« Dé-Patérée » et assumée
Exit La Patère Rose, l’heure est au vol en solo. Les deux mains tiennent solidement le gouvernail. Dans la vie, il y a des gens beiges… et puis il y a des gens comme Fanny Bloom.
Mardi 6 mars, 11 h 20. Je gare ma voiture entre deux icebergs sur le Plateau et je trotte jusqu’à La Tulipe. Il fait bon. Le printemps tente une percée en zone adverse. Dans ma tête, un refrain me martèle depuis ma levée de corps. C’est celui de « Parfait parfait », premier extrait d’Apprentie guerrière de Fanny Bloom.
Ce premier album solo vous rentre dedans. Aidée de sonorités techno des années 80, de percussions tribales ou de piano classique, Fanny Bloom évacue. Elle chante sa peine, ses remords, ses deuils. Le côté éclaté de l’ère Patère Rose est sur la voie d’accotement. C’est dorénavant une femme qui s’exprime. Sur la touchante « Shit », elle donne le ton dès les premières notes : « Tous les jours sont des jours gris. Je sais, tout est de ma faute ».
À La Tulipe, ça grouille partout. On s’affaire à monter le décor pour le spectacle-lancement. Jane, la relationniste de Fanny, m’emmène au sous-sol afin de trouver un endroit tranquille pour l’entrevue.
Mon but n’est pas de parler de son ancien groupe. Tout a été dit et redit à ce sujet. Fanny Bloom est assise devant moi, sur un sofa zébré et nue bas. L’occasion est belle d’en savoir un peu plus sur ce personnage fascinant.
F.T. As-tu réussi à dormir la nuit dernière?
F.B. J’ai eu de la misère à m’endormir mais après je me suis tapé une nuit.
F.T. As-tu une chanson que tu penses ne jamais te tanner de jouer un jour ?
F.B. Je joue toujours la chanson « Mon hiver » pendant les tests de son car elle est simple et ne dure qu’une minute et demi. Cette chanson a été écrite pour une pub de parfum mais elle ne fut pas retenue alors je l’ai gardée…
F.T. As-tu des craintes par rapport à l’industrie musicale, vers quoi ça se dirige avec le piratage, le numérique et tout?
F.B. Je suis dans cette réalité depuis le début. Avant, un chanteur établi vendait 10 000 copies la journée du lancement. Maintenant, 25 000 albums vendus, c’est un succès. D’ici peu, l’industrie va sûrement trouver une façon de rendre ça plus lucratif pour les artistes. Tu ne peux te battre contre le piratage et de toute façon, je trouve ça con de vouloir faire ça. Mais il va falloir trouver une solution pour que les artistes puissent vivre de leur musique sinon on va tuer l’industrie.
F.T. Ton dernier coup de cœur musical?
F.B. Lana Del Rey. Chaque extrait qu’elle a sorti me faisait halluciner. Mais quel fiasco à Saturday Night Live! Je ne sais pas c’est quoi son problème en fait! (rires). Mais quand je l’écoute, ça me fait tellement d’effet!
F.T. As-tu un plaisir coupable?
F.B. J’en ai plein! J’aime fumer (rires), boire (rires) et boire du café (aucun rire). Sinon musicalement je ne me sens pas mal d’écouter des choses kitsch.
F.T. Il y en a qui aiment Lady Gaga mais qui ne le disent pas.
F.B. Ce n’est pas de la merde ce qu’elle fait. Je ne suis pas fan de sa musique mais le personnage me fait capoter. Je la respecte.
F.T. J’ai vu ton clip pour la chanson Parfait parfait.
F.B. (rires gênés)
F.T. Ça fait très années 80 avec le synthé…
F.B. Oui mais l’album n’est pas QUE ça. Tant mieux si le clip a provoqué de vives réactions! (rires).
F.T. Que penses-tu de la musique des années 80?
F.B. J’ai pas beaucoup aimé ce qui se faisait. Par contre, c’est pas vrai que tout était poche. J’en garde une nostalgie car je suis née en 1986. Chez moi, Phil Collins et Genesis ça jouait souvent! (…) On a joué le jeu pour mon clip. Tout est exagéré, over the top! On se trouvait donc drôles avec nos faux ralentis!
F.T. Ce qui te fâche dans la vie?
F.B. Hé boy, bien des choses! (pause). Ceux qui ne savent pas marcher drette sur le trottoir! Câline…
Fanny se lève et fait la démonstration de quelqu’un qui marche croche. Moment magique.
F.B. En tout cas. Ça me fâche en ta! (rires).
F.T. Je te dis un mot et tu me lances la première chose à laquelle tu penses.
F.B. Isshhhhhhhh!
F.T. Politique?
F.B. J’comprends rien.
F.T. Campagne?
F.B. Bonheur de l’enfance.
F.T. Ville?
F.B. Alcool.
F.T. Pression?
F.B. Euh…de la bière pression?!
F.T. Je la voyais venir celle-là!
F.B. (éclat de rire).
F.T. Technologie?
F.B. J’comprends rien.
F.T. Idole?
F.B. (Pause). Bon Iver
F.T. Ambition?
F.B. Le monde?!
J’avais demandé à Fanny de penser à quelques questions qu’on ne lui pose jamais. Elle a accepté de jouer le jeu.
F.B. Ma couleur préférée?! On ne me l’a jamais demandé sérieusement. En fait, j’aime ce qui est multicolore mais je déteste le orange!
F.T. Tu ne dois pas aimer Youppi.
F.B. J’ai aucune opinion sur Youppi! (rires). Mon film préféré à vie?! C’est Match point de Woody Allen. Mais j’ai aussi a-d-o-r-é Midnight in Paris. D’ailleurs, il faudrait que je me l’achète.
F.T. Je suis d’accord.
F.B. Et finalement, où j’aimerais habiter?! J’aimerais vraiment habiter en Europe (…) sinon dans un pays chaud ou riche. En fait j’aimerais être riche! En tout cas, pas de -40 degrés, pas de sloche. ÇA ME TUE!! Mais rien ne bat le printemps. Oh my God!
Ce mois-ci, Fanny pourra mettre son manteau d’hiver de côté puisqu’elle se rendra à Austin au Texas pour le festival South By SouthWest. Par la suite, elle partira trimbaler sa forêt enchantée un peu partout au Québec. Si vous la croisez, faites gaffe. Elle est peut-être apprentie guerrière, mais ses dents sont déjà aiguisées.
Ainsi soit-il.
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