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La vogue de Klein, en un coup d’œil

L’œil dissident, c’est le titre de l’exposition de William Klein présenté à la Cinémathèque Québécoise. Cette dernière, en collaboration avec le Bureau de la Mode de Montréal, se fait un plaisir de présenter l’œuvre entière de William Klein jusqu’au 4 novembre 2012. En passant par ses photothérapies les plus marquantes, jusqu’à ses nombreux films controversés. Si on ne le connait pas et qu’on le découvre du même coup, on se sent coupable de notre méconnaissance. Il évoque tellement de «qualificatifs», de «mercis», de «révolutions», «d’engagements», que j’ai peine à structurer mes phrases.

Je suis allée voir la projection In & Out of Fashion qui présente, étonnement, une rétrospective de toutes les œuvres cinématographiques de Klein. Étonnant en-soi, car on s’attend d’emblée à une autobiographie plutôt axée sur sa carrière de mode. Or, on comprend rapidement qu’il était difficile de détacher les réalités de l’époque aux œuvres de Klein, puisqu’il s’en était énormément inspiré. Le racisme, la guerre froide et l’Américan way of life, ne sont que quelques cordes sensibles auxquelles il a prêté son arc.

Difficile de comparer son style à quelqu’un d’autre. Peut-être est-il comme un Michael Moore sans vice caché, mais avec un penchant prononcé pour l’art visuel? Hum, de façon plus concise, c’est un homme pour qui les enjeux sociaux, autant que l’art, lui tiennent à cœur.

Son entrée en mode commence en 1954, lorsqu’il rencontre le directeur de Vogue Magazine, Alex Liberman. Ne s’étant jamais réellement intéressé à la mode, William Klein y développe un vif intérêt lorsque Liberman lui parle de photographies plus provocatrices. Si Liberman avait su qu’il ne lui fallait que prononcer le mot provocateur pour avoir de son côté Klein, j’imagine qu’il l’aurait fait bien avant. Ironiquement, c’est son ignorance des cadres linéaires de la mode qui l’amène à révolutionner celle-ci. À première vue, il appréhende très mal les studios de photo originels, puisqu’il éjecte rapidement ses sujets de ces lieux. Il crache allègrement sur les poses traditionnelles en revisitant l’art dans la mode. D’ailleurs, dans la première scène d’un de ses films cultes (Qui êtes-vous Polly Maggoo?), il fait déambuler ses mannequins dans de géants costumes asymétriques, qui nous rappellent l’ère des feuilles acétates ou simplement Lady Gaga… Le public féminin est si abasourdi devant le chef-d’œuvre que la rédactrice en chef du magazine mode s’exclame : « Il a recréé la femme! » Le mot modernité commence à prendre tout son sens.

Who Are You, Polly Magoo?, dir. William Klein, France 1966,

Je me demande ce qu’a bien pu être les critiques de son film Le couple Témoin, dans lequel le couple est expérimenté par un genre de Dieu à la Loft Story, qui les scrute dans leurs moindres gestes ou encore de sa série de photos de derrières de bobettes. Si ça, ce n’est pas de l’art mis à nu, je me demande ce que c’est. C’est son côté anticonformiste de l’époque, qui en a choqué plus d’un. On ne saurait dire si c’est davantage son grand cru ou l’écart des normes photographiques qui choquaient le plus ; qui d’autre aurait osé jumeler la mode aux objets religieux à cette époque »

Bref, tout ce qu’il a fait, il l’a fait de façon marginale, en expérimentant son contexte. Parfois, c’est avec peine qu’on arrivait à comprendre certains clichés, tellement il représentait l’inimaginable dans l’imaginable. Pourtant, à d’autres instants, il arrivait à capter la mode dans des cultures ethnographiques diamétralement opposées; du glamour au rockeur, de la dictature à la liberté, des Beatles à la pauvreté, de la danse au fermier, de la vieillesse à la jeunesse, des plis de cou aux plis de fesse, du noir au blanc. À certains égards, son art était tellement franc, qu’il nous faisait voir l’imperfection au grand jour. (Sérieusement, les pubs Doves peuvent aller rhabiller leurs femmes bien dans leur peau…Rien à voir)

photo: Smoke and Veil, Paris (Vogue), 1958. © William Klein.

En somme, ce n’est pas le design de la mode qu’il réinvente en soi, mais plutôt l’histoire derrière cette photo. Enfin, elle nous parle! Les robes à pois ne sont plus que des pois, ils sont des pois exhalés d’une après-guerre et les formes géométriques naissent d’un mouvement rétro, en plein dans les années folles!
En d’autres temps, c’est un homme qui s’est énormément battu pour faire entendre ses valeurs et crier l’injustice. Malgré mon penchant pour la mode, sa série de photo sur la lutte des droits des noirs vaut particulièrement le détour. Car si les robes à pois étaient sorties en 1950 en Amérique, il n’en était pas pour autant partout dans le monde …

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