Atomique Lisa
J’suis au Atomic Café sur Ontario. J’ai trois articles à écrire pour La Vitrine. J’ai pris un peu de retard parce que je suis on ne peut plus dans le jus dans ma day job. Je m’installe sur une table haute. J’pensais jamais qu’y aurait autant de monde ici un jeudi aprèm. Une fois bien assise et après avoir reluqué à quelques reprises un beau brun barbu, je me rends compte qu’à côté de lui, il y a Lisa Leblanc. Nan. Pas vrai; ça se peut pas. Je suis supposée m’installer ici pour écrire trois articles, dont un sur son show de samedi dernier au Club Soda. Le monde est petit en mozusse. Non mais, la vie es-tu pas ben faite, après tout ? Merci au plombier qui m’a chassée de chez nous.
Je suis trop coucoune pour aller lui parler. Je tourne et retourne la situation dans ma tête pendant 10 bonnes minutes. Je lance des œillades à sa table, subtile comme un étudiant-français-démarcheur-pour-recueillir-des-dons-pour-Oxfam dans le centre-ville. Je veux être sûre que c’est bien elle. Je veux pas avoir l’air folle en plus d’être coucoune. Faque je finis par prendre mon courage à deux mains, non sans avoir checké et rechecké des photos d’elle dans les internets, pis pogné des crampes d’oreille pour entendre son accent, pis, là, là là, je me lève. Je suis supra maladroite. Je me présente comme une épaisse, elle a pas l’air tout à fait réveillée ou de comprendre ce que je lui veux, et pis j’aurais aimé qu’elle me propose qu’on jase un peu, qui sait, ça m’aurait donné du jus pour mon papier, mais bon, coucoune de chez coucoune, moi qui ne veux pas déranger, qui n’est pas journaliste ni fouineuse, je la laisse avec ses deux potes jaser pis siroter j’sais pas quoi tranquillement. Elle a au moins trouvé ça drôle comment c’était d’adon, que je sois là pour écrire un article sur elle pendant qu’elle était à moins de 10 pieds. Ça m’aura donné quelques sueurs de fille gênée et intimidée par le vedettariat; désolée, je ne suis pas à l’aise dans ces situations-là. Même si je sais que c’est donc du monde ben normal, les vedettes, qui sacrent après le publisac, pellettent leurs escaliers l’hiver, font du lavage pis boivent sûrement du jus d’orange le matin, c’est plus fort que moi, je me sens plus nulle que nulle pis j’ai les genoux qui shakent.
Bon, j’essaie de replonger dans mes notes de samedi, faute d’avoir de la matière live et brute par l’artiste en personne. Anyway, chnu, elle est partie 12 minutes après mon intervention un peu débile. Désolée de pas avoir plus de guts.
On était plutôt déçus que son double bill avec Stéphane Lafleur pis ses acolytes d’Avec pas d’casque sur le toit d’Ubisoft soit annulé en septembre, mais on a pris notre mal en patience et on attend le show de Lisa Leblanc avec une pointe d’impatience : une soirée toute acadienne, qui sera d’abord pilotée par les Hay Babies, un trio féminin de Moncton qui fait un tabac en ce moment dans son boute. Dire que l’accueil qu’on leur a réservé était chaleureux serait un euphémisme. De l’indie-folk, ben des cordes (guitare, ukulele, banjo, basse mandoline), trois merveilleuses voix, des textes jolis sans être mielleux, un EP, Folio, qui a paru fin juillet et qui laisse présager du beau et du bon pour elles prochainement. Elles poussent la chansonnette tantôt dans la langue de Molière, tantôt dans celle de Shakespeare, avec ce parler acadien qui commence à se frayer un sacré bon bout de chemin dans nos oreilles depuis Radio Radio (dont elles ont fait la première partie à la Francofête en Acadie en novembre 2011) et Lisa Leblanc. Katrine, Vivianne et Julie, à peine 20 ans, ouvriront également pour Canailles le 2 novembre prochain au Lion d’Or dans le cadre de Coup de cœur francophone. Quand elles quittent la scène sous les acclamations, ces triplettes de Moncton, la salle est réchauffée sur un moyen temps pour Lisa.
« L’Acadie takes over the Club Soda! », ça c’est ce qu’elle nous balance en empoignant sa guitare. Elle est toute jeune, cette Lisa (on vient de m’apprendre son âge; ouch, j’ai pris un coup de vieux), mais elle semble parler à ben du monde, quand on regarde la foule dense qui frétille sur ses tounes en chantant des fois ben plus fort qu’elle. À la limite, elle a même plus besoin de sa « chorale du bonheur » sur Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde. Non mais c’est étonnant, cette jolie comète, comme elle a touché je ne sais trop quel point sensible chez tout un chacun, comme on l’aime sans trop savoir pourquoi, parce qu’elle nous fait du bien, tout simplement peut-être, parce qu’elle a un franc-parler qu’on lui envie, peut-être aussi, parce qu’elle est toute fragile sous son aura de cowgirl qui en a vu d’autres… Un silence religieux s’installe pendant Kraft Dinner ; pour un peu, je m’attendais presque à voir des lighters ou des flash lights de cellulaire s’allumer dans la pénombre, tellement tout le monde capote sur son cas. Nouvelle égérie? Pas de doute, l’amour qu’elle inspirait était palpable dans l’air du Soda samedi soir. Elle capotait, elle aussi : son premier Club Soda, eille, elle a « presque fait pipi dans ses culottes, t’sais », elle nous a crowdsurfé ça pendant son cover de Hound Dog, et pis nous a offert en cadeau une nouvelle toune, 22, « parce que des fois quand t’as 22 ans, t’es un peu cave ». J’sais pas vous, mais moi j’pense qu’on voudrait tous être caves de même.
Hay Babies : première partie de Canailles à Coup de cœur francophone, le vendredi 2 novembre, 20 h 30 au Lion d’Or, 28,35 $.
Lisa Leblanc : le samedi 15 décembre, 20 h, L’Entrepôt (Lachine), 20 $
En tournée pas mal partout au Québec et au Canada les prochains mois

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