Magalie Morin

m C’est fou : il existera toujours, là, ici, ailleurs, maintenant, plus tard ou hier encore, une musique qui me fait vibrer par en dedans. n

Montréalaise pure laine. Touche-à-tout étourdie par l’offre culturelle. Je veux tout voir, tout entendre. Je n’ai pas assez de temps, je n’ai pas assez d’espace, je n’ai pas assez de vie. 24 heures par jour, ce n’est pas suffisamment long pour goûter à tout, il faudrait ajouter une journée à la semaine ou quelques heures à chaque jour. Mais je n’ai que deux yeux, deux oreilles, et parfois je trouve que ce n’est pas assez non plus. Je capote. C’est flippant, même. En attendant de pouvoir me dédoubler pour ne rien manquer de toutes ces choses formidables qui se passent ici, maintenant, demain, toujours, j’essaie de m’imprégner d’un peu de tout. Avec le boulot plein temps, ça fait un horaire chargé, éclaté, éclectique, mais ô combien stimulant! On vit une époque où Montréal est plus que jamais un lieu de création et de diffusion unique. Je suis fière d’y vivre, d’y travailler, d’y respirer, d’y créer, parfois. Pour le reste, en vrac, je suis un peu éparpillée, trop souvent indécise, je ne voyage pas assez, j’ai le sommeil sacré… J’aime la musique, évidemment. Mais avant tout, j’aime ma ville!
Crédit photo : Sébastien Lavallée

Lancement-spectacle : Socalled – The Season

Josh Dolgin (Socalled) trouvait ça ben plate d’avoir écrit The Season pour une seule représentation au Théâtre Outremont dans le cadre de Pop Montréal en 2011… Il n’a pas fallu chercher bien loin pour trouver une façon de donner une autre vie au projet : l’album paraît mardi et sera lancé mercredi par Dare to Care / Grosse Boîte au Théâtre Rialto, un an et demi après un pas pire succès sur scène.

Josh Dolgin s’est pointé bien à l’heure, avec un sourire guilleret et un beau sac à dos carré, défraîchi. Gamin, va. On échange poignées de main et bouteilles d’eau avant de se lancer sur scène : on a prévu lui croquer le portrait dans le magnifique espace du Théâtre Rialto, dont l’architecture s’inspire de l’Opéra Garnier, à Paris – parce que c’est classy, révèle son gérant. Notre invité s’émerveille de l’endroit, construit vers 1925, tout comme nous : on n’en revient pas de la chance qu’on a d’être ici, tout seuls et de pouvoir faire à peu près ce qu’on veut. Mais nous, Photographe et moi, on n’en peut plus, on ne veut plus attendre : on DOIT savoir ce qu’il y a dans le fameux sac. On veut savoir s’il nous a apporté quelques-uns de ses précieux amis…

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Parce que, eille, The Season, c’est un music-hall. Et pas n’importe lequel : un music-hall avec des puppets. Oui oui, des marionnettes. Genre Sesame Street. Celles que Josh nous sort du sac, ce sont les deux vedettes du show : Tina, une bibitte rouge extraterrestre aux yeux exorbités et Bear – un ours, dah –, peluche au regard taquin et à la moue rieuse qui a l’air d’avoir passé un mauvais quart d’heure dans la sécheuse.

Entre Photographe et lui, ça clique tu suite : quelques blagues plus tard, notre Socalled national fait des simagrées sur commande et se prête au jeu comme c’est pas permis. On le sent vraiment dans son élément, celui du spectacle, tout à fait désinvolte, qui n’a rien à perdre et qui vit ses projets à fond, parce que c’est le fun. The Season, il l’a écrit tout d’une traite (paroles ET livret ET musique) dans une van de tournée, pour Pop Montréal, grâce à ELAN (English-Language Arts Network), qui a le maudit beau mandat de soutenir les artistes québécois anglophones. Quand je lui demande ce qui vient en premier, la musique, l’histoire ou les paroles, il ne sait plus trop, il ne se rappelle plus trop, et conclut que c’est vraiment pas important, que tout doit lui être venu en même temps, avec son laptop sur les genoux sur la banquette arrière… C’est ainsi qu’en moins de trente minutes, The Season présente à la fois pièces orchestrales, rythmes d’influence klezmer et hip-hop agrémenté… de harpe !

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Outre le contenu musical de la patente, Josh Dolgin est aussi l’artiste peintre derrière la pochette de l’album et le concepteur des marionnettes du spectacle. C’est un magicien, un pur, un vrai (sans blague, y a toujours des tours de magie dans ses shows !), il sait faire tout et n’importe quoi avec quasiment n’importe quoi et s’en sort plus que bien. Tout comme il sait s’entourer de collaborateurs de sa trempe : c’est sa complice de toujours, Katie Moore, qui prête ses cordes vocales à Tina, alors qu’Yves Lambert, cette icône de la chanson folklorique et traditionnelle qui chante en anglais pour l’occasion, est le seul « humain » du concept, Le Chasseur. Sinon, on parle d’un quatuor à cordes (The Warhol Dervish), d’une harpiste de l’OSM (Jennifer Swartz, la belle-sœur de Josh), de The Narcysist, Joe Cobden et Ly Richy, en plus du batteur Jamie Thompson et du bassiste Patrice Agbokou.

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Pochette d’album The Season

Ce mercredi, apparemment, on n’aura pas droit au music-hall complet : on se contentera tout de même de plusieurs des pièces immortalisées sur l’album, de la majorité des collaborateurs et de notre contemplation des dorures, des vitraux, des sièges capitonnés rouges et du cyclorama d’origine du Rialto. Sans oublier les fameuses puppets ! Les deux marionnettes principales vivent une histoire d’amour improbable dans un « conte musical indie multigenres » où des animaux de la forêt, se préparant à l’hiver et à la saison de chasse, voient débarquer une meute d’extraterrestres… Pour savoir si Tina et Bear vivront heureux pour toujours et auront de multiples enfants, faut aller voir !

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Et comme on ne sait pas trop si le show partira en tournée (Socalled planche également en ce moment sur un autre projet*), faut pas manquer ça, hein. J’espère que vous avez déjà tous mis ça à votre agenda. Surtout que, sur le ton de la confidence, Josh nous révèle qu’il aimerait bien en faire quatre, des Seasons…

Lancement-spectacle The Season
Théâtre Rialto
Mercredi 15 mai
Portes : 19 h 30
Lancement-spectacle : 20 h 30
15 $

*Tales from Odessa
Paroles et musique de Josh Dolgin AKA Socalled
Centre Segal des arts de la scène
Du 16 juin au 7 juillet
À partir de 24 $
En Yiddish avec surtitres en français et en anglais

Musique
PETER_PETER_09FEV2013_crédit photo Sébastien Lavallée

Peter Peter dans un showcase juste pour toi

Y fait plutôt frette, mais on s’en fout : dans une couple de minutes, on atterrira bien au chaud entre les quatre murs du disquaire Aux 33 tours sur Mont-Royal. Et ce soir, c’est soir de première, parce qu’on y présente le premier « In Store » de l’endroit, avec le « très talentueux (et très esthétique) »* Peter Peter en formule intimiste.

Un tabouret, un ampli, une petite console, un micro et une guitare, voilà tout l’attirail de l’artiste, qui s’est installé comme chez eux un peu avant 19 h 30 samedi soir, prélude d’une belle soirée, intro réconfortante et douce avant les folies de la nuit. On n’est pas 25 dans la place, on est timides, respectueux, polis, on sait pas trop où se mettre, quelque part entre les rangées de vinyles, pas loin de la porte, parce qu’on est ben trop gênés pour aller se coller sur lui. On n’a pas ses couilles, nous. Parce que n’empêche, donner une petite prestation solo, à la bonne franquette, devant un si maigre public dans une boutique de Montréal un beau soir d’hiver, franchement, fallait pas avoir froid aux yeux.

Ce fut bref, une petite vite allongée, une première date maladroite mais complice et généreuse, où, pour nous rendre plus à notre aise, Peter Peter sollicitait nos demandes spéciales, pendant que nos bottes dégoulinaient pour faire des traces grosses comme des nuages sur le tapis détrempé du local. On aurait dit qu’on était assis en cercle autour d’un feu, à se conter des histoires pis à manger des guimauves, sauf qu’on était debout près de la caisse, avec nos coats, nos mitaines, nos caches-oreilles pis notre inconfort, les uns adossés au mur de CD, l’autre à genoux à faire ses photos, l’autre encore à faire des vidéos verticaux, « parce que ça faisait beau ». Moi je me demandais : ils sont où, les gens ? Une petite performance solo de même, quasi privée en début de soirée, moi je trouve ça parfait parfait. Je me sens privilégiée, t’sais. Avec de la place pour une cinquantaine de curieux, on aurait pu être le double. Anyway, les absents ont toujours tort, tout le monde sait ça. Mais c’est pas grave, il y en aura d’autres, y paraît, des In Store Aux 33 tours… En attendant, je sais pas, on a eu quoi ? une trentaine de minutes de tounes, des accords de guitare entremêlés du déclenchement d’obturateur de l’appareil de mon photographe – maudit que j’aime ça ce son-là.

Peter Peter. Crédit photo Sébastien Lavallée

Peter Peter. Crédit photo Sébastien Lavallée

La version complète de Peter Peter, full band, comporte à ce qu’on me dit cinq musiciens, dont un des frères Mineau de Malajube, et s’offre pour la Valentin ce jeudi au Club Soda. Pour le moment, il nous fait ça pas de set list, à sa guise, sans trop savoir où il s’en va d’une pièce à l’autre, et c’est précisément ce qui charme : il se laisse aller, nous gratte des pièces de ses deux albums, blague au sujet d’« une chanson que j’ai écrite pour une fille… encore », attrape sa grosse 50 canette savamment posée à ses côtés sur l’ampli, s’enquiert auprès de son gérant s’il peut en faire encore une autre, nous remercie tout plein d’être là, ici, avec lui. Il est gentil, aussi timide que nous, et pas malhabile du tout dans son rôle de musicien tout seul, d’entertainer, de centre d’attraction ; il a l’air flatté qu’on soit là, nous le sommes d’avoir eu la chance de profiter de cette petite vitrine intime pour le découvrir, du moins ceux qui, comme moi peut-être, entendent son nom circuler depuis un bon petit bout déjà, mais ne s’étaient pas encore donné la peine d’aller voir de quel bois ça se chauffe c’te petite bête-là.

On lui souhaite en tout cas tout le meilleur du monde : après un opus plutôt folk, dont la pièce Homa a été élue « Meilleure chanson francophone de l’année » par iTunes en 2011, la seconde galette donne plutôt dans l’électropop mâtiné de saxophone, un disque consacré pour sa part « Album francophone de l’année 2012 » par iTunes Canada, également célébré par les radios universitaires nord-américaines et parmi les meilleurs albums de 2012 selon le Voir. Ça va donc plutôt bien pour lui : après s’être fait voir dans la plupart de nos festivals montréalais, il perce au sud, à l’ouest et à l’est ; bientôt, ce sera SXSW au Texas, puis, plus près, la Canadian Music Week, où les Independant Music Awards le placent en lice dans la catégorie « Francophone Artist of the Year ». Et y’a les Européens qui trippent sur son cas aussi, semble-t-il…

Et cette semaine, disais-je, show au Soda, sorte de rentrée montréalaise où il présentera pour la toute première fois le spectacle de son 2e album, Une version améliorée de la tristesse, dans une mise en scène d’Olivier Morin (Otarie, Clothaire Rapaille, l’opéra rock ; L’assassinat du président). Un concert que je regrette de devoir manquer, mais que je vous encourage fortement à mettre à l’agenda. La Saint-Valentin, anyway, c’est un peu (pas mal) surfait. Sors ta blonde dans un resto n’importe quel soir de la vie, c’est moins quétaine, dis-lui qu’tu l’aimes tous les jours, pis ça va lui faire ben plus plaisir que ce passage obligé de Cupidon pis de ses maudits petits cœurs à la cannelle dégueulasses.

Peter Peter
Une version améliorée de la tristesse
Spectacle mis en scène par Olivier Morin
Club Soda
Jeudi 14 février, 20 h
Première partie : Beverlay

*dixit l’attachée de presse de la soirée, Isabelle Ouimet

Musique
Crédit : Billy Elliot : The Musical

Billy Elliot, un enfant pas comme les autres

J’ai décidé de commencer mon année de blogueuse pour La Vitrine avec un gros bonbon : un musical. Faut dire qu’après Mary Poppins en novembre, Broadway ne m’avait pas déçue… Hier, donc, à Wilfrid-Pelletier, entre la rangée de Marie Laberge et Guylaine Tremblay et celle de Catherine Pogonat et sa gang, j’ai traîné ma sœur à la Place des Arts pour la première montréalaise de Billy Elliot : The Musical.

Il planait une excitation palpable, dans notre Quartier des spectacles, une de celles qu’on saisit au vol, comme des flocons d’anticipation, des restants de magie de Nowel qui tomberaient doucement sur les beaux tapis des foyers de Wilfrid-Pelletier.

Au lever du rideau, le premier numéro nous présente rapidement à peu près l’entièreté de la distribution sur fond de déclenchement de grève : celle, historique, qui paralysa l’industrie du charbon en Grande-Bretagne pendant un an en 1984. À Easington, dans le nord de l’Angleterre, c’est toute la ville qui se retrouve au carreau, et c’est dans cette lourde atmosphère que Billy, orphelin de mère, ira à l’encontre de la volonté de sa famille et s’entraînera en cachette pour poursuivre son rêve : devenir danseur de ballet.

Et c’est à travers 16 numéros musicaux parsemés de british slang, de pointes d’humour, de scabs, d’émotion, de danse, évidemment, que le jeune Billy y parviendra. Le Billy d’hier, Noah Parets, 13 ans, un des quatre qui danseront sur la grande scène de la Place des Arts au cours des huit représentations prévues, est sorti du lot : ils étaient 2500 à avoir auditionné pour le rôle-titre de la tournée nord-américaine. On n’a pas de mal à y croire ; il explose la scène comme j’ai vu peu d’enfants le faire, et de tous ses atouts : la voix, superbe ; la danse, maîtrisée ; le jeu, honnête et convaincant… et le plaisir, flagrant ! La scène que j’ai préférée ? Celle où son pote Michael (très drôle Jake Kitchin) et lui s’habillent en femmes, où la complicité est reine et la candeur au rendez-vous.

Pour vrai, y’est bon en crime, le petit maudit. On lui a même offert une standing ovation après la scène de son audition à la Royal Ballet School de Londres. Et son pas de deux, avec un danseur classique qu’on soupçonne être le futur Billy devenu étoile de la danse, est à couper le souffle. On y découvre tout le talent de ce jeune adolescent au grand potentiel. Pour tout dire, j’étais émue, dans ce numéro-là. Pas ma faute : ayant moi-même dansé une dizaine d’années, j’avais des frissons à les voir en symbiose sur Le Lac des cygnes.

Crédit : Billy Elliot : The Musical

Trève d’émotions : ce spectacle, c’est évidemment un show à grand déploiement, rodé, long (près de 3 h, incluant l’entracte!)… mais je ne veux pas répéter ce que j’ai déjà dit à propos de Mary Poppins, tout de même. Y’en a qui aiment, d’autres qui détestent. Mais je vois mal comment on peut ne pas s’enthousiasmer devant cette distribution presque exclusivement composée d’hommes dont les chœurs sont transportants ; les décors à tiroirs, qu’on dirait maison de poupée, plus qu’efficaces, en plus d’être simples et polyvalents et de se déplacer, se transformer et se manipuler aisément ; les jeux d’ombres, inspirés ; les conflits grévistes-policiers-briseurs de grève, bien illustrés ou la classe des petites ballerines, cocasse et désordonnée…

Crédit : Billy Elliot : The Musical

La musique, parce qu’on est bien censés parler de musique ici, hein, signée Elton John (livret : Lee Hall), soutient la trame narrative du scénario original en lui donnant une saveur bien particulière : celle d’une fanfare anglaise de cuivres telle qu’on en trouvait – et qu’il en existe encore – dans les entreprises industrielles. Beaucoup de chœurs (Solidarity), des pièces dansantes, d’autres dramatiques ou même satyriques (Merry Christmas, Maggie Thatcher), le tout interprété parfois de manière cacophonique, ce qui n’est pas sans charme, mais toujours dans cet esprit d’être soi-même, d’être vrai, qui enveloppe toute la production. Fait intéressant : triés sur le volet, cinq musiciens de la région métropolitaine ont l’honneur de participer aux représentations montréalaises au côté des autres musiciens de l’orchestre du musical, sous la direction de Bill Congdon.

Inspiré de la comédie dramatique de Stephen Daldry parue en 2000 (il assure aussi la mise en scène de la production), Billy Elliot : The Musical a remporté pas moins de 10 Tony Awards (2009).

Billy Elliot : The Musical

Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts

du 8 au 13 janvier 2013

Variétés
Danse_Lhasa_Danse_05_credit_Jean-Francois_Leblanc_CCF2011

Non cet espace n’est pas trop petit

Danse Lhasa Danse était présenté en clôture du 25e Coup de cœur francophone l’an dernier à guichets fermés. Le spectacle, acclamé par la sphère musicale montréalaise, n’a eu que très peu de couverture médiatique à l’époque. Cet automne, on l’a repris deux soirs au Théâtre Outremont, et – ô joie ! – on le présente 10 fois en tournée à travers la province. Un bel hommage à Lhasa, disparue à l’aube de l’année 2010.

Y fait frette en mautadine, novembre est bel et bien là (de-wors !), y mouillasse depuis toujours on dirait, pis je me grouille de sortir du bureau pour aller trouver ma date de ce soir : Alexandre Désilets, auteur-compositeur-interprète (La Garde, Escalader l’ivresse), à qui j’ai donné rendez-vous à 18 h au Nyk’s. J’avais bien prévu ma shot ; j’avais mis ça près de la job, histoire de pas trop courir. Caler ça entre la fin de la semaine et le show de Canailles et les Hay Babies au Lion d’Or pour Coup de cœur francophone 2012 ; je me trouvais pas pire. Et c’est sans compter l’entrevue que j’avais faite le midi même avec Michel Beaulac, directeur artistique de l’Opéra de Montréal.

Ouf. J’arrive pile poil, il n’y est pas, après quelques minutes d’attente, on m’installe près de la fenêtre, à travers laquelle novembre essaie de se trouver une place au chaud (lire : les craques devraient être patchées !). Pinte commandée, je sors mon calepin. Et j’attends. Je prépare et révise mes questions. Je relis quelques trop rares articles parus l’an dernier. Et j’attends. Après une demi-heure et la dernière gorgée de mon breuvage, je me dis que c’est plate, mais que je vais faire un boute. Mes questions resteront de banals griffonnages dans un de mes trop nombreux calepins.

Je reçois quelques heures plus tard un courriel confondu en excuses de la part de l’agente d’Alexandre, qui avait omis de confirmer l’entrevue auprès de lui. Bah. Ce sont des choses qui arrivent. On prend ça avec le sourire et on se rebooke rapido quelques jours avant le show ! Thé en main, dans le café sous son local de pratique, Alexandre Désilets me jase ça. Il part le lendemain matin pour Moncton, où se tient la Franfofête en Acadie, et revient illico pour les deux représentations de Danse Lhasa Danse prévues au cours du week-end au Théâtre Outremont. Au programme : 5 musiciens, 6 chanteurs (Bïa, Alexandre Désilets, Thomas Hellman, Alejandra Ribera, Geneviève Toupin et Karen Young), une douzaine de danseurs, et tout ce beau monde sous la direction artistique de Pierre-Paul Savoie et Louise Beaudoin, d’après une direction musicale de Denis Faucher.

Crédit photo : Sébastien Lavallée

Alexandre me jase d’un paquet d’affaires, du standing de l’artiste, de son désir à lui de sortir de sa zone de confort, d’explorer des territoires méconnus, de foncer dans l’inconnu, de faire confiance aux gens qui le guident, le poussent à se dépasser. Il me parle aussi de Lhasa, qu’il n’a pas connue personnellement, mais dont la musique est restée comme une empreinte, probablement, suffisante en tout cas à le motiver à proposer sa participation au spectacle qui lui rend hommage. « Elle est très éloquente, Lhasa. Très intelligente. Elle prenait le soin d’avoir une bonne direction artistique, ne laissait rien au hasard, savait où elle s’en allait. » On sent chez lui un grand respect pour elle, et une volonté de se surpasser pour amener les gens à connaître son « répertoire extraordinaire, à faire vivre une musique qui en vaut vraiment la peine », et c’est par le biais d’un spectacle musical, certes, avec différents interprètes qui apporteront leur touche personnelle, mais aussi par le biais du médium de la danse, de l’interprétation gestuelle, qu’il communique avec ses compères le riche univers de Lhasa.

Et le directeur artistique, Pierre-Paul Savoie, y est allé de sobriété pour nous y inviter. Côté jardin bien planté par les musiciens, où les chanteurs se succèdent ou unissent leur voix, côté cour tout dédié au mouvement des danseurs, quelques luminaires suspendus ; une ambiance cozy, intime. Pendant le spectacle, un écran au-dessus des musiciens s’anime doucement, par intermittence, des images de Lhasa, luminescente. Des extraits vidéo. Des bribes de paroles. Des fragments de répétitions. Des sourires. Des trucs inédits, inusités, porteurs de tendresse. Comme quand, de sa voix posée, elle nous récite en français, avec cette chaleur qui lui est si caractéristique, les si belles paroles de Pa’llegar a tu lado, juste avant qu’Alejandra Ribera l’interprète en espagnol. Émoi.

C’est en grande partie parce que Pierre-Paul Savoie a un flair du tonnerre que ce genre de projet n’est pas une utopie. Alexandre le qualifie de très intuitif. Oui, Savoie a certainement imaginé un canevas de base pour Danse Lhasa Danse. Mais c’est avec des liens de confiance, une aisance, un excellent sens du coaching qu’il réussit « à faire sortir le meilleur de toi-même et à t’aider à y parvenir. Il est exigeant. » Mais quand la confiance et l’ouverture sont au rendez-vous, c’est beaucoup plus facile d’instaurer un niveau d’échange, un va-et-vient créatif qui permet un lâcher-prise adéquat, un juste milieu entre les directives et l’implication, l’apport de chacun.

Celui d’Alexandre : deux chansons (dont celle qui ouvre la soirée, Con Toda Palabra) et un numéro dansé. Il a voulu sortir de ses habitudes et s’investir dans un rapport tout autre à la musique. Sa plus grande surprise : la découverte d’un milieu ouvert, aimable, hautement professionnel. La disponibilité, l’écoute, l’ouverture des danseurs, leur accueil chaleureux, leur compréhension et leur acceptation de son statut de non-danseur qui prête volontiers son corps à l’expérience, par curiosité, par défi, par envie d’explorer plus loin que le connu. Malgré la barre haute, il s’est senti grandement respecté. « Le contact est facile avec eux. Le contact corporel est constant. » Le corps est une oreille, presque. Sans cesse à l’écoute. Pour bien répondre à l’autre : Abro la ventana. (J’ouvre la fenêtre.)

Alexandre Désilet. Crédit photo: Sébastien Lavallée

Un an après ce show qui était supposé être un one-night, Alexandre Désilets, est heureux de retrouver ses amis danseurs et musiciens, qui étaient pour la plupart de la première distribution, et qui, maintenant, vivent cette expérience tout autrement en promenant le spectacle à travers le Québec. Danse Lhasa Danse vit cette année son deuxième rancart. Et c’est un rendez-vous multiple ! La tournée, c’est 10 shows en plus des deux du Théâtre Outremont. C’est le même contenu, simplement, avec quelques intervenants qui changent. Et on n’a pas de peine à le comprendre : la disponibilité n’est pas évidente, quand on couvre un mois de shows et qu’on est une équipe de deux douzaines d’artistes, mais il y a aussi en cause toute la charge émotionnelle qu’impose la représentation de ce monument d’émotivité pour les artistes qui y participent … De présenter un spectacle-hommage une fois, ça va, c’est lourd, c’est émotif, mais c’est salvateur. Certains artistes ont pu être très proches de Lhasa, alors on peut comprendre que se replonger là-dedans, et pour 12 soirs, ça fait ouch quand on veut passer à autre chose. L’émotion au sein de l’équipe doit être particulière, palpable. Encore une fois : apprendre à apprivoiser l’autre, à sortir de sa zone de confort pour aller à sa rencontre ; Hoy cruzo la frontera (Aujourd’hui je traverse la frontière).

Malgré tout, cette tournée québécoise amène le spectacle à un tout autre niveau : sur la route, tous ensemble, ça crée un cocon, presque familial. Avec la force du temps qui a passé, près de trois ans depuis le décès de Lhasa, un an depuis le premier hommage, et la mémoire musicale, doublée de la mémoire corporelle, impriment au spectacle une dynamique moins endeuillée et plus hop la vie. Un hommage à l’art de Lhasa, maintenant qu’on a pu faire le point, surmonter son départ, poser un nouveau regard, un autre regard sur son œuvre, sur son incidence dans nos vies. On est davantage dans la célébration, dans le partage, et c’est ce qui rend le tout si doucement magique : il fallait voir – et entendre — tous les artistes sur l’ultime pièce du spectacle, Soon this space will be too small

Non, cet espace n’est pas trop petit. Et Lhasa le savait : la route chante — et maintenant danse pour elle.

Tournée

16 novembre : L’Assomption, Théâtre Hector-Charland
17 novembre : Longueuil, Théâtre de la Ville
24 novembre : Sainte-Thérèse, Théâtre Lionel-Groulx
25 novembre : Saint-Jean-sur-Richelieu, Théâtre des Deux Rives
26 novembre : Gatineau, Salle Odyssée de la Maison de la culture
27 novembre : Beloeil, Centre culturel de Beloeil
28 novembre : Sherbrooke, Théâtre Granada
30 novembre : Sainte-Geneviève, Salle Pauline-Julien
1er décembre : Shawinigan, Centre des arts de Shawinigan
5 décembre : Québec, Grand Théâtre

Musique
Supercalifragilistic - Crédit Jeremy Daniel1

Est-ce un oiseau? Est-ce un avion? Non, c’est Mary Poppins !

J’ai 7 ans et demi. J’ai la face d’une cocotte qui vient de faire un mauvais coup. Pourtant, il n’en est rien. Je suis juste un peu… fébrile. Je suis sûre que si j’avais pu me voir dans un miroir, je m’y serais vue avec un sourire espiègle pis des flammèches dans les yeux. Avoir su, je me serais mis une petite robe de tannante pis je me serais fait des tresses, genre. Toute seule comme une grande, je monte le bel escalier de Wilfrid-Pelletier. J’ai passé à un cheveu de pas avoir de billet, mais ma petite face excitée a du convaincre la madame de la table de presse que j’étais de bonne foi. La preuve, il est près de minuit, je reviens à peine de la Place des Arts, je bois du thé et j’essaie de calmer mon excitation post-Mary Poppins en vous donnant un moyen tuyau : c’est pas mal bon.

Vous savez, au départ, c’est basé sur une série de livres de Pamela Lindon Travers parue dans les années 30. Trois décennies plus tard, le film qui en est tiré sort en salles et est plus que louangé. Puis, début des années 2000, quelqu’un de bright a réalisé qu’un film de même, c’est comme tout indiqué pour le music-hall, hein, quand même, pis s’est lancé dans l’aventure. Résultat : Londres, 2004, New York, 2006, tournée nord-américaine, 2009, et Montréal, 2012 ! Je sais pas trop ce qui se passe, mais de plus en plus de comédies musicales viennent nous en mettre plein la vue dans la métropole francophone d’Amérique par excellence, comme si Broadway tentait de s’ouvrir un Teather au cœur de notre si hot Quartier des spectacles. Je ne m’en plaindrai pas !

Alors donc, hier soir, y’avait du monde tout plein, du monde partout, de tous les âges. Beaucoup d’enfants, beaucoup de familles, beaucoup d’anglophones. Le spectacle propose les textes en langue originale, ce qui faisait ben mon affaire. L’ensemble est communicatif, énergique, l’histoire on ne peut plus imagée, et on arrive sans peine à capter l’essentiel du message : A spoonful of sugar helps the medicine go down (C’est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler) ! Et y’a pas que la médecine qui coule bien par ici : la succession des scènes, l’enchevêtrement des chansons, les multiples changements de décors et de costumes (chapeau à l’équipe en coulisse et dans les échafauds) ; tout défile à une folle vitesse. Un tourbillon, sans doute le même qui a amené Mary Poppins à la maison des Banks, nous emporte pendant deux heures et demie qui se mangent aussi vite que des bonbons d’Halloween.

Mary et Bert. Crédit photo : Jeremy Daniel

De la couleur, en veux-tu en v’là, du mouvement, du bonheur, du délire, même. La magie de Walt Disney fait son œuvre, on embarque assez rapidement merci, et on se laisse parfois aussi aller à fredonner les tounes accrocheuses imaginées il y a 40 ans par les frères Sherman. Ça grouille sur scène, de partout en même temps, l’œil et l’oreille sont surstimulés. Des performeurs triple threat, ces artistes-là ? Mets-en. Ils ont tous une superbe présence, bien en masse pour accoter leur voix, ils swingnent pas pire de la patte (il y a même un super numéro de claquettes !), ils se donnent plus qu’à fond, et on comprend mieux pourquoi il n’y a que huit représentations chez nous (en 4 jours !). Sans blague, à l’énergie que l’impressionnante distribution a démontrée, ça doit être rough su’l système…

Je m’excuse, je vais passer le commentaire explicatif sur le synopsis du show. Je dirai simplement que cette douce folie, un brin démesurée, parvient instantanément à nous faire décrocher du quotidien, à l’exemple de George Banks qui, en laissant entrer Mary Poppins dans sa maison, a consenti malgré lui à y laisser aussi pénétrer un chaos plus qu’utile. Tout se passe si vite, tout est tellement bien rodé, sans paraître machinal ou banal, on a envie de leur piquer un cerf-volant pour s’y mettre nous aussi, de ramoner des cheminées en chantant Step in time, de Feed the birds avec la dame aux oiseaux pis de vivre A Jolly Holiday avec Mary ou de décoller en sa compagnie avec son célèbre parapluie.

Bert. Crédit photo : Kyle Froman

On regrette quelques scènes du film qui ne font pas partie de la comédie musicale, comme l’heure du thé avec l’oncle Albert qui se peut pu de rire avec sa table volante ou le carrousel avec les chevaux qui prennent vie, mais on oublie vite les entorses au scénario ou la surprise des nouvelles chansons (qui s’intègrent très bien, d’ailleurs) grâce à la panoplie d’artifices scéniques mis à contribution pour nous éblouir et à la performance des artistes (je pense à Bert, interprété par l’excellent Con O’Shea-Creal, qui danse littéralement au plafond, tête en bas) et, bien entendu, de l’orchestre, qui fait une job du tonnerre dans la fosse. De toute façon, la maison de poupée des enfants Banks, la valise de Mary Poppins remplie de trésors impossibles à y faire entrer, l’acariâtre Miss Andrew, la posture de Madeline Trumble : e-xac-te-ment pareille que celle de Julie Andrews, bien campée, pieds en V, ça, ça y est, et pis plein d’autres choses formidables pour retomber en enfance et passer un bon moment psychédélique.

Supercalifragilisticexpialidocious. C’est tout ce que j’ai à dire de plus.

Mary Poppins

Salle Wilfrird-Pelletier de la Place des Arts
du 21 au 25 novembre

Musique
VaisseauFantome_PhillippeJasmin

La vraie affaire

Il y a différentes façons de voir les choses. Tu peux tripper à regarder dans ton salon un vidéo d’un mec qui s’est scotché une caméra dans le front pour sauter en parachute. « Wah ! », que tu te dis. « C’est donc ben malade ; j’ai l’impression d’être là, de le faire pour vrai ! » En plus, c’est le meilleur des mondes : ça te coûte presque rien, ça te permet de rester tranquille chez vous avec ton pop-corn, et pis c’est ben-moins-dangereux-que-de-sauter-pour-de-vrai-en-bas-d’un-avion-à-une-couple-de-milliers-de-pieds-dans-les-airs-et-de-risquer-de-t’écraser-la-face-dans-un-champ-de-blé-d’inde. Han ! Wise. Sauf que. C’est pas la vraie affaire.

La vraie affaire, j’en ai discuté avec Michel Beaulac, directeur artistique de l’Opéra de Montréal, la semaine dernière : « on est comme pas mal tous dans une période de recherche d’équilibre ».Tiens tiens. Et l’Opéra n’y échappe pas. Il y a beaucoup de changements à venir, de tous les points de vue, à tous les niveaux, avec les nouveaux moyens de diffusion qui sont à notre disposition. En tentant de nous projeter dans l’avenir, il soulève une question qui m’a fait très peur : « Et si un jour il n’y avait plus de salles de spectacle ? Avec l’obsolescence des édifices religieux de nos jours, qu’arrivera-t-il des autres types de “ temples ” qui accompagnaient notre vie jusqu’à maintenant ? » Restera-t-on dans le confort de notre foyer pour regarder en direct les différentes productions artistiques du monde entier sur notre cinéma maison avec nos chips pis notre bière ? Ou bien plutôt, à force d’être surexposés à ce mode de vie individualiste et quasi reclus, aura-t-on besoin de vivre ce moment humain, avec d’autres humains, dans un théâtre « où la puissance du réel supplantera le virtuel, comme une communion, un moment privilégié et unique » ? On y trouvera peut-être là un refuge, ou une fuite, contre la virtualité, ou plutôt vers l’humanité… Pour vivre l’émotion en communauté, en accord, en symbiose avec la musique. « Il y a tellement d’œuvres impérissables, et le public a soif de cette expérience-là, et sur le vif ». Reste que l’implication et l’expérience sont différentes. Pour Michel Beaulac, « en général, les gens sont agréablement surpris de leur visite à l’opéra. Il leur manque donc juste le coup de pouce pour s’acheter un billet et le guts d’aller s’abandonner, de se laisser envahir par la musique ». C’est une question de curiosité, d’habitude, d’aventure…

Là, c’est l’hiver qui s’en vient pas mal vite, pis une fois Coup de cœur francophone terminé, qu’est-ce qu’on va faire de nos soirées ? Mettons, je dis bien mettons, que tu sais pas quoi faire entre le 10 pis le 17 novembre. Ben checke ça : t’as quatre chances d’aller voir Le Vaisseau fantôme  de Wagner. C’est l’Opéra de Montréal qui le présente. À la Salle Wilfrid-Pelletier de la PdA. Fais une surprise à ta blonde, invite-la au resto pis toute, pis bam ! amène-la à l’opéra. Sûr que tu vas gagner des points. Ou ben : sors ton beau linge, crêpe-toi les cheveux, magasine un veston pour ton Jules, faites-vous ben beaux pis payez-vous une soirée classe. Et heavy. Heavy comme dans heavy metal. Oui oui, t’as bien lu.

Le Vaisseau Fantôme. Crédit Photo : Philippe Jasmin

Un pote de Michel Beaulac, qui en était un fan fini, lui a déjà dit, à sa première sortie à l’opéra, quand il a vu le Vaisseau en 1993, qu’il trouvait que ça ressemblait drôlement à un show d’heavy metal, parce que les accents sont tellement forts, tellement plus grands que nature, tellement toute. Et le Vaisseau ne fait pas exception : c’est aussi vrai pour nombre d’autres œuvres opératiques, comme Tosca ou Carmina Burana. « Ce fracas des sons, dans une harmonie organisée, et l’impact tellement fort des excès de l’émotion, des expressions », nous rejoignent, correspondent à l’intensité de ce qu’on peut vivre, mais à travers le foyer d’une loupe ou le cadre d’une caméra.

Parce que l’opéra, c’est aussi une aventure presque… cinématographique ! « Le Vaisseau est une œuvre annonciatrice de l’écriture wagnérienne, très théâtrale, une œuvre totale, une œuvre profonde, construite de façon magistrale, moins abstraite, et à la portée de tous, du point de vue de la musique comme de l’histoire comme telle », m’explique Michel Beaulac. À son avis, « si Wagner était un de nos contemporains, il serait sans aucun doute un extraordinaire compositeur de musique de film, comme la plupart des compositeurs d’opéra, d’ailleurs. » Sa musique, très descriptive, trouvera écho dans ce qu’on promet être une très belle production du Vaisseau, « à la scénographie audacieuse, proposant un excellent moyen d’exprimer l’enfermement : l’univers clos de Senta, qui est habitée par son fantasme du Hollandais volant », notamment. Par le biais d’un prisme rectangulaire à double pente (à cour et à proscenium), on illustre le côté déstabilisant de cet inconfort et de cet enfermement tragique des personnages. « Dans un cadre postmoderniste/minimaliste où les éléments de l’histoire y sont magnifiés, comme au travers d’une loupe », parce que dans le fond, c’est ça l’opéra : on fait un gros plan, comme au cinéma, on te le met en pleine face pour être sûr que tu manques pas le plus important : l’émotion dans le prisme de l’action.

Le Vaisseau Fantôme. Crédit Photo : Philippe Jasmin

À l’opéra, le temps est surréel, aussi. Il devient comme élastique ; on perd conscience de nous-mêmes. En l’occurrence, pour le Vaisseau, un gros 2 h 40, incluant un entracte après le premier acte — formule adéquate pour un public varié, néophyte comme puriste. Cette élasticité du temps, donc, qui perd sa mesure, comme l’amour, la douleur, l’attente, passées à travers une longue-vue qui fait un gros plan sur les sentiments exacerbés des protagonistes, demeure plus vraie et plus grande que nature, évidemment, mais parvient tout de même à trouver une cohérence, une réverbération surprenante avec nos propres expériences.

Mais je me perds, je me perds, j’te dis, et je m’excuse, même, Michel Beaulac m’en a tellement dit, des affaires, des vraies affaires, sur cet opéra auquel j’ai donc hâte d’assister — commence par aller écouter son Ouverture ; OUCH… Mais j’y pense ; je t’en ai encore pas dit grand-chose ! Le Vaisseau fantôme, de son titre original Der fliegende Holländer (ou The Flying Dutchman, en angla), c’est l’histoire d’une poulette, Senta, qui « aime le mystérieux capitaine que son père lui propose en mariage. Elle ne sait pas qu’il s’agit d’un fantôme : le sinistre “Hollandais volant”, condamné à errer pour l’éternité, jusqu’à ce qu’il trouve une femme prête à l’aimer[1]… » Pour le reste, bah faut être là ! Et non, ça n’a rien à voir avec Pirates des Caraïbes, pis le beau Johnny Depp n’est pas de la distribution. Par contre, on y trouve de grands talents allemands, des chanteurs « à la voix de bronze, qui implique une solidité, une résonance, un appui, une projection exceptionnels. Des voix qui conviennent à la “pâte” orchestrale, qui flottent, portées par la musique, ne luttent pas », ne coulent pas, mais voguent avec elle, se laissent porter par la légende marine pour y donner encore plus de corps, de fluidité. Michel Beaulac me confie — et je n’ai pas de mal à me l’imaginer  !— qu’« on a littéralement l’impression d’être sous l’eau, entouré d’eau », de vivre la mer, de la sentir de partout, nous entourer, nous bercer, sans toutefois nous submerger ; le feeling limpide de faire partie de l’univers du Hollandais volant… Un clapotis, une sensation de danser avec lui, et dans ce que l’océan a de plus imprévisible, violent et doux à la fois, le tout dans « une masse sonore tellement imposante » que c’en est effrayant et grisant à la fois.

Pis j’ai une pas pire bonne nouvelle pour toi : y a de maudites bonnes chances que t’aimes ça. J’te jure. Je te l’ai déjà dit. Mais c’est la même chose que pour le sauteux de parachute de salon :  soit tu bouffes du pop-corn. Soit tu fonces pis tu vis la vraie affaire.

Le Vaisseau fantôme

Opéra de Montréal

Salle Wilfrid-Pelletier dela Placedes Arts

10, 13, 15, 17 et 19 novembre 2012, 19 h

Conférence préopéra : 18 h 30


[1] Source : Opéra de Montréal

Musique
LisaLeblanc_Press_01

Atomique Lisa

J’suis au Atomic Café sur Ontario. J’ai trois articles à écrire pour La Vitrine. J’ai pris un peu de retard parce que je suis on ne peut plus dans le jus dans ma day job. Je m’installe sur une table haute. J’pensais jamais qu’y aurait autant de monde ici un jeudi aprèm. Une fois bien assise et après avoir reluqué à quelques reprises un beau brun barbu, je me rends compte qu’à côté de lui, il y a Lisa Leblanc. Nan. Pas vrai; ça se peut pas. Je suis supposée m’installer ici pour écrire trois articles, dont un sur son show de samedi dernier au Club Soda. Le monde est petit en mozusse. Non mais, la vie es-tu pas ben faite, après tout ? Merci au plombier qui m’a chassée de chez nous.

Je suis trop coucoune pour aller lui parler. Je tourne et retourne la situation dans ma tête pendant 10 bonnes minutes. Je lance des œillades à sa table, subtile comme un étudiant-français-démarcheur-pour-recueillir-des-dons-pour-Oxfam dans le centre-ville. Je veux être sûre que c’est bien elle. Je veux pas avoir l’air folle en plus d’être coucoune. Faque je finis par prendre mon courage à deux mains, non sans avoir checké et rechecké des photos d’elle dans les internets, pis pogné des crampes d’oreille pour entendre son accent, pis, là, là là, je me lève. Je suis supra maladroite. Je me présente comme une épaisse, elle a pas l’air tout à fait réveillée ou de comprendre ce que je lui veux, et pis j’aurais aimé qu’elle me propose qu’on jase un peu, qui sait, ça m’aurait donné du jus pour mon papier, mais bon, coucoune de chez coucoune, moi qui ne veux pas déranger, qui n’est pas journaliste ni fouineuse, je la laisse avec ses deux potes jaser pis siroter j’sais pas quoi tranquillement. Elle a au moins trouvé ça drôle comment c’était d’adon, que je sois là pour écrire un article sur elle pendant qu’elle était à moins de 10 pieds. Ça m’aura donné quelques sueurs de fille gênée et intimidée par le vedettariat; désolée, je ne suis pas à l’aise dans ces situations-là. Même si je sais que c’est donc du monde ben normal, les vedettes, qui sacrent après le publisac, pellettent leurs escaliers l’hiver, font du lavage pis boivent sûrement du jus d’orange le matin, c’est plus fort que moi, je me sens plus nulle que nulle pis j’ai les genoux qui shakent.

Bon, j’essaie de replonger dans mes notes de samedi, faute d’avoir de la matière live et brute par l’artiste en personne. Anyway, chnu, elle est partie 12 minutes après mon intervention un peu débile. Désolée de pas avoir plus de guts.

On était plutôt déçus que son double bill avec Stéphane Lafleur pis ses acolytes d’Avec pas d’casque sur le toit d’Ubisoft soit annulé en septembre, mais on a pris notre mal en patience et on attend le show de Lisa Leblanc avec une pointe d’impatience : une soirée toute acadienne, qui sera d’abord pilotée par les Hay Babies, un trio féminin de Moncton qui fait un tabac en ce moment dans son boute. Dire que l’accueil qu’on leur a réservé était chaleureux serait un euphémisme. De l’indie-folk, ben des cordes (guitare, ukulele, banjo, basse mandoline), trois merveilleuses voix, des textes jolis sans être mielleux, un EP, Folio, qui a paru fin juillet et qui laisse présager du beau et du bon pour elles prochainement. Elles poussent la chansonnette tantôt dans la langue de Molière, tantôt dans celle de Shakespeare, avec ce parler acadien qui commence à se frayer un sacré bon bout de chemin dans nos oreilles depuis Radio Radio (dont elles ont fait la première partie à la Francofête en Acadie en novembre 2011) et Lisa Leblanc. Katrine, Vivianne et Julie, à peine 20 ans, ouvriront également pour Canailles le 2 novembre prochain au Lion d’Or dans le cadre de Coup de cœur francophone. Quand elles quittent la scène sous les acclamations, ces triplettes de Moncton, la salle est réchauffée sur un moyen temps pour Lisa.

Hay Babies, Photo prise du compte Facebook

« L’Acadie takes over the Club Soda! », ça c’est ce qu’elle nous balance en empoignant sa guitare. Elle est toute jeune, cette Lisa (on vient de m’apprendre son âge; ouch, j’ai pris un coup de vieux), mais elle semble parler à ben du monde, quand on regarde la foule dense qui frétille sur ses tounes en chantant des fois ben plus fort qu’elle. À la limite, elle a même plus besoin de sa « chorale du bonheur » sur Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde. Non mais c’est étonnant, cette jolie comète, comme elle a touché je ne sais trop quel point sensible chez tout un chacun, comme on l’aime sans trop savoir pourquoi, parce qu’elle nous fait du bien, tout simplement peut-être, parce qu’elle a un franc-parler qu’on lui envie, peut-être aussi, parce qu’elle est toute fragile sous son aura de cowgirl qui en a vu d’autres… Un silence religieux s’installe pendant Kraft Dinner ; pour un peu, je m’attendais presque à voir des lighters ou des flash lights de cellulaire s’allumer dans la pénombre, tellement tout le monde capote sur son cas. Nouvelle égérie? Pas de doute, l’amour qu’elle inspirait était palpable dans l’air du Soda samedi soir. Elle capotait, elle aussi : son premier Club Soda, eille, elle a « presque fait pipi dans ses culottes, t’sais », elle nous a crowdsurfé ça pendant son cover de Hound Dog, et pis nous a offert en cadeau une nouvelle toune, 22, « parce que des fois quand t’as 22 ans, t’es un peu cave ». J’sais pas vous, mais moi j’pense qu’on voudrait tous être caves de même.

Hay Babies : première partie de Canailles à Coup de cœur francophone, le vendredi 2 novembre, 20 h 30 au Lion d’Or, 28,35 $.

Lisa Leblanc : le samedi 15 décembre, 20 h, L’Entrepôt (Lachine), 20 $
En tournée pas mal partout au Québec et au Canada les prochains mois

Musique
Jardin Mécanique_photo : Sébastien Lavallée

Jardin Mécanique, 2 de 2 : les absents ont toujours tort

Bel attroupement devant le Lion d’Or à notre arrivée. Le hall croule sous les produits dérivés, sous l’œil tordu des toiles de Véronique Paquette qui ornent l’entrée et accueillent la foule timide. Lentement, tranquillement, nonchalamment, les gens pénètrent dans la salle, non sans avoir allégrement reluqué les bijoux steampunk de l’artisan Daniel Proulx.

20 h 20.

Noir.

Les trois acolytes nous font dos sur scène.

Ils regardent droit devant eux les projections sur la toile du fond, là où les prémisses de leur histoire nous sont contées par un narrateur absent.

Le reste, faut le voir pour le croire. Vous n’y étiez pas? Tant pis pour vous*. Anyway, je n’ose imaginer les tortures qui m’attendent si je vous en dévoile davantage.

Le show. L’album. Ça forme un tout. On ne peut prendre une pièce à part; il faut la voir dans son ensemble, dans son rapport aux autres, selon sa place dans la chronologie de La Sinistre histoire du Théâtre Tintamarre et vibrant des échos qu’elle prend sur scène, bien incarnée par les trois protagonistes. Il faut voir Augustache, Edwige et Camélius fondre dans la foule, armés jusqu’aux yeux, scandant un texte dément porté par une valse rapide. Il faut entendre la variation des rythmes et des mélodies, qui hypnotisent; on ne sait plus qu’en penser quand le trio désaxé revient de l’entracte sans autre forme de procès qu’a capella. Ça en est presque touchant; si ce n’était de leurs airs machiavéliques savamment étudiés, on croirait presque entendre un cantique de Noël. Sauf que les chérubins sont sanguinaires.

Monsieur Augustache. Crédit Photo : Sébastien Lavallée

Un gros pétard auditif et visuel, que ce Jardin Mécanique, une expressivité dans les mimiques qui n’a rien à envier à la caricature. La foule, conquise, en proie au délire, lui offre même une standup ovation, à cet univers pseudobaroque éthéré qui n’a certes pas fini de nous étonner.

Album Photo

*À venir :

18 octobre, Québec : spectacle complet à la COOP L’Agitée

20 octobre, Montréal : participation à la Marche des zombies

31 octobre, Montréal : grande fête d’Halloween au Théâtre Rialto

9 décembre, Trois-Rivières : spectacle complet à l’auditorium du cégep

Musique
Pochet

Jardin Mécanique : du pur délire!

J’ai déjà peur de ce que je vais écrire et pis j’ai même pas commencé… On m’a torturée pour que je consente à vous livrer un article au sujet des trois débiles qui ont semé Jardin Mécanique. La seule façon de m’épargner d’atroces souffrances a été de leur promettre de commettre un papier à la hauteur de leurs ambitions tyranniques. Messieurs Augustache, Edwige et Camélius feront tout pour mettre leur plan à exécution. Mais ce plan, c’est quoi ? Pour le savoir, faudra aller faire un tour au Lion d’Or le mercredi 12 septembre prochain à 20 h : ils nous annoncent toutes sortes d’affaires abominables pour l’occasion…

En attendant cette séance qui, je l’avoue, me fout gravement la chienne, je me suis tapée le premier album qui a germé dans leurs cerveaux déjantés : La sinistre histoire du Théâtre Tintamarre, épisode 1, une galette de 9 pièces dangereusement inquiétante – et loufoque – qui envahira les magasins de disques dès le 11 septembre. On y trouve 35 minutes de délire musical addictif (ça fait juste 4 fois en ligne que je l’écoute aujourd’hui; il y a quelque chose de louche là-dessous…), un opéra rock nouveau genre bouturé de satire sociale, un univers burlesque très près du Burtonesque, un hybride de cirque ou de fête foraine conjugué de métal pur planté dans un décor de Poe ou de Verne, au choix. Une botanique détraquée dont les racines Chopin, Tchaikovsky ou Shostakovitch se retrouvent greffées autant à une marche militaire qu’à une mélodie de carrousel, une valse ou un rock cinglant… Maintes fois retournée, la terre de leur Jardin atteint maturité : les trois complices derrière le projet ont bichonné leur œuvre pendant des années; chaque son, chaque bruit, chaque détail, chaque clin d’œil a été vu et revu, ajusté et corrigé jusqu’à pleine satisfaction, jusqu’à démoniaque perfection.

Pochette d’album

Ce chaos mûri à point n’est pas sans être romantique, quoique décadent et dégoulinant de sarcasme. Baudelaire et Brel s’emmêlent les branches dans cette sanglante histoire de domination imaginée par trois vieux potes originaires de la Mauricie. Multi-instrumentistes, geeks de son, chanteurs, désormais acteurs, Philippe Coulombe, Sylvain Sicard de Carufel et Francis Gagnon, au fil des années, n’ont rien laissé au hasard et ont même créé leur propre étiquette de disques, Nuke Records, pour arriver à leurs fins. Leur Jardin Mécanique a su se nourrir de l’engrais de multiples collaborateurs de tous horizons, qu’on pense à l’artiste visuelle Véronique Paquette, qui a imaginé une toile par chanson et conçu le visuel de la pochette, à Yannick Chapdelaine, qui assure depuis déjà plusieurs mois la mise en scène et la direction artistique des personnages, ou à Daniel Proulx, qui leur a créé bijoux, costumes et accessoires dans l’esthétique steampunk/rétrofuturiste… et la liste est longue.

Adroitement – et presque imperceptiblement – , le trio désaxé a graduellement investi le paysage musical montréalais, s’attardant au Studio-Théâtre de la Place des Arts, au Divan Orange, au Théâtre Rialto dans le cadre du festival Vue sur la relève, au Quai des Brumes, Ô Patro Vys… Il y a même Monsieur Augustache qui s’est lancé en politique; le Parti Tintamarre du Québec revendique : « Oui à la lobotomie ». De bel augure…

Et à ce rythme-là, si j’étais vous, je ferais attention, on ne parlera bientôt plus que d’eux.

Partout.

Compte-rendu et photos du spectacle-lancement la semaine prochaine !

Jardin Mécanique

Spectacle-lancement La sinistre histoire du Théâtre Tintamarre, épisode 1
Mercredi 12 septembre 2012 – 20 h  au Lion d’Or

17 $ en pré-vente
23 $ à la porte

Jardin Mécanique sera de Comiccon au Palais des Congrès de Montréal du 14 au 16 septembre prochain.

Musique

Désert Rock

Il fait une chaleur de grille-pain à Montréal. C’est la fin de l’été. Août tire à sa fin et on n’en revient pas encore de la fantastique saison estivale qu’on a eue. Après un repos bien mérité à la suite du Jazz et des Francos, je m’y remets, et pas qu’à moitié le temps d’une journée : cette fin de semaine, c’était le premier week-end du tout nouveau festival de musique à Montréal, Expérience Mtl. La Hochelagaïenne d’adoption que je suis n’aurait pu être plus ravie : des shows, des shows, des shows, une programmation plus que remplie dans un lieu qu’on se réapproprie, l’Esplanade du Stade olympique.

D’entrée de jeu, on est pas mal excités à l’idée de voir autant d’artistes qu’on chérit et on oublie rapidement que c’est un festival payant (12 $ pour la journée / gratuit* ou 6 $ avant 15 h / 30 $ par week-end). Quelques mises au point ont été/seront nécessaires : première année oblige, on apprend, il y a certes lieu de s’ajuster dans le but d’offrir une expérience optimale aux festivaliers. Après quelques imbroglios au sujet de nos accès et billets, le photographe et moi apprenons qu’une fois sur le site, impossible d’en sortir et d’y revenir sans payer de nouveau… Pas très pratique, cette règle a vite été abolie et remplacée par une belle étampe en forme de cœur pour notre grand bonheur. Yé !

Canailles

On les entendait plus que bien jusque sur la rue Hochelaga, le soleil était un peu trop de la partie et on plaignait les musiciens qui perlaient, de fort bonne humeur malgré la petitesse de la foule qui s’abreuvait allégrement de Bud à 4 $. On ne perd pas de temps; les artistes sont rodés au quart de tour : 30 minutes de prestation chacun, 14 minutes de changement de set et hop, on passe au suivant ! Format davantage showcase que spectacle complet, les performances des musiciens ne donnent pas lieu de s’ennuyer; ça commence à peine qu’ils nous disent déjà au revoir… Se sont ainsi succédés sur scène, à la vitesse de l’éclair sous la bannière du Cabaret du Musée du rock’n’roll du Québec : Les Revenants, Le Kid et les Marinellis, Canailles, Alaclair Ensemble, Les Sexareenos, Malajube et Galaxie, coincés entre 16 h 45 et 22 h.

Le Kid et les Marinellis

D’environ 40 personnes pour l’ouverture sonnée par Les Revenants, on est passés à peut-être 200-300 un peu plus tard pour Malajube… une occasion inespérée quand on connaît la popularité du groupe ! Il y a lieu de se questionner sur la portée de l’événement qui, quoique des plus intéressants, n’a semble-t-il pas été très publicisé/médiatisé…

Malajube

C’est en fin de soirée, en passant à côté de L’Express du Musée du rock’n’roll (un beau bus des années 90 trafiqué en musée mobile), que j’en ai profité pour engager un brin de jasette avec Patrice Caron, Directeur général et Conservateur du Musée du rock’n’roll du Québec, celui-là même derrière la programmation des deux premières journées d’Expérience Mtl. « Organisme dédié à la préservation du patrimoine, à sa mise en valeur et à la survie de ce courant musical, le Musée du rock’n'roll a été fondé pour célébrer son histoire et contribuer à ce que celle-ci continue à s’écrire le plus longtemps possible. » Bref, initié par quelques passionnés de l’histoire de la musique du Québec, le Musée, faute de subventions pour s’établir dans un lieu fixe, tente par ses propres moyens de léguer l’héritage du rock’n’roll québécois en sillonnant la province par le biais d’expositions thématiques, d’événements ponctuels, de concerts à tout casser… comme ceux de vendredi et de samedi. Patrice Caron, donc, de ses yeux bleus étincelants, en quelques minutes à peine, a su me communiquer tout son amour pour le rock québécois. Et sa déception aussi, de voir comme son histoire sombre dans l’oubli, faute de soutien.

Patrice Caron

Ainsi donc, il s’est retrouvé sur le tard avec des tas de billets à ne plus savoir quoi en faire pour les deux journées rock’n’roll du festival, il s’est désolé que, sur certaines radios, on annonçait le début des festivités pour 19 h et que nombreuses sont les personnes à avoir lu un encart dans Le Devoir seulement le matin même… Extrêmement dommage pour les groupes qui passaient avant et qui se sont donnés plus qu’à fond pour une poignée de fans. Espérons qu’il y eut plus de monde le lendemain, alors que la programmation était tout aussi alléchante : Pagliaro, Grim Skunk, Artist of the year, Les Goules, Solids, Uncle Bad Touch, Hey Sugar, Brutal Chérie, Hugo Mudie et Fred Jacques. Et le week-end prochain est loin d’être en reste : Duchess Says, Atari Teenage Riot, Jeff Barbara, Jah Cutta, Koriass, Public Ennemy, pour ne nommer qu’eux, en plus de la panoplie d’autres activités organisées pour ces cinq journées à l’ombre (où ça ?) du grand mât : école du rock’n’roll, mini Maker Faire, compétition de cartes postales, école du skate, journée hip-hop… Une diversité éclectique qui, il y a fort à parier, contribuera certainement à remettre « Hochelag Beach » sur la map du Montréal culturellement in.

Galaxie

Pour consulter l’album photo complet

Expérience Montréal
Vendredi 24, samedi 25, dimanche 26, vendredi 31 août et samedi 1er septembre 2012
Métro Pie-IX

*Laissez-passer gratuits dans quelques commerces d’Hochelaga Maisonneuve.

Photos : Sébastien Lavallée

Musique