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RIDM 2016: 128 regards sur le monde

Du 10 au 20 novembre, la 19e édition des Rencontres internationales du documentaire à Montréal (RIDM) présente un véritable portrait du monde contemporain en 128 films d’ici et d’ailleurs. Avec près de 35 pays invités et 13 premières mondiales, la programmation 2016 déborde d’enjeux et de perspectives cruellement actuels.

Des guerres de frontières
Gagnant de l’Ours d’or 2016 au festival de Berlin, Fuocoammare par-delà Lampedusa ouvre les RIDM le jeudi 10 novembre. Alors que le nombre de migrants qui risquent leur vie pour atteindre l’Europe ne cesse d’augmenter, ce film de Gianfranco Rosi est une immersion singulière dans le quotidien de l’ile italienne, célèbre port d’arrivée de nombreux réfugiés. Un journaliste au Front de Santiago Bertolino, connu pour Carré rouge sur fond noir, clôturera le festival. Accompagnant Jesse Rosenfeld, pigiste spécialisé dans la couverture de zones de conflit, Bertolino offre un portrait du journalisme de guerre à l’ère des communications avancées.

La crise des migrants et le durcissement des frontières, thèmes importants de cette édition, s’imposent certainement comme les enjeux de notre époque. The Great Wall (Tadhg O’Sullivan) illustre, par des plans visuellement spectaculaires, les mesures de sécurité utilisées en Europe à la suite de la crise migratoire; Havarie (Philip Scheffner) filme avec une inquiétante étrangeté une embarcation de migrants à la dérive; Ta’ang (Wang Bing) offre un portrait attentif du peuple Ta’ang, une minorité ethnique qui fuit une guerre peu médiatisée à la frontière de la Chine et de la Birmanie.

The Great Wall

The Great Wall


Mixed Feeling, du réalisateur de Five Broken Cameras, Guy Davidi, et Entre les Frontières de Chen Alon semblent en parfait dialogue. Alors que le premier illustre le travail d’Amir Orian, acteur réputé, qui cherche à confronter par le théâtre la jeunesse israélienne sur le conflit israélo-palestinien, le second se glisse dans l’univers de réfugiés soudanais et érythréens prisonniers à Holot depuis des années, qui racontent leurs histoires à l’aide d’un atelier de théâtre, inspiré du Théâtre de l’opprimé de Augusto Boal.

Quand la fiction rencontre le documentaire

La nouvelle catégorie Hors limite propose des documentaires qui brouillent les frontières entre la réalité et la fiction. À la manière d’Elephant de Gus Van Sant, Dark Night (Tim Sutton) s’immisce dans la banalité quotidienne et morbide d’une banlieue américaine, hantée par le massacre commis dans un cinéma du Colorado en 2012 ; All these sleepless night (Michal Marczak) oscille entre des captations sur le vif et des situations actées, déambulant dans l’univers atemporel des soirées technos de la jeunesse de Varsovie ; El futuro perfecto enchevêtre vie réelle et vie fantasmée, à travers l’apprentissage d’une langue d’une jeune femme d’origine chinoise, ayant récemment immigré en Argentine.

All these sleepless nights

All these sleepless night

Les femmes dans le monde : Une quête de liberté

Des récits intimes, extravagants et touchants livrent le quotidien de femmes fortes dans le monde. Manuel de libération d’Alexander Kuznetsov filme le combat de Yulia et Katia,  internées arbitrairement à leur majorité dans un hôpital psychiatrique. Cette soif d’émancipation apparait également dans le récit rocambolesque de Madame B, histoire d’une Nord-Coréenne de Jero Yun. Madame B s’est évadée de la Corée du Nord, a été vendue à un homme par ses passeurs, et tente depuis de s’occuper de ses deux familles, en trafiquant de la drogue aux frontières. Gulîstan, terre de roses, de la Québécoise d’origine turque Zaynê Akyol, documente la vie des combattantes kurdes contre le groupe armé État islamique. Ces femmes révolutionnaires nous plongent dans leurs réflexions, leurs rêves et leurs idéaux de liberté.

Madame B

Madame B

Une parole autochtone

Parmi une sélection d’une quarantaine de films québécois et canadiens, on retrouve des documentaires autochtones aux revendications culturelles et identitaires fortes. Angry Inuk (Alethea Arnaquq-Baril) suit un combat mené par plusieurs Inuits contre les interdictions de chasse aux phoques intentés par des groupes de défense des animaux richement financés;  INAATE/SE/ [it shines a certain way. to a certain place./it flies. falls./] réinvente le récit historique occidental, en créant de manière expérimentale une résonnance avec l’ancienne prophétie ojibwée des sept feux, prémonition de la rencontre avec l’homme blanc.

Angry Inuk

Angry Inuk

Organisée par La Riposte des cinéastes autochtone, une discussion gratuite avec les réalisateurs Adam Khali, Alanis Obomsawin, Alethea Arnaquq-Baril, Audra Simpson, Isabella Weetaluktuk et Zachary Khalil sur la représentation du récit autochtone au cinéma et le renversement des canons traditionnels aura lieu le 12 novembre.

Cette riche programmation prouve la force des RIDM à proposer des documentaires toujours aussi ancrés dans l’air du temps. Beaucoup d’autres activités sont à découvrir durant ces 11 jours de festival. Pour plus d’informations et pour l’achat des billets, consultez le site web de La Vitrine.

 

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