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Alcôve : Le recours aux forêts

Les Escales Improbables se terminent cette semaine. Depuis le 9 septembre, nous avons eu droit à une programmation digne de l’évènement. Ayant traversé ces derniers jours avec leur entrain habituel, ils nous offrent en conclusion un petit bijou de danse en collaboration avec l’Usine C : Le recours aux forêts.

Les Escales, c’est un arrêt sur l’art. Depuis dix ans s’appropriant la ville, cette aventure ne se limite à aucun genre. Des artistes de toute discipline trouvent un espace où jouer et dialoguer avec le public à travers des œuvres originales et étonnantes. De jour comme de nuit, dans les rues ou dans une salle de restaurant, l’art prend sa place (littéralement) pariant sur la réceptivité des gens. Cette édition n’a pas eu à rougir des précédentes. Mes journées plus longues que nature ne me le permettant pas, j’ai manqué tout ce qui me faisait envie : La nuit des murmures, les soupers-danse, les souffleurs commando poétiques. Mais, j’ai trouvé mon réconfort dans la mise en scène de cet ailleurs que l’on recherche désespérément quand l’ « ici » n’est plus ce qu’il devrait être. Quand le mépris pour « nous » devient chose quotidienne.

Nous revenant pour une deuxième année, Michel Onfray et Jean Lambert-Wild collaborent à nouveau, avec à leurs côtés Carolyn Carlson (chorégraphe), François Royet (metteur en scène) et Jean-Luc Therminarias (compositeur). Les deux premiers noms vous seront familiers, car ils nous avaient proposé La sagesse des abeilles durant les Escales de 2012, un autre spectacle philosophique dont Le recours aux forêts s’inscrit dans une certaine continuité. C’est un parti pris hautement poétique mettant en vedette le danseur Juha Marsalo qui campe ce jeune rebelle, dégoûté du monde. Cet esprit torturé et confus – à l’image de la folie humaine – qui trouve son chemin vers la sérénité salvatrice. C’est une fuite nécessaire, à visage découvert, dans le profond du soi. A l’abri de la laideur, des mains noires de sang, de la misère, de la bêtise, il s’isole dans la nature, retrouvant le goût des choses, l’essentiel. Une réflexion sur notre rapport à la nature, qui nous sauve de nous-même.

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Des deux parties, la première est la plus sombre et accompagnée d’un texte plus lourd, chargé de prises de conscience et de révolte. Elle brosse un portrait noir d’une humanité en perdition. Un accessoire dont je tairai le nom pour la surprise, sera nécessaire. La seconde (visuellement ma préférée), m’a fait penser à l’éclosion d’une chrysalide. Ce moment suspendu où la liberté, à portée de main, se fait ressentir dans un ultime sursaut. Notre danseur arrive dans sa forêt, son refuge. Le texte récité/joué par Fargass Assandé, Elsa Hourcade, Stéphane Pelliccia et Laure Wolf, devient une ode à la beauté, à l’abandon, à la rédemption. Sur une scène immergée, je voyais un flâneur. Les adeptes du modernisme me jetteront sûrement des pierres, mais cette phrase de Baudelaire m’est revenue : « voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde ».  Je vous invite à aller vous rendre compte de la justesse de ce spectacle. Quelque part, vous serez ému, entre la terrible vérité et le moment d’agir.

Le recours aux forêts
Usine C – jusqu’au 14 septembre 2013

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De l’autre côté du jour, sensible aux vérités silencieuses, aux beautés muettes et à la subjectivité des choses simples. Un regard pour chaque élan.