grandguigne

Frissons, cocasseries et fin du monde

Louis-Philippe Labrèche et Guillaume Thériault se complètent admirablement. Le premier, qui signe la mise en scène, est un jeune homme fantasque et enthousiaste; l’autre, à la recherche dramaturgique, est rigoureux, et traque le mot juste. C’est ce duo passionné que j’ai rencontré, par une soirée moelleuse d’octobre, pour jaser de la prochaine création de leur jeune Théâtre de l’Entonnoir, Grand-Guignol II, à l’affiche dès maintenant.

Un troisième élément forme la base de la compagnie. Véronique Poirier, qui signe la scénographie du spectacle, complète parfaitement, aux dires de Louis-Philippe, le bel équilibre de l’entreprise : un produit, semble-t-il, de complicité et de confiance mutuelles. À l’origine de l’Entonnoir, il y a trois ans : le désir du trio de diplômés de l’École de théâtre de l’UQAM de monter un spectacle dans le sillon de créateurs qui le fascinent, de Matthew Gregory Lewis à Romeo Castellucci, en passant par Carmelo Bene.

Le projet de la compagnie montréalaise, s’inscrivant dans cette chaîne, prendra forme quant à lui ce printemps sous le nom du Moine, au Bain St-Michel. C’est dans le cadre du travail de longue haleine, d’adaptation et d’approfondissement nécessaire à l’élaboration de ce spectacle, que Guillaume se penche sur le gothique, le surnaturel, la mise en scène de l’horreur. Alors, par hasard, il tombe sur l’intriguant Grand-Guignol, un genre théâtral un peu oublié, entre le vaudeville et le gore, et né à Paris au début du XXe siècle. C’est l’étincelle pour qu’un premier cabaret d’horreur, simplement intitulé Grand-Guignol, voie le jour, l’an passé, aux propices alentours de l’Halloween.

Guillaume, Louis-Philippe et Véronique.

Pour reproduire le plaisir de l’expérience, les artisans de l’Entonnoir décident de récidiver, cette fois-ci,  sous le thème assez libre et plutôt incontournable de la fin du monde. La promesse, donc, d’un bon filon d’horreur et de comique à la fois. Encore cette année, on flirtera en effet avec la provocation, l’angoisse et un soupçon d’érotisme, le tout bien assaisonné par les interventions de Jean-François Lacoursière, le maître de cérémonie, qui à en juger par l’enthousiasme qu’il suscite chez ses collaborateurs, semble tout un personnage à lui seul. Les textes, une suite de sketches composés pour l’occasion, tableront sur l’esprit traditionnel du Grand-Guignol : la transgression des tabous sociaux, la création d’émotions fortes. Renouvellera-t-on le pire tel qu’expérimenté dans la première version ? « C’est différent », s’entendent pour répondre les responsables. « C’est difficile de dire : ça va être plus choquant, explique Louis-Philippe. Il faut qu’il y ait quelque chose derrière. » Si Grand Guignol II touche au scabreux, sachez donc que ce sera justifié.

Cependant, le défi que tente à nouveau d’accomplir l’équipe est de maintenir le précieux équilibre entre la construction d’une tension vers l’horreur et le relâchement du comique : que le spectateur soit diverti par chacune des fragiles mécaniques mises en scène, aussi bien par celle de l’épouvante que par celle de la farce. Un défi d’autant plus grand, vu l’intimité de la salle et la disposition des spectateurs sur trois côtés de la scène : les effets spéciaux d’Anne-Marie Taillefer risquent de faire preuve d’un grand brin d’ingéniosité. D’après Guillaume et Louis-Philippe, la collaboration dans l’écriture, la longueur du processus de création et la contribution des acteurs – grâce à qui l’on a pu tester les canevas dramatiques élaborés par les auteurs – comptent pour beaucoup dans l’efficacité des saynètes. Le travail d’une chorégraphe et d’un compositeur, devenu indispensable aux créations l’Entonnoir, concoure également à construire la tension et l’atmosphère recherchées.

C’est ce que vous découvrirez dans le « divertissement trash, pas gentil », et surtout bien « trippant » que se veut l’événement Grand-Guignol II, encore justement disposé pour vous donner quelques petits ou grands frissons avant l’Halloween, du 24 au 27 octobre, au Théâtre Mainline.

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Il faut d’abord identifier l’étincelle d’éphémère qui fait briller les yeux du spectateur ; puis, on la capture, on la met dans un bocal, on pose un timbre et on vous la poste.