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L’art numérique décortiqué

Pris en sandwich entre les festivals Élektra et Mutek, le festival Sight And Sound fait le pari de présenter l’art numérique en mettant de l’avant ses mécanismes, plutôt que l’oeuvre finale. Jusqu’au dimanche 27 mai, quinze artistes émergents présenteront des installations et des performances audio-visuelles à l’Eastern Bloc, loft de création et d’exposition situé au coin de Clark et Jean-Talon. « Notre approche de l’art numérique est axée sur le glitch, c’est-à-dire l’erreur de la technologie qui est réappropriée pour prendre part au projet artistique », explique la chargée de communication Aurélie Besson.

En performance lors de la soirée d’ouverture, le Montréalais Thomas Bégin présentait une de ses nouvelles inventions, la guitare fractale, qui laisse à voir la physicalité du son à l’aide d’un laser. « Je viens d’une tradition de la sculpture et de l’installation et le son a toujours été assez abstrait pour moi, explique-t-il. Je crée des  dispositifs où je peux voir le signal sonore sous d’autres formes que celle d’une onde sur un ordinateur, ce qui me permet de me réapproprier la technologie pour mieux la comprendre. »

Pour sa performance, Thomas Bégin utilise un laser qui est réflété sur plusieurs objets dont la membrane d’un speaker, et qui se transforme en son lorsque capté par le micro optique du créateur. « Le feedback forme des dessins lumineux qui se mettent à osciller par eux-mêmes, parce que c’est un système mou dont on ne peut jamais prévoir les réactions. Il y a trois sources oscillantes, et quand tu les faisceaux se mélangent c’est comme de la météo : s’il y a une tempête au Texas et un front froid qui descend du Québec, il risque d’y avoir quelque chose de complètement imprévu au centre des États-Unis. »

La question de l’interférence revient dans beaucoup d’oeuvres présentées au festival. « On se demande comment on peut créer des systèmes qui fonctionnent par eux-mêmes et finissent par nous échapper, indique Aurélie Besson. C’est cette relation homme – machine dans laquelle la machine finit souvent par avoir le dessus. »

Cette année, les oeuvres tournent autour du thème Systèmes symétriques. Dans le cas de l’installation de l’Américain Zach Gage, par exemple, le spectateur est mis en miroir devant une caméra liée à un compteur, qui affiche le nombre de passants en tant qu’oeuvre. Pour Robyn Moody, la symétrie se retrouve dans l’ambiance intrigante crée par une sculpture cinétique faite de tubes fluorescents et d’un orgue activé mécaniquement, sensés renvoyer à la paranoïa liée aux effets des ondes sur le corps.

Les installations sont gratuites et ouvertes à tous jusqu’à dimanche de 12 h à 17 h. Les soirées de vendredi et samedi sont dédiées à des performances, notamment See you in the next loop de Thomas Bégin samedi, qui sera suivi d’un concert du groupe de rap autochtone A Tribe Called Red. Pour ceux qui souhaitent tester eux-mêmes la question de l’interférence, des ateliers sont prévus samedi et dimanche à 13 h : un jam électromagnétique samedi et un atelier de génération d’images 8bit à partir de microcontrôleurs par le concepteur de TVDESTROY dimanche.

Festival Sight And Sound 

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« Dans chaque humain, l’art finira par trouver le chemin qui lui est ouvert, même si pour cela il devra faire des pieds et des mains et déjouer les cellules ...