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Somewhere between maybe : ovni créatif

Étrange spectacle qu’est Somewhere between maybe, présenté hier à l’Agora de la danse. Dana Gingras signe une création insaisissable qui échappe aux normes. La chorégraphe montre que la danse peut être complètement éclatée.

Dana Gingras est une artiste d’envergure internationale et audacieuse. Après avoir cofondé la compagnie The holy body tatoo, elle s’est tournée vers une aventure solitaire avec Animals of distinction qui diffusent ses œuvres indépendantes. C’est une artiste qui défend la prise de risque dans la création.

Somewhere between maybe est une prise de risque qui se situe dans un espace autre que celui de notre compréhension immédiate. Dans un univers en apparence ludique, le spectacle est un ensemble de tableaux, d’arrêts sur des états, sur fond de musique de bal. Le spectateur a une vue en contre-plongée sur une scène me rappelant un trou noir où les deux danseuses évoluent en retenues et en pas faussement hésitants. Elles longent les bords de la scène, disparaîssent dans la noirceur, hors du cadre de l’espace scénique. On les devine, on sent leurs mouvements, mais elles sont hors champ. L’influence cinématographique a toujours pris une grande part dans le travail de la chorégraphe.

Sonya Stefan et Jamie Wright ne dansent pas, elles explorent l’espace dans un équilibre précaire, dans une sorte d’étrangeté, dans des actions interrompues. Affublées de masques, elles portent le « fantôme d’une chorégraphie » pour reprendre les mots de Dana Gingras qui a voulu se distancer du langage de la danse.

Très peu d’accessoires ont été utilisés, mais ils avaient leur justesse. D’abord, il y la corde qui sert au jeu des interprètes et qui « tranche » la scène. Puis, le sceau qui empêche les artistes de se toucher, les masques qui isolent les interprètes dans leur propre monde et la trame sonore venue d’un autre temps. Tout semble propice pour un voyage d’une sensation à l’autre.

Dépouillée d’une continuité et d’une histoire, la chorégraphie est basée sur le ressenti. Il faut laisser le pragmatisme à la maison. Quand on s’assoit devant une scène, on accepte implicitement de se plonger dans l’imaginaire de quelqu’un d’autre et toute la beauté est là. On n’est même pas obligé d’aimer. L’essentiel est de saisir au vol cette volonté de créer.

 

Somewhere between maybe
Jusqu’au 13 février à l’Agora de la danse

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De l’autre côté du jour, sensible aux vérités silencieuses, aux beautés muettes et à la subjectivité des choses simples. Un regard pour chaque élan.