David Bélanger

« I want to stand as close to the edge as I can without going over. Out on the edge you see all the kinds of things you can't see from the center. » - Kurt Vonnegut. L’art est là pour repousser les limites. J’adore les artistes qui osent se dire « pourquoi pas ? » et vont là où l’on ne les y attend pas. Se nourrissant de l’innovation, les arts médiatiques sont au carrefour de la technologie et de la communication. Vous vous demandez ce que sont les arts médiatiques ? Permettez-moi de vous répondre en citant le très artistique Thesaurus de l’activité gouvernementale : il s’agit des « arts qui ont recours à des technologies informatiques dans l'exploration de certains médias électroniques, notamment en vue d'une recherche esthétique ». Bref, je tenterai de m’en faire l'humble spectateur et de vous amener à découvrir le talent de ces créateurs qui vont plus loin. Je ne mentirai pas en affirmant que je suis un éminent spécialiste de cette démarche artistique. Je suis simplement un grand curieux qui aime partager ses découvertes. Il faut explorer dans la vie, oser. Je le ferai et j’espère que vous me suivrez. »
Beatles_Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Les Beatles à Montréal : revivre l’hystérie

Les Beatles sont un de ces rares groupes légendaires qui fascinent depuis toujours l’imaginaire collectif et qui ont eu un réel impact sur le paysage musical international. Pour souligner le 50e anniversaire de leur venue à Montréal, le musée de Pointe-à-Callière présente l’exposition Les Beatles à Montréal  jusqu’au 30 mars 2014.

La première salle sert d’introduction et contient une présentation de chacun des membres ainsi qu’une ligne du temps détaillant l’histoire du groupe britannique. Il s’agit d’une bonne entrée en matière pour les néophytes des Beatles, s’il en existe encore, mais qui va aussi satisfaire la curiosité de tout le monde en soulevant d’intéressants faits et moments du groupe qui sont moins connus. On peut notamment regarder quelques extraits de vidéos de l’époque qui permettent de comprendre la folie que les Beatles provoquaient et le phénomène social derrière leur musique. C’est aussi dans ce premier volet de l’exposition que se trouve la célèbre voiture de John Lennon, une Rolls-Royce Phantom V peinte de motifs floraux sur fond jaune vif, et je peux vous assurer qu’il s’agit d’un point fort de la visite.

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

On arrive ensuite à une portion plus interactive de l’exposition qui vous donnera l’occasion de démontrer activement votre amour des chansons du groupe. Juchés devant un écran géant, quelques micros attendent les visiteurs et leur permettent d’offrir une performance de karaoké de certaines chansons interprétées par le célèbre groupe lors de son passage au Ed Sullivan Show. Lorsque j’y suis allé, quelques personnes se sont laissées prendre au jeu, mais ce qui était vraiment intéressant était de voir la majorité des visiteurs taper du pied et chantonner sans nécessairement vouloir se donner en spectacle. Dans le même esprit, c’est dans cette salle qu’on trouve des reproductions ou des modèles similaires de plusieurs guitares utilisées par les Beatles. En tant que musicien, j’ai trouvé intéressant d’observer tous ces instruments qui représentent bien la diversité et l’évolution du son du groupe. On peut aussi voir quelques items de collection, parmi lesquels j’ai bien aimé une photo plutôt amusante prise avec Mohammed Ali.

La seconde partie de l’exposition, située au deuxième étage, est principalement dédiée à la venue des Fab Four à Montréal. On y montre beaucoup d’objets de l’époque tels que des vêtements d’adolescents, des tourne-disques portables, etc. C’est particulièrement intéressant pour les gens qui, comme moi, n’ont pas connu les années 1960. Cela nous permet de mieux comprendre et imaginer le portrait social du Québec d’alors. Je pense notamment à un extrait d’un reportage dans lequel l’interviewer demande à une jeune femme si elle accepterait d’épouser quelqu’un avec une coupe de cheveux comme celle des Beatles et si elle croit qu’ils lui doivent leur succès…

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Si vous avez des doutes sur la frénésie provoquée par les Beatles chez les Québécois (et Québécoises !), peut-être que d’apprendre que cent jeunes femmes ont dû recevoir des soins médicaux lors des deux concerts donnés au Forum changera votre opinion. Vous découvrirez plusieurs faits plutôt impressionnants qui aident à apprécier l’ampleur réelle de la venue du groupe à Montréal. Les responsables de l’exposition ont aussi réalisé des entrevues avec diverses personnalités, dont Janette Bertrand, qui ont assisté aux spectacles ou simplement vécu le phénomène de l’époque. On peut aussi voir un grand nombre de clichés inédits des spectacles ainsi qu’une « revue de presse » de l’événement que j’ai trouvée amusante. L’exposition cherche aussi à montrer l’influence que les Beatles ont eue sur les groupes québécois de l’époque. On dévoile plusieurs articles authentiques ayant appartenu à ceux-ci, notamment les Baronets, les Classels, les Hou-Lops, les Sultans, etc. De plus, il est possible d’utiliser un jukebox qui joue plusieurs clips d’époque de leurs performances.

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Photo : Pointe-à-Callière, Caroline Bergeron

Le reste de l’exposition est composé de plusieurs items commémoratifs, notamment une tonne d’objets promotionnels de l’époque à l’effigie du groupe. Mon coup de coeur est venu vers la fin de l’exposition et vaut à lui seul le déplacement : la vidéo complète du dernier concert joué par le groupe, un événement impromptu  sur le toit de l’immeuble abritant leur studio. Je ne crois pas qu’il existe une plus belle façon de conclure que d’enfiler une des paires d’écouteurs et se laisser bercer par la musique en regardant ce concert mythique le temps d’une ou deux chansons. Ou un peu plus, comme je l’ai fait au grand dam des autres visiteurs attendant leur tour…

Musée Exposition
Photo : Sébastien Roy

Chaos & Order: pari réussi

Chaos & Order est une création de Rocco Helmchen et de Johannes Kraas, tous deux originaires d’Allemagne, qui ont habilement réussi à s’inspirer de théories mathématiques pour en faire une oeuvre visuelle fort intéressante. N’ayez pas peur, ce film n’a pas une portée pédagogique. Toutefois, il pourrait vous donner envie d’aller approfondir vos connaissances par la suite afin de comprendre ce que vous venez de voir.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Un objectif de la présentation est de chercher à faire découvrir les liens fondamentaux entre la réalité et l’abstraction mathématique. Le duo crée une fusion des univers des sciences et des arts, en apportant une touche d’esthétisme à des concepts mathématiques. Le duo a été découvert par l’équipe du Labodôme lors d’une visite au Fulldome UK de Leicester et ils présentent maintenant leur film en format de projection à 230°, à l’intérieur de la Satosphère.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le film est structuré en quatre « mouvements », qui mobilisent de grands thèmes, tels que la forme géométrique, la simulation, la théorie du chaos ainsi que les figures fractales. Pour chacun des mouvements, le duo utilise des séquences vidéo tirées du « vrai monde » et du quotidien afin d’introduire ces abstractions mathématiques et de les ancrer dans le concret, ce qu’ils font de manière parfois spectaculaire pour lancer les mouvements. Tout au long de la présentation, il est possible de voir cette tension entre l’ordre et le chaos, qui s’avère un moteur puissant pour donner un fil conducteur aux créations. D’ailleurs, il est intéressant de voir cette image du cube qui revient souvent dans diverses formes, souvent utilisé pour illustrer cette tension.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le premier mouvement commence en douceur en offrant une simple visualisation d’éléments 3D qui gagne graduellement en vigueur et en grandeur. D’ailleurs, un des moments les plus immersifs et impressionnants de la présentation a lieu lorsqu’on voyage au milieu d’un ensemble de cubes gigantesques, qui semblent se prolonger jusqu’à l’infini.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le deuxième mouvement offre plusieurs séquences qui figurent parmi mes favorites. Les simulations mises de l’avant sont parfois spectaculaires. Je pense notamment aux dominos qui tombent et aux diverses représentations de dynamiques des fluides. De plus, certains segments, tels que les boids flight tracks (simulation de vols de nuées d’oiseaux) et la simulation de processus thermodynamique, avaient une touche esthétique particulière qui m’a beaucoup plu.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Le troisième mouvement a offert des visualisations impressionnantes qui avaient une certaine grandeur, mais aussi une belle simplicité. Ce mouvement m’est apparu tout d’abord le plus ordonné, jusqu’à ce que les animations viennent justement ajouter cette dimension de chaos que l’on retrouve d’un bout à l’autre de la présentation. Je pense notamment à une séquence de dubstep particulièrement efficace, tant sur le plan musical que visuel.

Chaos & Order. Photo : Sébastien Roy

Pour conclure, le quatrième mouvement démarre en douceur avec plusieurs séquences moins animées, qui donnent l’effet d’une succession de peintures abstraites. On quitte clairement les formes traditionnelles et les représentations communes afin de nous emmener dans des « univers » visuels plutôt dépaysants que j’ai trouvé très intéressants. Ce mouvement bénéficie aussi d’une musique plus efficace qui permet de bien conduire ce crescendo vers une finale mouvementée, intense et très bien réussie.

Chaos & Order est à l’affiche du mardi au vendredi, jusqu’au 8 février.

Arts Médiatiques
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Musik – du son à l’émotion : démystifiez la musique

C’est la semaine dernière que s’est tenu le lancement de l’exposition Musik : du son à l’émotion qui sera présentée au Centre des sciences de Montréal jusqu’au 10 mars 2013. Élaborée avec la collaboration et la participation de scientifiques et de musiciens – notamment le groupe Simple Plan –, l’exposition vise à nous faire découvrir comment et pourquoi la musique permet d’exprimer et de faire ressentir des émotions ainsi qu’à démystifier notre rapport avec celle-ci. Munis d’un baladeur numérique, les visiteurs sont conviés à créer leur propre extrait musical afin de pouvoir mettre directement en application les connaissances acquises durant les diverses activités interactives jalonnant les salles de l’exposition.

Le visiteur est invité à traverser six salles, parmi lesquelles cinq sont dédiées à des thématiques en lien avec la création de son œuvre musicale : les émotions, le rythme, les mélodies, les timbres et le mixage. À la manière d’une exposition plus traditionnelle, la sixième et dernière salle est consacrée au groupe Simple Plan.

Crédit Photo : Centre des sciences de Montréal

Les différentes salles débordent d’informations sur les différents thèmes de la création musicale et sur l’influence que ces éléments de la musique ont sur nous. Le visiteur y est invité à créer, sur son baladeur numérique, sa propre pièce musicale. Le concept est plutôt sympathique, car il offre beaucoup de possibilités et permet d’expérimenter avec différentes idées. Aussi amusant cet aspect soit-il, il ne faut toutefois pas penser que l’exposition se limite à cela et passer en coup de vent dans le reste de l’exposition.

L’exposition mise sur la collaboration de plusieurs intervenants scientifiques qui offrent une perspective intéressante sur notre compréhension de la musique. Par exemple, saviez-vous que le timbre des sons de la guitare classique présente des ressemblances avec celui de certaines voyelles ? Plusieurs aspects de la musique sont couverts : la manière dont notre cerveau réagit à la musique, les effets de celle-ci sur la socialisation, c’est-à-dire comment la musique fait réagir lorsque l’expérience est partagée par un groupe, par le biais d’une activité de jam-session assez amusante.

D’ailleurs, la mise en application des concepts présentés se fait par le biais de différents jeux et éléments interactifs qui sont bien réussis. De plus, il est possible d’essayer de nombreux instruments, allant d’une traditionnelle guitare, dont les instructions de jeu sont données par un guitariste de Simple Plan, à divers types de percussions (idiophones). Personnellement, j’ai particulièrement apprécié de pouvoir jouer avec le thérémine, un instrument sur lequel on doit bouger nos mains près d’une antenne afin de modifier les sons produits par ses circuits électriques.

Crédit photo : Centre des sciences de Montréal

La dernière salle de l’exposition détonne un peu du reste car elle s’attarde simplement à la carrière du très populaire groupe québécois en vedette tout au long de l’exposition, Simple Plan. On peut y admirer quelques instruments appartenant aux membres du groupe, mais surtout divers accessoires, trophées et autres reliques témoignant de leur ascension. Cette salle retrace également l’histoire du groupe et présente des affiches, des photographies et des lettres datant de l’époque où certains membres faisaient encore partie du groupe Reset. Bref, de quoi plaire à tous les admirateurs et curieux.

On apprend au cours de l’exposition que l’apprentissage de la musique favorise l’activité intellectuelle. À cet égard, Musik : du son à l’émotion permet de muscler son cerveau et de faire des découvertes, le tout dans une ambiance très ludique et interactive. Je vous invite à visiter l’exposition et à partager votre création musicale avec nous. Pour briser la glace, voici celle que j’ai réalisée.
http://www.jukeboxemotif.com/inc//2012-11-06/1352246868-phpaCASgl.mp3

Musée Exposition
satprincipa

The Search Engine : Une expérience de spatialité

Après avoir présenté la première nord-américaine de The Search Engine de DJ Food l’été dernier, la Société des arts technologiques (SAT), en collaboration avec OSHEAGA Arts et Converse, a décidé d’offrir une nouvelle série de représentations qui auront lieu jusqu’au 26 octobre. Développée originellement pour le Planétarium de Londres en 2011, l’œuvre pige ses éléments visuels à même les archives des astronomes britanniques, en plus de miser sur des créations originales de DJ Food. Cette présentation a été adaptée pour la technologie de la Satosphère, et le résultat est saisissant, par sa qualité immersive et par la beauté visuelle de la projection.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

La plus grande force de The Search Engine est sans l’ombre d’un doute le sentiment d’immersion qu’elle procure. La salle joue un rôle essentiel dans cette expérience. Il s’agissait de ma première visite à la Satosphère, et ce ne sera assurément pas ma dernière. Conçue en forme de dôme, la salle permet de diffuser des images sur un écran de projection sphérique de 360 degrés. Pas de sièges ou de bancs dans cette salle, mais des coussins sur lesquels les spectateurs sont conviés à s’asseoir ou à s’allonger confortablement. Ainsi installé au cœur de l’action, vous serez complètement enveloppé par l’écran.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

De cette position, la projection de The Search Engine devient franchement impressionnante et donne l’illusion de participer à un voyage spatial, car tout l’environnement du spectateur fait partie du spectacle. Cela a totalement gâché la technologie 3D pour moi. Je crois que le 3D, au cinéma surtout, est particulièrement intrusif, voire agressant. Au sein de la Satosphère, cette technologie de projection m’a paru plus inclusive et accueillante, et m’a davantage donné l’impression de vivre l’œuvre et d’y être aspiré, d’en faire partie jusqu’à un certain point. Il faut dire que les visuels et les différentes animations jouent sur les perceptions et donnent l’impression que la salle est en mouvement et que le spectateur voyage au sein de cet univers tantôt calme – dans les séquences utilisant les images de l’espace –, tantôt très animé, aux limites du psychédélisme, et qui n’a rien à envier à un concert des Flaming Lips. Par ailleurs, c’est dans ces séquences d’animations plus « cartoonesques » ou rappelant un kaléidoscope que les effets sur la perception spatiale seront les plus surprenants.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

Je m’en voudrais de ne pas évoquer la beauté des séquences dans l’espace. Les images projetées sont d’une excellente qualité et s’avèrent nécessaires pour compléter avec succès l’expérience immersive rendue possible par la technologie employée. L’esthétique de ces séquences n’est pas sans rappeler des films comme The Fountain et 2001: A Space Odyssey, dans lesquels les voyages en orbite sont l’occasion d’offrir une expérience sensorielle inusitée et suggérant une certaine grandeur. Néanmoins, cette performance visuelle ne serait pas la même sans la musique de DJ Food, qui mise sur les pièces de l’album The Search Engine pour accompagner l’aspect visuel de l’œuvre. Sa musique dynamise la projection et donne vie à cette succession de tableaux.

Photo : Sébastien Roy – Société des arts technologiques [SAT]

En quelques mots, The Search Engine est une expérience immersive de qualité qui vous fera voyager dans l’espace et stimulera vos perceptions spatiales tout en vous balançant de la musique de qualité pendant un peu plus de 50 minutes. Je vous l’assure, il s’agit d’une promenade saisissante qui vaut un détour. D’autant plus que vous n’aurez pas à faire d’effort, confortablement allongés…

Arts Médiatiques