Frédérick Tremblay

m Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es. Plein les oreilles, plein la tête. Musique, quand tu nous tiens. n

Tout a commencé avec ABBA, les Bee Gees et Winnie the Pooh. Ça sonne un brin ridicule dit comme ça, mais je l’assume totalement. Fin des années 70, j’arborais fièrement mes salopettes brunes ainsi que ma coupe de cheveux René Simard. Mes parents faisaient jouer ABBA et les Bee Gees sur le stéréo. Et vlan! La musique se greffa à mon ADN pour de bon. Winnie the Pooh là-dedans? Sa bouille ornait mon premier tourne-disque. Une belle mallette blanche qu’on ouvrait pour spinner nos 33 ou 45 tours. Moi c’est Frédérick. Pour les intimes c’est Frédérick et pour les très intimes c’est seulement Fred. Je suis statisticien et chroniqueur de soccer pour une chaîne sportive spécialisée (devinez laquelle). Un gars de sport qui va parler musique?! Oh que oui! Non seulement vais-je en parler, mais également la vivre avec vous. Le tout sera à mon image : coloré et vivant. Vous risquez de me croiser, tout frissonné dans une salle de concert, acouphèné jusqu’aux oreilles et gorge irritée en prime. C’est la seule façon que je vis la musique.
Éli et Papillon | Crédits photo : Florence Mennessier

Francos rendez-vous

L’édition 2012 des FrancoFolies de Montréal sera mémorable. Une fois de plus, la programmation ratisse large avec plusieurs valeurs sûres et quelques recrues. Cinq rendez-vous à ne pas manquer.

Je me fais un devoir (et un plaisir) de parler d’artistes de la relève autant que possible dans mes chroniques. Je n’ai absolument rien contre Robert Charlebois, au contraire, mais en toute honnêteté, il n’a pas besoin de moi pour promouvoir sa carrière.

En regardant attentivement la programmation des Francos, cinq spectacles ont attiré mon attention. Exercice masochiste s’il en est un puisque je ne pourrai malheureusement assister à ces concerts car je serai dans « les Europes » pratiquement tout le mois de juin. Qu’à cela ne tienne, à vos agendas!

Vendredi 8 juin, 18 h Scène SiriusXM

Éli et Papillon

Nouveau duo sur la scène locale, Éli et Papillon (ou si vous préférez, Élise Larouche et Marc Papillon-Ferland) a lancé son premier album le mois dernier. Il est multi-instrumentiste, elle chante avec mélancolie et justesse ses textes teintés d’amour, de rupture et d’espoir. Superbe façon de débuter un weekend.

Samedi 9 juin, 23 h Scène Ford

Galaxie

Facilement dans le top 3 des guitaristes au Québec, Olivier Langevin (et sa bande) a joué et rejoué chaque note de Tigre et Diesel dans tous les coins du Québec. Galaxie décoiffera les amateurs de rock mélodique qui graffigne. Alerte aux acouphènes. Les Nuits Rock Ford auront rarement si bien porté leur nom.

Mardi 12 juin, 17 h Pub Urbain Molson M

Chloé Lacasse et Jipé Dalpé

Auteur-compositeur-interprète, Jipé est un collaborateur de longue date de Vincent Vallières et d’Éloi Painchaud. Auteure-compositrice-interprète, Chloé fait partie d’une solide armada de nouvelles venues dans notre univers musical. Elle saura vous attirer dans ses filets. L’heure du spectacle n’est pas super mais ça vaut définitivement la peine de « 5 à 7er » en leur compagnie.

Mardi 12 juin, 19 h 30 à L’Astral

Salomé Leclerc et L

À quelques pas de là, l’Astral présente Salomé Leclerc et L. Cette dernière est la lauréate 2011 du Prix Félix-Leclerc du côté français, alors que Salomé est en nomination pour ce même prix cette année. Des voix et des textes qui sauront charmer et ensorceler les chanceux qui seront sur place. Malgré un seul album à son actif, il s’agira déjà d’une quatrième présence aux Francos pour Salomé.

Samedi 16 juin, 18 h Scène SiriusXM

Porcelaine

Forte d’un premier album encore tout chaud dans les bacs, la formation mise sur de superbes harmonies ainsi que sur…une flutiste de grand talent! C’est organique, un peu « années 70 » au niveau de l’esprit et ça ne ressemble à rien de ce qui passe à la radio commerciale. Beau collectif qui vaut le détour.

Ces artistes méritent d’être écoutés. Il s’agit de notre futur musical après tout. Bravo à l’équipe des Francos pour une si belle programmation. Enfourchez votre Bixi et pédalez vers le centre-ville faire le plein de beau et de bon! Pour ma part, laissez un message numérique ou vocal après le bip…

Ainsi soit-il.

Musique

Cappuccino, latté et manteau de cuir

Ce n’est pas le talent musical qui manque au Québec. Chloé Lacasse a lancé son premier album éponyme l’automne dernier. Elle fait partie de la nouvelle vague d’auteures-compositrices-interprètes qui balaient tout sur leur passage. À mon tour d’être balayé.

Petit clin d’œil à Rafaële Germain dans mon titre. Par contre, si Rafaële fait dans la chicklit, Chloé Lacasse ne fait pas dans la chickmuse. J’ai eu la chance de la rencontrer à la Petite marche, rue Saint-Denis. Derrière une légère timidité se vautre une artiste allumée et déterminée. Après tout, elle appartient à un groupe sélect comprenant, entre autres, Karkwa,La Patère Rose, Alfa Rococo, Loco Locass et Bernard Adamus. Leur point commun? Lauréats des Francouvertes.

Au-delà de l’objectif de dénicher une maison de disques, le stress du concours était palpable. « J’étais en première position alors je sentais les attentes augmenter. Ça ajoute une couche de pression! ».

J’ai voulu avoir son avis sur cette manne de jeunes artistes talentueux qui déferle sur la province depuis quelques années. Chloé assure que tout demeure amical. « Je ne suis pas en compétition avec elles. Au contraire, plus il y en a, plus on en parle. Ça peut nous ouvrir des portes. Mais c’est fou le nombre d’artistes féminines! Auparavant dans un festival, ça pouvait être un ratio de 10-2 pour les interprètes masculins. Le vent a tourné drastiquement! ».

La Longueuilloise d’origine aime bien écrire des chansons d’amour. Toutefois, ça ne se résume pas à Je t’aime, tu m’aimes, etc. Du moins pas encore. « Je préfère parler des contradictions, des relations humaines. Si tu prends une chanson comme « On va s’aimer encore », c’est un classique instantané. C’est une super belle chanson qui est même susceptible d’aller chercher ceux qui ne sont pas friands de chansons d’amour. Cette chanson est très riche. Un jour j’en écrirai peut-être une dans ce style-là. Mais je ne suis pas encore rendue là! » (rires).

Une auteure-compositrice-interprète doit toujours être à l’affût de ce qui se passe. On ne sait jamais.

Fred : Qu’est-ce qui t’influence?

Chloé : Les êtres humains. Les comportements. Tout ce qui m’entoure peut m’influencer. Ah oui et le cinéma également!

Fred : Aimerais-tu faire une bande originale de film un jour?

Chloé : Absolument! C’est l’un de mes projets.

Fred : Quel est ton point de vue sur l’industrie musicale?

Chloé : C’est une vieille industrie alors c’est normal que ça prenne du temps pour faire des changements. Elle tente de s’ajuster. J’espère que nous pourrons continuer à en vivre. J’ai surtout peur pour la radio en fait. Beaucoup de stations jouent la même musique et s’ils veulent jouer du franco, ils choisissent parmi certains artistes qui cadrent davantage avec leur style. Ça réduit les possibilités. En plus, il y a des coupures. Ça nuit aux artistes et c’est triste.

Fred : LE show que tu aurais aimé voir…ou un artiste en particulier?

Chloé : (Pense) Ah, Peter Gabriel! Sa tournée Up avec Robert Lepage. J’aurais VRAIMENT voulu voir ça. Et il y aurait Sigur Ros aussi. Ils seront à Osheaga cet été alors j’espère être dans les environs pour aller les voir.

Fred : J’irais voir leur spectacle àla Place des Arts…mais dans un festival extérieur…

Chloé : Ouais, c’est sûr. Avoir le choix j’opterais pour ça, mais c’est mieux que rien!

Fred : As-tu une routine spéciale la journée d’un spectacle?

Chloé : J’en ai pas fait assez encore pour qu’une routine se soit installée. (Pause) Il y a une chose que mon band et moi faisons chaque fois par contre, juste avant de monter sur scène, on cale un shooter de Jägermeister!*

Fred :

Chloé : (Rires)

Tant qu’à être dans la thématique « face incrédule »…

Fred : Aimerais-tu faire un album de Noël un jour?

Chloé : Ah mon dieu non! Je ne suis vraiment pas « chanson de Noël ». Ça me tape sur les nerfs d’entendre ça à la radio! Je serais peut-être tentée si c’était comme ceux de Maryse Letarte et Tricot Machine (compositions originales). Pour moi chanson de Noël rime avec Charlie Brown! (rires)

Fred : Dans un tout autre ordre d’idées, tu vas participer au Festival de Spa en Belgique cet été. As-tu des ambitions européennes?

Chloé : Oui c’est certain. Qu’on le veuille ou non, le marché québécois, bien qu’important, est un peu limité. J’ai le goût d’explorer l’Europe mais tranquillement pas vite. Je ne veux pas que ça explose d’un coup.

Fred : La qualité #1 pour une auteure-compositrice-interprète?

Chloé : Bien s’entourer! Ça aide énormément de travailler avec meilleur que soi. Ça pousse à nous dépasser. Ça prend aussi des gens qui embarquent à fond dans l’aventure.

Fred : Parlant d’aventure, tu es co-fondatrice de la troupe de théâtre In Extremis. Ça consiste en quoi grosso modo?

Chloé : Nous sommes cinq créateurs qui aiment amalgamer théâtre et musique. Parfois c’est du théâtre traditionnel, mais ça peut également être un peu plus éclaté. Nous faisons des soirées cabaret où toutes les formes d’art peuvent être mises à profit. Je trouve ça vraiment inspirant! Ça m’arrive de jouer sur scène, mais pour le moment je contribue surtout musicalement à nos œuvres.

L’entretien est extrêmement sympa. Chloé se livre sans filtre et avec un sourire permanent. J’ai la nette impression qu’on entendra parler d’elle pour un méchant bout. Toute bonne chose ayant une fin, Chloé enfile son manteau de cuir et quitte illico. « J’ai une activité pas mal moins palpitante. Je dois aller au garage pour changer mes pneus! »

Ainsi soit-il.

*Digestif allemand avec 35% d’alcool. De là ma face médusée.

Musique
Audiogram

Gardons-là collée

À peine sortie de sa rentrée montréalaise, Salomé Leclerc ira gâter les Français de sa présence. On commence à parler d’elle du côté de l’Hexagone. Égoïstement, on souhaite ne pas trop la partager. Belle belle rencontre.

C’est au Placard, avenue Mont-Royal que j’ai eu la chance de rencontrer cette artiste aux multiples talents. À peine assise devant moi, j’ai formulé une plainte à son endroit : « Il existe un moyen de m’enlever ta version de Le vent nous portera de ma tête? »

« T’as qu’à écouter Ne reviens pas! », lance tout-de-go Jocelyne Richer, son attachée de presse. Éclat de rire général.

Je faisais remarquer à Salomé que cette chanson de Noir Désir était sur ma voie d’accotement en raison du « Scandale Bertrand Cantat* ». Sa version aura toutefois balayé toute réticence de mon côté.

L’auteure-compositrice-interprète commande une tisane. La conversation coule d’elle-même. On jase principalement de sa rentrée montréalaise le 5 avril dernier au National. On en vient presque à oublier l’entrevue!

Fred : Ton spectacle au National, étape charnière dans ta jeune carrière?

Salomé : Avant même d’avoir la date, dans ma tête c’était un gros événement. On entend parler de ça et finalement c’est notre tour. Je suis vraiment fière de cette soirée.

(J’ai eu le privilège d’assister à ce spectacle. Rarement vu public aussi captif. Une chose m’a particulièrement frappé; cette fille possède tout un humour! Pas que j’en doutais mais avec de telles chansons émotives, incorporer des blagues ici et là peut devenir un exercice périlleux.)

Salomé : C’est voulu. Ce serait trop intense si je ne venais pas casser l’ambiance chargée. Je trouve ça l’fun de pouvoir montrer mon côté humoristique sur scène car au début j’étais figée.

Fred : Lis-tu les critiques, les articles qui te sont dédiés?

Salomé : Je lis chaque article. Je regarde peu mes performances car je n’aime pas me voir mais sinon j’achète les journaux. Je suis chanceuse car à date je ne me suis pas fait rentrer dedans. C’est juste du positif.

Pression?

En plus d’atteindre la finale au Festival international de la chanson de Granby ainsi qu’à Ma Première Place des Arts, Salomé a remporté quelques prix au passage. Était-ce une pression supplémentaire pour faire son premier album Sous les arbres?

Salomé : Les attentes ont augmenté mais je n’ai pas stressé avec ça. Je l’ai plutôt pris comme une belle tape dans le dos. Dans le fond, ces concours m’ont donné de la visibilité.

En 2009, Salomé a fait un séjour de 10 jours à Astaffort, en France afin de suivre un stage d’écriture. Elle y a fait entre autres, la rencontre d’Emily Loizeau, Francis Cabrel et Maxime Le Forestier. Ses yeux se mettent à briller.

Salomé : Maxime Le Forestier a accepté de me prêter sa guitare. C’est quand même cool! Ça été une super belle expérience ce séjour.

(Salomé sera à Paris fin mai, afin de faire la première partie de Cali à deux reprises, en plus de tenir l’affiche avec son spectacle pour trois autres dates. Occasion rêvée de lui demander ses ambitions par rapport au marché français.)

Salomé : Ça semble difficile de percer là-bas. Le mois prochain, le but sera de défricher. J’ai signé avec la compagnie Tôt ou tard en début d’année alors ils vont pouvoir me voir live. J’y retourne également en novembre dans une salle plus imposante. Tu sais, je ne veux pas trop me faire d’attentes. Tant mieux si ça fonctionne, mais en ce moment je suis attachée à mon Québec et à mon appart à Montréal. Je pourrais éventuellement aller passer un mois ou deux là-bas, mais pas vraiment plus. Pas encore.

« Tant mieux si ça fonctionne, mais en ce moment je suis attachée à mon Québec et à mon appart à Montréal. » – Salomé

Malgré une confiance évidente (et justifiée), Salomé a visé 5 000 copies vendues de Sous les arbres. L’industrie musicale étant ce qu’elle est maintenant, c’est sage. Ce n’est pas tant vers quoi se dirige l’industrie que les coupures budgétaires dans le domaine de la culture qui l’inquiètent.

Salomé : Mes chansons tournent dans les radios indépendantes et à Radio-Canada. Si on coupe 50% dans ma tribune…(pause), qu’on le veule ou non, on a le goût de vendre nos disques et nos billets de shows.

Fred : Avec quel artiste rêves-tu de collaborer?

Salomé : On m’a comparée à P.J. Harvey, Feist ou Cat Power alors ce serait un honneur. J’avoue que P.J. Harvey pour sa drive… juste d’être sur scène avec…

Fred : On aurait tout un clash!

Salomé : Ah oui et Tori Amos! Côté franco, j’avoue qu’écrire une toune avec Richard Desjardins, je tripperais vraiment!

« (…) j’avoue qu’écrire une toune avec Richard Desjardins, je tripperais vraiment! » – Salomé

Fred : Ton récent coup de cœur?

Salomé : (pause) Ah, Avec pas d’casque!

Le disque Quatre saisons dans le désordre de Daniel Bélanger se met à jouer dans le café.

Fred : L’album qu’on entend, si je ne l’ai pas écouté 222 000 fois…

Salomé : J’ai réécouté Rêver mieux récemment. Ça fait du bien.

J’ai développé le réflexe un peu culotté de demander aux artistes que j’interviewe, d’arriver avec deux ou trois questions de leur cru. Des questions qu’on ne leur pose pas assez souvent.

Salomé : Le meilleur show de ma vie fut celui de Chloé Ste-Marie à Chicoutimi en 2004 ou 2005. Je suis sortie de là transformée! J’ai aussi vu un spectacle de Jorane à cet endroit. Ça m’a beaucoup marqué. Et mon autre question serait : que ferais-je si je n’étais pas dans l’industrie musicale. Je me fais rarement demander ça…

« Le meilleur show de ma vie fut celui de Chloé Ste-Marie à Chicoutimi en 2004 ou 2005. Je suis sortie de là transformée! » – Salomé

Fred : Gâte-toi! (rires)

Salomé : J’ai étudié en ATM à Jonquière (télévision). En sortant de là, je me demandais si j’allais me trouver une job dans ce domaine à Montréal ou faire autre chose. J’ai alors songé étudier en environnement ou en biologie. J’ai ce besoin de me retrouver dans le bois, en pleine nature. Bref, un métier qui aurait eu rapport à ça.

Fred : Je te dis un mot et tu me dis la première chose qui te vient en tête.

Salomé : Je te réponds par un seul mot?

Fred : Ou une phrase…une pensée…une dissertation…un mémoire de maîtrise…

Salomé : (rires)

Fred : Si je te dit campagne?

Salomé : Moi.

Fred : Qualité?

Salomé : Défaut!

Fred : Donc si je te dis « défaut » tu vas me répondre…

Salomé : Oui, qualité! (rires)

Fred : Phobie?

Salomé : (pause) Ah la mauvaise haleine! Je suis toujours en train de me brosser les dents! (rires)

Fred : Montréal?

Salomé : La ville où j’habite et où j’ai appris à être bien. Ça été une méchante adaptation à faire. Passer d’un village de 400 habitants à Montréal…**

Fred : Films?

Salomé : Québécois. J’écoute presque exclusivement des films d’ici. J’ai adoré Café de Flore. Sinon mon but est de voir les vieux films de Gilles Carle.

Fred : ADISQ?

Salomé : Espérons une nomination. J’aimerais pour la révélation et/ou dans la catégorie Folk contemporain. L’an dernier j’y suis allée même si je n’étais pas en lice.

Le trop court entretien s’est terminé sur cette note d’espoir. On lui souhaite toutes les nominations du monde à cette Salomé. D’ici là on va la prêter aux Français…mais on garde la facture.

Ainsi soit-il.

* En 2003 au cours d’une dispute, Cantat rua de coups sa compagne Marie Trintignant. Elle succomba à ses blessures quatre jours plus tard. L’ex leader de Noir Désir purga 4 ans d’emprisonnement pour ce délit.


** Salomé est originaire de Sainte-Françoise-de-Lotbinière

Musique

À bas les préjugés!

Le trio anglais Band of Skulls était de passage à Montréal afin de jouer les chansons de son plus récent album Sweet Sour. Mes préjugés en ont pris pour leur rhume. Récit.

J’ai plusieurs défauts et je le reconnais. L’un de ceux-là est que les zones grises ne font pas souvent partie de ma vie. J’aime passionnément ou je déteste. Mon leitmotiv est que la vie est trop courte pour chercher du positif à quelque chose qui, de prime abord, m’intéresse peu ou pas.

À la première écoute de Sweet Sour, j’ai grincé des dents. Ça ne ressemblait à rien que j’ai écouté dans les 20 dernières années. Du rock sans fla-fla. Guitare, basse, batterie. Des ballades sirupeuses, des riffs virils et des ambiances planantes, voire psychédéliques.

Puis, j’ai regardé une photo du groupe. Il y a Emma Richardson (bassiste/chanteuse), Russell Marsden (guitare et voix) et Matt Hayward (batterie). Ces derniers arborent une chevelure ma foi plutôt abondante ainsi qu’une barbe de pas mal de jours. Et ils sont originaires de Southampton en Angleterre?!

Je sentais les préjugés me gagner un à un. Ma garde faiblissait. Ils ont l’air tout droit sortis d’un état du Sud des États-Unis et ils font du rock qui s’inscrit pas mal dans la même lignée.

Direction Théâtre Corona pour le concert. Il me restait quelques préjugés dans mon sac. Je m’imaginais entouré de gars à l’air menaçant et aux cheveux longs. J’ai même passé la journée avec les pieds dans l’eau pour que mes cheveux poussent plus vite afin de fitter.

Quelle ne fut pas ma surprise! Hipsters fin vingtaine début trentaine, tattoos, Converse et tout le bataclan. Et des fans finis! Band of Skulls a beau n’avoir que deux albums studio, ça chantait allègrement.

Si je n’étais pas convaincu à l’écoute de Sweet Sour, en spectacle ce fut une autre paire de manches. Ce rock vous rentre dedans. Il s’invite sans permission. Ma chanson préférée, Wanderluster, fut à la hauteur. L’intensité du refrain est déjà quelque chose sur disque, sur scène c’est décuplé.*

Bref, un bon vieux concert vintage. Stroboscopes, guitares, tignasses et briquets pour les ballades.

À mon retour à la maison, j’ai écouté à nouveau Sweet Sour. Mes doutes étaient dissipés. Mes préjugés? Au bord du chemin. Vais-je prendre plaisir à entendre des extraits lorsque mon iPod en sélectionnera? Of course.

Ainsi soit-il.

*Comme le disait si bien Jean Perron, ils n’y sont pas allés avec le dos de la main morte!

Musique

Ver d’oreille

Vous aimez le gros rock qui dépeigne? Celui que vos parents aimaient détester? Celui qui provoque des mosh pits épouvantables? Hé bien désolé, il n’en sera pas question dans ces lignes. Voyez-vous, Metronomy est mon coup de cœur 2012 jusqu’ici. Au moins votre mise en plis ne risque rien.

En décembre dernier, comme à chaque année, j’ai lu le palmarès des critiques musicales dans les différents quotidiens. Dans pratiquement chaque top 10, l’album The English Riviera, 3e opus du groupe Metronomy, revenait. Et non pas à la position 9 ou 10. Il trônait en première position ou tout près. Il n’en fallait pas plus pour que je m’énerve. « Mais diantre! C’est qui eux-autres?! »*

Un de mes bonheurs dans la vie, est de faire découvrir des nouveaux groupes à mes amis, mes proches. Je le prends presque personnel lorsqu’un groupe, dont je ne connais pas l’existence, est le chouchou des critiques. Je devais faire la lumière sur Metronomy. Alors, je me suis lancé sur Youtube.

Le premier clip que j’ai vu fut pour la chanson The look. Premier constat, dès la 8e seconde : « Wow! Jolie drummeuse rousse! ». Une fois cette faiblesse passée, je me suis attardé à la chanson. Quel ver d’oreille!! Un petit riff de synthé en boucle et un refrain hyper entraînant. En plus, tout rime en « ook »! Chaque mot se terminant avec cette syllabe est employé à part peut-être « Chinook » et « Scrapbook »!

Deuxième clip que j’ai vu fut pour la chanson The Bay. Visuellement ultra kitsch, avec des mannequins en maillots et des effets « wipes » dignes des années 80. Il ne manque que Don Johnson et on se croirait dans un mauvais épisode de Miami Vice! Par contre, à l’oreille, c’est du bonbon. Une autre pièce qui ne veut pas quitter votre tête.

Il n’en fallait pas plus, j’étais conquis. Depuis, j’écoute cet album, lancé en avril 2011, au moins 2 ou 3 fois par semaine, de A à Z. Je qualifierais le groupe de « électro-pop / indie ». C’est de la pop nerveuse, avec des références années 80 mais d’autres également très contemporaines. Bref, une trame sonore idéale pour le printemps qui s’est déjà invité.

Metronomy est composé de Joseph Mount (leader, chanteur, clavériste, guitariste), Oscar Cash (guitares) et des petits nouveaux Anna Prior (batterie) et Gbenga Adelekan (basse). Le groupe fut formé en 1999 au Sud-Ouest de l’Angleterre, à Totnes plus précisément.

Les influences de Mount proviennent principalement des années 70 (Fleetwood Mac, Stevie Wonder, Billy Joel, Steely Dan). Le célèbre magazine français, Les Inrocks, y est d’ailleurs allé de sa propre théorie face au groupe : « Metronomy a décidément le pouvoir de faire avaler aux hipsters d’aujourd’hui, les pires couleuvres visqueuses des années 70 ».

En plus de créer ses propres albums, le groupe compte une panoplie de remixes pour d’autres artistes (Air, Charlotte Gainsbourg, Franz Ferdinand, Goldfrapp, Gorillaz, K.D. Lang, Kate Nash, Ladytron et Lady Gaga, pour ne nommer que ceux-là). Ils ont également retravaillé City of blinding lights pour U2, mais leur version fut rejetée par la gérance du quatuor irlandais.

Dans ses terres, Metronomy n’est pas encore roi et maître. Certes ils ont joué sur la scène principale du Festival de Glastonberry et ils furent également dans le top 10 des groupes les plus excitants sur la planète, selon le magazine anglais Q. Toutefois, il fut un peu surprenant de voir qu’ils n’ont pu arracher la moindre nomination lors du dernier Gala des Brit Awards.

De quoi donner des munitions au leader du groupe Joseph Mount : « Après notre deuxième album, Nights Out, j’avais le sentiment que personne ne nous prenait au sérieux. Je me disais que si nous étions de Brooklyn, la presse anglaise se montrerait beaucoup plus laudative à notre égard. Jaloux de certains groupes qui débarquaient de nulle part et dont tout le monde parlait, j’ai construit The English Riviera avec un désir de vengeance ». (Source : Les InRocks)

Metronomy sera au Métropolis le 1er avril 2012. Ce sera le deuxième spectacle du groupe en sol montréalais en un peu plus de cinq mois. La vengeance est douce au cœur de l’Anglais…

Ainsi soit-il.

* Bon d’accord, je n’ai pas vraiment dit « diantre ». Mais quelque chose qui voulait dire passablement la même chose!

Musique
fannybloom

« Dé-Patérée » et assumée

Exit La Patère Rose, l’heure est au vol en solo. Les deux mains tiennent solidement le gouvernail. Dans la vie, il y a des gens beiges… et puis il y a des gens comme Fanny Bloom.

Mardi 6 mars, 11 h 20. Je gare ma voiture entre deux icebergs sur le Plateau et je trotte jusqu’à La Tulipe. Il fait bon. Le printemps tente une percée en zone adverse. Dans ma tête, un refrain me martèle depuis ma levée de corps. C’est celui de « Parfait parfait », premier extrait d’Apprentie guerrière de Fanny Bloom.

Ce premier album solo vous rentre dedans. Aidée de sonorités techno des années 80, de percussions tribales ou de piano classique, Fanny Bloom évacue. Elle chante sa peine, ses remords, ses deuils. Le côté éclaté de l’ère Patère Rose est sur la voie d’accotement. C’est dorénavant une femme qui s’exprime. Sur la touchante « Shit », elle donne le ton dès les premières notes : « Tous les jours sont des jours gris. Je sais, tout est de ma faute ».

À La Tulipe, ça grouille partout. On s’affaire à monter le décor pour le spectacle-lancement. Jane, la relationniste de Fanny, m’emmène au sous-sol afin de trouver un endroit tranquille pour l’entrevue.

Mon but n’est pas de parler de son ancien groupe. Tout a été dit et redit à ce sujet. Fanny Bloom est assise devant moi, sur un sofa zébré et nue bas. L’occasion est belle d’en savoir un peu plus sur ce personnage fascinant.

F.T.   As-tu réussi à dormir la nuit dernière? 

F.B.  J’ai eu de la misère à m’endormir mais après je me suis tapé une nuit.

F.T.  As-tu une chanson que tu penses ne jamais te tanner de jouer un jour ?

F.B.  Je joue toujours la chanson « Mon hiver » pendant les tests de son car elle est simple et ne dure qu’une minute et demi. Cette chanson a été écrite pour une pub de parfum mais elle ne fut pas retenue alors je l’ai gardée…

F.T.  As-tu des craintes par rapport à l’industrie musicale, vers quoi ça se dirige avec le piratage, le numérique et tout?

F.B.  Je suis dans cette réalité depuis le début. Avant, un chanteur établi vendait 10 000 copies la journée du lancement. Maintenant, 25 000 albums vendus, c’est un succès. D’ici peu, l’industrie va sûrement trouver une façon de rendre ça plus lucratif pour les artistes. Tu ne peux te battre contre le piratage et de toute façon, je trouve ça con de vouloir faire ça. Mais il va falloir trouver une solution pour que les artistes puissent vivre de leur musique sinon on va tuer l’industrie.

F.T.  Ton dernier coup de cœur musical?

F.B.  Lana Del Rey. Chaque extrait qu’elle a sorti me faisait halluciner. Mais quel fiasco à Saturday Night Live! Je ne sais pas c’est quoi son problème en fait! (rires). Mais quand je l’écoute, ça me fait tellement d’effet!

F.T.  As-tu un plaisir coupable?

F.B.  J’en ai plein! J’aime fumer (rires), boire (rires) et boire du café (aucun rire). Sinon musicalement je ne me sens pas mal d’écouter des choses kitsch.

F.T.  Il y en a qui aiment Lady Gaga mais qui ne le disent pas.

F.B.  Ce n’est pas de la merde ce qu’elle fait. Je ne suis pas fan de sa musique mais le personnage me fait capoter. Je la respecte.

F.T.  J’ai vu ton clip pour la chanson Parfait parfait.

F.B. (rires gênés)

F.T.  Ça fait très années 80 avec le synthé…

F.B.  Oui mais l’album n’est pas QUE ça. Tant mieux si le clip a provoqué de vives réactions! (rires).

F.T.  Que penses-tu de la musique des années 80?

F.B.  J’ai pas beaucoup aimé ce qui se faisait. Par contre, c’est pas vrai que tout était poche. J’en garde une nostalgie car je suis née en 1986. Chez moi, Phil Collins et Genesis ça jouait souvent! (…) On a joué le jeu pour mon clip. Tout est exagéré, over the top! On se trouvait donc drôles avec nos faux ralentis!

F.T.  Ce qui te fâche dans la vie?

F.B.  Hé boy, bien des choses! (pause). Ceux qui ne savent pas marcher drette sur le trottoir! Câline…

Fanny se lève et fait la démonstration de quelqu’un qui marche croche. Moment magique.

F.B.  En tout cas. Ça me fâche en ta! (rires).

F.T.  Je te dis un mot et tu me lances la première chose à laquelle tu penses.

F.B.  Isshhhhhhhh!

F.T.  Politique?

F.B.  J’comprends rien.

F.T.  Campagne?

F.B.  Bonheur de l’enfance.

F.T.  Ville?

F.B.  Alcool.

F.T.  Pression?

F.B.  Euh…de la bière pression?!

F.T.  Je la voyais venir celle-là!

F.B.  (éclat de rire).

F.T.  Technologie?

F.B.  J’comprends rien.

F.T.  Idole?

F.B.  (Pause). Bon Iver

F.T.  Ambition?

F.B.  Le monde?!

J’avais demandé à Fanny de penser à quelques questions qu’on ne lui pose jamais. Elle a accepté de jouer le jeu.

F.B.  Ma couleur préférée?! On ne me l’a jamais demandé sérieusement. En fait, j’aime ce qui est multicolore mais je déteste le orange!

F.T.  Tu ne dois pas aimer Youppi.

F.B.  J’ai aucune opinion sur Youppi! (rires). Mon film préféré à vie?! C’est Match point de Woody Allen. Mais j’ai aussi a-d-o-r-é Midnight in Paris. D’ailleurs, il faudrait que je me l’achète.

F.T.  Je suis d’accord.

F.B.  Et finalement, où j’aimerais habiter?! J’aimerais vraiment habiter en Europe (…) sinon dans un pays chaud ou riche. En fait j’aimerais être riche! En tout cas, pas de -40 degrés, pas de sloche. ÇA ME TUE!! Mais rien ne bat le printemps. Oh my God!

Ce mois-ci, Fanny pourra mettre son manteau d’hiver de côté puisqu’elle se rendra à Austin au Texas pour le festival South By SouthWest. Par la suite, elle partira trimbaler sa forêt enchantée un peu partout au Québec. Si vous la croisez, faites gaffe. Elle est peut-être apprentie guerrière, mais ses dents sont déjà aiguisées.

Ainsi soit-il.

Musique
Marie-Pierre-Arthur

La fille aux alentours

Lorsque vous êtes auteure-compositeure-interprète, bassiste et maman, votre emploi du temps est plutôt chargé. Heureusement qu’il y a des gens dans l’ombre qui sont là pour vous aider à y voir clair.

Nous y sommes. L’accouchement du Lèche-vitrine est finalement arrivé. Ce ne fut pas si douloureux. J’ai même retrouvé ma taille d’antan. Sérieusement, ce sera un réel plaisir de vous partager ma passion pour la musique!

Comme première offrande, j’ai pensé à Marie-Pierre Arthur qui a lancé son album, Aux alentours, le 7 février dernier. Cet opus est du solide. Oubliez la fameuse malédiction du deuxième album. C’est parfois planant, parfois funky, parfois carrément rock. Sur scène, au lancement, ça sonnait comme une tonne de briques.

Marie-Pierre peut compter sur une équipe toute étoile de collaborateurs. Lorsque l’on a Gaële, François Lafontaine, Olivier Langevin, Robbie Kuster, Joe Grass, Julien Sagot et Louis-Jean Cormier à ses côtés, disons qu’on a de solides bases! C’est toutefois d’une autre personne de son entourage dont je veux vous parler.

Les réflecteurs, très peu pour elle. En fait, Stéphanie Richard les fuit comme la peste. Elle a tout de même accepté de démystifier un peu son boulot. Seulement pour vous. Bande de chanceux. Au lancement, lorsque Marie-Pierre Arthur a déposé sa basse Höfner à la fin de sa prestation, son attachée de presse, Stéphanie Richard, a senti un peu beaucoup de pression tomber au même moment. Son travail s’intensifie quelques semaines avant un lancement. Elle entre en contact avec les médias, plus activement, environ deux semaines avant le jour J. Souvent, ce contact s’effectue par courriel.

Un peu avant le lancement, celle-ci envoie le nouvel album de l’artiste à ces mêmes médias. Dès lors, la machine prend de la vitesse. L’artiste est alors sollicité pour faire des entrevues, la une des journaux, des séances photos, etc. Les quelques jours qui restent, Stéphanie s’assure que les médias seront du lancement et elle fait la réservation des caméras qui capteront la prestation de quelques chansons.

Stressante cette période, Stéphanie? « Étant stressée et angoissée d’emblée, je ne suis pas une référence! » lance-t-elle en riant. « Par contre, c’est sûr que cette période est propice à faire de l’insomnie car même si tout se déroule bien, mon côté perfectionniste prend le dessus. Je suis capable d’être zen tu sais… mais pas avant un lancement! » Je me suis souvent demandé à quoi pouvait ressembler une relation attaché(e) de presse / artiste. « Je suis une fille pour qui les relations humaines sont très importantes. » dit Stéphanie. « J’aime avoir une relation amicale et de confiance avec mes artistes. » En plus de travailler avec Marie-Pierre Arthur, elle est l’attachée de Julien Sagot, membre de Karkwa effectuant actuellement une carrière solo.

Au fait, peut-on être appelé à exécuter d’autres tâches? « Absolument! » répond Stéphanie. « J’ai dû m’improviser maquilleuse pour un artiste paniqué avant une séance photo pour la une d’un journal. C’est fou ce que l’on peut faire avec un cache cerne! J’ai également dû supplier un marchand de musique afin qu’il nous ouvre sa boutique avant l’heure prévue. Nous avions besoin d’un gazou pour une performance télévisuelle! » Parlant de performance et de contenu musical, doit-on obligatoirement aimer ce que l’artiste fait pour être son attaché(e) de presse? « En ce qui me concerne, tout à fait. » rétorque Stéphanie. « J’écoute souvent la musique de mes protégés lorsque je bosse. Je m’imprègne de leur œuvre. »

En résumé, être attaché(e) de presse c’est du gros stress, des heures de sommeil escamotées et écouter ses artistes répéter les mêêêmes réponses aux mêêêmes questions en entrevue. « Si tu veux une job de 9 à 5, ce n’est pas pour toi, c’est évident. Toutefois, quand tu vois le résultat final, c’est super gratifiant. En plus, ça te permet de voir du pays. La routine, connais pas! » dit-elle.

Si vous voulez faire ce boulot, des études en relations publiques risquent d’être un pré-requis. Stéphanie a plutôt appris « sur le tas » après qu’un attaché lui ait parlé de son métier. Elle a aussitôt eu la piqûre. Pourtant, c’est en arts plastiques qu’elle avait fait ses études. Parcours atypique pour un emploi atypique, fait de belle façon par une fille sympathique.

Ainsi soit-il.

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