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Mort du rêve américain

Il est beau, le temps où l’on pouvait devenir riche et célèbre en étant sympathique. Il est surtout utopique. Bien des citoyens pensaient que l’Amérique avec un grand A allait réaliser tous leurs rêves, qu’il suffisait d’y croire pour y arriver, qu’il suffisait d’être gentil et de connaître les bonnes personnes pour voler vers la gloire.

La mort d’un commis voyageur prouve que ce n’est pas le cas. Arthur Miller brise le rêve américain et marche sur les débris. Le texte parle de lui-même. Serge Denoncourt n’avait qu’à s’entourer de bons comédiens et le succès était quasi-assuré. Heureusement, c’est quelque chose que Denoncourt fait très bien. Mettant en vedette Marc Messier dans le rôle de Willy, Éric Bruneau dans celui de Biff et Louise Turcot dans celui de la mère, le résultat final est superbe. La mise en scène est simple et laisse toute la place au jeu des acteurs et à la triste histoire de ces personnages. On amène le public de la maison au restaurant en changeant quelques détails scénographiques qui font toute la différence. La trame sonore accompagne l’émotion du texte et donne une ambiance sonore sans flafla.

Le public suit le récit de la famille Loman. Ils ont l’apparence d’une famille parfaite : la mère reste à la maison, le père est un commis-voyageur qui roule sa bosse dans plusieurs états, un fils travaille dans la vente, l’autre est destiné à la réussite. Tout devrait bien aller dans le meilleur des mondes. Et pourtant…

Arthur Miller nous apprend que vivre dans le paraître peut nous détruire à petit feu, quitte à nous rendre fou. C’est exactement ce que vivra Willy Loman pendant la pièce. Il se ment à lui-même, finit par se convaincre d’une fausse réalité et à divulguer cette nouvelle vérité à tous ceux qui l’entourent. Un genre d’Alzheimer volontaire, causé par l’impression d’avoir passé à travers sa vie sans n’avoir fait de remous, d’explosion ou d’étincelle. La peur d’avoir été comme tout le monde, la peur d’être un raté. Marc Messier portrait cela avec exception, nous faisant presque oublier tous ses rôles comiques pour lesquels le public l’affectionne autant. Éric Bruneau est au sommet de sa forme dans un rôle qui lui va comme un gant. La scène finale où il explose est particulièrement touchante et bien joué. Louise Turcot est d’une sensibilité et d’une vulnérabilité désarmante dans le rôle de la mère. Elle est fragile et forte à la fois. Mikhaïl Ahooja semble avoir trouvé son médium depuis La Divine Illusion et il donne une étoffe intéressante au personnage du fils ingrat qui fait semblant que tout va bien et qui abandonne son père pour quelques filles. Aucune fausse note du côté des autres acteurs. Vraiment une brochette de comédiens de talent, comme on en voit toujours dans les productions de Serge Denoncourt.

J’avoue que j’étais craintive de retourner au Théâtre du Rideau Vert après Molière, Shakespeare et moi présentée cet été. Pourtant, La mort d’un commis voyageur m’a touché à un point que j’en étais moi-même surprise. La pièce est à l’affiche au Rideau Vert jusqu’au 4 novembre. Les billets s’envolent rapidement, hâtez-vous!

 

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