La Fête de Montréal, d’un bout à l’autre du Quartier des spectacles
Par Michel-Olivier Gasse, contrebassiste de Sunny Duval
Pour le Quartier des spectacles
Au départ, je savais très peu de choses. Sunny m’avait dit : « On jouerait en duo dans’ rue pour une affaire d’la ville, le 17 mai. Ça te tente-tu? Ça dure toute la journée, après ça on pourrait aller prendre quelques pintessss au Chfal. » Ça me semblait un bon plan et j’ai dit oui.
C’était de bonne heure pas mal. Moi ça allait, mais ça restait un beau matin de pluie pour rester au lit. Sunny ayant un attachement particulier à ses draps et oreillers, c’est moi qui suis arrivé en premier au point de ralliement. D’entrée de jeu, je me suis ému devant le café et les viennoiseries. Je peux être sensible, en état matinal.
Le sourire qu’on m’a servi avec ça m’a mis en confiance. Parce qu’il y a une chose que je constatais, c’est qu’il n’y aurait pas que moi et Sunny d’impliqués dans cette journée-là. Fête de Montréal. 250 artistes. 40 lieux. Prestation de 15 minutes. 750 perfos dans la journée.
- Ok, on niaise pas, là.
- Nenon, va y avoir de la musique dans le quartier aujourd’hui, mon gars. Sunny est-tu arrivé?
Ma réponse à cette question tourne plus souvent qu’autrement vers le non. Mais s’il y a une chose avec Sunny, c’est qu’il finit toujours par arriver. De toute façon, y’avait pas de presse. À cause de la pluie, tout le monde s’agitait malgré l’heure jeune, déjà prêt à mettre en branle le plan B. Ça brassait de l’air de tous les bords et je mâchais une brioche en me faisant petit au possible avec ma contrebasse.
Sunny est entré, son vélo rouge à ses côtés, tout mouillé avec sa guitare en bandoulière. On s’est fait la bise habituelle et j’ai fait tomber du doigt un flocon de brioche accroché à sa barbe. On nous a rapidement communiqué le Plan B. On commencerait ça dans le métro, en espérant que les nuages se tassent pour midi. On nous a donné notre pastille rouge, à mettre à nos pieds avant chaque performance, ainsi que notre itinéraire modifié. À go, on était lâchés lousses.
Y’a quand même fallu s’adapter. Gérer nos doigts gelés, les cordes mal accordées, la trappe d’air du métro et, oui, quelques vrais musiciens de métro. Mais on souriait, on gérait l’écho et on disait « No-non, pas de sous, c’est pour la fête de Montréal! »
Les organisateurs faisaient leur travail à merveille, ils ont réussi vers midi à tasser le soleil. On s’est empiffré quelques sandwichs et on est sorti de notre pause, prêts à prendre la rue. Chaque nouvelle intersection nous faisait apparaître des copains qui poussaient la chanson devant un petit public intrigué ou des passants qui, devant l’évidence que personne n’en voulait à leurs fonds de poche, n’avaient d’autre choix que de continuer leur chemin avec le sourire.
Au coin St-Denis/Ontario, un monsieur nous a tendu dix dollars. « Mais non Monsieur, c’est pour la fête de Mont…
– Je m’en fous. Prenez-le, vous m’avez rendu heureux. »
Un fou d’une poche.
On s’est mis à laisser traîner l’étui de guitare ouvert à nos pieds, sans trop d’ambition. On s’est promené aux quatre coins du Quartier des spectacles. On a mangé du sable dans une bourrasque à côté de l’Astral, on a été surpris de l’acoustique devant le Pharmaprix Ste-Catherine, on a fait chanter et danser un attroupement d’Inuits saoûls qui nous ont vivement réclamé Stand by Me, coin Jeanne-Mance/Président-Kennedy, on a chanté pour personne devant La Calèche du sexe, on s’est donné des défis, on a chanté des chansons qu’on ne connaissait même pas, on a peaufiné nos harmonies et je me suis fait un sale bleu sur la hanche à force de traîner ma contrebasse. Avec toute la passion que je porte à mon instrument, j’aurais bien joué de la mandoline ce jour-là.
Puis la fin de la journée est arrivée. On a rencontré tous les copains au point de ralliement, on s’est raconté nos histoires, on a fait des high-five aux organisateurs épuisés mais satisfaits, puis on s’est dirigés, finalement, avec tout le monde, vers le Pub du Quartier Latin pour notre récompense. « Hey mon Gasse, on a assez de sous pour trois pintes chaque!
- La belle vie! »
Cette journée nous avait donné de la joie autant que nous en avions distribuée. On s’est dit qu’avec l’été qui s’annonçait, il fallait remettre ça. Jouer tout l’après-midi dans le parc, se payer quelques pintes.
Ce qu’on a fait. Le parc et les pintes, je veux dire. Pour la musique, on était trop occupés à écouter ceux qui en jouaient déjà.
