Nadia Martineau

L’Homme a besoin de passion pour exister, disait un célèbre navigateur français. Je n’aurais su mieux dire. On définit la passion comme étant cette exaltation, cette intensité que l’on ressent pour quelqu’un, quelque chose, à court terme ou sur une plus longue période. Ce sentiment, je le vis au quotidien, grâce à ce que je vois, ce qui m’entoure, l’art que je découvre, les gens que je croise et qui partagent cette même fougue. Chaque jour me permet d’obtenir un accès privilégié à la culture, d’aller à la rencontre d’artistes aux idées nouvelles, aux yeux brillants, à l’enthousiasme débordant. Au cours des dernières années, j’ai donc pu côtoyer des musiciens, des chanteurs, des humoristes, et des danseurs, des personnes d’exception qui avaient tous ce même point commun; une soif insatiable et un fort désir de vivre de leur art, de transmettre ce singulier bonheur sur scène, à la télévision, ou ailleurs, et de le partager aux autres, de le faire rayonner. Mais ma passion, mon bonheur, c’est aussi l'écriture, les cafés causeries et les chihuahuas (un café canin, c'est le comble!), les rendez-vous spontanés et les visites surprises, les confidences, les anecdotes croustillantes et tous ces autres petits secrets bien gardés…
AlexBarrette

L’authenticité d’Alexandre Barrette, lui et personne d’autre

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2002, il n’aura fallu que très peu de temps à Alexandre Barrette pour conquérir le cœur du public québécois : son charisme, son enthousiasme débordant ainsi que ses interventions quotidiennes à la radio, comme au petit écran, toujours justes et pertinentes, y sont assurément pour quelque chose.

Bien qu’il soit un animateur hors pair (à l’heure du lunch, au retour du boulot ou en soirée), il est avant tout un humoriste franchement doué. Et il nous le prouve avec conviction grâce à Alexandre Barrette… et personne d’autre!, son premier one man show, qu’il décrit comme étant « un spectacle qui lui ressemble ».

À son image

C’est sans personnage, ni artifice ou décor flamboyant qu’Alexandre Barrette se présente à ses spectateurs. Seuls 9 écrans multimédia, intégrés à la mise en scène efficace de Guy Lévesque, viennent soutenir et bonifier ses propos tout au long de sa performance. Mais il ne lui en faut pas plus pour briller sous les projecteurs pendant près d’une heure trente et réussir à faire rire simultanément des centaines de personnes.

Il faut dire qu’il a vu juste en choisissant son titre, Alexandre Barrette… et personne d’autre! : une première réalisation en solo pour l’artiste, des textes uniques, dont il en est le seul auteur, et un one man show qui lui colle parfaitement. « C’est un spectacle à mon image », me dit-il lors de notre entretien téléphonique. « Je me reconnais là-dedans, tant dans les textes [que j’ai écrits] que dans l’interprétation. On [mon entourage] m’a souvent dit que je suis le même gars dans la vie que celui que l’on voit à la télé. Et c’est vrai : je suis le même lorsque j’embarque sur scène, ou quand je suis avec mes amis (…) Ce que tu vois, c’est moi! », poursuit-il.

Crédit photo : Jimmy Hamelin

Crédit photo : Jimmy Hamelin

Quotidien dépouillé

Il est de ceux qui ont cette formidable aisance à se retrouver en public et pour qui la formule traditionnelle du stand up convient bien. Il occupe habilement l’espace qui lui est confié, et prend plaisir à parler à un auditoire attentif, interagissant même avec lui à quelques reprises.

Son choix de sujets se veut original, rafraîchissant et inspiré de son vécu (et d’un brin d’imagination); comme bon nombre de personnes de sa génération, le jeune homme de 31 ans fait le constat de plusieurs faits.

D’abord, qu’il est immature et espiègle. Que ses bonheurs peuvent, à l’occasion, être ridicules. Qu’il est parfois compétitif (bien souvent, avec lui-même), et qu’il cherche constamment à se dépasser. Que le temps file, qu’il souhaite un jour être père, et qu’il a cette peur de vieillir.

Ses observations des toutes petites choses de la vie, même des plus absurdes, l’ont ainsi mené à des anecdotes croustillantes, drôles et surtout, bien livrées.

Il ne tarde donc pas à nous dresser un portrait des membres de sa famille : ses parents, qui, à l’aube de la soixantaine, continuent de guider et d’encourager leurs enfants, et ce, dans toutes les sphères de leur vie. Puis, son jeune neveu (et filleul), qui ne cesse d’étonner par ses nombreuses répliques loufoques, et, pour terminer, son attachante grand-maman, qui veille sur ceux qui lui sont chers.

Bien que le sympathique humoriste a su s’inspirer de son entourage pour écrire et créer, il n’en demeure pas moins que ses propres aventures, telles qu’un voyage en Australie et une nuit dans une auberge de jeunesse, une partie de pêche, ou encore, une escapade entre amis au Village Vacances Valcartier, lui auront donné l’occasion de rédiger d’excellents numéros et de se présenter, tel qu’il est, à travers eux.

« C’est un spectacle au cours duquel on apprend à me connaître! », me confie-t-il à la fin de notre entrevue.

Et croyez-moi, on est ravi d’aller à sa rencontre.

***

L’humoriste, qui en sera bientôt à sa 100e représentation, poursuit actuellement sa tournée un peu partout au Québec. Il sera de retour à Montréal les 3 et 4 avril 2013

Humour
Crédit: Jocelyn Michel

Louis-José Houde : charme explosif

C’était soir de première médiatique le 13 février dernier alors que Louis-José Houde lançait son troisième one man show intitulé Les heures verticales. À cette occasion, près de 1 400 personnes – adeptes, journalistes, amis et professionnels de l’industrie – se sont réunis au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts afin de découvrir le fruit de son travail, après ces dernières années d’écriture et de préparation.

À pareille date, ou presque, en 2010, Louis-José Houde terminait une tournée de 400 spectacles de son deuxième opus, Suivre la parade. À peine le rideau était-il tombé que déjà, le public en redemandait. À preuve, à l’automne 2012, bon nombre de spectacles affichaient complets et plus de 100 000 billets avaient déjà trouvé preneurs (et avaient fait autant d’acheteurs heureux). Quelques années plus tard, son retour sur scène est un véritable cadeau. L’attente, très longue pour plusieurs, en aura certainement valu le coup.

Après une première partie assurée par le coloré François Bellefeuille (gagnant du prix Révélation Juste pour rire 2010), Louis-José prend place sous les projecteurs, avec pour seul accessoire, s’il en est un, un tabouret. S’enchaînent ensuite quelques mots de bienvenue et remerciements sincères, joyeusement étouffés par des applaudissements enthousiastes.

Et puis, voilà, coup de canon; le départ est donné.

Guerrier sur deux pieds
À le voir aller, on se demande à quoi il carbure, où il trouve toute cette énergie. Mais bon, c’est Louis-José après tout! Avec toute la fougue qu’on lui connait, il passe d’un sujet à l’autre, puisant ses anecdotes tantôt parmi ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, tantôt dans son quotidien. Et malgré sa cadence rythmée, il ne s’essouffle jamais, pas même après 90 minutes de prestation, et ce, sans entracte. Le public attentif est ravi.

Dès son arrivée, l’humoriste explique brièvement l’idée derrière Les heures verticales, un titre qui réfère à l’expression de Louis-Ferdinand Céline, célèbre écrivain français. Les heures verticales, se sont, pour l’auteur, ces instants dans une vie où il faut rester fort même lorsqu’on éprouve des revers. Louis-José a su y trouver l’inspiration pour concevoir un spectacle brillant, au contenu riche et varié et un peu plus personnel. Il a choisi d’y apporter son lot d’histoires impliquant sa famille, le temps de raconter l’aventure du brunch de Pâques ou de détailler les cocasseries d’une visite chez sa grand-mère.

Crédit: Jocelyn Michel

Crédit: Jocelyn Michel

Générations d’hier et d’aujourd’hui
À 35 ans, Louis-José Houde fait le constat de plusieurs choses. Des choses, si on se fie à lui, qu’on ne réalise qu’avec le temps. Et justement, celui-ci file à une vitesse folle, de telle sorte qu’à notre réveil, on aperçoit les premiers cheveux blancs. Si les générations qui le précédent supportent les contrariétés sans difficulté, sa génération, celle « Passe-Partout », comme il se plait à l’appeler, n’adopte définitivement pas le même comportement. Elle maugrée et se plaint, pour pratiquement tout, et rien, préférant rejeter la faute sur le manque de temps. Sa réflexion humoristique, mettant en scène ses parents et les gens de leur âge, est d’une justesse alarmante, si bien qu’elle permettra, aux futurs milliers de spectateurs trentenaires, de prendre (enfin) quelques minutes pour se regarder.

Chose certaine, c’est que tout est drôle avec lui, même les sujets plus sérieux. Le vieillissement, les peines d’amour ou le célibat sont autant de moments verticaux auxquels, tôt ou tard, chacun devra faire face. Mais Louis-José, avec ses expressions et ses gestuelles, aborde ces thèmes avec une telle légèreté que même l’infortune et les malheurs parviennent à nous faire rire. Se tenir debout n’aura jamais semblé être aussi facile.

Tournée 2013 : Louis-José sera de retour dans la métropole du 6 au 9 mars 2013 ainsi que du 24 au 27 avril 2013. Quelques arrêts dans plusieurs grandes villes du Québec sont également prévus à l’horaire, du 20 février au 19 décembre 2013.

Humour
Stéphane Rousseau, crédit photo : Juste Pour Rire

Stéphane Rousseau, en toute franchise

Il est beau, certes. Et charismatique, bien sûr. Mais il est avant tout, et surtout, très drôle; depuis maintenant près de 25 ans, Stéphane Rousseau fait rire les foules et cumule les succès. Celui qui est reconnu pour exceller dans le domaine de l’humour, comme du divertissement, prend plaisir à surprendre un public sans cesse grandissant, ici comme à l’étranger. Pour ce 5e opus intitulé Les confessions de Stéphane Rousseau, dont il signe la mise en scène pour la première fois, l’artiste nous propose un one man show… et de nombreuses tranches de vie.

Si l’idée de se confesser et de reconnaître ses torts devant des milliers de personnes peut donner la frousse à plusieurs, elle n’aura su, néanmoins, déplaire à l’humoriste. Ce dernier profite plutôt de cette occasion pour puiser en ses souvenirs et se raconter en toute honnêteté, à un public friand de secrets bien gardés. « Je ne me censurerai (même) pas! », lance-t-il à son auditoire, à peine quelques minutes après son apparition sous les projecteurs. «  À moins qu’il n’y ait des enfants dans la salle », poursuit-il en riant, tout en s’adressant aux quelques 930 spectateurs présents au Théâtre St-Denis II ce soir-là.

Des squelettes dans le placard

Des confessions, il en a…beaucoup. Il faut dire que celui-ci n’a aucune difficulté à se livrer en confidences. Cela étonne, puisqu’il n’a pas l’habitude de s’épancher de la sorte, sur scène comme en entrevue. Quoiqu’il en soit, on apprécie cette approche novatrice.

Il va même jusqu’à pousser sa démarche artistique encore plus loin, en faisant notamment appel aux nouvelles technologies. Les écrans géants multimédia, les dessins d’animation et les jeux de lumières viennent non seulement illustrer et mettre en valeur ses propos, mais également parfaire une scénographie déjà exceptionnelle. C’est franchement réussi.

Visiblement amusé par le concept, il explore, avec une sobre dose d’autodérision, un terrain encore méconnu du public : pendant près de deux heures (continues), il partage avec nous histoires et anecdotes en y dévoilant de multiples facettes de sa personnalité, ses mérites et ses défauts.

La période de son enfance et de son adolescence, où tous les (mauvais) coups étaient permis, est le premier sujet abordé : les blagues qui résultent de ses aveux sont d’une efficacité redoutable. On se plait donc instantanément à écouter ses autres vérités qui nous mènent à ses idoles de jeunesse, ses voyages de chasse, sa préparation pour son pèlerinage à Compostelle, ses entrevues accordées à la télévision française, ses mésaventures à la douane, ses douze années vécues dans un camp de nudistes (oui, oui!) et son fils Axel. Chaque ligne directrice conduit tout droit à un numéro original, intelligent et bien ficelé.

Rousseau nous relate également les diverses épreuves auxquelles il fut, tôt ou tard, confronté, faisant ainsi référence au décès de son père et à la perte soudaine de plusieurs membres de sa famille. Bien que cela puisse sembler faire ombrage, il n’en est rien. Ce dernier réussit à transformer ces événements malheureux en de nombreux petits bonheurs, qui nous font littéralement pleurer…de rire.

Les Confessions de Stéphane Rousseau. Crédit Photo : Juste Pour Rire

Avec Les Confessions, il parle de lui, à la première personne; lui, le père, l’humoriste, le fils, le conjoint, l’ami. Lui, le séducteur, l’audacieux, le rêveur. Par cette façon de faire, il parvient à développer une relation plus « intime » et totalement privilégiée avec chaque spectateur, d’une salle à l’autre, de ville en ville.

Une véritable bouffée d’air frais qui fait prendre à l’artiste un tout nouveau tournant. Mais ce dernier aura tout de même su conserver certains éléments clés de sa formule gagnante, ponctuant ainsi sa narration de parodies, de chansons et d’imitations.

Décidément, Rousseau a plus d’un tour dans son sac. Et sans doute bien d’autres secrets encore.

Stéphane Rousseau poursuivra sa confesse un peu partout au Québec jusqu’en juin 2013.

Humour
Brigitte et Christian. photo fournie par Entourage

Ben, Jarrod…et tous les autres

En 2004, la passion du métier était sur le point de les réunir; Benoit Laforce, diplômé de l’École nationale de l’humour un an plus tôt, allait rencontrer, dans le réseau des bars, Jarrod Gosselin, finissant de 1999, lors d’un même spectacle auquel tous deux prenaient part. L’union professionnelle qui s’en est suivie aura eu tôt fait de provoquer la fusion de deux univers distincts et de donner naissance au sympathique et flamboyant duo que nous connaissons aujourd’hui. Huit ans plus tard, le temps de plusieurs projets télévisés, de nombreuses apparitions publiques et une feuille de route bien étoffée, Ben & Jarrod montent sur scène pour nous présenter Personnagistes, leur premier spectacle.

Après quelque 80 représentations offertes un peu partout en province et une 6e performance au Théâtre St-Denis, Ben & Jarrod peuvent d’ores et déjà déclarer avec certitude avoir accompli leur mission. Car le public et la critique sont unanimes; ils sont passés maîtres dans l’art d’incarner un (ou plutôt des) personnages avec autant d’agilité.

Misant sur le jeu de rôles, les deux protagonistes ont préféré opter pour les costumes et complètement laisser tomber l’idée de se mettre à nu devant leur auditoire. Complètement? Enfin, pas tout-à-fait.

Dès les premières minutes de leur prestation, question d’amener la prémisse, ces derniers ont choisi de se présenter dans un costume d’Adam quasi complet, jusqu’à l’arrivée de leurs accessoiristes respectifs, qui viennent leur enfiler les premiers vêtements. Une ingénieuse entrée en matière pour faire comprendre à la foule qu’elle n’assistera pas à une formule concentrée de stand up, mais plutôt à une série de sketchs comiques mettant en vedette ces joyeux compères.

« Nous avons 18 personnages répartis dans une douzaine de numéros, et entre 10 et 25 secondes pour effectuer les changements de costumes », me confirme Jarrod, une heure avant la levée du rideau. « Il n’y a pas de pause entre chaque numéro, ni de support vidéo pour combler le temps,» enchaîne-t-il. Sur scène, deux petites tours blanches, où sont projetées lumière et images, agissent à titre d’écrans et de décors. Elles contiennent aussi tous leurs habits ainsi que les accessoires coordonnés. Rien n’est oublié.

Bien que ces transitions succinctes constituent une épreuve de taille pour eux, la personnification est sans doute le principal défi à relever. « Tu te changes tellement vite que tu as quelques secondes tout au plus pour entrer dans la peau d’un autre personnage (…), c’est exigeant », poursuit Jarrod. « Mais en même temps, renchérit Ben, c’est ça la force du show. Tu ne sais jamais ce qui t’attend [en tant que spectateur]! Après huit minutes, les gens ne peuvent prédire dans quel univers ils se retrouveront par la suite », conclut-il.

Ben et Jarrod en coulisse. Photo: Nadia Martineau

Mais la force du tandem repose également sur sa capacité à consolider les habiletés et savoir-faire de chacun. Alors que l’un se dit plus « physique » (on le voit danser, faire la split et s’adonner à des exercices d’auto-défense à certains moments), l’autre, quant à lui, mise davantage sur ses expressions faciales;  ensemble, ils parviennent à concevoir des sketchs qui ont du mordant et qui ne vont pas à l’encontre de qui ils sont. Sans doute l’un des secrets de leur réussite.

Ils avouent cependant ne pas avoir de ligne directrice, à proprement parler, derrière cette structure. Même si le message appuie l’idée, il n’en demeure pas moins que ce sont plutôt les gens de tous les jours qui, spontanément, les inspirent. « Nous, dans la vie, on aime les cons, c’est ce qui nous faire rire!, » s’esclaffe Ben.

Le quotidien et les rencontres amenant leur lot de surprises, les textes qu’ils proposent sont à la fois imprévisibles et étonnants. Leur originalité fait qu’ils ne ressemblent en rien à ceux que l’on a pu découvrir et apprécier à la télévision, si ce n’est que l’on y retrouve nos personnages préférés.

En première partie, place aux aventures rocambolesques des deux Yos de Bromont, aux consignes et mises en garde de Johnny Mckwenzie, l’agent de sécurité ayant appris son métier dans les centres d’achats, aux périples des mafiosis qui tentent par tous les moyens d’éliminer leur otage, aux histoires loufoques de Steve Bonin, le bègue, qui, après de nombreux autres boulots, se retrouve gérant de salle, aux injures des automobilistes envers les deux gars blasés de la construction, et enfin, aux jeux coquins du couple adoré Brigitte et Christian.

Après l’entracte, les pingouins du zoo, les sommeliers amoureux du vin, et les vedettes du marché aux puces deux étoiles, Greg et Stu Much, fiers cowboys, garantissent autant de plaisir.

C’est ainsi que Ben & Jarrod assurent à leur public près de 120 minutes de rires sincères d’amusement et de nouveauté. Mais avec ce premier spectacle, le duo nous convainc aussi, et surtout, de son talent incommensurable pour le métier d’humoriste et de personnagiste.

***

Personnagistes, mis en scène par Stéphane E.Roy, sera présenté en province en 2012 et 2013 et s’arrêtera au Théâtre St-Denis 2, à Montréal, les 15 et 16 février prochains, à 20 h.

Humour
GuyetAlex

Guy Nantel : s’impliquer pour la cause

L’Étoile Banque Nationale du Quartier Dix30 à Brossard faisait salle comble mercredi dernier, le 14 novembre 2012, alors que Guy Nantel y présentait un spectacle-bénéfice pour Terre Sans Frontières. Fier porte-parole de l’organisme depuis quelques années, Nantel, reconnu pour son humour engagé à saveur socio-politique, a souhaité souligner son implication en montant sur scène et en mettant à profit son talent.

Ils étaient nombreux à vouloir aider généreusement et donner leur appui à Terre Sans Frontières, véritable chef de file en matière de coopération internationale depuis maintenant 30 ans. Les fonds amassés à cette occasion parviendront à soutenir en priorité les Professionnels Sans Frontières qui offrent leurs compétences et leur savoir–faire à l’humanité au cours de leurs missions (source : Terre Sans Frontières).

La soirée s’annonçait fort prometteuse; au programme, une performance humoristique du porte-parole, précédée d’un cocktail dînatoire en compagnie de l’artiste, pour ceux et celles possédant un billet VIP. Une délicieuse idée pour le premier évènement de ce genre tenu par l’organisme.

Question de nous familiariser davantage avec la mission et les activités mises de l’avant par celui-ci, on prit soin de nous présenter une courte vidéo, qui fut secondée par quelques mots de bienvenue du directeur général, le Frère Robert Gonneville. « Nous sommes heureux d’avoir avec nous des artistes qui ont la cause à cœur, » nous dit-il la voix emplie d’émotion.

La première partie fut confiée à l’humoriste de 32 ans originaire d’Haïti, Alex Pépin, qui accepta sans hésitation de prendre part au projet. Joint au téléphone la veille du spectacle, il m’avoua : « Depuis mon adoption, je ne suis jamais retourné dans mon pays, mais je sais qu’il demeure dans le besoin. J’ai donc décidé de collaborer à ma façon à cette noble cause. Si, avec mon art, je peux amener les gens à réfléchir et les encourager à donner, ce sera ma contribution, et j’en serai heureux. »

Après avoir passé une bonne période de sa vie à Kingsey Falls, Pépin est venu s’installer à Montréal, où il dut rapidement s’intégrer. Cette réalité et ces nombreux changements auront été une source d’inspiration pour lui afin de concevoir ce remarquable numéro biographique, qui lui aura certes permis de se faire découvrir (ou du moins, mieux connaître!) du public. Il faut ajouter à cela sa passion pour la musique, qui, combinée à son talent inné d’imitateur, lui aura valu de chaleureux applaudissements et de nombreux fous rires au moment même de quitter la scène, alors que Guy Nantel prit place au micro. Ce dernier proposa à l’auditoire amusé non seulement un heureux mélange de ses meilleures blagues, tirées à même ses deux précédents one-man shows, mais également du nouveau matériel au contenu saisissant.

Guy Nantel en visite dans une université pendant son voyage en Tanzanie-Ouganda. Crédit Photo : Terre Sans Frontières

Pendant près de 90 minutes (qui ont passées en un temps record!), il a su dépouiller, éplucher, analyser et décortiquer l’actualité sous toutes ses formes, ne laissant rien échapper au passage : les chocs culturels, l’argent, les impôts, le gouvernement, la politique, la publicité, la santé, la réforme scolaire et j’en passe. Un Guy Nantel comme on l’aime.

On ne se lasse jamais de voir et d’entendre l’humoriste, tant ses idées sont brillamment tricotées et son discours drôlement intelligent. Et c’est grâce à cette approche unique et audacieuse, accompagnée d’une vivacité d’esprit, qu’il parvient à décrire notre société avec justesse et véracité.

TSF n’aurait su trouver meilleur allié que lui pour le représenter. Car Nantel ressent aussi, derrière son cynisme et sa provocation, une nécessité imminente de se responsabiliser et de sortir de cette impassibilité sociale. Il ne se cache pas d’ailleurs pour clamer que c’est rendu gênant de vivre ici!

S’y impliquer, c’était ainsi conscientiser les gens à amasser quelques dollars qui permettront de donner un coup de pouce à la population québécoise, mais également de prêter main-forte à l’étranger. Guy est d’ailleurs allé prendre connaissance des plus récents accomplissements de Terre Sans Frontières, qui développe et concrétise plusieurs projets notamment en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Ce voyage d’une durée de trois semaines, effectué aux côtés de sa conjointe et de sa fille, l’a donc mené en Tanzanie et en Ouganda. Et tout comme le Frère Robert Gonneville, il mise sur des valeurs telles que le partage et la solidarité, ici, comme ailleurs. « Des fois, il faut donner, s’investir et croire en quelque chose [pour faire sa part et améliorer la situation], » me confie-t-il lors de notre entretien.

En attendant le changement, Guy Nantel se consacre à l’écriture de son tout nouveau spectacle qui devrait voir le jour au cours de l’année 2013. Parions qu’il aura encore beaucoup à dire, et à dénoncer, pour nous faire réfléchir et réagir.

Humour
Joe-Ava

Un retour aux sources pour Joe Avati

Près de cinq années se sont écoulées avant que Joe Avati, reconnu pour être le Roi de la comédie italienne, vienne fouler de nouveau le sol canadien. L’humoriste italo-australien, dont la réputation n’est maintenant plus à faire, revient en force à Montréal pour nous présenter Back to Basics, son plus récent one man show, avant d’entreprendre une tournée mondiale. À 38 ans, et plus en forme que jamais, il débarque sur scène avec un plein bagage d’histoires nouvelles, qu’il s’amuse à nous raconter avec un talent qui lui est propre.

Joe Avati avait de bonnes raisons pour ne pas s’être montré le bout du nez pendant quelques années. « J’ai dormi! », me lance-t-il à la blague lorsque je lui demandai ce qu’il avait fait durant cette longue période.

Or, il n’a pu faire la dolce vita très longtemps, s’étant concentré à l’écriture et la préparation de son one man show, en plus de collaborer à de nombreux autres projets et d’animer une émission de télévision. Ouf. Après quatre années et demie, et un spectacle tout chaud, il en est venu à l’idée de quitter sa ville natale, au cœur même de l’Australie, pour revenir faire rire son public canadien et montréalais.

Avec Back to Basics, Joe Avati souhaite d’abord et avant tout retourner à ses racines. Pourtant, ce n’est pas le fait d’être Italien qui amuse l’humoriste et qui lui a permis d’écrire ses textes; ce sont plutôt les Italiens, ceux d’ici et d’ailleurs, avec leurs personnalités, leur fierté, et leurs petites habitudes qui lui ont donné l’occasion de nous présenter un spectacle unique. Et pour ce faire, il a su brillamment s’entourer; le sympathique Freddy Proia (Toronto), la charmante Nonna Maria (une populaire marionnette du Web) accompagnée par son créateur Anthony Imperioli et son acolyte David Iarusso, de même que le charismatique Guido Grasso (Montréal) se présentent tour à tour devant nous. Pour cette première partie, nous avons donc droit à de savoureux numéros originaux, basés sur de singulières expériences personnelles. Un humour des plus compatibles avec celui que nous présente Joe, quelques minutes plus tard.

David Iarusso et Anthony Imperioli. Photo: Nadia Martineau

Le bel Australien a lui aussi su trouver l’inspiration auprès de sa famille et en puisant parmi ses souvenirs d’enfance. C’est également en côtoyant des immigrants italiens vivant aux quatre coins du globe et en discutant avec ceux-ci qu’il vient à mettre sur papier plusieurs idées. « Je m’inspire même des histoires que les gens m’écrivent sur Facebook, ou m’envoient par courriel, que j’inclus dans mon show», me confie-t-il lors de notre rencontre.

Bien entendu, les Italiens auront tôt fait de se reconnaître dans ses propos et dans ceux de ses compères. Quiconque assiste à son spectacle prend plaisir à le voir aller, imitant tantôt la voix de sa mère lui interdisant de prendre un biscotti (car ils sont pour la visite!), empruntant tantôt les expressions de son père. « Les gens d’un peu partout peuvent s’identifier à notre style de vie », m’assure-t-il. Et cela vaut pour tous les autres humoristes d’origine italienne, comme par exemple, les créateurs de Nonna Maria. « Ils nous avouent [lorsqu’on leur présente nos capsules] que même s’ils ne maîtrisent pas bien l’italien, ils sont capables de se reconnaître [à travers Nonna Maria](…) Ils nous disent comprendre ce que l’on fait, et ne pas arrêter d’en rire », renchérit son acolyte David Iarusso.

Avec Avati, les anecdotes croustillantes, puisées à même des faits vécus se succèdent; l’introduction de la technologie chez ses grands-parents, qu’il s’agisse du GPS, de la télévision à écran plasma, du nouveau téléphone à caméra intégrée ou de la découverte de Facebook, l’importance de la nourriture (la peur d’en manquer, la nécessité de ne rien refuser, la quête constante d’aliments frais, au point d’aller chercher sa « viande » en montagnes) sont autant de sujets qui nous font crouler de rire, tant le portrait est juste.

À peine avons-nous eu le temps de reprendre notre souffle que celui-ci repart de plus belle, avec pour idée, cette fois, de conscientiser les jeunes à la richesse qu’ils possèdent, et non seulement d’un point de vue matériel. C’est donc en s’adressant à un jeune adolescent de 14 ans, assis bien confortablement dans la salle, qu’il parvient à ses fins, lui révélant combien il dut se sacrifier pour lui assurer, ainsi qu’aux générations futures, une vie meilleure.

Bien que ses dires soient appuyés sur de véridiques mésaventures, on ne peut s’empêcher de s’esclaffer en l’écoutant nous parler, notamment, de l’obligation des tâches ménagères et des corvées hebdomadaires, des allocations familiales inexistantes, et des jouets qui, contrairement à aujourd’hui, furent trop peu nombreux!

Joe Avati et ses invités nous réserve une finale colorée, en chansons, donnant ainsi au titre Back to Basics tout son sens.

Vous aussi tomberez en amour avec l’Italie…et avec Joe Avati.

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Back to Basics sera présenté au Centre Leonardo da Vinci et au Théâtre Rialto, à Montréal, ainsi qu’au Cégep André-Laurendeau, à Lasalle, en novembre et décembre 2012. Il est conseillé de comprendre à la fois l’italien et l’anglais pour apprécier le spectacle.

Humour
PatrickHuard_crédit photo: Gilbert Fortier

Le bonheur contagieux de Patrick Huard

On le sait, Patrick Huard n’était pas monté sur scène depuis fort longtemps et son public l’attendait. Car même s’il sait merveilleusement bien porter de nombreux autres chapeaux, on se doit d’avouer qu’on s’ennuyait de Patrick Huard l’humoriste, celui qui parvient si habilement à nous faire rire jusqu’à nous en donner mal aux joues.

Avec ce troisième one man show intitulé Le bonheur, qu’il présente depuis quelques mois, il souhaite partager avec nous sa vision de la chose. Grâce à des confessions et des points de vue, ainsi que des histoires inspirées du quotidien, du sien, il nous invite à réfléchir sur cette notion du bonheur, qui peut nous sembler à la fois tangible et abstraite.

Rencontre avec un artiste accompli…et visiblement heureux.

Pour Patrick Huard, le bonheur, il est là, et il se voit. Là, devant un public qui lui est fidèle depuis des années. « Je savais que je m’ennuyais de la scène, m’avoue-t-il en entrevue, mais depuis que j’ai commencé le show, je réalise que je ne me rappelais pas à quel point c’est le plus beau travail au monde(…). Tu embarques sur scène pendant deux heures pour rire avec les gens (…), c’est extraordinaire. » Et sans effort, son plaisir devient le nôtre.

Choisir d’explorer un tel sujet, c’était avant tout choisir d’aborder un thème pouvant rejoindre un vaste auditoire, voire des milliers de personnes, nous qui avons cette quête commune, cette même aspiration à la plénitude. Cet état de bien-être absolu que l’on cherche à atteindre et à combler, en tant qu’individu ou que collectivité, est donc le principal intérêt et moteur de ce spectacle, d’une durée approximative d’une heure et quarante-cinq minutes. L’humoriste propose deux segments à sa performance, abordant de main de maître la question dans un premier temps, et laissant place aux convictions de son désormais célèbre personnage Rogatien Dubois (Taxi 0-22), dans une seconde partie.

« On ne s’entend pas sur la notion de bonheur! », nous déclare Patrick d’entrée de jeu. C’est donc de cette prémisse que s’enchaîneront, à un rythme parfait, de singulières anecdotes, qui ensemble, survoleront l’actualité : notre consommation d’eau potable, les publicités d’automobiles, de couches et de tampons pour ne nommer que celles-là, les déceptions des magasins à grande surface (aidez-moi à trouver ma vis!), l’impolitesse des jeunes, les essuie-glaces, les agents d’immeubles, la technologie, la conduite automobile, les chauffards et j’en passe.

Exerçant l’autodérision par moments, il nous raconte, avec une aisance qui lui est propre, ses petites frustrations qui l’empêchent (et nous empêchent) d’être pleinement satisfait. Et entre deux histoires de femmes trop émotives et de souper de gars bien arrosé, on se plait à l’entendre interagir avec une foule animée.

Mais le bonheur pour Huard a également su trouver confort ailleurs. « Les choses qui sont les plus importantes pour moi et qui m’apportent le plus de satisfaction, me confie-t-il les yeux brillants, ce sont ma famille, mes amis, mon travail (…) » Il allait donc de soi pour l’artiste de laisser une belle place aux historiettes concernant son adolescente Jessie, la grossesse de sa conjointe et l’accouchement de son garçon Nathan, né une nuit de Noël.

C’est à ce moment que les lumières s’éteignent, pour se rallumer quelques secondes plus tard; Patrick Huard a délaissé son complet bleu-gris cendré (qui, ma foi, lui allait à ravir) et son allure soignée et opte maintenant pour la fameuse casquette du chauffeur de taxi bien connu.

Assis sur une chaise, le protagoniste en profite alors pour nous donner un prompt avis sur à peu près tout…ou presque. « Moi des opinions, j’en aies, » clame-t-il en regardant son public dans un rétroviseur géant en guise de toile de fond. Et c’est ce qu’il nous prouve tout au long des 40 minutes qui suivent, alors que nous sommes conviés à monter à bord de son « véhicule ». La construction, l’itinérance, les sectes, les diseuses de bonne aventure, les chiens, le Québec, et le végétarisme, à titre d’exemples, sont autant de bonnes raisons pour s’exprimer sur la société et ses travers que pour la critiquer – sans mesquinerie aucune – en tant que citoyen.

À bien y penser, n’est-ce pas ça le bonheur, cette capacité et cette facilité à dire haut et fort ce que le monde pense tout bas? Peut-être. Mais en attendant que l’on trouve réponse à cette question, on prend plaisir à le voir faire. Et tiens, ça nous rend heureux, nous aussi.

Patrick Huard sera en spectacle à l’Étoile Banque Nationale de Brossard, jusqu’au 3 novembre 2012. Il poursuivra sa tournée à Québec, à Montréal et ensuite à Gatineau en 2013.

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