Petit-Bonhomme-en-papier-carbone_Julie_Vallee_Leger

Théâtre de papier où la lune a un rôle à jouer

Le Petit bonhomme en papier carbone, histoire noire et salissante, a été présenté sur les planches des Écuries du 16 au 18 novembre. Oeuvre écrite et mise en scène par Francis Monty, du Théâtre de la Pire Espèce. À la régie se trouve Mathieu Doyon. Tous les deux sont présents sur scène et nous offrent une représentation rêveuse, fluide et articulée. Certes, cela est déjà derrière nous. Néanmoins, rien ne vous empêche de participer au reste de la programmation des Coups de Théâtre, franchement belle.

J’ai eu le plaisir d’assister à la représentation de samedi. Et pas samedi soir. Plutôt en après-midi. Ma cousine m’accompagnait. C’est dans un état de songe, un peu avant de m’endormir, quelques nuits auparavant, qu’il m’est venu à l’esprit l’idée de lui demander d’y être avec moi. Peut-être parce qu’intuitivement je pressentais que cette pièce gagnait à être vue avec un membre de la famille. Pourquoi? Parce que c’est ce dont il est question. Un petit bonhomme, Éthienne, ingénieusement campé par le protagoniste principal, et toutes ses autres copies, cherche à se débarrasser de son père. Va-t-il le tuer, le faire tuer?

Le théâtre des Écuries se situe près du métro Fabre, ligne bleue. Première rangée, nous étions assises. À nos pieds, la scène. Sur celle-ci se trouvait une autre scène, plus petite, avec de jolis rideaux de papier. Une table plate, une surface lisse, avec une ligne pour indiquer où se termine la scène, jusqu’où porte la voix de sa mère : « Viens souper Éthienne ». Une musique de fond, alors même que nous entrions, indiquait que la pièce était commencée. Elle a continué avec nous, jusqu’à notre silence.

C’est un théâtre de la proximité où les petits objets nous deviennent si familiers. Un théâtre, plus petit, où nos yeux s’ouvrent, et aussi nos lèvres, parce qu’il faut bien laisser voir nos dents, notre sourire. J’étais excitée, j’avais hâte de voir et d’entendre la pièce. Des objets, des médiations, des mélanges de styles, entre l’album-photo, la bande dessinée, les marionnettes et j’en passe. Bref, un théâtre de papier où la lune a un rôle à jouer.

Entre un récit de l’origine et une série de flashback, le réseau d’intrications, la toile d’araignée des sentiments et émotions, trop souvent tourbillonnaire nous fait… quoi? Ressentir les questionnements du jeune garçon, de tout enfant? Quels questionnements? Ils sont tous étalés devant nous. Les plus existentiels sont laissés de côté, peut-être parce qu’ils ne possèdent pas de réponse. C’est la belle réussite de cette pièce, la narration nous montre les recoins, sans issus, donc impraticables, de la réflexion d’un enfant sur ses parents. Elle désamorce les réflexions «en spirales» et réunit ce qui aurait dû rester irréconciliable. Ce qui parfois est laissé au spectateur est ici résolu. Probablement le signe d’une résolution plus large et personnelle.

Le texte est intelligent, poétique. La mise en récit à l’aide des objets est ingénieuse, fluide. Une mise en scène réussie, superbement interprétée par Francis Monty et son acolyte à la régie, Mathieu Doyon. Rien ne me permet de douter du reste de la programmation du Festival international jeune public, Coups de Théâtre, qui se tient du 14 au 25 novembre 2012 dans plusieurs salles de Montréal. Il ne reste que quelques jours, jeter un coup œil à la pièce Histoires pour faire des cauchemars, le 20 et le 21 novembre, à la maison de la culture du Plateau Mont-Royal, et Les mains de mon père, le 20 et le 21 novembre, aux Écuries.

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