BIAN733

Quand les automates défient l’art contemporain

Existe-t-il des formes d’intelligences artificielles assez développées pour créer des oeuvres d’art à l’égal de l’homme? Et si oui, quelles sont les conséquences sur l’art et la culture? Voilà les réflexions qui fondent, à travers diverses propositions artistiques locales et internationales, la 3e Biennale d’art numérique. Déjà amorcée depuis le 3 juin, cette dernière se déploie dans plusieurs lieux artistiques de Montréal, dont l’Arsenal art contemporain, qui constitue son point d’ancrage principal.

Cette année sous le thème AUTOMATA : L’art fait par les machines pour les machines, la BIAN vous propose une diversité de créations alliant robotique, installation, réalité virtuelle, réalité augmentée, sculpture, photographie et même vidéo numérique. Si la Suisse est à l’honneur cette année, plusieurs pays sont également de la partie, notamment la Corée du Sud, la Yougoslavie, l’Afrique du Sud, l’Autriche, les États Unis, la France, l’Espagne, et d’autres.

bian5001

bios [bible]

À l’heure où la technologie façonne notre quotidien d’une manière si usuelle que l’on ne la remarque pratiquement plus, les oeuvres d’AUTOMATA poussent la réflexion sur les potentialités créatives, techniques, cognitives, voire même parfois dangereuses, que recèle le développement de cette dernière sur la culture et la société. C’est ainsi que le robot industriel bios [bible] met en relation deux systèmes culturels constitutifs de la société occidentale —la Foi et le rationalisme scientifique— en retranscrivant de manière manuscrite la bible sur papier; que l’installation What do machines sing of? chante les grands classiques de la chanson pop des années 90, en cherchant à reproduire les sentiments humains; que Nihil ex Nihilo, une sculpture électronique composée d’afficheurs alphanumériques, dialogue à partir d’un algorithme interne avec les machines du réseau, questionnant ici l’éventuelle autonomie des ordinateurs intelligents.

BIAN_Nihil500

Nihil ex Nihilo

Bien que certaines soient plus ludiques, on retrouve également au sein de l’exposition des oeuvres à caractère politique. Trackpad, US Drone Strikes, Yemen 2014, de l’artiste français Jean-Benoit Lallemant, reporte les points d’impact des drones américains au Yémen sur une toile de lin. Sans laisser de trace, l’oeuvre porte un véritable commentaire sur la froide mécanisation de la guerre contemporaine, de plus en plus télécommandée. L’oeuvre vidéo de Kim Joon, Calf Red Snakes, s’intéresse quant à elle à la relation du corps et du tatouage, un tabou culturel en Corée du Sud. Tatouées d’attribut animal, les chaires se frottent lascivement de manière à rendre inconfortable celui qui les regarde. Elles révèlent en ce sens la répression sociale ambiante, qui s’appuie sur un ensemble rigide de conventions culturelles.

BIAN_snake500

Calf Red Snakes

À ceux qui croyaient que les machines ne servaient qu’à reproduire, elles nous prouvent ici le contraire. Et comme le dit le dicton « que tel est pris qui croyait prendre », puisque les automates nous donnent une leçon : celle que l’homme n’est peut-être pas le seul créateur doué de sens artistique.

Jusqu’au 3 juillet, les machines d’AUTOMATA promettent de défier nos appréhensions. Une panoplie d’activités et d’expositions de la BIAN sont également à découvrir tout l’été à travers Montréal! Pour plus d’informations, consultez le site de La Vitrine!

 

Exprimez-vous
Blogueur