dans les années 80.

Le second bloc démarre, au grand plaisir des festivaliers, avec d’autres Strobosketch puis s’enchaînent : ce que ça goûte un homme, une histoire de trip à 4 sur la 132, des questions existentielles sur le bol de toilette, un court-métrage très très court, Gaston Lepage qui commente des projections d’organes reproducteurs masculins -oui, oui- et à quoi pense un gars au lit. Pour finir la soirée en beauté -ou en laideur, c’est selon-, on nous offre en petit bonus un courts-métrage présenté l’année dernière, où un homme déguisé en vieille femme trop maquillée fait des bricolages avec un ourson en peluche, de la viande à fondue, un raisin sec et de la colle chaude… Un seul mot : MIAM!

Une fois les projections achevées, j’en profite pour accrocher Jarrett Mann, président co-fondateur qui déclare que la soirée du Cabaret Trash est une tradition de l’immature. Il me souligne au passage que le festival, ce n’est pas juste du gore et de l’horreur. En fait, ça se veut juste une grosse soirée de « fun » entre amis où on boit une bière en regardant toutes sortes de films. Et franchement, je ne peux que l’avouer, j’en ai eu ben du « fun ». Il vous reste donc 2 fins de semaine pour en avoir aussi et on s’y croisera peut-être parce que j’y retourne, c’est certain!

Cinéma