Slobodian

Des mots jetés sur la scène

Si vous ne la connaissez pas, voici venu le moment. Entrez dans le monde de cette chorégraphe dont la réputation n’est plus à faire.  Présentée à l’Agora de la danse, sa plus récente œuvre Orlando ne peut susciter que l’attachement et de larges sourires.

Deborah Dunn s’inspire pour sa nouvelle création du roman de Virginia Woolf, Orlando, dont l’histoire s’étend sur plusieurs siècles. Quatre précisément, où notre héros, dans une éternelle trentaine, quitte une vie pour une autre dans des hasards tumultueux qui se solderont avec son réveil en femme. Pas n’importe laquelle, en femme de lettres. L’androgynie d’Orlando est prétexte à un discours de fond sur une société hermétique et patriarcale et bien sûr, sur la figure de femme-écrivain. Mais, il ne sera pas question ici d’une analyse littéraire. La transposition à la scène est ma priorité. De plus, la lecture du roman n’est pas une nécessité pour aborder le spectacle. En fait, l’effet peut être de vous retrouver le lendemain matin à bouquiner à la recherche d’Orlando. Ce qui fut, agréablement, mon cas.

Deborah Dunn performe la littérature. Avec sa compagnie Trial & Eros, la chorégraphe possède à son actif une belle liste de créations, dont certaines puisent une influence dans des œuvres littéraires. Que ce soit The little Queen, inspirée en partie de la pièce de William Shakespeare, The Tempest ou de Four Quartets,  des poèmes de T.S Elliot, les mots sont un fil avec lequel se tisse chaque chorégraphie. Orlando, qui allie le jeu du théâtre et la subtilité de la danse, n’échappe pas à cette règle. Lui qui rêve de devenir poète. Les mots survolent la scène et le public. Ils guident le corps et s’approprient l’espace. Le mouvement de l’écrit est aussi perceptible que celui des six interprètes. La parole et la voix soutiennent, sans être de trop, la rythmique de la pièce.

Musique classique et son moderne. Le passage d’un siècle à l’autre s’entend, se ressent. Les époques se succèdent, joliment encadrées par une composition musicale où se mélangent légèreté et sensualité. Humour et gravité. Oui, de l’humour, il y en a. Certainement caustique. Diane Labrosse, compositrice de la trame sonore, combine merveilleusement bien les mélodies de différents siècles, plaçant interprètes et spectateurs dans différents espaces historiques. La chorégraphie suit la même chronologie alliant danse baroque et danse contemporaine. Je garde en tête la disparité de cette pièce. La mosaïque formée par Audrée Juteau, Sara Hanley, Natalie Zoey Gauld, Alexandre Parenteau, Nancy Rivest et Nicolas Patry. Leur élégance dans un  tableau fragmenté.

La pièce se poursuit jusqu’au 17 mars à l’Agora de la danse. Pour un plaisir autant littéraire que visuel.

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De l’autre côté du jour, sensible aux vérités silencieuses, aux beautés muettes et à la subjectivité des choses simples. Un regard pour chaque élan.