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S’habituer à regarder (ou autre jeu de mots)

Des spectacles sur la diversité, Mani Soleymanlou et Olivier Kemeid en ont quelques-uns derrières la cravate. La question de l’heure était : arriveront-ils à se renouveller, encore une fois?

La réponse est oui.

Certes, nous reconnaissons le style de Soleymanlou et Kemeid dans l’approche de À te regarder ils s’habitueront présentée jusqu’au 30 septembre au Théâtre Quat’sous, mais le fait d’avoir confié la mise en scène à des artisans extérieurs à leur cercle habituel donne une nouvelle couleur au résultat final. Un peu comme mettre de la diversité dans la diversité.

À te regarder, ils s’habitueront est fait en tableaux. Chaque tableau a un metteur en scène et des acteurs différents. Chaque tableau a aussi un propos et un but différent. Mais, ne vous inquiétez pas, l’ensemble se tient, pas de dissonance de ce côté-là.

Parmi les metteurs en scène, nous retrouvons Nini Bélanger, Bachir Bensaddek, Mélanie Demers, Dave Jenniss, Chloé Robichaud et Jean-Simon Traversy. Chacun vient avec sa brochette d’acteurs, souvent un duo.

Que veulent-ils défendre? Le fait que nous sommes tous pareils en étant différents, mais pas tant que ça, dans le fond? La représentation de la diversité dans les médias? Les stéréotypes raciaux? Oui, tout cela. Encore aujourd’hui, nous sentons le besoin de faire valoir ce qui devrait être évident, ce qui devrait aller de soi. Comme si la bataille n’était jamais vraiment gagnée, comme si nous n’avancions pas, comme si les directeurs de castings ne pouvaient pas comprendre qu’ils ne sont pas obligés de choisir un acteur d’origine arabe ou amérindienne pour jouer un chauffeur de taxi. Le défendre est noble. Le défendre est juste.

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Le problème, c’est que les créateurs de ce spectacle prêchent à des convaincus. La représentation insiste sur le fait que c’est souvent  »l’élite » qui va au théâtre, surtout en soir de première médiatique, mais font-ils quelque chose pour que cela change? Les spectacles de Mani sont souvent fait pour cette  »petite clique de privilégiés », avec des allusions à ses précédentes créations et des adresses aux artistes (des boutades amicales entre collègues disons). Un public moins initié peut facilement y comprendre quelque chose, mais y perd toutes les nuances et les clins d’oeil.

Qui plus est, il est beaucoup question du fait que ce sont toujours les mêmes qui se retrouvent au théâtre. Obia Le Chef l’a d’ailleurs mis en contexte. Il a demandé s’il y avait des noirs dans la salle. Il n’a eu pour réponse qu’un lourd silence criant de vérité. Nous sommes tous d’accord qu’il manque de diversité dans notre culture, autant dans la salle que sur les planches. Faudrait-il donc sortir ce genre de spectacle dans les rues?

Mais je me fais l’avocat du diable. J’ai véritablement apprécié le spectacle; dans tous ses clins d’oeil. Ce n’est pas le fait de parler des ressemblances entre un Russe et un Haïtien qui donne de la valeur à une représentation théâtrale. C’est en rire. C’est de pouvoir en faire la critique. C’est bousculer. C’est transformer le blackface en whiteface et faire le discours de Jacques Parizeau sur le vote ethnique. Speak White, big deal! C’est briser les stéréotypes à gros coups d’ironie, de sarcasme et de répliques passives-agressives. C’est prouver que le beau est dans la liberté d’être soi-même; différent ou semblable.

À te regarder ils s’habitueront est présenté au Théâtre Quat’sous jusqu’au 30 septembre.

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Mes mots favoris sont calembour, grivois, charismatique, cucurbitacée et baliverne. Je veux tout connaître par cœur. Je peux d’ailleurs vous réciter Speak Wh...