Festival TransAmériques

Des pièces appétissantes au FTA

Dans à peine quelques semaines, à la fin du mois de mai, le Festival TransAmériques reviendra parmi nous. Il y a quelques jours, on nous dévoilait sa programmation fournie.

Comme chaque année, l’enthousiasme nous envahit en grandes vagues devant tant de choix. Il faut s’y prendre d’avance, pour cerner quoi ne pas rater, car le FTA, comme le beau temps – heureuse projection, arrivera bien vite et sans qu’on s’en rende trop compte. Mais comment s’y retrouver, alors qu’on se sent justement comme un pauvre et duveteux lapin, démuni au milieu d’un champ de carottes toutes plus appétissantes les unes que les autres? Il faudrait d’abord pouvoir mesurer les légumes d’après leurs fanes. Essayons tout de même d’y voir clair.

Irakese Geesten, du 25 au 27 mai 2012
Voici une pièce qui laisse présager une exaltante explosion de jeunesse sur scène. Irakese Geesten, lauréate du prix de la création du festival de musique et de théâtre Theater Aan Zee, propose, en contrepartie de ce que l’on voit ici des nouvelles des guerres moyen-orientales, glauques et lointaines, un tableau des aspects plus légers et poétiques de la vie dans les villes meurtries d’Irak. Le metteur en scène Mokhallad Rasem, formé à Bagdad, où il a amorcé sa carrière, s’est installé depuis quelques années en Belgique, d’où il crée et observe les relations entre ses cultures d’origine, d’influence et d’adoption. Ainsi, le point de vue des acteurs irakiens se trouve ici confronté à celui des actrices germano-flamandes : convergence ou incompatibilité? En trame sonore de ces Fantômes irakiens, du Nirvana, pour faire d’autant battre les coeurs.

Chante avec moi, du 25 au 27 mai 2012
Même les spectateurs qui ont déjà été conquis en 2010 reverront avec plaisir Chante avec moi, la création remarquée d’Olivier Choinière : c’est le fun, et ça porte aussi une réflexion. Au début, un clavier sur la scène, et c’est tout. Un petit jeune homme se lève parmi l’assistance, tourne timidement autour de l’instrument et commence à en jouer, quelque peu hésitant, puis, graduellement, plus enthousiaste. Peu à peu, d’autres gens – on dirait de simples badauds – se joignent à lui, comme spontanément, et une chanson se construit; un ver d’oreille aussi. Et tout ça prend de l’ampleur. Cinquante comédiens remplissent la scène dans un tourbillon de plus en plus effréné – dérangeant, jusqu’à vous faire fredonner avec eux : « Pour que tu chantes… avec moi! »

Nathan, du 26 au 28 mai 2012
On croise souvent le nom d’Emmanuel Schwartz dans le milieu théâtral ces dernières années. C’est ici l’occasion de découvrir cet homme de théâtre aux multiples talents, qui signe le texte et la mise en scène de Nathan, ou (NathanBénédictestunYiKing). Outre la curiosité du sous-titre, l’histoire sombre intrigue : le personnage éponyme, réduit à quatre organes à la suite de son autocombustion programmée, réussit néanmoins à prendre le contrôle d’autres corps, d’autres voix, pour raconter la sordide histoire de l’Amérique. Schwartz s’inspirant d’Artaud, il sera intéressant de voir cette proposition pour une oeuvre se voulant remuante – et cruelle?

Sur le concept du visage du fils de Dieu, du 31 mai au 3 juin 2012
Si la pièce ne suscitera sans doute pas ici de controverse aussi tonitruante qu’au Théâtre de la Ville de Paris cet automne, ne sommes-nous pas tout de même curieux de voir de quoi retourne la création du novateur établi Romeo Castellucci? Des manifestants, dénonçant une christianophobie dont le metteur en scène se défend, avaient lancé des détritus aux spectateurs, étaient même montés sur scène, choqués par l’association qu’on y proposait. Un vieil homme incontinent dont le fils s’occupe avec patience sous un regard imposant : c’est un gros plan du visage du Christ, tiré d’une oeuvre de la Renaissance, qui constitue l’omniprésent fond de scène. Selon Castellucci, Sur le concept du visage du fils de Dieu « est une réflexion sur la déchéance de la beauté, sur le mystère de la fin. »* Qu’en retiendrons-nous?

Nature morte, du 4 au 6 juin 2012
Cette création de Julie Andrée T. est une chance pour le public généralement théâtral et dansant du FTA de découvrir l’énigmatique monde de la performance, art hybride et perturbant s’il en fut un. L’artiste visuelle performeuse, explorant de nouveau les relations entre le corps et l’espace, reprend dans Nature morte sa collaboration avec les créateurs Jean Jauvin, à la lumière, et Laurent Maslé, au son, avec qui elle avait créé Not Waterproof et/ou l’érosion d’un corps erroné et Rouge, présentées lors de la mouture 2009 du festival Poésie et couleurs au menu.

Mygale, du 5 au 9 juin 2012
Pour verser quelque peu dans la danse comme il est souvent agréable de le faire, allons voir Mygale, cette création de Nicolas Cantin. L’artiste transdisciplinaire a touché dans sa carrière au masque et au clown, comme au théâtre et à la danse. Il a d’ailleurs offert quelques pas avec Frédérick Gravel dans Tout se pète la gueule, chérie : rien que ça me le vend (c’est dit). Et puis, aussi, ces quelques lignes de présentation aux allures ducharmiennes : « Le programme sera simple : je te ferai rire et tu me feras rire. Nous nous ferons mourir de rire, tu saisis? Et personne n’aura mal, c’est une promesse. Il n’y aura que toi et moi. Toi que je ferai rire et toi qui me feras rire. »**. Séduisant.

&&&&& & &&&, du 6 au 8 juin
Les ludiques s’amuseront à citer l’imprononçable titre de ce qu’on pourra se contenter de nommer, par détournement, la pièce aux esperluettes. Les créateurs, Antoine Defoort et Halory Goerger, sont décidément des rigolos : ils proposent au spectateur, qui n’a donc pas à s’inquiéter d’arriver en retard (yé), un spectacle en boucle, sans début ni fin. C’est un parcours d’installations éclectiques qui traitent « de la science, de la fiction, et des deux réunis par un tiret. »*** Après avoir vu les interprètes jouer de plantes comme d’instruments de musique dans la « vidéo titilleuse », il sera tentant de découvrir les autres facettes de cette proposition singulière.

Enfin, pour les lapins d’entre vous qui appréciez la danse, il me semble incontournable de faire un clin d’oeil vers les propositions chorégraphiques de l’importante Anne Teresa De Keersmaeker. Le diptyque formé de En Atendant et Cesena allie danse contemporaine et chants du Moyen-Âge pour créer quelques vrais moments de beauté. Et puis, les passants fauchés pourront eux aussi se régaler de l’installation urbaine de cette année, x-fois gens chaise, où des personnes âgées vaquent à leurs occupations quotidiennes, assis en suspension aux murs du Quartier latin.

La 6e édition du FTA, qui se tiendra du 24 mai au 9 juin 2012, se veut une tribune à des voix fortes, diverses, libres et subversives; dressons l’oreille!

En tout cas, j’ai hâte. Pas vous?

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Blogueur

Il faut d’abord identifier l’étincelle d’éphémère qui fait briller les yeux du spectateur ; puis, on la capture, on la met dans un bocal, on pose un timbre et on vous la poste.