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Un désir dérangeant

L’an dernier, le Tramway nommé désir avait traversé l’Espace Go en laissant derrière lui un public enthousiasmé. La pièce mise en scène par Serge Denoncourt est de retour cet hiver.

Je ne connaissais Un tramway nommé désir que de nom. Je savais qu’il s’agissait d’une pièce de théâtre et d’un film, mais ça s’arrêtait là. J’ai donc pu assister à la pièce avec un regard neuf, sans l’ombre d’une comparaison à pouvoir dessiner. Je suis sortie ébranlée de cette pièce puissante suintante de désir et de sexe.

Au milieu du vingtième siècle, Blanche DuBois (Céline Bonnier) décide de rendre visite à sa sœur Stella (Magalie Lépine-Blondeau) et son mari, le rustre Stanley Kowalski (Patrick Hivon), ouvrier polonais, à New Orleans dans leur modeste appartement. La visite qui ne devait durer que quelques jours s’étire sur plusieurs semaines bouleversant la vie du jeune couple. Quelle est réellement la raison de la visite de Blanche ?

Magalie Lépine-Blondeau et Patrick Hivon. Photo par Caroline Laberge

Magalie Lépine-Blondeau et Patrick Hivon. Photo par Caroline Laberge

Dans le coin avant de la scène, l’auteur de la pièce, Tennessee Williams (Dany Boudreault), s’adresse au public et contemple sa pièce se dérouler sous ses yeux. Blanche DuBois, c’est lui. Elle est la représentation de ses désirs, assouvis et refoulés, la porteuse de ses pulsions. Stanley, c’est son fantasme enfin charnel. La scène est un grand appartement sans murs ni cloisons où rien n’est dissimulé.

Serge Denoncourt a décidé de ne rien suggérer. On montre tout. Baise, masturbation, viol… Ce qui trouble ce ne sont pas les scènes de nudité ou de sexualité, mais la violence qu’elles comportent. Le désir est bestial, cru; un besoin primaire à combler.

Patrick Hivon, Céline Bonnier et Magalie Lépine-Blondeau. Photo par Caroline Laberge

Patrick Hivon, Céline Bonnier et Magalie Lépine-Blondeau. Photo par Caroline Laberge

Au centre de l’œuvre : Blanche. Personnage complexe qui babille constamment, qui veut toujours qu’on la voie à son meilleur et qui ment continuellement pour enjoliver la réalité. Elle passe de la bonne humeur aux larmes en un instant. L’anxiété qui la ronge se mêle à une farouche peur de vieillir et de ne plus plaire. Elle use de son charme avec l’ami simplet de Stanley, Mitch (Jean-Moïse Martin), et le convainc de sa fausse vertu pour espérer un peu de tendresse. Le désir qui la ronge est montré du doigt comme une maladie. Une femme de cette époque qui a des envies sexuelles et qui les assouvit ne peut être que déséquilibrée. Et que dire de cette attirance envers son beau-frère qu’elle ne peut refréner… Céline Bonnier passe agilement d’un registre à l’autre; de la frivolité, à la violence, à la folie.

Une pièce d’une sensualité brute qui laisse une empreinte derrière elle.

Un tramway nommé désir est présenté à l’Espace Go jusqu’au 13 février 2016.

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J’ai longtemps travaillé dans les billetteries. Cinq années à vendre à des clients les billets pour les meilleurs spectacles. Cinq années à remettre aux clie...