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Dépasser le réel – Entrevue avec Raphaël Navarro

Nous nous sommes donné rendez-vous via Skype. C’est bien la meilleure manière de parler à quelqu’un qui se trouve dans un fuseau horaire différent, de l’autre côté de l’océan. Il est 19h00 chez lui, nous sommes en pleine journée chez moi. Raphaël Navarro vient présenter son spectacle Rêveurs Définitifs au Théâtre St-Denis 2 dans le cadre du 375e anniversaire de Montréal et du Festival Juste pour rire à la fin juin. J’ai un jour entendu qu’il fallait croire en la magie, que c’est ça qui la rendait réelle. Rencontre avec un metteur en scène qui dépasse le réel.

  1. Qu’est-ce qui t’a amené à faire ce métier-là à la base?

Je me suis dit quelque part dans ma vie d’adulte que ce que je voulais, c’était de descendre la courbe du magique. C’est mon combat, dans le sens positif du terme. Et je ne parle pas de l’illusion, mais bien de la magie avec un grand M. Celle qui nous propulse.

  1. Et qu’est-ce qui t’a attiré dans ce domaine?

C’est un mix entre l’envie de mystère et l’émotion. Le mystère va avec l’idée de s’approprier le réel. L’émotion représenta la magie elle-même, car on parle de celle-ci comme d’un spectacle. Je me suis rendu compte que j’aimais me plonger là-dedans. Puis, d’autres personnes s’en sont rendus compte et nous avons pu construire à partir de là.

  1. Ta compagnie a été l’investigatrice du mouvement de la magie nouvelle. Parles-moi un peu de ce mouvement et en quoi il diffère de la magie traditionnelle?

J’ai initié ce mouvement avec 2 autres personnes, Clément Débailleul et Valentine Losseau. Notre but était de nous intéresser à toutes les formes de magie, même celles qui ne font pas nécessairement parties d’un spectacle ; donc la magie d’un point de vue plus anthropologique. C’est comme ça qu’on s’est mis à travailler la magie de l’humain, notamment avec des artistes de rue en Inde et au Mexique. Nous avons exploré la manière dont l’humain vient au monde et passe sa vie à vouloir dépasser le réel. Nous, on appelle cela de la magie, mais ça peut prendre d’autres formes ; spirituelle, médicale, traditionnelle. C’est un grand éventail qui fait que les fans de divertissement ont de la variété dans une forme spectaculaire et cela permet de faire reconnaître la magie comme forme artistique. De plus, le vrai terme de la magie que tu appelles traditionnelle est la magie moderne. Celle-ci date du 19e siècle. J’imagine que tu faisais allusion aux cartes, aux foulards et aux colombes? La magie traditionnelle vient de plus loin encore. Il y avait des pratiquants au Moyen Âge et il y en a encore aujourd’hui. De notre côté, nous créons avec un langage plus contemporain, qui tend vers quelque chose de plus esthétique, avec un mode de création et d’apprentissage différent.

  1. C’est un spectacle qui semble très multidisciplinaire. Est-ce que c’est important pour toi t’intégrer plusieurs formes d’arts?

La magie n’a pas d’incarnation, c’est ce qui la bonifie. Elle n’est pas de corps, elle est dans tout ce qui n’est pas le réel. Pourtant, à l’intérieur du réel, quand on vit ou on voit quelque chose de très beau et d’inattendu, qui ne pourrait pas arriver normalement, on lui attribue un caractère magique. On prend corps sur quelque chose et la magie se met alors à exister. Ce qui devient intéressant, c’est lorsqu’elle s’incarne en croisant avec d’autres langages. On a bien compris cela en intégrant le cirque, l’acrobatie, la danse et même le théâtre dans notre spectacle.

  1. Comment se passe la création de ce genre de spectacle? Par où l’on commence?

Rêveurs définitifs est un cabaret-musique. Il s’agit donc de numéros. Certains ont été écrits particulièrement pour le spectacle, mais d’autres existaient déjà. Nous avions envie de jumeler plusieurs créations. Dans ce projet-là, je suis metteur en scène, mais je suis également co-auteur de tous les numéros. Il n’y en a aucun que j’ai écrit tout seul, se sont tous des collaborations avec des gens avec qui je travaille très régulièrement. Nous avons eu envie de réunir la vision que j’ai de la magie avec celle des multiples collaborateurs et humains avec qui j’ai déjà partagé la scène. Le spectacle a eu un bon succès en France, ça nous a même un peu dépassé, même si nous étions très content. Ça nous a encouragé, parce que ça marchait bien. Il y avait justement une diversité dans les propositions et dans les descriptifs qui faisaient un tout très cohérent. Les spectateurs sont invités à partir en voyage.

  1. Tu impliques beaucoup de nouvelles technologies dans ton spectacle. Trouves-tu cela important?

C’est important, mais ce n’est pas cela qui fait que c’est intéressant! Ce qui l’est, c’est la façon dont on s’en sert! Il y a plein de formes de technologies, parfois visible, parfois non, mais il faut surtout que ça soit intéressant et que ça aide à raconter quelque chose. Il y a un numéro qui travaille beaucoup avec un procédé de cinéma-théâtre. Je ne sais pas si cela s’appelle aussi comme ça en québécois, parfois les termes sont différents! Il y a donc un écran sur scène et l’acteur entre dans l’écran, mais il est également représenté à l’aide d’hologrammes. Le personnage est donc en double, même en triple. Il y a le réel, l’espace virtuel et le virtuel dans le réel. Le but est de faire dialoguer les trois! Puis, on ajouter la magie et on crée un autre espace que l’on peut exploiter. Cela devient extrêmement comique, poétique et spectaculaire à la fois!

  1. Est-ce que c’est un spectacle pour tous?

Oui! Absolument! Je pense que tout le monde peut apprécier.

  1. Et pourquoi on devrait aller voir Rêveurs définitifs?  Faites-moi votre  »pitch » de vente!

Moi je suis metteur en scène, c’est difficile! (rire) C’est une bonne question! Je pense qu’il y a quelque chose qui relève du merveilleux qui est rarement vu sur scène. C’est à la fois très spectaculaire, il y a des vols humains, des hologrammes, énormément de technologies, des objets qui volent au-dessus du public, mais aussi très touchant. Un des numéros a été sacré champion du monde comme étant le numéro le plus primé de l’histoire de la magie! Les interprètes sont complètement dingues! Cela donne une œuvre qui fait vibrer les gens qui la voient.

  1. Est-ce que c’est la première fois que tu amènes le spectacle en Amérique? As-tu des attentes?

C’est la première fois, oui! Mais j’ai plusieurs projets à Montréal, avec beaucoup d’artistes différents. Donc je sais déjà qu’il y a une vie, une curiosité. J’ai une très grande confiance, un grand respect et une grande amitié pour ces projets-là et pour la ville elle-même! Je me dis, j’espère, que le spectacle devrait aussi toucher le public québécois! Puis, c’est une ville avec une effervescence incroyable! Ça reste un des endroits où il se fait des choses les plus intéressantes artistiquement! Ça se passe beaucoup à Montréal, particulièrement pendant l’été où il y a énormément de festivals. Vous réussissez à réunir tellement d’artistes talentueux, ça me fait briller les yeux!

  1. Ce ne sera donc pas ta première visite chez nous?

Non non! Je suis venu quelques fois! C’est une ville que j’aime énormément. Comme je disais, je suis déjà sur plusieurs projets. J’y suis allé pour des raisons professionnelles et amicales!

  1. Quels sont tes plans pour la suite, qu’est-ce qui est à surveiller?

Je vais mettre en scène un spectacle pour la Comédie-Française! J’ai aussi des collaborations avec le Cirque du Soleil qui s’en viennent. Il y a aussi des spectacles d’envergures avec des grands musiciens, dont je ne peux pas encore beaucoup parler. J’ai aussi des projets avec des opéras! Et, bien sûr, je vais encore tourner avec Rêveurs Définitifs en France et à l’extérieur.

Rêveurs Définitifs est présenté à Montréal jusqu’au 8 juillet 2017.

 

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