bandeauflaneurs

Les génies errants

Les temps sont durs pour les marginaux. Les temps sont durs pour Kevin et Jasper, deux adultes refusant l’obéissance aveugle qu’exige la société. Ils sont bizarres, anticonformistes, et leur amitié semble tissée dans un passé complexe. Mais ces deux-là sont de véritables génies, des génies errants. Et ce sont les personnages centraux de la pièce Les Flâneurs Célestes, présentée jusqu’au 20 novembre à La Licorne.

Flânant à l’arrière d’un café, les deux hommes discutent, jouent de la musique, et consomment des substances illicites. Jusqu’à ce qu’Evan, un jeune employé du café, leur demande de partir. Ils ne partiront pas, ils feront encore mieux : ils s’intéresseront à cet adolescent réservé et encore préservé des coups bas de la vie.

La musique, l’amitié, Bukowski, et la tragédie de la Vie avec un grand V représentent les piliers de cette magnifique pièce pleine d’espoir et d’humour malgré ses noirceurs. Le sourire au visage côtoie les larmes à l’œil à mesure que l’histoire avance, à mesure qu’on s’attache à ces trois êtres.

Il s’agit originalement d’une œuvre de l’auteure américaine, Annie Baker, qui avait créé la pièce pour faire travailler son chum comédien. Mais cette pièce a finalement fait beaucoup plus que ça ; elle lui a permis de recevoir le prestigieux prix Pulitzer en 2014. Au Québec, c’est David Laurin qui entreprit de la traduire après avoir eu un coup de cœur pour la pièce de Baker. Produite par LAB87, c’est à notre plus grand bonheur que la pièce fut finalement exportée dans nos salles pour une première fois en 2014 au Théâtre Prospero, et maintenant à La Licorne.

flaneurcelestes500

Dirigée par David Laurin et Jean-Simon Traversy à la direction artistique, Les Flâneurs Célestes ne serait pas ce qu’elle est sans le talent de ses comédiens. Éric Robidoux dans le rôle de Kevin est absolument renversant. Pour jouer son personnage abimé par un passé dépressif et l’abus de drogue, Éric a puisé dans ses anciennes recherches et visites à l’institut psychiatrique, celles-ci lui ayant été nécessaires pour un ancien rôle. Tout y est : les tics, l’imprévisibilité, l’émotivité, tout. Jasper, interprété par Mathieu Quesnel, est l’opposé : stable, plutôt silencieux, il tempère les écarts de son ami. Ce qui est touchant dans le personnage de Jasper c’est sa grande sensibilité, s’exprimant à travers sa musique et sa poésie. Et enfin, le personnage du jeune Evan, interprété par Laurent McCuaig-Pitre, se découvre quant à lui peu à peu. S’exprimant d’abord en anglais, Evan deviendra de plus en plus proche des deux flâneurs, allant jusqu’à leur confier ses secrets et ses peurs devant sa vie d’adulte qui s’entame. Car contrairement à Jasper et Kevin, tout est encore possible pour lui.

C’est donc derrière un café, quelque part au Québec, que ces trois personnages plus humains que jamais, deviendront peu à peu devant nos yeux de célestes flâneurs. Et c’est touchant à voir.

Pour en découvrir plus sur cette magnifique pièce, cliquez ici.

Exprimez-vous
Blogueur

N’ayez crainte pour ma santé mentale. L’exagération est un excellent remède à la morosité!