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J’accuse : une envie de révolution

Sur un fond d’Isabelle Boulay, de bas collants, de soupe à l’oignon, de St-Jean Baptiste sur les plaines d’Abraham ou au Parc Maisonneuve, de petite vite dans les toilettes d’un avion, J’accuse raconte l’histoire de cinq femmes qui veulent se faire entendre, qui doivent se faire entendre.

Les femmes sur scène, elles parlent beaucoup. Du début à la fin, sans vraiment prendre le temps de s’arrêter. Elles vomissent les mots qui sont restés trop longtemps à l’intérieur d’elles. Ces mots amers, touchants, poignants, percutants, que le spectateur reçoit de plein fouet.

Il y a d’abord la fille qui encaisse, jouée par Catherine Paquin-Béchard en remplacement d’Ève Landry. Elle, elle s’habille en carte de mode d’ici et change des vies du matin au soir. En effet, elle travaille dans une boutique chic pour femme accomplie. Et elle n’en peut plus, mais supporte, en bronchant intérieurement, passivement, agressivement.

Puis vient la fille qui agresse que Catherine Trudeau joue avec justesse. Elle est l’image même de cette femme qui semble tout avoir et qui va voir Casse-Noisette à la Place des arts chaque année. Mais elle vit dans Hochelaga Maisonneuve. Mais elle peine à tenir sa compagnie Passion Confort (passion confort en anglais) à flot. Mais elle trompe son chum.

En troisième, la fille qui intègre, portée par Alice Pascual. Elle dément les vieux préjugés et idées préconçues des immigrants. Elle n’est pas voilée. Elle ne mange pas qu’épicé. Et ce n’est pas parce qu’elle n’est pas capable de finir le coffret DVD de Passe-Partout qu’elle n’appartient pas à ce peuple. Elle veut se faire faire l’amour par un homme québécois, un vrai, un bucheron avec des grosses mains et des poèmes de Gaston Miron plein la bouche. Elle veut dire à chaque Québécois que leur beau Québec est si fort, mais si fragile à la fois.

Campée par la solide Debbie-Lynch-White, il y a la fille qui adule. Elle s’adresse directement à l’auteure afin de lui faire comprendre que ce n’est pas correct de l’utiliser et de faire d’elle la risée de sa pièce. Oui, elle aime Isabelle Boulay de toute son âme. Mais ce n’est pas vrai qu’elle va se laisser démonter par un petit peu de jugement. Après tout, qui décide de ce qui est normal?

Finalement, la fille qui aime, par Léane Labrèche-Dor. Celle qui est en peine d’amour. Pas d’un homme, mais d’une amie. Qui cuisine pour oublier. Qui est comme une enfant perdue.

Ces femmes, elles ont soifs. Soifs de révolution. Elles se révoltent de ce que l’on pense d’elles, de ce qu’elles sont. Elles sont à la défense d’elles-mêmes, dans leur petit quotidien, dans leur grand drame et aussi un peu du contraire. Elles sont la preuve que l’humain est plus fort que toutes les étiquettes qu’on peut vouloir lui mettre.

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Le style d’écriture monologué d’Annick Lefebvre permet d’énoncer clairement les émotions et de créer un amalgame de dimensions. La forme donne le feu vert à l’auteure pour hyperventiler sur 1001 sujets qui touchent cette génération de femmes qui ont entre 25 et 35 ans. Truffé de références d’ici, le texte est livré de façon linéaire, chose qui demande un effort d’attention au spectateur. Cette mitraille de mots devient un peu difficile à suivre pour une audience non aguerrie. Heureusement, le texte ainsi que les comédiennes sont à la hauteur de cette tâche. La mise en scène de Sylvain Bélanger est minimasliste et légèrement statique, laissant la place qu’il faut à la revendication d’idées et à la révolte des femmes.

J’accuse, c’est vouloir dire tout haut ce qu’on pense tout bas. C’est tout démolir dans l’espoir de, peut-être, mieux rebâtir. C’est mettre à jour différentes quêtes, différentes directions, différents combats. C’est mitrailler de questions un public pendu aux lèvres de ces femmes qui gueulent leur mécontentement. Nous en sortons avec une envie de révolution au corps et une tempête plein la tête.

 

La pièce J’accuse est présentée au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 25 février.

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Mes mots favoris sont calembour, grivois, charismatique, cucurbitacée et baliverne. Je veux tout connaître par cœur. Je peux d’ailleurs vous réciter Speak Wh...