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Joan Jonas : une artiste femme tournée vers l’avenir

Elle a travaillé avec les plus grands, elle a sillonné le monde et ses productions ont fait le tour des plus grandes institutions. Il ne fait aucun doute que Joan Jonas figure parmi les artistes phares de l’art vidéo et de la performance.

Ses intérêts marqués envers la représentation et la perception de l’identité féminine, les politiques écologiques de même que sur la mondialisation et l’hybridité culturelle qui en découle, ont influencés des générations d’artistes. Difficile de résumer cette riche production aux élans avant-gardistes, qui s’échelonne sur cinquante ans. C’est pourtant ce qu’a entrepris avec envergure la Fondation pour l’art contemporain DHC/ART en présentant cet été From Away, une exposition déployée sur les 4 étages du bâtiment patrimonial de la rue St-Jean. S’ajoute à la rétrospective l’œuvre They come to us without a word. Originellement présentée au pavillon des États-Unis lors de la 56e Biennale de Venise (2015), l’installation est une première sur le continent nord-américain!

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Le corps féminin en jeu

Formée d’abord en sculpture, l’artiste américaine renonce au début des années soixante à la production d’objets pour se tourner vers l’expérience vécue. Elle explore un terrain encore novateur à l’époque : celui du mélange entre la performance, la capture vidéo et l’image en différé. Malgré tout, sa formation demeure très importante au sein de sa pratique, car Jonas joue des notions d’espace, du geste et de la matérialité, allant même à considérer les moniteurs de télévision au sein de ses performances comme des objets sculpturaux.

Elle participe à l’émergence du body art, un mouvement qui apparaît avec les enjeux féministes de l’époque. Dès ses premières performances, la diffusion de l’image en direct et le miroir deviennent des motifs récurrents, révélant les enjeux du corps féminin et de sa représentation réelle et imaginaire.

Cette relation entre le corps de l’artiste et le public conduit à la création de performances aux chorégraphies audacieuses et presque rituelles, telle que ses séries emblématiques Mirror Pieces et Organic Honey. Présentées au travers d’archives vidéos, d’objets, d’images photographiques et de bandes sonores, ces séries aux multiples versions dévoilent au sein des espaces de DHC/ART, une attitude presque obsessionnelle de l’artiste envers la représentation de son corps.

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Un art qui éclaire des dangers

C’est en se baladant dans les espaces de la galerie que l’on prend conscience de l’interdisciplinarité et de la flexibilité de la pratique de Jonas. Et pourtant, d’une salle à l’autre, il se tisse un fil conducteur d’une grande poésie, qui interpelle le rêveur et le plonge dans la contemplation. La littérature, la culture populaire, l’histoire de l’art, le cinéma et les voyages sont au cœur du travail de l’artiste. Ses œuvres sont des collages, desquels naissent sans cesse de nouveaux sens.

Sa dernière création, They come to us without a word, est probablement la plus significative. S’inspirant des histoires de fantômes, de la tradition orale du Cap-Breton et du livre de John Berger intitulé Why Look at Animals?, l’installation crée un environnement immersif, dans lequel vidéos, dessins et sculptures se juxtaposent. À la manière d’un tableau vivant, l’œuvre se déploie en cinq salles et explore des thèmes et des enjeux environnementaux actuels, notamment la disparition des abeilles, la question de la domesticité des animaux, la force et la fragilité des éléments naturels, et l’avenir, symbolisé par des enfants.

Alors que nous sommes bombardés d’informations à une vitesse effrayantes chaque jour, From Away entraine le spectateur dans un univers ralenti par la poésie, les métaphores et les voyages. Un art de la redéfinition et du nouveau regard, qui fait de Joan Jonas une artiste femme impressionnante au travail artistique toujours actuel.

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