Philippe2octobre

Latte à la lavande

Ok. Une semaine et demie avant la première. Ok. Ok.

Une série de décisions doivent être prises. Ces choix vont donner à la production ses dernières couleurs. Normalement, ça devrait consolider tout le travail.

Il y a encore quelques nœuds à défaire, mais j’ai un petit truc pour ça : le latte à la lavande.

C’est ce que j’ai trouvé la semaine dernière, au lendemain d’une répétition particulièrement ardue. Ce latte à la lavande a eu l’effet d’une potion magique. Par la fenêtre de Fuchsia, épicerie fleur, la lumière de l’automne donnait à la rue Duluth tout le décor nécessaire à ma réflexion. Quelques gorgées et boom, tout s’est mis en place dans ma tête. Il faut dire que la veille, les comédiens et Mélanie m’avaient donné une tonne de matériels à mettre en place. Nous avions à nouveau brassé les cartes et je ne savais plus trop où se trouvaient mes atouts.

Donc, je suis là-bas en train de préparer mes propositions pour la répétition, attablé avec mon latte magique à la lavande, le regard pas tout à fait présent et la main placée bizarrement près de la bouche. Je joue les scènes à organiser, juste un petit peu, juste assez pour avoir l’air ridicule. J’oublie que ma table est tout près de la porte grande ouverte, j’oublie tellement que je suis en public que la belle Alexia Bürger, assistante à la direction artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, qui passait par là, s’arrête et me regarde avec un grand sourire. Elle reste dans le cadre de la porte durant deux bonnes minutes avant que je me rende compte de sa présence.

Honte, je venais d’incarner le cliché du théâtreux. Pire, quelqu’un m’avait observé me vautrer dans mes idées. J’avais oublié ma pudeur, trop envoûté par ce maudit latte à la lavande. N’empêche, la répétition suivante fut extrêmement juste et efficace. Nous avions trouvé le souffle nécessaire.

J’y suis retourné pour tester à nouveau la potion. Ça marche. Et tant pis si je prends en otage ce joli café avec mes airs trop introspectifs. Je suis prêt à tout pour amener ce texte là où il peut aller.

Je ne vous demande qu’une chose, soyez indulgent envers les gens qui se parlent seul. C’est peut-être la faute des lattes à la lavande.

Là en bouquet de cendres
Moi je l’aimerai toujours
Malgré l’appel des autres corps
L’eau s’en va toujours ailleurs
Les ailleurs amoureux
Mais ce grand corps qui se penchait sur moi
Que mes souvenirs hallucinent
Ses cheveux de saule pleureur
Le corps se débat
Le cœur intoxiqué
Souvenirs magiques

 

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Blogueur

Philippe Cyr

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