Cappuccino, latté et manteau de cuir
Ce n’est pas le talent musical qui manque au Québec. Chloé Lacasse a lancé son premier album éponyme l’automne dernier. Elle fait partie de la nouvelle vague d’auteures-compositrices-interprètes qui balaient tout sur leur passage. À mon tour d’être balayé.
Petit clin d’œil à Rafaële Germain dans mon titre. Par contre, si Rafaële fait dans la chicklit, Chloé Lacasse ne fait pas dans la chickmuse. J’ai eu la chance de la rencontrer à la Petite marche, rue Saint-Denis. Derrière une légère timidité se vautre une artiste allumée et déterminée. Après tout, elle appartient à un groupe sélect comprenant, entre autres, Karkwa,La Patère Rose, Alfa Rococo, Loco Locass et Bernard Adamus. Leur point commun? Lauréats des Francouvertes.
Au-delà de l’objectif de dénicher une maison de disques, le stress du concours était palpable. « J’étais en première position alors je sentais les attentes augmenter. Ça ajoute une couche de pression! ».
J’ai voulu avoir son avis sur cette manne de jeunes artistes talentueux qui déferle sur la province depuis quelques années. Chloé assure que tout demeure amical. « Je ne suis pas en compétition avec elles. Au contraire, plus il y en a, plus on en parle. Ça peut nous ouvrir des portes. Mais c’est fou le nombre d’artistes féminines! Auparavant dans un festival, ça pouvait être un ratio de 10-2 pour les interprètes masculins. Le vent a tourné drastiquement! ».
La Longueuilloise d’origine aime bien écrire des chansons d’amour. Toutefois, ça ne se résume pas à Je t’aime, tu m’aimes, etc. Du moins pas encore. « Je préfère parler des contradictions, des relations humaines. Si tu prends une chanson comme « On va s’aimer encore », c’est un classique instantané. C’est une super belle chanson qui est même susceptible d’aller chercher ceux qui ne sont pas friands de chansons d’amour. Cette chanson est très riche. Un jour j’en écrirai peut-être une dans ce style-là. Mais je ne suis pas encore rendue là! » (rires).
Une auteure-compositrice-interprète doit toujours être à l’affût de ce qui se passe. On ne sait jamais.
Fred : Qu’est-ce qui t’influence?
Chloé : Les êtres humains. Les comportements. Tout ce qui m’entoure peut m’influencer. Ah oui et le cinéma également!
Fred : Aimerais-tu faire une bande originale de film un jour?
Chloé : Absolument! C’est l’un de mes projets.
Fred : Quel est ton point de vue sur l’industrie musicale?
Chloé : C’est une vieille industrie alors c’est normal que ça prenne du temps pour faire des changements. Elle tente de s’ajuster. J’espère que nous pourrons continuer à en vivre. J’ai surtout peur pour la radio en fait. Beaucoup de stations jouent la même musique et s’ils veulent jouer du franco, ils choisissent parmi certains artistes qui cadrent davantage avec leur style. Ça réduit les possibilités. En plus, il y a des coupures. Ça nuit aux artistes et c’est triste.
Fred : LE show que tu aurais aimé voir…ou un artiste en particulier?
Chloé : (Pense) Ah, Peter Gabriel! Sa tournée Up avec Robert Lepage. J’aurais VRAIMENT voulu voir ça. Et il y aurait Sigur Ros aussi. Ils seront à Osheaga cet été alors j’espère être dans les environs pour aller les voir.
Fred : J’irais voir leur spectacle àla Place des Arts…mais dans un festival extérieur…
Chloé : Ouais, c’est sûr. Avoir le choix j’opterais pour ça, mais c’est mieux que rien!
Fred : As-tu une routine spéciale la journée d’un spectacle?
Chloé : J’en ai pas fait assez encore pour qu’une routine se soit installée. (Pause) Il y a une chose que mon band et moi faisons chaque fois par contre, juste avant de monter sur scène, on cale un shooter de Jägermeister!*
Fred : …
Chloé : (Rires)
Tant qu’à être dans la thématique « face incrédule »…
Fred : Aimerais-tu faire un album de Noël un jour?
Chloé : Ah mon dieu non! Je ne suis vraiment pas « chanson de Noël ». Ça me tape sur les nerfs d’entendre ça à la radio! Je serais peut-être tentée si c’était comme ceux de Maryse Letarte et Tricot Machine (compositions originales). Pour moi chanson de Noël rime avec Charlie Brown! (rires)
Fred : Dans un tout autre ordre d’idées, tu vas participer au Festival de Spa en Belgique cet été. As-tu des ambitions européennes?
Chloé : Oui c’est certain. Qu’on le veuille ou non, le marché québécois, bien qu’important, est un peu limité. J’ai le goût d’explorer l’Europe mais tranquillement pas vite. Je ne veux pas que ça explose d’un coup.
Fred : La qualité #1 pour une auteure-compositrice-interprète?
Chloé : Bien s’entourer! Ça aide énormément de travailler avec meilleur que soi. Ça pousse à nous dépasser. Ça prend aussi des gens qui embarquent à fond dans l’aventure.
Fred : Parlant d’aventure, tu es co-fondatrice de la troupe de théâtre In Extremis. Ça consiste en quoi grosso modo?
Chloé : Nous sommes cinq créateurs qui aiment amalgamer théâtre et musique. Parfois c’est du théâtre traditionnel, mais ça peut également être un peu plus éclaté. Nous faisons des soirées cabaret où toutes les formes d’art peuvent être mises à profit. Je trouve ça vraiment inspirant! Ça m’arrive de jouer sur scène, mais pour le moment je contribue surtout musicalement à nos œuvres.
L’entretien est extrêmement sympa. Chloé se livre sans filtre et avec un sourire permanent. J’ai la nette impression qu’on entendra parler d’elle pour un méchant bout. Toute bonne chose ayant une fin, Chloé enfile son manteau de cuir et quitte illico. « J’ai une activité pas mal moins palpitante. Je dois aller au garage pour changer mes pneus! »
Ainsi soit-il.
*Digestif allemand avec 35% d’alcool. De là ma face médusée.
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