1501599991

Chaque centimètre

Nyotaimori, c’est la nouvelle pièce de Sarah Berthiaume présentée jusqu’au 3 février au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Nyotaimori, ça parle de notre consommation. Ça parle du concept grandissant qui régit de plus en plus nos vies : « Je dormirai quand je serai mort. ». À travers ces dédales, Sarah Berthiaume réussit à emboiter cette multitude de sujets sans se perdre dans un labyrinthe insurmontable. Elle amène son public d’un côté à l’autre de l’océan à travers un réseau de propos. C’est bien établi, c’est bien fait, c’est bien dit. Que demandez de plus?

Le spectateur suit le destin de Maude (Christine Beaulieu), une pigiste qui travaille à son compte pour un peu de visibilité et encore moins d’argent. Devant respecter un gros deadline qui l’empêchera de partir en vacances avec sa conjointe (Macha Limonchik), elle se perd dans le web, la tentation numéro un de la procrastination. Onze onglets d’ouvert, tous plus inutiles les uns que les autres. Parmi ceux-là, le vidéo du concours Kiss a Yaris au Texas. Soixante-cinq heures de vide envahissant et cette envie irrésistible d’en faire partie, de n’être qu’un.

Les personnages se perdent dans l’espace et le temps. Le public se met à voyager, de l’Inde au Japon jusqu’à l’Amérique. Il fait la rencontre d’une couturière d’empower bra qui veut reprendre contrôle de son corps, mais surtout de sa vie, et d’un caresseur de voiture, qui vit selon les conditions de Toyota et où tout est dans la délicatesse et la caresse d’une carrosserie, avec l’aide d’un petit gang vert.

La scène à dispositif quadrifrontale est adroitement utilisée et ne devient pas un handicap pour les acteurs. La mise en scène de Sébastien David est ingénieuse tout en restant naturelle. Des objets, que l’on pensait accessoires ou banals décors, deviennent porteurs de sens et changent de fonctions selon les scènes.

Les interprètes sont parfaitement choisis pour donner souffle à ce texte bien ficelé. Christine Beaulieu, d’un charisme incroyable, ravage la scène par son authenticité, Macha Limonchik et Philippe Racine sont très justes et variés dans les 3 personnages qu’ils incarnent.

La beauté de Nyotaimori se trouve dans l’intelligibilité de la pièce.  Le spectateur comprend les sujets. Ils sont affichés clairement, sans toutefois être moralisateurs. Sarah Berthiaume souligne l’importance d’aborder, de dénoncer et de mettre en scène ces thèmes, cette matière. Elle nous force à écouter et à nous rendre compte de ce qui se passe, dans notre beau monde. Elle nous amène dans un voyage d’errance, à travers la mondialisation, la conciliation travail-famille, l’autonomie, la consommation, le rêve américain et la pauvreté humaine.

Chaque centimètre de notre vie est un agenda trop plein. Parce qu’on veut être épanouie dans tous les domaines. On veut réussir dans notre travail, on veut avoir une vie amoureuse florissante, on veut découvrir le monde. Mais il faut se remettre nos problèmes de bien-portant en perspective et se mettre à réfléchir à l’autre, à l’ailleurs, à ceux qui nous entourent et, peut-être, trouver des solutions. Puis, en plus, regarder un skydancer en tube se gonfler et se dégonfler, c’est beau.

Nyotaimori est présentée jusqu’au 3 février au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Exprimez-vous
Blogueur

Mes mots favoris sont calembour, grivois, charismatique, cucurbitacée et baliverne. Je veux tout connaître par cœur. Je peux d’ailleurs vous réciter Speak Wh...