Faire un tour dans la marge
Les saisons régulières sont déjà clôturées dans la plupart des théâtres montréalais (snif!). Qu’à cela ne tienne : il nous reste le Festival Fringe de Montréal. Du moins, pour quelques jours encore, avant l’inauguration de la période légère des pièces estivales.
S’agissant d’un événement plutôt underground, l’entrée dans le monde du Fringe, ce labyrinthe aux innombrables propositions éclectiques, semblera peut-être rébarbative aux non-initiés. Jetons-y donc une petite lumière pour s’y inviter sans crainte.
En 1947, parallèlement au Festival international d’Édimbourg, huit troupes de théâtre, ne faisant pas partie de la programmation officielle, profitèrent de ce nouvel événement culturel d’importance pour présenter leurs créations, amorçant ainsi un mouvement off qui fera bien des petits. En effet, en 1959, la Festival Fringe Society est mise en place pour faciliter la présentation des spectacles d’artistes de la « frange », en marge des arts du spectacle. Puis, le Fringe, avec ses principes démocratiques permettant aux créateurs de toutes les disciplines des arts vivants de partager leurs idées et leurs fantaisies, se transporta un peu partout à travers le monde, tout en demeurant majoritairement un mouvement anglo-saxon. Au Canada, par exemple, le premier Fringe eut lieu en 1982 à Edmonton et demeure le plus important du pays à ce jour.
D’abord, l’éthique du festival veut que le tout soit abordable et accessible, tant pour les spectateurs, qui ne paieront vraiment pas trop cher pour leurs billets, que pour les créateurs dont le coût de l’inscription est plutôt modeste et qui reçoivent en entier les recettes de la vente des billets. De plus, l’organisation fournit les salles et autres lieux de représentation. La sélection des œuvres présentées ne relève pas de la décision d’une direction artistique, mais bien d’un tirage au sort – c’est le cas à Montréal – ou d’un système de première demande reçue, première acceptée. Il n’y a donc aucun contrôle sur le contenu, aucune censure quant au titre, aux thématiques ou à la forme. C’est ainsi qu’une telle diversité est possible : au Fringe, on trouve de tout, et on compte d’ailleurs beaucoup sur le bouche à oreille pour faire connaître les créations qui valent la peine d’être découvertes.
Le Festival Fringe de Montréal, quant à lui, voit le jour en 1991 avec l’initiative d’étudiants de l’Université McGill. Il a la particularité d’exiger un quota de créations francophones : ainsi, on y accueille 60% d’artistes québécois, dont la moitié est francophone. Alors que la version très courue d’Édimbourg fait place autant aux stars qu’aux créations underground, la jeune édition de Montréal est davantage un tremplin pour les artistes émergents, une plate-forme d’exploration, un lieu de promotion de la culture alternative.
Pour ma part, j’ai goûté cette semaine à MTL_APK : MonTréal APoKlypse, qui se présentait dans un décor minimal de chaises et de cubes (les compagnies n’ayant que quelques minutes pour faire le montage et le démontage afin de laisser la place au prochain spectacle). Une large distribution menée par l’auteur et metteur en scène Jocelyn Roy, un laboratoire où l’ordre des scènes change chaque soir, où les comédiens jouent sur le qui-vive, incarnant la panique d’une fin du monde campée dans le métro de Montréal, peuplée de zombies et de désirs réprimés. Jusqu’à samedi.
Et puis, il y en a bien d’autres que vous pourrez découvrir jusqu’à dimanche. Pour encourager la spontanéité des spectateurs, 25% des billets sont d’ailleurs gardés à la porte pour vous, une heure avant la présentation de chaque spectacle.
Exprimez-vous