Le bonheur contagieux de Patrick Huard
On le sait, Patrick Huard n’était pas monté sur scène depuis fort longtemps et son public l’attendait. Car même s’il sait merveilleusement bien porter de nombreux autres chapeaux, on se doit d’avouer qu’on s’ennuyait de Patrick Huard l’humoriste, celui qui parvient si habilement à nous faire rire jusqu’à nous en donner mal aux joues.
Avec ce troisième one man show intitulé Le bonheur, qu’il présente depuis quelques mois, il souhaite partager avec nous sa vision de la chose. Grâce à des confessions et des points de vue, ainsi que des histoires inspirées du quotidien, du sien, il nous invite à réfléchir sur cette notion du bonheur, qui peut nous sembler à la fois tangible et abstraite.
Rencontre avec un artiste accompli…et visiblement heureux.
Pour Patrick Huard, le bonheur, il est là, et il se voit. Là, devant un public qui lui est fidèle depuis des années. « Je savais que je m’ennuyais de la scène, m’avoue-t-il en entrevue, mais depuis que j’ai commencé le show, je réalise que je ne me rappelais pas à quel point c’est le plus beau travail au monde(…). Tu embarques sur scène pendant deux heures pour rire avec les gens (…), c’est extraordinaire. » Et sans effort, son plaisir devient le nôtre.
Choisir d’explorer un tel sujet, c’était avant tout choisir d’aborder un thème pouvant rejoindre un vaste auditoire, voire des milliers de personnes, nous qui avons cette quête commune, cette même aspiration à la plénitude. Cet état de bien-être absolu que l’on cherche à atteindre et à combler, en tant qu’individu ou que collectivité, est donc le principal intérêt et moteur de ce spectacle, d’une durée approximative d’une heure et quarante-cinq minutes. L’humoriste propose deux segments à sa performance, abordant de main de maître la question dans un premier temps, et laissant place aux convictions de son désormais célèbre personnage Rogatien Dubois (Taxi 0-22), dans une seconde partie.
« On ne s’entend pas sur la notion de bonheur! », nous déclare Patrick d’entrée de jeu. C’est donc de cette prémisse que s’enchaîneront, à un rythme parfait, de singulières anecdotes, qui ensemble, survoleront l’actualité : notre consommation d’eau potable, les publicités d’automobiles, de couches et de tampons pour ne nommer que celles-là, les déceptions des magasins à grande surface (aidez-moi à trouver ma vis!), l’impolitesse des jeunes, les essuie-glaces, les agents d’immeubles, la technologie, la conduite automobile, les chauffards et j’en passe.
Exerçant l’autodérision par moments, il nous raconte, avec une aisance qui lui est propre, ses petites frustrations qui l’empêchent (et nous empêchent) d’être pleinement satisfait. Et entre deux histoires de femmes trop émotives et de souper de gars bien arrosé, on se plait à l’entendre interagir avec une foule animée.
Mais le bonheur pour Huard a également su trouver confort ailleurs. « Les choses qui sont les plus importantes pour moi et qui m’apportent le plus de satisfaction, me confie-t-il les yeux brillants, ce sont ma famille, mes amis, mon travail (…) » Il allait donc de soi pour l’artiste de laisser une belle place aux historiettes concernant son adolescente Jessie, la grossesse de sa conjointe et l’accouchement de son garçon Nathan, né une nuit de Noël.
C’est à ce moment que les lumières s’éteignent, pour se rallumer quelques secondes plus tard; Patrick Huard a délaissé son complet bleu-gris cendré (qui, ma foi, lui allait à ravir) et son allure soignée et opte maintenant pour la fameuse casquette du chauffeur de taxi bien connu.
Assis sur une chaise, le protagoniste en profite alors pour nous donner un prompt avis sur à peu près tout…ou presque. « Moi des opinions, j’en aies, » clame-t-il en regardant son public dans un rétroviseur géant en guise de toile de fond. Et c’est ce qu’il nous prouve tout au long des 40 minutes qui suivent, alors que nous sommes conviés à monter à bord de son « véhicule ». La construction, l’itinérance, les sectes, les diseuses de bonne aventure, les chiens, le Québec, et le végétarisme, à titre d’exemples, sont autant de bonnes raisons pour s’exprimer sur la société et ses travers que pour la critiquer – sans mesquinerie aucune – en tant que citoyen.
À bien y penser, n’est-ce pas ça le bonheur, cette capacité et cette facilité à dire haut et fort ce que le monde pense tout bas? Peut-être. Mais en attendant que l’on trouve réponse à cette question, on prend plaisir à le voir faire. Et tiens, ça nous rend heureux, nous aussi.
Patrick Huard sera en spectacle à l’Étoile Banque Nationale de Brossard, jusqu’au 3 novembre 2012. Il poursuivra sa tournée à Québec, à Montréal et ensuite à Gatineau en 2013.
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