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OS. La montagne blanche : performer le deuil

OS. La montagne blanche, présenté du 13 novembre au 1er décembre 2017 à la Petite Licorne est une œuvre aux configurations scéniques inhabituelles qui aborde les notions de deuil, d’absence et d’identité.

Le narrateur (interprété par Steve Gagnon également auteur du texte) doit composer avec la mort de sa mère, perte immense qui le plonge dans une série de questionnements existentiels en ce qui a trait à son identité et à la direction qu’il est en train de prendre dans sa vie. Dans la douleur, un constat s’impose: à l’âge adulte les réponses ne se trouvent plus toutes comme avant, « dans le deuxième tiroir de la salle de bain ». À travers une prise de parole où la violence et la beauté se côtoient, le narrateur cherche ce quelque chose qui lui permettrait de se relever et d’atteindre ne serait-ce que le reflet de ces Cités d’Or dont la perte est constamment renouvelée par l’absence de sa mère.

Un présent de la parole

Steve Gagnon livre avec brio un monologue polyphonique où diverses voix s’entrecoupent, se chevauchent et se contredisent dans une seule et même prise de parole. En tant que spectateurs, nous  naviguons non seulement dans ses adresses à la mère perdue, à Edna ou à Nathalie : nous nous faisons aussi rapporter le langage de ces femmes dont il fait revivre les mots et la présence. La perte est ici plus qu’énoncée: elle est vécue et reperformée dans un présent de la parole. C’est par cette performativité du langage et la rythmique dans l’interprétation du texte qu’OS se rapproche des formes du spoken word et du slam. L’accompagnement musical live du groupe Le Bleu (Nicolas Basque et Adèle Trottier Rivard) permet également de soutenir, d’accentuer et de rythmer certaines parties du monologue dont les titres apparaissent projetés sur les murs : « Le jardin fluorescent », « Je veux être de la fucking lumière », « Ouvrir les fruits » (pour ne nommer que ceux-là).

 Le spectateur impliqué

La montagne blanche propose par ailleurs une expérience de réception particulière. C’est debout, en buvant une bière ou en bougeant au rythme des mots et de la musique que le spectateur est invité à assister à la représentation. Celui-ci n’est ainsi pas ignoré par l’interprète : le spectateur est part active de l’espace. Le dispositif scénique implique également que celui-ci regarde les autres spectateurs regarder, ce qui renforce le sentiment de cohésion liée à l’expérience commune de la performance. Il est toutefois intéressant de remarquer qu’en tant que public nous ne sommes pas habitués à de tels dispositifs au théâtre : le soir de la représentation à laquelle j’assistais, peu de gens ont ainsi osé se mouvoir/s’approprier l’espace qui leur était donné de peur de déranger ou de nuire au déroulement de la représentation. C’est peut-être de ce manque de participation que me vient l’impression que la proposition scénique, quoique intéressante, n’a pas été poussée jusqu’à son plein potentiel.

Quoiqu’il en soit, OS réussit tout de même à nous saisir et à nous entraîner dans le tourbillon de la mémoire et des affects du personnage. Entre les couches successives de la parole de Gagnon, nous nous faisons nous-mêmes archéologues, dépoussiérant l’infini du deuil que celui-ci nous livre à travers une présence incarnée et des images poétiques poignantes.

Os. La montagne blanche est présenté jusqu’au 1er décembre à la Petite Licorne.

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Blogueur

Florence Tétreault a cumulé diverses certifications en histoire de l'art et en littérature à l'Université du Québec à Montréal. Elle a un intérêt prononcé po...