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Bête de scène : Entrevue avec Jérémy Du Temple-Quirion

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2013, Jérémy Du Temple-Quirion se fait de plus en plus remarquer, et pour cause. Même s’il mène présentement un véritable marathon de spectacles dans le cadre du Zoofest, l’humoriste de la relève a pris quelques minutes dans son horaire chargé pour discuter avec La Vitrine.

Comment t’es-tu rendu compte que tu étais comique?

Jérémy Du Temple-Quirion : J’ai grandi dans une famille qui rit beaucoup. On a le rire facile à la maison. J’ai grandi avec deux filles, et je ne pouvais pas me battre avec mes petites sœurs. Donc, pour faire réagir le monde, fallait que je les fasse rire. C’est peut-être là que ça a commencé… Tout le monde était pas mal comique à la maison : ma mère, mon grand-père, mon père, mes sœurs… Je ne dis pas qu’ils sont tout le temps drôles, mais on a le rire facile chez nous. Après ça, à l’école, je voyais que je me faisais accepter aussi quand j’étais comique. C’est quelque chose que j’ai remarqué.

Il y a des gens comiques qui décident d’être dentistes ou politiciens… Qu’est-ce qui t’a donné le goût de faire carrière en humour? L’argent, la gloire, les femmes, ou toutes ces réponses?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Rires). Pour vrai, je pense que c’est aucune de ces réponses. Mes parents m’ont emmené à Juste pour rire quand j’étais jeune, et je ne comprenais pas que c’était une job. Je ne comprenais pas comment ça fonctionnait, mais je trouvais ça tellement nice! Je trouvais ça vraiment tripant, et à un moment donné, je me suis dit : « Crime, j’ai juste à essayer! ». Et j’ai essayé, en secondaire V, au gala de fin d’année. Mon premier spectacle à vie était à l’Étoile du quartier Dix30, devant toute mon école, tous les profs, toute la direction, et tous les parents. Ça a été l’un des moments les plus stressants de ma vie. J’avais peur de me planter, j’avais peur de me faire ridiculiser, puis finalement, dès que j’ai eu un rire, ma vie a changée. C’était le plus beau moment de ma vie, et je me suis dit que j’allais essayer de le reproduire le plus souvent possible. J’ai fait trois ans de Cégep, j’ai fait Cégeps en spectacle, je suis rentré à l’École de l’humour. Moi, je veux faire des shows à tous les soirs, parce que j’aime faire rire les gens, j’aime raconter des blagues. Je fais ça aussi pour mon plaisir personnel et, habituellement, ça passe par le rire des autres.

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Est-ce qu’il y a des humoristes qui t’ont influencé, ou des humoristes dont tu es jaloux?

Jérémy Du Temple-Quirion : Non, je ne suis pas un gars jaloux dans la vie, mais j’admire. J’admire la manière de travailler de certains humoristes, comme Gad Elmaleh, que j’ai découvert relativement jeune. Il fait rire les gens d’une manière tellement simple et pure, il est tellement intéressant à écouter. Beaucoup d’Américains aussi. Des Louis CK, Dave Chapelle, Chris Rock, Seinfeld, Jimmy Fallon… C’est des ultra-travaillants, des ultra-perfectionnistes. C’est beaucoup la manière de travailler des gens qui m’inspire. J’écoute beaucoup de documentaires sur eux, beaucoup d’entrevues, en plus de leurs stand-ups, pour vraiment voir les dessous du travail. C’est comme n’importe quoi. Tu veux être bon en nage, ben plonge dans l’eau, et nage. L’humour, c’est un peu la même chose. C’est vraiment ce que j’apprends en regardant ces gens-là, qui jouent à tous les soirs, tout le temps.

Il y a déjà quand même quelques humoristes au Québec… Est-il difficile de faire sa marque quand on débute en humour?

Jérémy Du Temple-Quirion : Je pense qu’il y a une certaine sélection naturelle qui se fait, dans le sens que la relève, on a un beau milieu, celui des bars. Le calibre est assez fort, ce qui fait que si tu ne travailles pas fort, que tu ne perfectionnes pas tes blagues et que tu n’arrives pas avec du nouveau matériel, ben, à un moment donné, tu ne te feras plus booker. Inévitablement, le milieu fait en sorte que t’as pas le choix de t’améliorer, t’as pas le choix de travailler. C’est sûr qu’au départ, tu ressembles aux gens qui t’influencent, sans trop le vouloir. C’est juste que c’est les gens que tu as le plus écouté, donc, inconsciemment, tu vas trouver une musicalité, ou une manière de puncher qui va leur ressembler, mais le but d’un humoriste évidemment, c’est de devenir le plus unique possible. Je pense que la seule façon de vraiment devenir unique, c’est de développer sa propre manière de jouer. C’est dur, mais en même temps, ça se fait un peu tout seul. Tu sais, je ne me suis pas dit : « Bon, moi, ça va être ça ». Je travaille sur mon matériel, je travaille sur la manière de lancer mes gags, puis à ce moment-là, je vais finir par trouver vraiment 100%, Jérémy Du Temple-Quirion, et 0% des autres.

Y’a t-il des sujets ou choses en particulier qui t’inspirent? De quoi aimes-tu rire?

Jérémy Du Temple-Quirion : J’ai le rire vraiment facile. Je suis un gars ben de bonne humeur, mais souvent, j’aime parler de ce qui se passe dans ma vie. Je suis un gars très honnête, donc, j’ai de la misère à mentir. C’est rare que je raconte des trucs qui sont faux sur scène. C’est beaucoup mes réflexions, ce que je vois, ce que je vis. Ça fait un an que j’ai déménagé, que j’habite tout seul, fait que, dans mon spectacle, je parle un peu de solitude, quelque chose qui est nouveau pour moi, comme je viens d’une famille de cinq. J’ai un numéro sur l’infidélité, qui est un thème que je trouvais très riche, qui n’est pas nécessairement comique, mais j’ai trouvé le comique là-dedans. J’étais content, parce que c’est nouveau pour moi, d’attaquer des sujets comme ça. Pour l’instant, je suis un gars assez léger. Je veux juste prouver aux gens que je suis le plus drôle possible, donc, je parle de mon chat, je parle de mon père, ma mère, mes sœurs… Je parle vraiment de mon entourage.

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Tu dis que tu fais de l’humour léger, mais j’ai lu quelque part que tu as déjà fait vomir de rire un spectateur. Est-ce que tu peux nous raconter la blague, ou c’est trop dangereux pour ceux qui viennent de manger?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Rires). Hey, pour vrai, mon Dieu! Je faisais une demi-heure sur la rive-sud de Québec, et puis, à un moment donné, j’ai fait vomir de rire quelqu’un… Pour moi, il avait probablement pris une couple de bières de trop aussi… Je pense que c’est un mélange bouffe, bière, et rigolade… J’étais comme flatté, mais dégoûté en même temps (rires). C’était particulier.

Tu animes le Gala des refusés au Zoofest. Si je comprends bien, c’est un spectacle avec six autres humoristes qui ont été refusé à Juste pour rire?

Jérémy Du Temple-Quirion : Exactement. J’ai eu le flash de ce spectacle-là quand j’ai été refusé aux auditions… En fait l’année passée, j’ai eu une audition pour un gala. Je m’attendais à la même chose cette année, je ne m’attendais pas à faire le gala, mais je voulais au moins faire l’audition pour que l’équipe de Juste pour rire voit mon évolution et voit où je suis rendu. Quand j’ai été refusé, j’ai vécu un peu de frustration, puis j’ai vu qu’il y avait de mes amis et collègues qui vivaient aussi cette frustration-là, et je me suis dit « Pourquoi je monterais pas un show pour le fun, pour nous-autres, et pour rire un peu de cette situation-là? ». J’ai décidé de monter ce spectacle-là avec six humoristes vraiment fabuleux, Mehdi Bousaidan, Sam Breton, David Beaucage, François Boulianne, Didier Lambert, Alexandre Bisaillon et Guillaume Pineault. On a décidé de juste présenter le meilleur matériel, le meilleur des humoristes, pour notre plaisir personnel, et finalement, les gens ont vraiment répondu à la proposition : on est un des meilleurs vendeurs du festival, et on est ben ben ben contents de ça!

Ça aide à se sentir moins rejet…

Jérémy Du Temple-Quirion : Oui, pas mal (rires). Je suis content, parce que je pense que tout le monde a vraiment aimé l’idée, mais, en fait, c’était juste une excuse pour faire un spectacle en habit. C’est juste pour ça (rires).

Tu participes à un paquet de shows durant le Zoofest, parfois tu fais plus d’une prestation par jour. Certaines personnes pourraient penser que tu es le Geneviève Jeanson de l’humour. Alors ma question : est-ce que tu prends de l’EPO pour réussir à faire autant de spectacles?

Jérémy Du Temple-Quirion : (Éclate de rire). Non. Malheureusement non, je suis pur, et euh… Ma mère est venue me porter vraiment beaucoup de nourriture, donc, moi, mes seuls stéroïdes, c’est la nourriture à Nicole. C’est vraiment tout ce que je prends (rires).
 

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Blogueur

Une fois, c’était un gars qui aimait l’humour au point de rire de tout, surtout du pire. Nourri par des comiques comme George Carlin, Coluche, RBO ou Bazooka...