desarbres1

L’empreinte d’une vie

Un bébé ? Une seule question posée dans un Ikea qui chamboule la vie d’un couple de trentenaires. À cette époque où le monde s’entredéchire à coups de bombes et d’attentats, où la planète est menacée par les voitures et les aérosols, quelles sont les conséquences de mettre un nouvel être humain sur terre ? Présentée à La licorne jusqu’au 3 mai, Des arbres de Duncan MacMillan présente ce couple, formé des comédiens Sophie Cadieux et Maxime Denommée, dans leur histoire d’amour et leurs remises en question.

Pessimistes ces arbres ? En fait, ils nous confrontent à nos propres contradictions. Dans notre désir de bien faire, on recycle, on circule à vélo, on donne à des oeuvres de charité, on lit, mais est-ce que ça fait véritablement de nous de « bonnes personnes »? Dans ces beaux gestes envers la planète et autrui réside cette question phare de la pièce.

On rit beaucoup pendant la représentation. Le texte, traduit par Benjamin Pradet, est mordant, franc, moderne, à la fois simple et complexe. Le rythme est effréné; on passe d’une idée à l’autre sans réfléchir comme dans cette scène à la sortie du Ikea où le personnage de Sophie Cadieux pense à haute voix, sans censure. Parce qu’on aborde ici les derniers tabous de la parentalité. Si des personnes intelligentes, informées et sensée décident de ne plus faire d’enfants pour sauver la planète, il ne restera que les enfants des abrutis qui se reproduiront ? Est-ce que tout le monde devrait procréer ? Ouf ! Les questions se bousculent sans réponses. Les personnages sont tiraillés entre leurs réflexions et leurs envies.

Des-arbres

Sur la minuscule aire de jeu, la mise en scène de Benoît Vermeulen est plutôt minimaliste. Une bouteille d’eau comme seul accessoire et les éclairages font le travail. Les ellipses temporelles confèrent à la pièce son originalité. D’une phrase à l’autre, les personnages se retrouvent quinze minutes, une heure, une journée voire plusieurs années plus tard, sans jamais perdre le spectateur, rehaussant même l’aspect comique des scènes. Les coupures dans le temps sont à l’image de coupes franches dans un montage cinématographique.

Les acteurs portent la pièce sur leurs épaules. Pendant 1 h 25, ils enchaînent un flot de paroles à un débit accéléré. Sophie Cadieux est remarquable dans son rôle de la blonde verbomotrice en constant questionnement, à l’humeur changeante et aux opinions sans filtre, tandis que Maxime Denommée joue sensiblement le chum dépassé qui essaie de comprendre son amoureuse tout en remettant lui aussi ses valeurs en question. Plus qu’une question écologique et morale, Des arbres est aussi l’histoire d’amour simple et compliquée d’un couple normal.

Et les arbres ? Pour remédier à l’empreinte écologique d’un possible enfant, le couple veut planter des forêts. Au final, les arbres c’est peut-être nous; une petite graine qu’on sème, qu’on arrose, qui grandit, qui vacille au gré des tempêtes et qui meurt.

Exprimez-vous
Blogueur

J’ai longtemps travaillé dans les billetteries. Cinq années à vendre à des clients les billets pour les meilleurs spectacles. Cinq années à remettre aux clie...